Habart Michel Histoire d'un parjure.pdf


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Quand un peuple refuse une guerre qui offense son instinct, ses sentiments profonds et ses
valeurs essentielles, la légitimité de son origine et de ses moyens devient dans le procès qu’il lui
fait un préalable fondamental. Est-ce pourquoi les historiens interloqués ont vu le commissaire
du gouvernement, au procès du « réseau Jeanson », tenter de justifier son réquisitoire par des
considérations historiques qui n’étaient et ne pouvaient être qu’un puéril assemblage de
légendes rejetées depuis long temps avec la fausse monnaie de l’histoire?
La « sainte et glorieuse croisade» de 1830 devait, disait-on, débarrasser l’Europe et la
Chrétienté d’un nid de pirates et d’esclavagistes. On le dit encore : les mythes sont tenaces.
Quand la royale armada fit voile pour Alger, les raïs algériens avaient, depuis des années,
amarré leurs chebeks. Quant aux esclaves chrétiens, il ne restait dans les bagnes d’Alger qu’une
centaine de prisonniers de guerre, des Grecs de la guerre de Morée pour la plupart.
La vérité est que les prétextes de notre déclaration de guerre de 1827 n’étaient qu’une suite de
provocations montées à Paris par les ultras, et en Alger par le financier Jacob Bacri, lequel
Bacri avait, pour deux millions, acheté notre consul Deval, une créature de Talleyrand; lequel,
pour beaucoup plus cher et depuis plus de trente ans (en fait, depuis les fournitures au
Directoire, aux armées d’Egypte et du Rhin), était lui-même acoquiné et vendu à Bacri, lequel
répétait à plaisir qu’il avait « le boiteux dans la main ». Au bout de cette chaîne de fourberies se
trouvaient le duc d’Orléans et la guerre d’Algérie.
Des deux raisons essentielles de cette guerre, l’une procédait des convoitises qu’excitait depuis
des siècles le fabuleux « Trésor de la Cassauba », aussi légendaire en Europe que celui de
Golconde. Il était en effet colossal pour l’époque : les évaluations varient de 200 à 500 millions.
L’historien Michaud donne le chiffre, vraisemblable de 350 millions. (Le salaire moyen en
France était alors d’un franc par jour).
A leur manière, Charles X et le prince de Polignac, dont le charme et la grâce «vieille France»
auraient jeté une fausse note dans ces sordides scapinades, étaient des gentils hommes. Philippe
d’Orléans, ce « genspille hommes» (pour reprendre un jeu de mots vieux de cinq siècles) prêt à
tout pour réaliser l’obsession de sa vie, l’usurpation de la couronne, et qu’une odeur d’argent
frais mettait aussitôt en chasse, était l’homme de la situation. C’est ainsi que «Talleyrand bien
au vent», embrouillant et débrouillant les fils de la révolution de juillet, tissant sa toile de
corruption, achetant Thiers (informateur vénal qui toucha des bourses énormes aux fonds
secrets du Palais Royal) et les «révolutionnaires» du National, dupant Laffitte et Lafayette, fit
couronner son complice. C’est ainsi que les étudiants et les ouvriers parisiens se laissèrent voler
leur révolution, et que la guerre d’Algérie, engagée par la branche aînée pour prévenir sa chute,
en fut le signal.
Cependant, les bruits les plus fâcheux couraient la France et l’Europe sur le « pillage de la
Cassauba ». Les trois compteurs choisis par Bourmont (la «bande à Denniée») n’avaient «
trouvé» que 48 millions. Louis-Philippe fit de son ami Clauzel le vice-roi d’Alger et l’envoya
diriger cette affaire dans le bon sens : le sien. Une commission d’enquête fut nommée, remplit
le rôle qu’on attendait d’elle : chacun fut absous, à part quelques troupiers, qu’on laissait
d’ailleurs à leurs remords. Le trésor était intact. Ces histoires de vol et de pillage n’étaient que
subversion, insulte à l’armée. L’intendant Flandin fut le seul à refuser de signer ce procès
verbal de complaisance. Ce mauvais esprit lui valut les pires ennuis jusqu’à la fin de son
existence. Cependant, le trésor, amputé du « pourboire» officiel, empruntait les chemins de
Londres, où Talleyrand l’attendait. (Quelques bateaux furent aussi dirigés sur les ports sardes,