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L’OBS/N°2660-29/10/2015

ARNAUD GONZAGUE
WILLIAM BEAUCARDET

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“L’Obs” a fait analyser 63!mèches de
cheveux d’un panel d’enfants de moins
de 12!ans. Résultat!du laboratoire!:
les perturbateurs endocriniens, des
substances chimiques qui dérèglent
les hormones, s’y bousculent!!

A

rnaud, dites-moi, vous avez un chat chez
vous, non!? » Etonnement du journaliste.
Euh, oui en effet, mais… « Et parmi vos
trois fils, celui qui joue le plus avec le chat
est celui-ci, non!? » Mais comment diable
Brice Appenzeller, directeur de la Human
Biomonitoring Research Unit (HBRU),
un laboratoire de recherche public situé
au Luxembourg, qui n’a jamais mis un pied chez l’auteur de ces lignes, sait-il tout ça!? Le chercheur
désigne en souriant le tableau qui s’affiche sur son
écran d’ordinateur. « Regardez la colonne “fipronil”.
Observez les concentrations élevées que l’on trouve

Récepteur
hormonal

Perturbateur
qui joue les «sosies»

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chez votre fils. » Argh!! Le fipronil est un antipuces
prescrit par les vétérinaires pour les chats. Accessoirement, c’est un perturbateur endocrinien qui s’attaque à la thyroïde, dont les conséquences sur le développement des enfants sont plus qu’inquiétantes.
La panique gagne soudain le journaliste. Quelques
mois plus tôt, il a adressé une poignée de cheveux de
ses trois enfants à la HBRU, car ce laboratoire a mis au
point une technique permettant de déceler dans cette
banale matière capillaire la présence de presque tous
les poisons circulant dans le sang. Pire, il a demandé
à nombre de ses collègues et amis de faire de même
avec leur progéniture. Or les résultats de l’étude exclusive que « l’Obs » a commandée à la HBRU et qui s’appuie sur un panel représentatif d’enfants de Paris et
de province (voir le détail ci-dessous) sont proprement
effarants. Ils révèlent que tous sans exception sont
truffés de molécules chimiques (diéthylthiophosphates, pentachlorophénols…) ayant un effet suspecté
ou avéré de perturbateur d’hormones. Des produits
qui ne devraient pas du tout se retrouver là. La plupart
d’entre eux appartiennent à la famille des insecticides
et pesticides!: c’est donc en partie par l’alimentation
que nos enfants sont contaminés. « Surtout, note Brice
Appenzeller, un large panel des molécules dont on
décèle la présence, comme le HCB [un
fongicide, NDLR] ou les endosulfans
[des insecticides], sont interdites en
France depuis de nombreuses

Des résultats inquiétants

La vraie hormone
empêchée d’agir

courants dans les cheveux de nos cobayes,
on trouve des résidus d’herbicides agricoles
(diméthylthiophosphate, trifluraline,
oxadiazon), des fongicides (hexachlorobenzène,
p-nitrophénol) et beaucoup d’insecticides
(perméthrine, acide 3-phénoxyben-zoïque,
endosulfan) dont certains sont interdits…
depuis parfois une décennie. Et quelle surprise
de trouver des traces d’acide 2,4-dichlorophénoxyacétique, qui entre dans la composition de
l’ « agent orange », ce défoliant que les EtatsUnis ont déversé par avion sur les forêts
pendant la guerre du Vietnam et qui continue
de provoquer des vagues de cancers et de
malformations dans ce pays. Contre toute
attente, la « géographie » des enfants n’a aucune
influence : les urbains de notre panel ne sont pas
plus exposés que les ruraux. Le sexe
semble jouer un rôle, mais mineur : les
Urbains et ruraux
sont exposés de
garçons ont plus de 21 molécules dans le
manière identique.
sang quand les filles n’en ont que 18,5
– des différences statistiquement peu
Les filles ont 18,5
significatives. De même, l’âge des testés
molécules,
n’est pas déterminant, puisque les
les garçons 21.
0-4 ans sont à peine plus touchés
(22 molécules environ) que les
Les 0-4 ans sont
4-8 et les 8-12 ans (environ 20 molécules).
à peine plus touchés
(22 molécules) que
Donc tous nos enfants sont plus
les 4-8 ans et les
ou moins logés à la même enseigne.
8-12 ans (environ 20

C’est une étude exclusive que « l’Obs » a
commandée cet été au laboratoire
luxembourgeois Human Biomonitoring
Research Unit (HBRU) et elle a de quoi faire
frémir. Nous avons recruté 63 enfants âgés de
0 à 12 ans, et envoyé leurs cheveux au labo pour
y déceler d’éventuelles traces de perturbateurs
endocriniens. Les résultats sont édifiants.
D’abord, tous les enfants sans exception, qu’ils
soient issus de Paris et la proche banlieue ou
bien de communes rurales (Maintenon et
Pierres, en Eure-et-Loir) sont pollués. Les mieux
lotis comptent « seulement » une dizaine de
molécules chimiques sur les 69 dont la HBRU a
recherché la présence, mais les plus exposés
arrivent à 35 molécules. La moyenne se situe à
20,2 molécules. Parmi les poisons les plus

43 de Paris et
la proche banlieue
parisienne.

20,2

20 de Maintenon
et de Pierres, deux
communes rurales
d’Eure-et-Loir.

Notre panel

63 enfants âgés de 0 à 12 ans.
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molécules
chimiques
perturbatrices
en moyenne.

Dans leurs cheveux,
on trouve…

molécules).

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années, bien avant la naissance de beaucoup de ces
enfants!!!» Preuve que ces cochonneries perdurent
dans nos écosystèmes ou bien que les produits que
nous consommons viennent de pays moins sourcilleux que le nôtre.
Il a fallu annoncer et commenter ces désastreux
résultats aux parents qui ont « prêté » leurs enfants
pour cette expérience. Un père s’est frappé le front
d’un geste rageur!: « Bon sang, je savais qu’on n’aurait
jamais dû acheter ce lit d’enfant sur internet… Il puait
les vernis empoisonnés!! » Une mère a fondu en larmes
et empoigné illico son portable pour réprimander son
compagnon!: « On devrait manger bio, tu vois!! On
bouffe n’importe comment à cause de toi!! » Et tous ont
peu ou prou posé la même question angoissée!: « Mais
où est-ce qu’il/elle a été contaminé(e)!? » La réponse est
simple!: partout ou presque!! Comme le rappelle l’Organisation mondiale de la Santé, il existe « environ
800 » substances chimiques « reconnues ou susceptibles » d’être perturbatrices, dont « l’écrasante majorité […], courante sur le marché, n’a fait l’objet d’aucun
test » pour identifier leurs effets réels. « Certaines ont
un rôle de conservateur dans les savons, crèmes de soin
et détergents ménagers, d’autres servent comme assouplissants pour les plastiques, comme insecticides ou pesticides agricoles, comme antiadhésifs ou antitaches ou,
enfin, comme désinfectants dans les produits de beauté
et d’hygiène…!», énumère Rémy Slama, épidémiologiste environnemental à l’Inserm et directeur de
recherche à l’université de Grenoble.
Il n’est même pas possible de se retrancher derrière
les incertitudes scientifiques. Certes, les nombreuses
nuisances prêtées aux perturbateurs, troubles de la
reproduction, obésité, perte de points de QI… (voir
p. 32) commencent seulement à être examinées dans
le détail. Mais leur réalité fait aujourd’hui consensus
chez les scientifiques.
Quelques pays font depuis peu les gros yeux –
comme la France qui a banni en 2010 le bisphénol A,
perturbateur avéré qui tapissait les biberons, canettes

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Les jouets en plastique
peuvent contenir des
retardateurs de flamme
bromés, qui perturbent
la thyroïde, le foie
et la reproduction.

A voir,
à lire
« La Grande Invasion »
et « Endoc(t)rinement »,
deux documentaires
de Stéphane Horel (2010
et 2014) visibles sur
YouTube.
« Perturbateurs
endocriniens,
la menace invisible »,
par Marine Jobert
et François Veillerette,
Buchet/Chastel (2015).
« Polluants chimiques,
enfants en danger »,
par Anne-Corinne
Zimmer, L’Atelier (2007).
« La Grande Détox,
comment éviter
les poisons du
quotidien"? »,
par Patrice Halimi,
Calmann-Lévy (2015).

et boîtes de conserve. Mais
tout ou presque reste à faire
pour mieux connaître et
chasser ces molécules. Et ce
travail est urgent, car perturber le système hormonal,
c’est chambouler de manière
extrêmement grave toutes les
fonctions du corps. « Le système endocrinien joue un rôle
essentiel pour le développement de tout notre métabolisme. Il régule la température
du corps, les fonctions cardiaques, les capacités cognitives, la fertilité, et interagit
avec le système immunitaire,
nerveux…!» détaille Rémy
Slama. Si notre enquête se
focalise sur les moins de 12 ans,
c’est précisément parce que
« l’enfant se trouve dans une période de croissance,
donc souvent dans une situation de sensibilité accrue
aux perturbations hormonales. C’est le cas notamment quand il est dans l’utérus, mais aussi au cours
des premiers mois de sa vie et à la puberté. » Or, on
sait que les « perturbations » démarrent avant la
naissance. On sait aussi que les enfants ont tendance
à être plus exposés à la pollution endocrinienne que
la moyenne des Homo sapiens. Pourquoi!? Parce que,
souvent assis par terre, voire à quatre pattes, ils
récoltent en grande quantité les polluants qui s’y
trouvent. Et comme ils mettent les mains (et tout ce
qui leur passe à proximité) à la bouche, ces substances les atteignent plus facilement.
Quand vous dites cela à un parent qui s’est prêté
à l’enquête, il vire au pivoine et fulmine!: « Mais
pourquoi ne les interdit-on tout simplement pas, ces
perturbateurs!? » On aimerait lui répondre que c’est
une affaire fort compliquée, que rien n’est scientifiquement étayé, mais la réponse est plus désarmante que ça. « Il serait tout à fait possible, au nom
du principe de précaution, de bannir toutes les molécules dangereuses quand on sait qu’il existe des molécules de substitution, confirme Michèle Rivasi, viceprésidente du groupe des Verts européens au
Parlement de Strasbourg, qui, comme tous les écolos d’Europe, voudrait interdire ces produits. Pour
les autres, on fixerait une durée limitée et l’on demanderait aux entreprises de les trouver, ces substitutions.
Mais il y a d’énormes intérêts économiques en jeu…!»
Comme le dépeint de manière acérée la journaliste
Stéphane Horel (voir p. 35), le lobbying des industriels et des producteurs de pesticides est en effet si
féroce que, pour le moment, rien ou presque n’a
bougé d’un iota. Eliminer tous les perturbateurs
présents dans nos maisons et nos assiettes coûterait
en effet beaucoup d’argent et d’énergie aux entreprises concernées… qui se préoccupent peu de la
santé publique et du petit garçon pollué par son
matou.

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Des conséquences
sur la sexualité,
le QI, le poids…

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Malformations génitales, puberté
précoce, troubles du comportement,
autisme, diabète… Elle est longue,
la liste des troubles infantiles auxquels
les perturbateurs endocriniens
contribueraient !

Une pomme non bio peut contenir
jusqu’à 15 traitements chimiques
insecticides et plus de
28 traitements anti-champignons.
Les pesticides organophosphorés
agricoles, notamment, perturbent
le QI, la mémoire et les capacités
d’attention. Les hydrocarbures
aromatiques
polycycliques (HAP)
issus des pots
d’échappement
sont, eux,
possiblement
cancérigènes et
impliqués dans
l’obésité infantile.

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D

ifficile, voire impossible, de
recenser toutes les études
scientifiques qui désignent
les troubles et pathologies
associés aux perturbateurs
endocriniens. Celles qui
portent sur les seuls enfants
foisonnent, constituant une
vraie petite boutique des
horreurs ! Attention à ne pas
leur faire dire ce qu’elles ne
disent pas : c’est une subtilité
du vocabulaire scientifique,
mais « associer » tel trouble
à tel perturbateur ne signifie
pas qu’on a prouvé à 100% le rôle néfaste de ce
dernier, simplement qu’il existe un lien observable
entre la présence du trouble et la molécule chimique.
Pour autant, cette association pose des questions
franchement alarmantes.

Anomalies
sexuelles

Chez les petits garçons, une anomalie génitale est de
plus en plus observée : l’hypospadias, c’est-à-dire un
urètre trop court qui s’ouvre sous le pénis et non à son
extrémité. Une récente étude du CHU de Montpellier a établi un lien entre la fréquence de cette malformation chez les garçons et l’exposition de leurs
parents aux perturbateurs. Un enfant a trois fois plus
de risques d’en souffrir à la naissance quand sa mère
est exposée, de par son métier, aux solvants et détergents (c’est le cas des femmes de ménage, coiffeuses,
esthéticiennes). La profession du père (travailleur

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agricole humant des pesticides, peintre respirant des
solvants...) est aussi un facteur de risques, mais moins
important. Le lieu d’habitation a également une incidence : un enfant vivant jusqu’à 3 kilomètres autour
d’une zone industrielle, d’une zone agricole intensive
ou d’un incinérateur a plus de risques de naître avec
un hypospadias. « La fertilité masculine est menacée
depuis quelques années, souligne Rémy Slama, épidémiologiste environnemental à l’Inserm. On observe
l’augmentation de la fréquence du cancer des testicules
et la baisse probable de la qualité du sperme. Des facteurs environnementaux pourraient être en cause »,
dont les perturbateurs.
Du côté des filles, les malformations génitales sont
moins documentées, car moins visibles. On sait toutefois que les fillettes nées de mères ayant ingéré du
Distilbène, ce médicament perturbateur interdit en
1977, souffrent souvent d’anomalies, notamment d’un
utérus dit « en T » ou trop petit, qui menacent une
grossesse. Un peu plus connus sont les problèmes de
puberté précoce – seins déjà développés et poils
pubiens chez des moins de 8 ans, alors que ces signes
ne sont censés apparaître qu’entre 9 et 12 ans. Des
études américaines et danoises révèlent ainsi que le
développement mammaire a gagné un an en moins
de vingt ans ! Le pédiatre Jean-Pierre Bourguignon,
de l’université de Liège, interpellé par la fréquence
des cas de puberté précoce chez les enfants adoptés
– quatre-vingts fois plus touchés que les Belges « de
souche » – a suspecté que ces enfants, issus de pays
d’Afrique ou d’Asie, avaient été exposés à des antimoustiques très perturbateurs, comme le DDT.
« Nous avons prouvé en 2015 qu’il existe une nette association, observable chez les jeunes rats, entre les
problèmes de puberté et le bisphénol A », indique le
chercheur belge. Oui, oui, ce même bisphénol A qui
tapissait les biberons français jusqu’en 2010…

Quotient
intellectuel
« Le quotient intellectuel n’est pas, comme on l’entend
parfois, une notion subjective, affirme Maryse Bouchard, docteur en biologie à l’université de Montréal.
Il permet de mesurer scientifiquement chez un enfant
les capacités d’intelligence formelle, de compréhension
et même les espérances de revenus futurs. » Or, en 2011,
la chercheuse a mis au point une étude inquiétante
en se penchant sur le QI d’enfants de 7 ans dont les
mères sont ouvrières agricoles en Californie – donc
particulièrement exposées aux pesticides organophosphorés. Résultat : ceux dont l’urine des mères
présentait, au cours de leur grossesse, un taux particulièrement élevé de pesticides avaient jusqu’à
7 points de QI en moins que les enfants des mères les
moins exposées. Un dommage réel : le QI d’un être
humain moyen s’élève à 100.

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Les poissons (comme les produits laitiers et les œufs)
contiennent parfois des PCB – composés pourtant interdits
depuis longtemps – ainsi que du mercure, perturbateur
des hormones thyroïdiennes et sexuelles. L’atrazine, un
herbicide interdit en 2000, se retrouve encore quelquefois
dans l’eau du robinet.

était associée à un risque de 55
à 72% plus élevé d’être atteint
de TDAH ! Les perturbateurs
sont associés à d’autres problèmes de comportement que
l’on rassemble sous l’appellation «  troubles du spectre
autistique  » (TSA). Trois
lettres qui regroupent tout
l’éventail des difficultés à communiquer et à nouer des relations sociales, de l’autisme au
syndrome d’Asperger. «  Les
TSA connaissent une véritable
explosion ces dernières années,
s’inquiète Maryse Bouchard.
Un meilleur diagnostic, qui
fait qu’on identifie les cas plus
jeunes, n’explique que très parUne étude américaine de 2014 a confirmé ces dontiellement ce phénomène. » Au Québec, elle a ainsi
nées en se penchant sur les urines de mamans newdécouvert que les TSA touchaient un enfant sur 61 en
yorkaises : à 7 ans, les enfants des femmes les plus pol2013, contre un sur 833 il y a quinze ans. Mêmes
luées par les phtalates présentaient un déficit
constatations aux Etats-Unis, où les statistiques offiintellectuel pouvant aller jusqu’à 7,6 points comparé
cielles s’affolent : un enfant sur 68 est atteint de TSA
à ceux des moins polluées. Mais les neurones de nos
contre un sur 500 en 1995. En France, la progresenfants ne sont pas seulement mis en dansion semble moins marquée, puisque
ger in utero  : une enquête menée en 2015
aujourd’hui un enfant sur 150 est
concerné. Pour le moment, les études
chez des petits Bretons de 6 ans par le
Le dentifrice contient du triclosan,
CHU de Rennes et l’Inserm révèle que les
associant perturbateurs et TSA restent
un désinfectant cancérigène qui trouble
plus exposés dans la petite enfance aux
les œstrogènes. Les savons liquides,
rares. Tout de même, en 2014, en examipyréthrinoïdes (que l’on trouve entre
déodorants et gels douche abritent,
nant le liquide amniotique dans lequel
eux, du tricolcarban, perturbateur de
autres dans les insecticides agricoles et les
avaient baigné 128 garçons atteints de
la testostérone.
TSA, des chercheurs de l’université de
antiparasitaires vétérinaires) ont des comCambridge (Grande-Bretagne) ont
pétences en matière de mémorisation et
conclu que la concentration d’hormones
de compréhension verbale plus poussives
que les autres.

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Troubles du
comportement
Une étude de 2015 estime que, tous les ans, 20 000 à
30 000 cas en Europe de « troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité » (TDAH), caractérisés par une forte impulsivité et une difficulté à se
concentrer, seraient imputables aux perturbateurs.
La Canadienne Maryse Bouchard a démontré en
2010, en s’appuyant sur un panel d’enfants américains
de 8 à 15 ans, qu’une concentration dix fois supérieure
de pesticides organophosphorés dans leurs urines

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stéroïdiennes (progestérone,
testostérone et cortisol) y était
bien plus élevée que dans la
moyenne des liquides amniotiques.

Obésité
et diabète
Les recherches sur ces phénomènes sont encore balbutiantes, mais un rapport de
l’Inserm de 2013 souligne que
« plusieurs pesticides organochlorés sont suspectés d’influencer le poids des enfants
à la naissance, de favoriser la mise en place d’une obésité […], voire d’un diabète chez l’homme ». En 2009,
une enquête conduite par le Mount Sinai Medical
Center de New York allait déjà dans ce sens : s’appuyant sur 400 fillettes de 9 à 11 ans issues des quartiers de East Harlem, elle notait que les plus sévèrement obèses présentaient aussi le plus haut taux de
phtalates dans les urines. En 2012, une étude de l’université de New York pointait que, parmi un panel de
2 800 enfants américains, ceux qui avaient dans les
urines les plus fortes concentrations de bisphénol A

Les couettes, comme les matelas et les oreillers,
contiennent des retardateurs de flamme bromés,
des antiacariens comme la perméthrine
– insecticide suspecté être mauvais pour le Q.I.
et les capacités d’attention – et des antitaches à
base de composés perfluorés (PFC), nocifs pour
la thyroïde. Le paracétamol comme l’aspirine
sont reconnus comme inhibant la production
de testostérone. Quant aux enrobages de
médicaments, ils peuvent contenir des phtalates.

présentaient aussi deux fois
plus de risques d’être en
surpoids. En 2014, l’Institut de
Génomique fonctionnelle de
Lyon a démontré que chez le
poisson-zèbre, le bisphénol A
détraque un récepteur hormonal impliqué, entre autres, dans
la sécrétion de l’insuline. Or, c’est l’insuline qui régule
le taux de sucre dans le sang. Donc, ses dysfonctionnements peuvent avoir des incidences sur l’obésité
et le diabète.

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Comment
protéger vos
enfants 

L’OBS/N°2660-29/10/2015

Il existe bien des moyens de limiter
l’exposition des plus petits aux
perturbateurs. D’abord en comprenant
mieux leur fonctionnement très particulier

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L

es perturbateurs sont partout dans notre
environnement et souvent bien difficiles
à déceler. Ce n’est pas une raison pour ne
pas tenter de les chasser, d’autant que ces
mesures relèvent, au fond, du bon sens.
Première consigne : débarrassez-vous des
produits qui en contiennent trop souvent :
les parfums d’intérieur (au lieu des bougies, encens et désodorisants, achetez des
fleurs  !), les lingettes pour
bébé (rien ne vaut le liniment
passé au coton, voire l’eau courante) et, très souvent, les plastiques. Pour remplacer ces
derniers, pensez à acheter des
produits en vrac ou sous
emballage cartonné plutôt que
sous blister, privilégiez les
bouteilles en verre, les plats en
céramique, les couverts en
inox et les nappes en coton. De
même, dites adieu aux savons
liquides et autres gels douche
parfumés au profit du savon le
plus « brut » possible. Pour les
cosmétiques – la moitié de
ceux qu’on trouve sur le marché sont truffés de perturbateurs –, optez pour ceux labellisés Bio ou Eco. Même
imparfaits, ils limitent bon
nombre de poisons.
Pour vos papilles, il est
recommandé de privilégier le
label AB, qui garantit une

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s
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nourriture sans résidus de pesticides et d’engrais
chimiques. Les poissons gras comme le saumon –
plein de PCB – doivent, eux, être consommés en
quantité limitée. Et pour nettoyer la maison, rien de
tel que du savon noir, du vinaigre blanc et du bicarbonate de soude, tout aussi efficaces que les détergents. L’autre chose cruciale à faire est… de mieux
comprendre la spécificité des perturbateurs, car on
ne combat bien que ce que l’on connaît. Comment ça
marche, combien de temps agissent-ils ? Petit tour
d’horizon des questions simples qui permettent d’y
voir plus clair.

Un perturbateur
endocrinien = un sosie
chimique d’hormone

L’OBS

« Endocrinien » est synonyme d’« hormonal ». Une
Récepteur
hormone est en quelque sorte une
clé capable d’ouhormonal
vrir une serrure. Elle vient se fixer
sur son récepteur
(sa « serrure », donc) pour activer une fonction naturelle de notre corps. Or un perturbateur endocrinien
est une molécule chimique « sosie » de l’hormone. Le
récepteur-serrure est alors occupé par une « fausse
clé », qui ouvre la porte n’importe comment. En clair,
le perturbateur active la fonction dePerturbateur
manière disproqui joue les
« sosies »
portionnée ou, au contraire, l’empêche
d’être
activée.

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Bouchant la « serrure » par sa présence, il peut aussi
empêcher l’hormone de jouer son rôle.

Voilà comment
le perturbateur vient
se loger dans le récepteur
et détraque son
fonctionnement.

Jamais seuls en cause
Les perturbateurs jouent parfois un rôle important
dans les pathologies, mais souvent partagé avec
d’autres facteurs, comme la génétique ou le mode de
vie. « Prenons l’exemple de l’obésité infantile, fait valoir
Rémy Slama, épidémiologiste environnemental à
l’Inserm. Les perturbateurs sont suspectés d’y concourir, mais d’autres facteurs comme l’alimentation ou la
sédentarité ont bien sûr une influence majeure. » Idem
pour les signes de puberté précoces (seins et poils
pubiens) chez les filles : les bisphénols semblent en
cause, mais l’obésité, ainsi qu’un environnement
familial stressant,
jouent aussi un rôle.
La vraie hormone

Récepteur
hormonal

Perturbateur
qui joue les « sosies »

empêchée d’agir

Chez les Gaulois, déjà…
Nos ancêtres les Gaulois étaient déjà bombardés de
perturbateurs, et pour cause : ils sont légion dans la
nature. « Par exemple, le trèfle provoque des troubles de
la fertilité chez les brebis, tout comme des toxines produites par certains champignons provoquent des avortements chez les ovins », rappelle Rémy Slama. Du reste,
la perturbation hormonale naturelle n’a pas forcément
des effets négatifs sur notre métabolisme. « Nous

La vraie hormone
empêchée d’agir

Parution=29/oct./2015

33

Remise le=19/oct./2015

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Dans leurs cheveux,
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GRANDS FORMATS | E N C O U V E R T U R E

sommes ‘‘perturbés’’ quand nous nous réveillons tous
les matins ou encore quand nous tombons amoureux »,
résume Luc Multigner, lui aussi épidémiologiste à l’Inserm. Sauf que depuis la révolution industrielle et l’explosion de la société de consommation, nous sommes
submergés de produits nouveaux, notamment les plastiques et les pesticides. Autant de molécules auxquelles
notre organisme n’a pas eu le temps de s’adapter.

Découvrez la vidéo
«Comment éviter
d’intoxiquer vos
enfants!?» sur le
site de « l’Obs ».

Pas une question
de quantité
Traditionnellement, on mesure la nocivité d’une
substance selon sa quantité. « La dose fait le poison » :
c’est la devise de la toxicologie classique. Autrement
dit, une grosse lampée de cyanure ou une bonne dose
de radioactivité ont un effet plus fulgurant qu’une
petite. Mais rien n’est aussi simple avec les perturbateurs. Comme le souligne Maryse Bouchard, biologiste à l’université de Montréal, « on n’observe pas
forcément de lien dose-effet. Une dose élevée aura un
impact apparemment moins important qu’une dose
plus minime. Parfois, cet impact sera même inverse ».
Exemple avec le perturbateur que l’on trouvait dans
les biberons français, le bisphénol A : les chercheurs
de l’université de Liège ont démontré en 2015 qu’injecté en grande quantité chez les jeunes rats, il provoque une puberté précoce. En petite quantité, il
agit… dans le sens inverse en provoquant une « précocité tardive ».

C’est moins la dose que le moment où celle-ci est
ingérée par l’organisme qui importe. Etre exposé à
leurs effets semble infiniment plus grave pour un
enfant in utero ou pour un préado en pleine puberté
– deux moments où le système hormonal connaît un
énorme chamboulement – qu’à l’âge de 5 ans. Penser
les perturbateurs en termes de « dose » est d’autant
plus inadapté qu’ils ne surgissent jamais tout seuls
dans notre organisme, mais quotidiennement par
cinq, dix ou quinze. Or deux substances qui sont, en
soi, sans grand effet peuvent, une fois additionnées
dans notre sang, provoquer un effet cinq ou dix fois
supérieur et donc devenir très dangereuses. C’est le
fameux « effet cocktail », dont on sait encore bien peu
de chose.

Des effets
longue durée

Une chose est certaine : les effets des perturbateurs
se font ressentir longtemps, même après que les produits ont été interdits. Luc Multigner mesure ainsi
les dommages auprès de la population des Antilles
françaises du chlordécone, un insecticide utilisé dans
les bananeraies, toxique pour les neurones, nocif à la
reproduction et cancérigène. «  Interdit en 1993,  il
continue de contaminer des milliers d’hectares de sol
antillais et, par l’action des eaux de pluie, les nappes
d’eau souterraines et les produits agricoles. Il  reste
présent dans le sang d’une grande majorité de la population en Guadeloupe.  »
Pire encore  : quand la
substance incriminée
paraît avoir disparu, elle
peut continuer de causer
des dommages en étant
par Stéphane Horel, un
transmise aux générations
texte produit par l’industrie
suivantes, via l’hérédité.
chimique avance même
C’est le cas du Distilbène.
que les perturbateurs n’ont
Ce médicament prescrit
pas plus d’effet sur l’homme
aux femmes enceintes
que la caféine ou les films
pour limiter les fausses
d’horreur…
couches a été retiré du
Le hic, c’est que ces
marché français en 1977.
« doutes » sont
Mais les petits-enfants de
opportunément relayés
femmes qui en ont pris
par un certain nombre
présentent toujours plus
d’instances
de risques de souffrir
bruxelloises,"plus
d’obstruction de l’œsodésireuses de ménager
phage et, pour les garçons,
les industriels que la santé
de malformations génide nos concitoyens.
tales. « Pourtant la moléEt toutes ces gesticulations
cule du Distilbène n’est pas
finissent par payer":
persistante dans l’orgala définition de ce qu’est
nisme, explique Rémy
un perturbateur
Slama. C’est comme si
endocrinien, qui aurait dû
celui-ci avait gardé une
voir le jour en 2013, est
‘‘mémoire’’ de sa présence et
restée au fond d’un tiroir.
la transmettait à la génération suivante. »
(1) La Découverte, 304 p., 19 euros.

L’OBS/N°2660-29/10/2015

Bruxelles intoxiqué par les lobbys
Dans une enquête édifiante,
« Intoxication » (1), la
journaliste Stéphane Horel
raconte comment, en 2009,
le Parlement de Strasbourg
a chargé la Commission
européenne de définir
juridiquement ce que sont
les perturbateurs. Car
aucun pays ne peut
interdire, ni même limiter,
l’usage de choses qui
n’existent pas dans les
textes. Rien de plus simple
sur le papier… Sauf que,
rapporte la journaliste,
les industries chimiques et
les fabricants de pesticides
ont sorti l’artillerie lourde
en matière de lobbying
pour contrer une définition
qui pourrait leur coûter des
millions d’euros.
Un rapport très critique

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contre les perturbateurs
est remis en 2012 à la
Commission"? Il déclenche
illico une contre-attaque":
des pseudo-scientifiques
prennent la plume dans des
revues spécialisées pour le
dézinguer, lui et « son
approche “anecdotique” qui
ne permet pas d’offrir une
“analyse équilibrée”"» de la
question. Ces scientifiques
œuvrent en réalité au
service des grandes
entreprises et sont
rémunérés pour produire
de la sound science
(« science sensée »).
Ce charabia d’apparence
sérieuse ne sert qu’à semer
le doute chez les politiques,
et donc à retarder toute
forme de régulation. Parmi
les perles de déni relevées

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