Habart Michel Histoire d'un parjure.pdf


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dont Nice). Allégé du poids des inévitables partages, il aboutit enfin aux coffres de LouisPhilippe. Vingt ans après, Napoléon III faisait main basse sur ce qu’il pouvait en retrouver c’est ce que Dupin appela « le premier vol de l’Aigle» - pour le consacrer à sa manne
plébiscitaire. Ainsi, nos trois dynasties figurent à leur honneur dans ce qui fut la plus grande
filouterie du siècle. Je dis filouterie, parce que la prise devait revenir au peuple français si elle
était légitime, au peuple algérien si elle ne l’était pas, mais en aucun cas au patrimoine, déjà
gigantesque, de la Maison d’Orléans.
Tel est ce royal apologue. On a quelque peine à y croire. Pourtant les précisions des affaires
Flandin, l’enquête du professeur Emerit (le plus lucide des historiens de l’Algérie), les
révélations des biographies de Michaud ne laissent guère de doute. Les écrits du temps
abondent en allusions à peine voilées. La croyance populaire remplissait de cet or les caves des
Tuileries ou des bricks voguant vers l’Angleterre ou l’Amérique pour mettre le magot à l’abri
des révolutions à venir.
Dès lors, Clauzel « tenait» le roi. Il en profita pour faire d’Alger une satrapie, friponnant des
milliers d’hectares dans la Mitidja, multipliant !exactions et cruautés. Quand le souverain
fronçait les sourcils, Clauzel faisait imprimer dans les journaux à sa dévotion, comme
L’Afrique française, des phrases de ce genre : « Les dépouilles devenues invisibles de la
Cassauba ne doivent pas être l’unique résultat de la guerre d’Afrique».
Tels furent les vrais parrains de cette guerre : Jacob Bacri, un ruffian de génie, Deval, un agent
provocateur proxénète, le prince de Talleyrand ou l’Astaroth-diplomate, le roi Louis-Philippe «
cette âme plus basse que mon parquet », disait Charles X), le président Thiers, l’un des plus
grands criminels de notre histoire, et le maréchal Clauzel, dit « l’Homme Colonie », qui s’était
déjà distingué à Saint-Domingue. Les sequins, doublons et diamants que les Algériens
thésaurisaient depuis des siècles furent les dragées de ce glorieux baptême, que bénirent avec
transport le Pape et tous les prélats du royaume.
Louis-Philippe était trop compromis dans l’affaire de la Casbah pour, dès lors, risquer son
Algérie dans le moindre conflit avec une Angleterre qui le tenait et à laquelle il devait tout. La
flotte anglaise dominait à merci ce pré carré de la Maison d’Orléans et du même coup la
politique de son obligé. «Ce n’était pas une alliance, écrivait alors Théodore Muret, mais une
humiliante vassalité. L’Angleterre avait dans l’orléanisme un instrument, elle sut s’en servir».
L’Algérie fut à la fois l’origine, l’alibi et l’excuse de cette trahison de dix-huit ans qui sacrifia
aux soins d’une Maison les dernières occasions d’assurer enfin la sécurité européenne de la
France, les promesses de sa vocation en Orient et dans le reste du monde. Une politique
vraiment nationale aurait eu besoin de l’appui du peuple. Mais la « meute», une fois lâchée,
risquait de balayer un trône impopulaire. Le roi dut donc céder au chantage algérien de
l’Angleterre et mena son pays à ce « Waterloo de la diplomatie» qui nous coûta bien plus
encore que celui de 1815. Dès 1831, des pasquinades sans équivoque couraient boutiques et
salons. Celle-ci par exemple :
Il parle anglais
Et même le souabe,
Mais il écorche le français