Carayol 2013 Prévention tertiaire Cancer.pdf


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Le rôle de l’activité physique dans la prévention tertiaire du cancer

le sens d’un meilleur contrôle du poids, d’une amélioration de la qualité de vie et d’une diminution de la
fatigue, de l’anxiété et de la dépression notamment pour
les cancers du sein et de la prostate qui ont été les mieux
étudiés, mais les preuves restent limitées (niveaux de
preuve B). En effet, les résultats des essais restent encore
controversés, et pour les autres localisations de cancers,
notamment côlon, hématologique et gynécologique, le
nombre d’essais randomisés et contrôlés trop insuffisant
ne permet pas d’aboutir à des conclusions. Concernant le
cancer du poumon, un seul ERC interventionnel a mesuré
la qualité de vie et n’a pas mis en évidence de différence
entre les groupes [8].

Pendant ou après le traitement
du cancer ?
Plusieurs méta-analyses ont également synthétisé les
résultats des essais par type d’effet secondaire, mais
la plupart n’ont pas distingué la localisation du cancer
et/ou la période d’intervention en AP i.e. pendant versus après chimiothérapie/radiothérapie [9-12]. Or, même
si des effets à long terme persistent, l’intensité des effets
secondaires des traitements varie considérablement selon
la période [13]. Dès lors que suffisamment d’études ont été
publiées, il paraît donc important de distinguer la période
aussi bien pour la mesure des effets de l’AP que pour
la formulation de recommandations pour nos patients.
Les résultats des méta-analyses les plus récentes sont présentés dans le tableau 2. Pendant le traitement adjuvant,
des interventions en AP qu’ont montré leur efficacité sur
la réduction de la symptomatologie dépressive et de la
fatigue chez les patient(e)s atteint(e)s d’un cancer du sein
[14], de la prostate [9], et tous cancers confondus [10]. En
outre, une amélioration de la qualité de vie a été montrée chez les patientes atteintes d’un cancer du sein sous
traitement adjuvant [14]. Après le traitement adjuvant du
cancer, à ma connaissance, une seule méta-analyse a évalué l’efficacité d’une intervention en AP en synthétisant
les essais cliniques de manière exhaustive [10], mettant
en évidence une diminution de la fatigue tous cancers
confondus. Une autre qui n’a retenu que les études jugées
de bonne qualité méthodologique a confirmé l’impact
significatif sur la fatigue et a montré une augmentation
significative de la qualité de vie après les traitements du
cancer (toutes localisations) ; en revanche, la diminution
de l’anxiété et de la dépression n’était pas significative
[15].
Les méta-analyses publiées rapportent un bénéfice des
interventions en AP sur la fatigue et la qualité de vie pendant et après les traitements du cancer ; les résultats sur
la symptomatologie dépressive et anxieuse vont également dans le sens d’une amélioration mais n’atteignent
pas toujours la significativité.

Les limites des essais
En comparaison des essais cliniques de phase avancée
testant l’efficacité des médicaments, la recherche évaluant
des programmes d’AP chez les patients cancéreux dispose
de moyens financiers largement inférieurs impliquant à ce
jour une moins bonne qualité méthodologique des essais
publiés. Le faible nombre d’ERC interventionnels en AP,
venant s’ajouter à une taille d’échantillon souvent modeste
(e.g. 15 essais sur 17 inclus dans une méta-analyse sur
la période adjuvante du cancer du sein comportaient
moins de 50 sujets par groupe [14]) limite la représentativité de la population incluse et donc la possibilité
de généraliser les résultats mis en évidence. Un travail
récent montre que des essais proposant des interventions
courtes et présentant une qualité méthodologique et une
taille d’échantillon faibles rapportent des améliorations
plus importantes des facteurs psychologiques [16], suggérant la nécessité de conduire d’autres ERC de bonne
qualité méthodologique avant de conclure à une preuve
d’efficacité. Même si la qualité des essais s’est améliorée au cours des vingt dernières années, le recrutement
des participants semble s’adresser à une population relativement jeune (l’âge médian était de 50,5 ans dans cette
même méta-analyse, alors que l’âge médian du diagnostic
du cancer du sein de phase précoce observé en population générale américaine est de 58 ans), posant question
sur l’impact d’un programme d’AP chez des patients cancéreux âgés (> 65 ans) [7]. Enfin, une limite fréquemment
relevée dans ce type d’étude est le choix du contenu pour
le groupe contrôle ; le plus souvent, il s’agit d’un groupe
témoin recevant la prise en charge classique et non pas
d’un groupe placebo, ce qui ne permet pas de contrôler
le temps de contact avec les patients du groupe interventionnel. Ainsi, cela pose la question de l’identification
des causes de l’effet observé dans de tels essais, puisque
nous ne sommes à l’heure actuelle pas en mesure de distinguer l’effet « accompagnement » (aussi désigné effet
« placebo ») de l’effet « AP » pur.

Quelles recommandations
pour les patients ?
Plusieurs expertises ou sociétés savantes ont formulé des
recommandations de pratique d’AP en prévention tertiaire du cancer, mais elles ne font pas de distinction
entre la période des traitements adjuvants et l’après traitement. L’expertise Inserm et l’ACSM [5, 7] conseillent
30 minutes par jour, 5 jours par semaine d’activité aérobie d’intensité modérée, e.g. marche rapide, cyclisme,
natation, etc., en association avec du renforcement musculaire (aussi désignée comme AP contre-résistance) de
faible intensité mobilisant les principaux groupes musculaires à une fréquence de 3 fois par semaine selon

J Pharm Clin, vol. 32 n◦Copyright
1, mars 2013
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