110 expliciter mars 2016.pdf


Aperçu du fichier PDF 110-expliciter-mars-2016.pdf - page 5/60

Page 1...3 4 56760



Aperçu texte


5
part que mon souhait cher était de peaufiner la technique et qu’il me restait encore à explorer plus en
détails les marches de l’escabeau pour in fine, répondre à une aspiration forte : celle d’accompagner
des personnes dans l’appropriation et l’utilisation de la technique tant celle-ci me parait saine et
respectueuse de l’individu en lien avec son environnement.
C’est pendant l’université que Pierre Vermersh me fit remarquer que la technique du focusing me serait utile. J’interprétai son invitation comme la possibilité d’aller visiter d’autres dimensions que
celle(s) autorisée(s) par mon « je » et ses croyances, représentations associées…
En mars 2015, j’animai un stage d’initiation à la technique de l’entretien d’explicitation auprès de 15
formateurs de GRETA (voir partie III). Ce fut un succès : non seulement je maîtrisais mon scénario
pédagogique et étais à l’aise lors des débriefings, mais également je me sentais porteuse d’une méthode qui transformait les manières de voir, de se représenter le monde. Cela faisait bien longtemps
que je ne m’étais pas sentie aussi utile dans mon travail. Dans son article Analyser les gestes
professionnels des enseignants7, Emmanuelle Maître de Pembroke précise : « Selon Kant, l’éthique est
un système de valeurs qui trouvent leur fondement dans l’intériorité de l’être ». Cette citation
m’interpelle dans le sens où l’animation d’une formation à l’explicitation me nourrit profondément.
Mai 2015 : stage de focusing (Pierre Vermersch)
Le stage de focusing a été « révolutionnaire » pour moi puisqu’il m’a permis d’aller au contact de mon
« sens corporel » (englobant le péri-corporel). Suite à la formation, j’ai dévoré le livre de Bernadette
Lamboy, Devenir qui je suis8, dans lequel elle cite Mia Leijssen : « Dans la théorie expérientielle, le
corps est vu comme l’être humain total, avant la scission corps-esprit ; le corps ressent la signification
et détecte beaucoup plus de nuances dans une situation qu’une personne n’est capable de verbaliser à
ce moment, le savoir corporel est bien plus complexe que le savoir rationnel ». Bernadette Lamboy
ajoute : « en se référant à elle-même et en prenant en compte ce qui se passe corporellement, la personne accède à une connaissance globale complexe, où tout est interconnecté » (p. 171).
Outre l’énorme bénéfice personnel que je retire de l’initiation à la technique (Je suis désormais en contact avec mon sens corporel ; J’ai commencé une thérapie en focusing), le focusing complète la technique de l’explicitation par le questionnement en sous-modalités (mouvement, poids, couleur, son,
rythme, odeur, localisation, texture…). Il permet surtout de créer les conditions d’une émergence de
sens.
Je considère cette formation comme un énorme « plus » pour moi mais sortant du périmètre de mes
activités professionnelles. Le focusing s’avère particulièrement efficace pour travailler ma posture en
tant que B, lors d’un entretien d’explicitation. J’y reviendrai dans la partie 7.
Janvier à août 2015 : préparation à la demande d’habilitation à animer le stage de base
En décembre 2014 je demandai à Pierre Vermersch s’il voulait bien m’accompagner dans le processus
de certification, dans la perspective d’être guidée avec bienveillance par un expert, c’est le moins que
l’on puisse dire. Il accepta et j’en fus ravie, pour deux raisons : d’abord parce que même si Pierre est
très expert, il ne me met pas pour autant mal à l’aise (ce qui peut malheureusement m’arriver avec
d’autres personnes. J’y travaille…) et ensuite parce que je savais qu’il n’hésiterait pas à pointer du
doigt « là où ça fait mal », ce dont j’avais besoin pour évoluer de manière globale dans l’appropriation
de la pratique.
Je précise que mon activité professionnelle ne me laisse pas la possibilité de travailler « pour moi » en
dehors du temps de travail. C’est donc sur mes congés que je peux consacrer du temps à la préparation
du dossier.
J’oubliais : il y a un ante-début ! L’été 2014 avant l’université d’été je m’étais donnée 2 semaines pour
« boucler » le dossier, abordant cette activité de la même manière qu’une de mes missions professionnelles de formatrice de formateur ou consultante en formation professionnelle. A mon grand étonnement suivi d’un grand désarroi puis d’une déception, je me rendis compte que j’étais incapable
7

Mouchet A., L’entretien d’explicitation, usages diversifiés en recherche et en formation,
L’Harmattan, 2014
8
Lamboy B., Devenir qui je suis, Desclée de Brouwer, 2003
Expliciter est le journal de l’association GREX2 Groupe de recherche sur l’explicitation n° 110 mars 2016