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Le boulevard qui apparaissait alors n’était pas qu’à l’échelle de mon parcours, il l’était également à
l’échelle de la technique propre à l’entretien d’explicitation. En tant qu’interviewée (« A ») je
n’atteignais la position de parole incarnée qu’à la fin de la 3ème journée où, tout à coup, mon corps
passa – enfin - d’une attitude du « penseur-de-Rodin-version-stressé-qui-cherche-à se-remémorer-unesituation » (corps penché vers l’avant, mains sur le crâne) à une attitude de « laisser-revenir » (corps
penché vers l’arrière, bras passé de l’autre côté du dossier de la chaise, fourmillements au niveau de la
nuque…).
En tant qu’intervieweuse (« B »), j’étais alors plus concentrée à essayer d’éviter de prononcer des
« pourquoi » rédhibitoires à la possibilité de contacter le vécu de manière « vivante ». Intellectuellement, j’adhérais totalement aux principes de l’entretien d’explicitation. J’étais bien loin de les acter, de
les « expériencer » de manière organismique6…
Pendant les six mois qui séparèrent le stage de base et le stage avancé, je me surprenais, dans ma pratique professionnelle d’accompagnement des formateurs en formation de responsable pédagogique, à
les écouter différemment… pour verbaliser des relances que je ne me serais pas imaginer faire avant la
formation à l’Entretien d’explicitation.
Il est évident que mon entourage familial vit la différence puisque je profitai de la moindre occasion de
« perte de mémoire » pour proposer un petit échange… qui fit parfois ses preuves.
Je me rendais également compte – sans chercher alors à me l’expliquer - que j’étais plus performante
en tant que B (à l’instar de mes propres critères tels que : effectuer des relances permettant à A d’aller
au contact de son expérience intime ; documenter l’action dans sa micro-temporalité…) lorsque
l’échange se déroulait par téléphone.
Juillet 2012 : stage de niveau 2 (Pierre Vermersch)
Le stage de niveau 2 fut l’occasion pour moi de faire mes premiers pas, balbutiants, dans la communauté des « grexiens » dont les attributs majeurs sont : St Eble et la bergerie rénovée de Pierre Vermersch, les pauses café délicieuses dans tous les sens du terme, les longs moments sur les marches de
la bergerie, les enregistrements d’entretiens, les discussions sur les parcours des « anciens »… Je
découvrais alors que ce qui était nommée une « technique » dépassait largement le périmètre attribué à
ce terme. Une communauté de praticiens et de chercheurs de divers horizons géographiques et
professionnels se réunissaient régulièrement et ce depuis des années pour peaufiner la pratique et la
conceptualiser !
Techniquement, nous travaillâmes sur les dissociés, les autres instances de soi. Je dois dire que je mis
à profit ces cinq journées, davantage pour pratiquer l’explicitation avec des experts en la matière
(grâce auxquels j’appris énormément tout autant en tant que A qu’en tant que B) que pour conceptualiser la pratique du recours aux dissociés. Je me rends compte a posteriori que l’éloignement géographique (8 heures séparent St Eble de mon domicile), mes congés qui démarraient juste après le stage,
firent que le stage avancé resta pour moi un moment « encapsulé », d’où ne sortit pas directement des
pratiques différentes mais juste une Isabelle parfois transformée en elfe virevoltant au-dessus de la
salle de formation de la bergerie de St Eble…
C’est cependant à mon retour de congés que je demandai à mon directeur la possibilité d’accompagner
des formateurs en formation par la VAE, pour accéder au titre de responsable pédagogique, ce qui fut
accordé.
Non seulement je continuai de recourir à la pratique de l’entretien d’explicitation dans mes
accompagnements de formateurs en formation (surtout à leur faire verbaliser leurs vécus de stage)
mais je l’utilisai également en accompagnement VAE sans toutefois utiliser les dissociés, qui me
paraissaient trop éloignés des règles tacites de mon environnement professionnel. La technique s’avéra
précieuse pour aiguiller les formateurs vers la verbalisation de leur expérience telle qu’il l’avait vécue
plutôt que telle qu’ils pensaient l’avoir vécue. Je constatai alors que cet aiguillage procurait un grand
soulagement aux personnes en VAE tant elles stressaient de devoir discourir sur leurs pratiques. De

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Ibid
Expliciter est le journal de l’association GREX2 Groupe de recherche sur l’explicitation n° 110 mars 2016