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J’ai durant ces cinq jours, en dépensant beaucoup d’énergie et grâce aux témoignages des autres
participants, « entrevu », «entresenti » la possibilité de la multidimensionnalité de l’action. « Ce » que
j’avais contacté disparaissait au moment du passage à l’écrit, comme si la frontière entre les dimensions réfléchie et pré-réfléchie était infranchissable. J’appris cependant à faire la différence, parmi « ce
qui remontait » entre ce qui relevait de l’implicite ou ce qui relevait du commentaire.
Techniquement parlant, le stage d’auto-explicitation m’a permis, avec les autres, sur un mode plus
intellectuel que ressenti, de revisiter les techniques de base de l’explicitation (le rythme du guidage
notamment le « faire ralentir », la fragmentation, la mise à jour des prises d’informations accompagnant toujours les prises de décision, le déroulement temporel de toute action de l’ante-début à la postfin, l’amplification et la qualification…), ainsi que les dissociés (les différentes appellations de soi). Je
découvris également la notion d’intentions éveillantes sans pour autant les « vivre »… J’appris à
distinguer dans mes écrits les différentes couches du vécu, ce qui me passionna, me permettant de
mieux me connaître et de mieux questionner et relancer les A, en entretien d’explicitation. Enfin je
découvris qu’une volonté douce vis-à-vis de soi-même ne signifiait pas pour autant une volonté inefficace.
Les effets de ce stage furent intéressants tant dans l’accompagnement individuel que j’effectuai en
VAE ou en apprentissage que dans les formations de formateurs. Je me rendis compte d’une part que
« j’arrondissais les angles », en étant plus douce avec les A, moins déterminée coute que coute à obtenir de la verbalisation et d’autre part que j’utilisai plus finement et en approfondissement toutes les
étapes de l’entretien.
Aout 2014 : université d’été
Je ressentis la proposition de travail de Pierre Vermersch, pour cette première université d’été à laquelle je participai, comme une belle réponse au goût d’inachevé de la fin du précédent stage. Faire
expliciter des choses qui sont difficiles à faire expliciter, rendre accessible des transitions, questionner
le « rien », le « déjà-là » pas encore sémiotisé… Séparer son « je » de son « potentiel » ! Toutes ces
propositions me parlaient/séduisaient tant… intellectuellement… que dès le départ je me lançai
l’intention éveillante de me laisser aller à tout mon potentiel, à accepter de ne pas savoir ce qu’était ce
potentiel, intellectuellement et rationnellement parlant.
Pour le coup, nous plongeâmes dans une dimension que je n’avais jamais encore explorée, où nous
cherchions des « graines de sens », une forme de présence, un mouvement, une direction…
Durant les exercices en sous-groupe, en utilisant les techniques à disposition (Feldenkrais, dissociés,
explicitation, focusing…) et en maintenant en prise avec l’instant, en questionnant en sous-modalités,
chaque sous-groupe s’essaya à faire « descendre » les A à un niveau de plus en plus « épuré » au niveau du sens. Nous ne cherchions pas à accéder à une granularité de plus en plus fine, mais à faire
émerger un sens nouveau pour soi ; le niveau 1 correspondant à la mémoire spontanée, le niveau 2 à la
thématisation obtenue grâce aux outils classiques de l’explicitation, le niveau 3 à une pensée à contenu
« non verbalisable », le niveau 4 à la sémiotisation du niveau 3.
Naïvement, je me formulai, en faisant référence à une phrase de Pierre Vermersch qui m’avait
interpellée, que nous n’étions plus sur l’escabeau mais bien dans les pots de confiture… Et en effet, à
la lecture de la revue Expliciter n°69 datant de 2007, je découvris le paragraphe suivant écrit par Pierre
Vermersch dans un article intitulé « Les bases de l’auto-explicitation » : « Je fais donc un premier
revirement dans mon écriture, je passe du point de vue de la méthode à celui des objets qu'elle permet
de viser et d'atteindre. Je disais, en réponse à certaines questions, que l'entretien d'explicitation n'était
rien en comparaison de ce qu'il permettait d'atteindre. Dans un langage métaphorique, "que je voulais
construire l'escabeau qui me permettrait d'attraper les confitures" ; si l'escabeau était clairement
l'entretien d'explicitation, quelles étaient les confitures ? ».
Durant l’université d’été je me mis dans le bain et semblai comprendre ce qu’il passait (je me revoie
dire à Pierre Vermersch, l’avant dernier jour : « mais il suffit de questionner le niveau 3 pour aboutir
au sens ! »), mais a postériori je me rends compte que la prise de conscience n’est que superficielle car
si je creuse c’est vide. C’est suite à cette université d’été que je pris conscience de deux choses importantes pour la suite de mon parcours avec l’entretien d’explicitation : d’une part je ne pourrai jamais
m’approprier toutes les productions engrangées par le GREX au fil des recherches, pratiques, séminaires etc., ce qui ne m’empêchait pas de me laisser aller lors notamment des universités d’été. D’autre
Expliciter est le journal de l’association GREX2 Groupe de recherche sur l’explicitation n° 110 mars 2016