gazette 20160408 14.pdf


Aperçu du fichier PDF gazette-20160408-14.pdf - page 3/237

Page 1 2 345237



Aperçu texte


© AUCTIONSPRESS

Passer de l’abstraction absolue à la figuration à la fin des
années 1930, quelle idée ! Célébré en France et surtout aux
États-Unis comme l’un des fondateurs de l’art abstrait, Jean
Hélion effectue ce chemin inverse aux autres. En 1939, il peint
une Figure tombée qui marque ce passage, moment où l’abstraction, note-t-il, « prend la forme d’un écoulement dans l’espace ». De cette même année date Le Cycliste. Plus que sur
l’homme pédalant, l’œuvre est centrée sur celui sortant de
chez lui, plein d’assurance, appuyé sur un parapluie et
chapeau mou sur la tête. Ce personnage deviendra récurrent
dans les toiles de la décennie suivante. Mobilisé, fait prisonnier,
évadé, Hélion rejoint New York en 1942. Période pleine de vie
et de désir pour l’artiste, qui épouse Pegeen Vail, fille de Peggy
Guggenheim, et se lance hardiment dans sa nouvelle peinture.
Dans ce climat particulier d’euphorie mêlée à la nostalgie
d’une époque révolue, Hélion fréquente Léger, Miró ainsi que
Thomas Bouchard, photographe et cinéaste, et sa fille, Diane.
Après un film consacré à Fernand Léger à New York (1942),
celui-ci va travailler à un court-métrage, Hélion : un artiste au
travail, dont le peintre assure le script et la narration. Cette
toile est l’un des acteurs du film qui montre l’évolution de
diverses œuvres dans le studio, suivant le peintre dans les rues
de la ville pleines de passants, où les hommes portent
borsalino, chapeau melon ou mou, casquette ou canotier.
Ils saluent leurs amis en soulevant leur couvre-chef. Ainsi
naîtront « Les Salueurs », et une série d’hommes au chapeau.
Un plan présente l’artiste devant une boutique, croquant
plusieurs modèles exposés en vitrine. Hélion confiera :
« Un chapeau, pour moi, est comme la guitare pour les peintres cubistes : un objet féminin, doux, riche en forme et riche
de sens. » Le tableau est remarquablement construit, héritage
de sa période Abstraction-Création, les couleurs sublimant
le sens – valeur essentielle pour le peintre – qui domine aussi
bien le figuratif que le non-figuratif, débat caduc. L’Homme
au front rouge, indifférent au monde extérieur, sûr de luimême, est celui qui fend la foule et avance sans regarder
en arrière. Comme Hélion, qui dédicace cette toile à Thomas
ANNE FOSTER
et Diane Bouchard. Un adieu à l’Amérique.

© ADAGP, PARIS, 2016

À LA UNE

Jean Hélion (1904-1987),
L’Homme au front rouge, 1946,
huile sur toile, 63,5 x 53,5 cm.

QUAND ?
Dimanche 24 avril.
OÙ ?
Versailles. Versailles Enchères SVV.
COMBIEN ?
Estimation : 350 000/400 000 €.