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d’écrire quoi que ce fût. J’en déduisis alors que je n’étais pas suffisamment « au clair » avec la technique de l’entretien d’explicitation. Aujourd’hui, je me rends compte que c’était bien plus qu’une
« technique » qu’il me fallait acquérir…
J’envoyai à Pierre mon premier entretien « grille de chiffres » commenté en mai 2015 (voir annexe 1).
Je résumerai ses commentaires comme suit :
Contrat de départ ambigü ce qui fait que A se balade en n’ayant pas l’objectif de mémoriser, mais de
« se balader dans son expérience de mémorisation ». Cette consigne faussée a induit un tout autre type
d’activité intellectuelle que celle de la mémorisation.
La relation semble ambigüe entre A et B. Effectivement, c’était mon conjoint…
La technique est maîtrisée, mais les données recueillies ne sont pas très nombreuses
Globalement, cet entretien ne me met pas en valeur en tant que B.
Pour toutes ces raisons, Pierre m’encouragea à m’appuyer sur un autre entretien
Le mois de juin fut consacré à une dizaine d’entretiens « grille de chiffres » avec des amis et des collègues, que j’envoyai à Pierre pour avis, avant de commencer à les retranscrire. Je lui envoyai aussi un
dernier enregistrement d’entretien issu d’une demande d’un des formateurs en formation dans ma
structure, que nous nommerons Wilfrid. Celui-ci souhaitait documenter son vécu au moment où il
avait réalisé une interview.
Sur la base de tous ces entretiens enregistrés, Pierre me fit remarquer que je n’avais pas de problème
du côté de la technique mais plutôt du côté de mes « motivations », de ma « posture »… M’ayant au
préalable précisé qu’il m’accompagnait autant comme « superviseur » que comme « accompagnateur », il m’invita à réécouter l’entretien avec Wilfrid et à lui transmettre mes commentaires (voir annexe 2). A la réécoute, je découvris un B qui ne correspondait pas à celui que je croyais être. Cette
découverte provoqua chez moi une déception au goût amer. Ce B, par son intonation, m’évoquait une
attitude peu adaptée à celle correspondant, selon moi, à celle appropriée pour l’entretien
d’explicitation. Ce B, par son « trop de paroles », ne répondait pas à mes critères d’un « bon » B et enfin ce B semblait peu assuré et donc peu rassurant…
Commentant mes commentaires, Pierre me signifia que la prise de conscience du changement à opérer
était là et qu’il me restait dorénavant à incarner le changement.
Lors d’un échange téléphonique je verbalisai à Pierre le fait que je ne me sentais pas « à l’aise » en
tant que B dès lors que je demandais le service, à des amis ou des collègues, de me servir de cobayes
pour mémoriser une grille de chiffres. Je sentais que je n’accordais pas suffisamment de crédit, de
sens, au but poursuivi par l’entretien d’explicitation à savoir « s’informer ou aider l’autre à s’informer
de la dimension procédurale de l’action vécue9 ». En fait, les seules situations où je m’étais sentie à
l’aise étaient celles où je me sentais utile pour le A, où l’entretien, en tant qu’outil, allait permettre aux
A de mieux se connaître ou de comprendre des choses auxquelles ils n’auraient pas accédé sans cet outil. Pour exemple : ancienne formatrice en anglais, j’ai eu l’occasion, durant l’année scolaire, de rendre
service au fils d’une amie qui passait son bac cette année et avait 5 de moyenne en anglais en première. A chaque cours j’ai systématiquement eu recours à la technique de l’entretien d’explicitation
sans dire à mon interlocuteur ce que je faisais. A chaque exercice (réponse à une question de
compréhension posée en anglais, résumé français d’un passage oral en anglais, rédaction d’un petit
texte en anglais) je le laissais agir seul puis me décrire comment il avait fait, jusque dans les microdétails. Ce travail s’est avéré très intéressant pour lui puisque non seulement il a obtenu 8 au bac mais
surtout il m’a dit que mon accompagnement avait déclenché chez lui une manière particulière
d’apprendre. Sans qu’il me le dise je le savais puisque je me rendais bien compte, chaque samedi matin, qu’il prenait plaisir à aller au contact de son expérience pour pouvoir la modifier la prochaine fois
ou au contraire conserver ce qui avait bien fonctionné.
J’en déduisais qu’il fallait que je trouve une occasion où le recours à la technique de l’explicitation me
permettrait de rendre service « pour de vrai ». C’est alors que je me rappelai que mon jeune collègue
webmaster m’avait suggéré, suite à un entretien « grille de chiffres », que peut-être l’entretien
d’explicitation pourrait lui être utile pour faire moins de fautes d’orthographe. Je lui proposai de tenter. En mode gagnant-gagnant, j’allais peut-être adopter une posture plus distanciée, plus assurée, plus
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Vermersch P., L’entretien d’explicitation, puf, 2010
Expliciter est le journal de l’association GREX2 Groupe de recherche sur l’explicitation n° 110 mars 2016