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en confiance… Effectivement je me sentis, durant les 3 temps de l’entretien d’explicitation, investie
d’une mission et confiante dans le recours à la technique comme susceptible de mettre à jour l’action
dans sa globalité, dans sa micro-temporalité, dans ses couches de vécu. C’est l’objet de la partie suivante (partie II-1).
Pierre me conseilla également de me rapprocher des membres du GREX afin d’envisager un entretien
d’explicitation avec un « A expert ». Ce que je fis (voir partie II-2).
C’est la première fois dans mon parcours professionnel que j’apprends une pratique d’entretien. J’ai
été désagréablement surprise de me rendre compte combien le décalage était important entre ce que je
sais sur la pratique de l’entretien d’explicitation et ce que je sais faire avec l’entretien d’explicitation.
Je compare mon avancée sur cette compétence10 à celle que j’ai vécue sur la conduite automobile. A
l’issue des 20 heures de cours de conduite et des quelques heures de code, j’avais le droit d’avoir un
volant entre les mains, mais je n’étais pas du tout sure de moi en situation réelle. Après un an de conduite, j’avais pris de l’assurance sans pour autant conduire en pleine confiance… Après 2 ans de conduite, je me sentais capable de pouvoir faire face à bien des situations sur la route...
Je considère l’entretien d’explicitation d’abord comme une pratique, qui s’appuie sur des éléments
théoriques très riches et très variés qui, même si je suis loin de les connaître tous, correspondent à mes
valeurs. J’ai cependant l’intention d’être vigilante pour ne pas « découpler » la théorie et la pratique.
Les deux doivent être étroitement imbriqués : lire, oui, mais pas sans articuler, relier, « osmoser » le
résultat de mes lectures avec ma pratique en situation professionnelle ou privée d’une part mais aussi
avec les membres du GREX pour échanger et ainsi progresser dans la pratique… Puis ensuite,
conceptualiser à partir de son vécu pratique…
Après quatre ans de « relation » avec l’EDE (sigle communément utilisé pour Entretien
D’Explicitation), le passage issu du premier livre11 de Pierre Vermersch sur l’entretien d’explicitation
(p. 171) ne peut mieux me parler : « Par rapport à une technique d’entretien, l’intervieweur
n’entretient pas un rapport d’extériorité : il est (il devient) lui-même l’instrument. Une des conséquences essentielles est que toute formation à une technique d’entretien sera une formation impliquante, dans le sens où il est autant nécessaire pour la personne de découvrir ses attitudes et
d’apprendre à se réguler dans le cadre de la relation que de savoir formuler des questions pertinentes. Prendre conscience de ses attitudes n’est pas sans conséquences sur l’identité personnelle et
professionnelle, sur les valeurs et les objectifs qui sous-tendent les choix professionnels. Intégrer dans
son métier d’autres compétences que celles relatives à la discipline que l’on enseigne, sans pour autant devenir « un psy » ne va pas sans bousculer notre vision du monde ».

10

Mathieu Gagnon (2008) : « savoir agir fondé sur une pratique réflexive impliquant la mobilisation et la combinaison
efficaces de ressources individuelles (connaissances, habiletés, attitudes…) et du milieu (informations, personnes,
matériel…) à l’intérieur de situations-problèmes jugées complexes »
11
Vermersch P., L’entretien d’explicitation, puf, 2010
Expliciter est le journal de l’association GREX2 Groupe de recherche sur l’explicitation n° 110 mars 2016