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usines de chaussures comme casernement15. Cet effectif décroîtra à moins d’un millier
d’hommes à partir de 1917.
LA CHAUSSURE FOUGERAISE DANS LA GUERRE TOTALE (1916 – 1918)
La reprise de l’activité industrielle et la chaussure nationale.
La reprise de l’activité économique coïncide avec la normalisation des circuits bancaires, du
fonctionnement des transports ferroviaires et de l’administration postale. Pourtant, celle-ci est
longue à se dessiner car les entreprises de chaussure, du moins les plus importantes, dont
l’outil n’est pas immédiatement adaptable à la réalisation de fournitures pour l’armée, doivent
réorganiser leurs circuits commerciaux et leur process de production. Il leur faut en effet
renouer avec leur clientèle traditionnelle, trouver le cuir qui s’est raréfié en raison des
réquisitions militaires et pallier l’absence d’une partie de leurs cadres techniques et savoirfaire ouvriers. Nonobstant ces difficultés, auxquelles s’ajoute la mauvaise réputation de
l’industrie fougeraise aux yeux de l’intendance militaire, devenue le premier donneur d’ordres
économique, on constate néanmoins une nette reprise de l’activité à partir de 1916 comme en
atteste par exemple l’évolution des effectifs de la maison Morel : 1913, 370 salariés; janvier
1915, 225 salariés ; février 1916, 275 salariés ; juillet 1916, 370 salariés.
A l’été 1917, le ministre de l’industrie et du commerce Clémentel lance la fabrication, avec
des cuirs réquisitionnés et non utilisés par l’armée, d’une « chaussure nationale »
standardisée. Il s’agit de réaliser à partir d’un modèle type, à prix fixé et bon marché, des
articles civils, robustes, afin de mettre un terme à la pénurie de chaussure et à l’augmentation
des prix (triplement des prix entre 1914 et 1917). La production mensuelle est de l’ordre de
500.000 paires. Les industriels fougerais, initialement opposés à l’intervention de l’Etat dans
leur pré-carré mais qui ont néanmoins participé activement à l’élaboration du cahier des
charges de cette production, se mettent sur les rangs et obtiennent d’importants marchés. Plus
d’1/6ème des chaussures nationales16 soit environ 1,5 millions paires seront ainsi fabriquées, à
Fougères entre octobre 1917 et février 1919.
Associée à la montée en charge de la fabrication de « godillots » pour l’armée17, la production
de chaussure nationale dynamise l’activité industrielle, au point que ces « fabrications
d’Etat » représentent plus des 2/3 de la production fougeraise début 1918.
Ce retournement de situation ne va pas être sans générer des conséquences sociales.
La renaissance du mouvement syndical et une nouvelle place pour les chaussonnières
Le retour d’une conjoncture industrielle favorable à partir de 1916 et surtout 1917 n’est
évidemment pas sans poser un réel problème d’insuffisance de main d’œuvre, laquelle va se
traduire par une réactivation de la contestation sociale.
A l’examen de la statistique des mouvements sociaux 18, remarquons d’abord qu’en dépit de
l’adhésion des dirigeants ouvriers à la politique d’ »Union sacrée » et de la restriction des
libertés publiques découlant de la déclaration de l’état de siège, le mouvement social ne s’est
nullement éteint.
On relève ainsi dès janvier 1915 l’éclatement d’une grève de l’ensemble du personnel de
l’usine Morel pour protester contre l’imputation au débit d’un ouvrier coupeur de la valeur
15

Ainsi par exemple, une centaine de canonniers du 106ème RAL logent à l’usine Robillard, rue de Savigny et plus de 300 « cambouis » du
6ème ETEM sont hébergés à l’usine Bahu, rue des Feuteries,
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Le Franc Parleur du 5 février 1919, reprenant un article du Réveil Fougerais 2/11/1918 et suivants
17
En 1916, 9 usines de chaussures (Brionne, Deschartres, Gandais-Réhault, Gaboury, Tréhu, Perroin, Rouziau et Cie, L'Émancipation…) et
deux fabricants de talons, Hattot et Himbert-Le Bris-Nicoul travaillent pour l’armée selon Pierre Serrand et Marcel Denis, dans ouest-France
du 13 juin 2014
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ADIV 10M 77

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