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LUNDI 25 MAI 2015
WWW.SUDOUEST.FR

Actualité

Le mathématicien John Nash est mort

John Nash, prix Nobel d’économie en 1994, est décédé samedi avec
sa femme dans un accident de la route aux États-Unis. Le scientifique
de 86 ans avait inspiré le film « Un homme d’exception ». PHOTO MAXPPP

Notre air
de moins en
moins pollué
TENDANCE 2014 a été très favorable pour la pollution
de l’air. Depuis dix ans, elle ne cesse d’ailleurs de diminuer
BRUNO BÉZIAT
b.beziat@sudouest.fr

ondage après sondage, une
majorité de Français (autour de
60 % selon les enquêtes) affirme
que la qualité de l’air s’est détériorée
depuis une dizaine d’années. La réalité est pourtant exactement inverse.
Le tout récent bilan de l’année 2014
en Aquitaine confirme cette tendance lourde à une amélioration de
l’air extérieur que nous respirons. Et
cela concerne l’ensemble de la
France.
L’an dernier a été particulièrement favorable. L’hiver a été doux et
pluvieux, ce qui a mécaniquement
limité les émissions de particules
puisqu’une grande proportion de
cette pollution provient des chauffages, surtout des feux de cheminée.
L’été n’a pas été très ensoleillé, limitant ainsi la formation d’ozone. Tous
les polluants que l’on mesure dans
l’air ont ainsi baissé assez nettement
en 2014, ainsi que les fameux épisodes de pollution qui se déclenchent
au-delà d’un certain seuil.
«Mais le plus intéressant est d’analyser l’évolution sur la durée, plutôt
qu’un phénomène conjoncturel lié
à la météo », explique Sylvanie Chamaillard, de l’association Airaq, char-

S

gée de la surveillance de la qualité
de l’air en Aquitaine. 20 polluants
sont mesurés à partir de capteurs répartis sur tout le territoire dans toutes les régions françaises, mais quatre sont particulièrement suivis,
notamment celui des particules.

D’abord le bois de chauffage
Ces particules sont les polluants les
plus connus, à l’origine des pics
d’alerte qui suscitent émoi et effroi
dans le pays, comme au mois de
mars dernier et en 2014. « Contrairement à ce que l’on peut imaginer,
leur source est multiple et la circulation routière n’est pas la seule en
cause. » Le trafic routier n’en est
même responsable que pour 18 % en
Aquitaine, et 32 % en Gironde en raison du poids de la métropole bordelaise.
Reste que le trafic routier n’est jamais la principale cause de la pollution aux particules, même dans les
agglomérations. Le chauffage des
résidences, et particulièrement les
feux de cheminée, est bien l’explication majeure au rejet dans l’atmosphère de ces particules. Le problème concerne principalement les
foyers ouverts, c’est-à-dire les cheminées et les poêles « à l’ancienne ».

« Nous avons analysé la composition exacte des polluants les jours
de pics hivernaux, et la part de la
combustion du bois atteint 80 %. »
Voilà pourquoi il est recommandé
de ne pas faire de feu de cheminée
les jours d’alerte, mais personne ne
parle de leur éventuelle interdiction (1) alors que cette question
se pose pour l’utilisation de la voiture.
Dans le Sud-Ouest, les particules
proviennent aussi en moyenne à
35 % des activités agricoles, ce qui explique pourquoi la qualité de l’air
en zone rurale n’est pas franchement meilleure qu’en ville. Les pics
sont aussi réguliers en Dordogne,
Lot-et-Garonne ou dans les Landes.
Quant à l’industrie, elle rejette encore 17 % des particules dans l’air.
Mais la diminution des activités industrielles, la modernisation des
chauffages et du parc automobile
ont eu ces dernières années un effet
très positif sur le niveau de la pollution aux particules.
La baisse est de 30 % sur dix ans
pour les particules fines les plus dangereuses et cette tendance concerne
aussi les autres polluants comme le
dioxyde d’azote, le marqueur du trafic automobile qui n’est pas passé

Le chauffage des résidences, et particulièrement les feux de
cheminée, est la cause principale de la pollution aux particules.
ILLUSTRATION XAVIER LÉOTY

dans le rouge depuis bien longtemps. Idem pour le dioxyde de soufre lié à l’industrie, pour lequel les niveaux sont très faibles, ou encore de
l’ozone. Celui-ci est indexé à la situation météorologique et ses concentrations sont stables depuis dix ans.

Le constat est sensiblement le
même dans la région Poitou-Charentes les dix dernières années, selon le dernier bilan de la qualité de
l’air (atmo-poitou-charentes.org).
L’augmentation des pics d’alerte à
partir de 2011 est simplement la con-

Des atteintes à la santé multiples et bien documen
EFFETS SANITAIRES Insuffisance respiratoire,
aggravation de pathologies cardiaques, cancers :
les conséquences de la mauvaise qualité de l’air
sont attestées. Mais elles ne sont pas forcément
en rapport direct avec les pics de pollution

La gravité des affections
n’est pas forcément corrélée
aux pics de pollution les plus
spectaculaires. ILLUSTRATION G. B.

La pollution de l’air a un coût, au
moins sanitaire : entre 1 et 2 milliards d’euros par an en frais médicaux et en arrêts de travail, selon
une évaluation publiée début avril
par des chercheurs de l’Inserm et
de l’université parisienne Pierre-etMarie-Curie. Ceux-ci se sont attachés à déterminer la part attribuable aux polluants aériens dans
cinq maladies respiratoires répandues, dont l’asthme, les bronchites
chroniques et les bronchites aiguës. Ils ont exclu du champ de
l’étude les sinusites et les rhinopharyngites, qui auraient alourdi
un peu plus la note.
Les conclusions de ce travail ne
lèvent pas les incertitudes. Il peut

difficilement en aller autrement.
Les pathologies créées ou aggravées par la pollution de l’air procèdent généralement de plusieurs
causes, à commencer par le tabac
et par la mauvaise qualité de l’air…
intérieur (celui que l’on respire
dans les bâtiments, lire par
ailleurs). Qu’elles soient respiratoires ou cardiaques, elles ont souvent à voir avec des temps d’exposition prolongés aux polluants. De
ce fait, la gravité des affections n’est
pas forcément corrélée aux pics de
pollution les plus spectaculaires
mais plutôt à une pollution « à bas
bruit », un fond de sauce délétère
qui enflamme les poumons.
Longtemps négligé, voire mo-

qué, ce problème de santé publique est maintenant bien documenté. Parmi les polluants en ville,
on rencontre les oxydes d’azote
(NO et NO2) et l’ozone (O3), un gaz
issu de réactions chimiques sous
l’effet du soleil. Pour l’ozone, les épisodes de pollution surviennent généralement aux beaux jours. Autant l’ozone protège l’épiderme en
formant une couche dans la stratosphère (entre 20 et 50 kilomètres d’altitude) qui absorbe les ultraviolets, autant il est nocif quand
on l’inhale. Il peut provoquer de sévères troubles respiratoires.

Haro sur les particules fines
Mais l’ennemi que tout le monde
désigne depuis des années se décompose en deux mots. Ce sont les
particules fines. Ces poussières minuscules, ou microparticules, ont
des origines diverses. En milieu urbain, leur concentration doit beaucoup à la croissance continue du

parc automobile diesel ces dix dernières années. Le chauffage au bois
en est un autre gros pourvoyeur.
On distingue les PM 10, dont le
diamètre est inférieur à 10 micromètres, et les PM 2,5, dont le diamètre est inférieur à 2,5 micromètres.
Ces dernières sont les plus dangereuses. Leur taille minuscule les infiltre jusqu’aux alvéoles pulmonaires. Elles y provoquent des
inflammations des tissus qui
jouent un rôle dans les pathologies
cardiaques et pulmonaires. Elles
véhiculent aussi des polluants
comme les métaux lourds, ce qui
les implique dans l’apparition des
cancers.
Leurs effets à long terme ont été
mis en évidence dans l’étude européenne Aphekom, publiée en septembre 2012 pour son volet français. Ce travail a chiffré le gain
d’espérance de vie pour les habitants de 25 villes européennes si la
norme établie par l’OMS (Organi-