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Actualité

LUNDI 25 MAI 2015
WWW.SUDOUEST.FR

Athènes « ne
remboursera pas »
DETTE GRECQUE « Les remboursements au FMI en juin sont de
1,6 milliard d’euros, ils ne seront
pas faits, et d’ailleurs il n’y a pas d’argent pour les faire » : hier, les propos du ministre de l’Intérieur grec,
Nikos Voutsis, ont confirmé
qu’Athènes juge être allée au bout
des concessions à ses créanciers. Le
Premier ministre Alexis Tsipras
avait déjà affirmé samedi : « Nous
avons fait ce que nous avions à faire
[pour parvenir à un accord], c’est
maintenant au tour de l’Europe. »

Il avait tué deux
Noirs non armés :
le policier acquitté
ÉTATS-UNIS Au moins 70 mani-

festants ont été arrêtés à Cleveland,
dans l’Ohio, après l’acquittement
samedi d’un policier blanc qui était
jugé pour avoir abattu deux Noirs
non armés. Fin 2012, 14 policiers
avaient tiré au total 137 balles sur la
voiture de Timothy Russell, 43 ans,
et Malissa Williams, 30 ans, des
sans-abri qui n’avaient pas obtempéré à l’ordre de la police d’arrêter
leur véhicule et avaient été pris en
chasse.

Des fosses communes
en Malaisie
OCÉAN INDIEN La Malaisie a dé-

couvert des fosses communes susceptibles de renfermer les dépouilles de migrants du
Bangladesh et de Birmanie près de
camps mis en place par les passeurs, à proximité de la frontière
avec la Thaïlande. La police thaïe
avait découvert, début mai, des
camps de transit de migrants dissimulés dans la jungle du sud de la
Thaïlande, ainsi que des fosses
communes contenant des restes
humains.

La tension grimpe
après la mort d’un
opposant burundais
BUJUMBURA Le mouvement contre un troisième mandat du président burundais Pierre Nkurunziza
a appelé hier à reprendre les manifestations avec encore « plus de vigueur » après l’assassinat d’un de
ses leaders, Zedi Feruzi. Ce dernier a
été abattu samedi soir avec un de
ses gardes du corps alors qu’il rentrait chez lui. Les assaillants ont pris
la fuite mais, selon un journaliste
burundais qui discutait avec la victime au moment de l’attaque et a
lui-même été blessé, les tueurs portaient « des tenues policières de la
garde présidentielle ».

EN BREF
■ RUSSIE
En vertu d’une nouvelle loi, les ONG
étrangères actives en Russie et
jugées « indésirables » par le
pouvoir peuvent désormais être
interdites.
■ ROYAUME-UNI
L’opposition travailliste
britannique soutiendra la
proposition du Premier ministre
David Cameron d’un référendum
sur l’UE, tout en appelant à voter
pour rester dans l’Union.

Derrière ses ruines millénaires, la capitale bahreïnienne est un chantier permanent de gratte-ciel aux formes exubérantes. PHOTO J.-M. S.

Bahreïn, printemps oublié
MANAMA Dans cette petite pétromonarchie dirigée par la même famille sunnite depuis
le XVIIIe siècle, la majorité chiite s’était révoltée en 2011. Elle reste sous étroite surveillance
JEAN-MICHEL SELVA
À MANAMA (BAHREÏN)

L

es printemps se suivent mais
ne se ressemblent plus à
Bahreïn. En 2011, les opposants chiites à la monarchie sunnite ont tenté de tenir la rue durant
des semaines, provoquant l’ire du
roi et l’intervention de ses forces de
l’ordre avec le soutien de l’Arabie
saoudite. Quatre ans plus tard, la
situation politique n’a guère changé, mais les manifestants se sont
inclinés sous la pression, les emprisonnements et les tortures. Ils ont
tout de même protesté le 6 février
dernier dans la capitale, Manama,
contre l’arrestation du cheikh Ali
Salman, le chef du mouvement
d’opposition al-Wefaq.
Aujourd’hui, les affiches du Printemps de la culture ont remplacé
les bannières des manifestants : entre les portraits de la famille royale
et les annonces de concerts, on
tombe sur celui de l’ex-ministre socialiste Jack Lang, invité en tant que

président de l’Institut du monde
arabe.
Le royaume bahreïnien, la seule
pétromonarchie à majorité chiite
(environ 70 % de la population totale, alors qu’au Koweït, en Arabie
saoudite, au Qatar, dans les Émirats
arabes unis ou à Oman les chiites
ne dépassent pas 25 %), est gouverné par la famille sunnite al-Khalifa
depuis… 1783.

Une lutte démographique
Le militant des droits de l’homme
et ex-député d’al-Wefaq Sayed Hadi
al-Musawi explique que les chiites
ne considèrent pas les autorités
sunnites comme des ennemis :
« Nous voulons simplement vivre
comme les autres. Le pouvoir a naturalisé à tour de bras des immigrés sunnites venus du Pakistan,
de Jordanie, de Syrie ou d’Égypte.
Ce sont eux qui veulent changer la
démographie du pays. Nous ne
sommes pas des terroristes, nous
sommes loyaux à notre pays, mais

nous sommes mis à l’écart de l’éducation, de l’armée… Pourquoi ? »
Bahreïn continue son petit bonhomme de chemin selon le souhait de ses dirigeants : ressembler
à ses riches voisins comme le Qatar et les Émirats, mais avec des ressources pétrolières moindres. Ainsi, Manama, la capitale, et ses
environs sont un chantier permanent : des gratte-ciel aux formes
exubérantes forment un paysage
des plus modernes, des lotissements clos inexorablement vides
émergent des sables entre les pipelines venus du désert, dans le sud
du pays.

Royaume à deux vitesses
Bahreïn est étonnant, pris entre
tradition, religion et modernité.
On peut rencontrer dans un
même lieu de jeunes Occidentales
expatriées faisant leur jogging matinal en tenue Adidas et des femmes bahreïniennes se baignant
voilées intégralement de noir.

Les week-ends à Manama sont
un enfer pour les locaux voulant
utiliser leur véhicule : des milliers
de Saoudiens viennent passer la fin
de semaine à Bahreïn en empruntant la chaussée du Roi-Fahd, un
pont de 25 kilomètres qui relie l’île
à l’Arabie saoudite, créant des bouchons interminables, pour profiter des tolérances et ouvertures du
royaume : alcool, cigarettes et jeux
divers. Pourtant, dans les hôtels réservés aux Occidentaux, on ne
trouve pas une goutte d’alcool…
Entre répression féroce et chantiers titanesques, Bahreïn tente de
s’ouvrir au monde. Son « arbre de
vie », le Shajarat al-Hayah, planté au
beau milieu du désert, à quarantecinq minutes de Manama, entre
sable, torchères, pipelines et puits
de pétrole, est là pour rappeler que
l’espoir existe. L’arbre, un Prosopis
juliflora, se dresse seul dans cet univers hostile depuis quatre cents
ans. Sa source d’eau demeure toujours un mystère.

L’irruption en force de Podemos
ESPAGNE Les élections ont redessiné le paysage. Le mouvement des Indignés
devient la 3e force du pays. Sa plus belle victoire : la mairie de Barcelone
Municipales et régionales sans incident ni manifestation d’envergure,
hier en Espagne. Pas d’Indignés campant à la Puerta del Sol, à Madrid,
comme il y a quatre ans. La démonstration de force s’est déroulée dans
la discrétion des isoloirs. Près de
35 millions d’électeurs, sur 46,5 millionsd’habitants,étaientconviésaux
urnes.Laparticipationétaitenlégère
hausse (49,8 %) pour un scrutin annoncé comme celui du « changement».L’entréeenlicedesnouveaux
partis Podemos (anti-système de
gauche) et Ciudadanos (centriste et
libéral), mais aussi la multiplication
des affaires de pots-de-vin ont scellé
la fin du bipartisme Parti populaire
(PP)-Parti socialiste (PSOE) enraciné
depuis la mort de Franco.
Les premiers résultats officiels,

tombés peu avant 23 heures, ont
confirmé cet horizon. La droite espagnole sauve son étiquette de première force d’Espagne mais, pour
Mariano Rajoy, l’heure est grave.

Très serré à Madrid
Le PP perd du terrain. La formation
qui, en 2011, repeignait en bleu roi
une bonne partie du pays (plus de
37 % des voix), perd une dizaine de
points. Elle se retrouve au coude-àcoude avec les socialistes qui, euxmêmes, réalisent le plus mauvais résultat de ces deux dernières
décennies (25 %). Voici les deux partis traditionnels, contraints de partager le gâteau avec Podemos (3e position) et Ciudadanos (4e).
À Madrid, bastion du PP depuis les
années 1990, la candidate de droite

à la mairie, Esperanza Aguirre, était
en ballottage avec Manuela Carmena, appuyée par le mouvement des
Indignés, jusqu’aux derniers bulletins dépouillés. La conservatrice devrait finalement remporter l’Hôtel
de ville, à un petit siège de son adversaire, laquelle conserve une chance
de gouverner avec les socialistes.
Même scénario étranglé à Barcelone. Le maire sortant, Xavier Trias,
candidat du parti catalaniste conservateurCiU,s’inclined’unecourtetête
face à Ada Colau, la candidate de Barcelona en Común, coalition de plusieurs partis d’extrême gauche, dont
Podemos.
Au Pays basque espagnol, les indépendantistes du centre-droite (PNV)
avaient hier soir le sourire. Le parti
conserve son hégémonie dans la

Ada Colau, soutenue par
Podemos, remporte la mairie
de Barcelone. PHOTO QUIQUE GARCIA/AFP

province de la Biscaye, ainsi qu’à la
mairie de Bilbao, sa capitale. La formation centriste s’impose aussi à
Saint-Sébastien, une ville qu’elle
n’avaitplusdirigéedepuistrenteans.
Pantxika Delobel