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Expo Lorraine .pdf



Nom original: Expo_Lorraine.pdf
Titre: Mise en page 1
Auteur: Thierry Palau

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2009_09_14_NO_eXpO_Lorraine_5:Mise en page 1 14/09/09 16:09 Page1

© ECPAD, F or t d’ Iv r y

1

Portrait d’un tirailleur sénégalais de la 2e armée, photographie de la SPA, 1940.

LORRAINE PORTE DES SUDS
Un siècle de présence et d’immigration
C

© Co ll. A c ha c

ette exposition offre un récit exceptionnel sur un siècle
de présence des Suds en Lorraine et sur les différents
flux migratoires qui, génération après génération, ont
contribué à l’histoire de la région, de ses départements,
des principales municipalités (Nancy, Metz, Verdun…) et des
différentes agglomérations urbaines ou zones rurales. Cette
exposition s’appuie sur l’ouvrage Frontière d’Empire, du Nord à
l’Est et les nombreux textes et images que cet « album de
famille » sur l’immigration des Suds a rassemblé. À travers
douze panneaux, couvrant une période longue de 1870 à
aujourd’hui, l’exposition Lorraine, Porte des Suds se veut
un témoin riche et complémentaire de l’ouvrage.

Moi reconduire toi, moi bien jouer, moi bien rire...toi content aussi...!, carte postale signée F.B., 1916.

a Lorraine a entretenu pendant de longues décennies un rapport particulier
aux Suds. De la guerre de 1870 (avec la présence des Turcos) à la Seconde
Guerre mondiale en passant par l’appel massif aux troupes coloniales de
militaires et de travailleurs lors de la Grande Guerre, la région se caractérise
par une forte présence militaire issue des outre-mers qui croise une
présence « de travail » s’inscrivant dans l’histoire du mouvement ouvrier
français. Parallèlement, le fait colonial est présent en Lorraine dès le début du
XXe siècle à travers les villages ethniques itinérants, l’émergence d’une école
artistique fascinée par l’orientalisme, l’action de propagande de l’Institut colonial de Nancy à partir de 1902 ou encore l’importante exposition coloniale
de 1909. Ces différentes traces de la présence des Suds ont contribué à créer
un regard spécifique sur l’Autre, mais aussi à créer des zones de contact
entre les populations locales et les « indigènes ». Si l’entre-deux-guerres
marque un net repli en ce qui concerne les immigrations de travail, on note une
forte présence des troupes coloniales en région, une sorte de ligne Maginot
« humaine » face à l’Allemagne.
Avec les Trente Glorieuses (1945-1975), le besoin de main-d’œuvre est tel, que
les vagues d’immigrés se multiplient et se diversifient. Pour l’industrie locale,
nombre d’ouvriers sont massivement recrutés au Maghreb. Enfin, les dernières
décennies, des années 70 à nos jours, verront émerger de nombreux paradoxes.
Au moment du regroupement familial, la déstructuration du bassin industriel
touche en priorité les travailleurs immigrés et installe durablement une crise profonde. Problèmes de chômage, crise du logement, déshérence de la jeunesse,
mais aussi lutte contre le racisme et naissance d’une vie culturelle et associative
sont les signes de cette génération qui s’exprime visiblement lors de la Marche
de 1983. Entre nouvelles générations et transmission des héritages, la Lorraine,
territoire frontière, perméable aux passages, découvre aujourd’hui sa relation
à l’histoire des immigrations des Suds.

© Co ll. A c ha c

© Co ll. A c ha c

L

Et dire qu’ils sont ceux qui nous ont appris
la civilité !!, carte postale signée J. Renois, 1917.

© Co ll . Ac ha c

Transformation des uniformes de l’armée française
de 1789 à nos jours, chromolithographie, c. 1890.

© Col l. É ri c De ro o

Les Attractions de l’Exposition (Nancy), carte postale signée Schilnamecke, 1909.

© Eye de a/ fo nds Gamma

Rencontre entre un officier de l’armée allemande et un responsable africain en visite dans
un Frontstalag (camp de prisonnier) en Lorraine, photographie anonyme, c. 1942.

© Eye de a/ fon ds Ga mma

Incendie d’une mosquée de la cité du Haut du Lièvre à Nancy, photographie
d’Alexandre Marchi et de François Demange, 2003.

Défilé de l’Association culturelle des travailleurs immigrés lors
du 1er mai à Nancy, photographie d’Alexandre Marchi, 2006.

Exposition coordonnée et réalisée par le Groupe de recherche Achac (www.achac.com), sous la conduite d’Emmanuelle Collignon et Pascal Blanchard en collaboration
avec le laboratoire ERASE 2L2S de l’université de Metz (Ahmed Boubeker), en partenariat avec l’Acsé, Direction régionale Lorraine, le Conseil général de la Meuse, la
ville de Nancy, la ville de Metz, le label Le Temps de l'Histoire 2009 et avec le soutien de la BDIC-MHC et de l’ECPAD ; création graphique : Thierry Palau ; iconographie
et documentation : Marion Sergent. L’ensemble des textes de la présente exposition est inspiré de l’ouvrage Frontière d’empire, du Nord à l’Est publié sous la direction de
Pascal Blanchard, Nicolas Bancel, Ahmed Boubeker et Éric Deroo, avec les contributions de Farid Abdelouahab, Abd al Malik, Emmanuel Amougou, Elkbir Atouf, Gilles
Aubagnac, Philippe Bataille, Christian Benoît, Pierre Besnard, Gilles Boëtsch, Corinne Bonnefond, Saïd Bouamama, Nicolas Buchaniec, Violaine Carrère, Marie Cegarra,
Sylvie Chalaye, Antoine Champeaux, Sabine Cornelis, Stéphane de Tapia, Karima Dirèche-Slimani, Nicolas Fournier, Stanislas Frenkiel, Arnaud Friedmann, Piero Galloro,
Yvan Gastaut, Paul Gaujac, Jean-René Genty, Douglas Gressieux, Matthieu Hazard, Moussa Khedimellah, Bruno Laffort, Sandrine Lemaire, Jean-Yves Le Naour, Pascal Le
Pautremat, Jean-Marc Leveratto, Christine Levisse-Touzé, Jean-Marie Linsolas, Christelle Lozère, Gilles Maury, Khadija Noura, Hervé Paris, Gilles Reymond, Jànos Riesz,
Maurice Rives, David Sbrava, Alexia Serré, Benjamin Stora, Laurent Veray et Catherine Wihtol de Wenden.
Avec les partenaires du programme et de l’ouvrage Frontière d’empire, du Nord à l’Est (La Découverte, 2008), les directions régionales de l’Agence nationale pour
la cohésion sociale et l’égalité des chances (Acsé) Alsace, Champagne-Ardenne, Franche-Comté, Lorraine, Nord-Pas-de-Calais et Picardie, la région Alsace, la région
Nord-Pas-de-Calais, la direction régionale des Affaires culturelles du Nord-Pas-de-Calais, la ville de Lille, la ville de Metz, la ville de Nancy, la ville de Roubaix, la ville
de Strasbourg, la BDIC-MHC et l’ECPAD.

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LORRAINE PORTE DES SUDS

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© Conse r v atoi r e r é gi onal e de l ’ i m age , N anc y - Lor r ai ne / Col l e c ti on CR I

2

Exposition de Nancy. Le train de l’exposition et le village sénégalais, photographie anonyme, 1909.

© A r c hiv es m unic ipa les d e N a nc y

L’EST DE LA FRANCE
ET LES COLONIES

© Co ll. A c ha c

Village sénégalais. 100 sujets (exposition de Nancy),
affichette non signée, 1909.

Village arabe, maison Djoumal de Tunisie à L’Exposition de Nancy, carte postale,1909.

ans un contexte de concurrence locale, où l’on assiste, depuis le début du siècle, à
la multiplication des « shows ethniques », est inauguré en 1902, l’Institut colonial et
agricole au sein de l’université de Nancy. Il se développe rapidement et met en place
un service de renseignements coloniaux et un petit « musée colonial ». Sept ans plus tard,
après de nombreuses villes françaises, un « village sénégalais » est inauguré le 21 mai 1909
au sein de l’Exposition de Nancy, véritable événement dans l’Est ; il va attirer un vaste public
et faire entrer dans l’Est de la France « l’esprit colonial ». L’attraction — aux côtés du palais
tunisien reconverti en café, des pousse-pousse indochinois et du souk arabe, organisée par
les entrepreneurs Bouvier et Tournier — offre au public une « très sincère reproduction d’un
village africain, cent sujets, hommes, femmes et enfants, représentant toutes les races du Sénégal »
affirme le guide pour les visiteurs. La formule, bien rodée, a déjà fait ses preuves dans de
nombreuses villes : pour un franc, le visiteur a sous les yeux les « plus beaux types des races
toucouleur, benga, thiam et wolof » qui s’exercent à différents travaux de cordonnerie,
broderie, tissage… et a le sentiment de « faire le tour du monde en un jour ». La mise en
scène est orchestrée pour alimenter l’imaginaire colonial : danses, tam-tams, marabout,
scènes de prières dans la mosquée improvisée, présentation de « nouveau-nés », mariages
à répétition… rythment les journées du village. L’attraction est un succès. Parallèlement, la
région accueille des visites officielles de hauts dirigeants et de personnalités en provenance
des colonies. Le roi du Cambodge Sisowath se rend à Nancy. Il est accueilli par la foule et
célébré pendant trois jours. Certains monarques viennent également en cure à Contrexéville
comme le shah de Perse ou des diplomates du Maroc. Ainsi émerge une culture coloniale
tournée vers l’exotisme, la curiosité, des formes ludiques d’exhibition du colonisé au côté
d’un univers publicitaire qui rend ces ailleurs plus proches.Après la guerre de 1870, marquée
par la défaite et la présence des Turcos et des Spahis qui avait fasciné la population locale,
on entre dans une nouvelle dynamique marquée par une même fascination pour ces Suds
offrant un regard où le stéréotype domine.

© Co ll. A c ha c

D

© Co ll. J.-M . La g ua r d e

Exposition de Nancy. Les pousse-pousse, carte postale, 1909.

© Henri Bellieni / Conservatoire régionale de l’image, Nancy-Lorraine / Collection Ritter

Maison Djamal. Palais et grand café tunisiens à l’Exposition de Nancy, photographie anonyme, 1909.

© Co ll. Pa rt. / DR

Le roi du Cambodge Sisowath à la revue de Malzéville (Meurthe-et-Moselle),
photographie d’Henri Bellieni, 1906.

Exposition internationale de l’Est de la France (Nancy), affiche non signée, 1909.

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LORRAINE PORTE DES SUDS

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© BDIC, Nanterre

3

L’APPEL À L’EMPIRE
ET L’ÉPREUVE DU FRONT

© Col l . Ac hac

Un cuisinier prépare le repas destiné aux tirailleurs algériens stationnés dans la gare de Nancy, photographie de A. Goulden, 1918.

« Nos spahis algériens. L’heure de la toilette »,
couverture de presse in Pages de Gloire, 1915
(novembre).

a Première Guerre mondiale va donner lieu à un recrutement
massif des soldats coloniaux en métropole dans le prolongement des recrutements de Turcos en 1870 et de troupes
supplétives pour les différentes conquêtes coloniales en Afrique
noire, à Madagascar, au Maroc ou en Indochine. La propagande,
devenue une arme du conflit, se fait l’outil de nombreuses campagnes
de recrutement. En parallèle, le SOTC (Service de recrutement
des travailleurs coloniaux) est créé afin de combler les besoins
de main-d’œuvre en métropole. Près de deux cent mille hommes
d’Afrique du Nord ou d’Indochine sont ainsi engagés jusqu’en
septembre 1918, auxquels peuvent être ajoutés les cent quarante
mille « volontaires chinois » recrutés sous contrat pour les
armées françaises, américaines et anglaises. Le front Est devient
le lieu de rencontre de la Grande Guerre où vont se croiser plus
de six cent cinquante mille hommes en provenance des Suds, alors
que les tranchées s’affirment comme le creuset du croisement
des peuples : Gurkhas venus d’Inde, tirailleurs sénégalais d’AOF,
des Antilles et de Polynésie, tirailleurs malgaches et troupes d’Indochine, soldats afro-américains ou sud-africains (notamment des
Zoulous), tirailleurs kanaks de Nouvelle-Calédonie ou Somalis,
tirailleurs algériens ou goumiers marocains… ils vont partager, à
égalité devant la mort, les affres de la guerre. Les tranchées
demandent aux soldats coloniaux une réelle adaptation et les
tirailleurs recrutés en Afrique noire doivent souvent être relevés et
hiverner, victimes du froid et des mauvaises conditions de vie :
« Âmes de soleil plongées dans le précoce hiver du Nord, Équatoriaux
ivres des grands espaces lumineux, impulsifs habitués aux charges fougueuses et conquérantes, d’être soudain parqués dans l’inertie de la
défensive, prisonniers dans cette atmosphère de brouillards et d’humidité,
renverse toutes leurs idées sur la guerre » (Fragment de l’épopée
sénégalaise, 1918). La reprise du fort de Douaumont en octobre
1916, décisive pour l’issue de la bataille de Verdun en 1917, s’est
notamment faite grâce à la participation de la « Force jaune » et
des troupes de Marocains, comme de nombreux autres faits
d’armes aujourd’hui oubliés de ce conflit. Dans les tranchées de
la Grande Guerre s’est écrite une des pages majeures de cette
présence des Suds en région.

© Co ll. A c ha c

L

© B DIC, N a nter r e

La cuisine des tirailleurs, carte postale signée F. Lafon, 1915.

© ECP A D, Fo r t d ’Iv r y

© ECP A D, Fo r t d ’Iv r y

Tirailleurs marocains au ravin des Vignes (Meuse),
photographie anonyme, 1917.

Sous-officiers de l’armée des Indes (Lorraine),
photographie de la SPA, 1916.

© Co ll. Éri c De roo

Premier régiment de spahis se rendant à la prise d’armes à Lénincourt
(Meurthe-et-Moselle), photographie de G. Augustin (SPA), 1918.

© Col l . Éric D ero o

Tirailleurs indochinois du bataillon des travailleurs (Lorraine), photographie anonyme, 1918.

© Co ll. Acha c

Tirailleur indochinois aux côtés de deux autres poilus. Souvenir de Verdun,
carte postale signée Guilleminot, 1917.

Journées de l'armée d'Afrique et des troupes coloniales,
affiche signée Lucien Jonas, 1917.

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LORRAINE PORTE DES SUDS

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© Ey e da / F onds K e y stone

4

Défilé des tirailleurs algériens à l’occasion des fêtes de la Renaissance (Verdun), photographie anonyme, 1920.

© Co ll. Ér ic Der o o

© Co ll. Ér ic Der o o

SOLDATS, PRISONNIERS
ET TRAVAILLEURS

1

2

1 - « Au chevet d’un Sénégalais »,
couverture de presse in Pages de Gloire,
1915 (septembre).
2 - « Franzöfifche Turcos und Senegalneger
in einem Gefangenenlager bei Berlin »,
couverture de presse in Illustrierter
Kriegs-Kurier, 1916.
© Co ll. A c ha c

© N a tio na l A r c hiv es a nd Rec o r d s A d m inis tr a tio n, W a s hing to n

3

3 - « Comment on distrait nos soldats
d’Extrême-Orient. Le théâtre des
Annamites », dessin de presse
in Le Petit Journal, 1917 (février).

US Army, Brush Gang (Meurthe-et-Moselle), photographie du Signal Corps USA, 1918.

a nouvelle forme de guerre est totale, et elle fait appel à toutes les forces de la nation.
Pour un combattant en première ligne, il en faut plus de trois à l’arrière pour assurer les
tâches de fabrication, de maintenance et d’approvisionnement. Des milliers d’hommes
sont affectés à des travaux de manutention dans les ateliers travaillant pour la guerre et une
partie sera recrutée dans l’Empire, en particulier en Algérie et en Indochine. Ils seront
envoyés dans les campagnes pour les moissons, dans les espaces forestiers, dans les poudreries,
les usines, les dépôts de chemin de fer… On trouve notamment des cantonnements à
Liffol-le-Grand (dans les Vosges) ou à Bazoilles-sur-Meuse. Un service d’organisation et de
surveillance des travailleurs coloniaux a été créé et gère cette main-d’œuvre « militaire » qui
va vivre le plus souvent en marge de la société française dans des camps spécifiques.Tout au
long de la guerre, pour faire face à l’affluence des blessés, de nombreux bâtiments sont
réquisitionnés pour être transformés en hôpitaux. À Épinal, deux hôpitaux disposent de plus
de mille lits pour la grande et la petite chirurgie, l’oto-rhino-laryngologie et la neurologie.
L’appel à ces soldats et travailleurs coloniaux entraîne une présence masculine aux mœurs
et aux religions différentes. Ils sont accueillis avec sympathie, et parfois mieux encore, par
les femmes. Mais, par peur des conséquences d’après-guerre, une circulaire du 25 novembre 1914 interdit aux familles de recevoir les « indigènes convalescents ». En outre, plusieurs
mesures restreignent les demandes de mariage et limitent les potentialités de rencontre.
Néanmoins, la population française va découvrir, durant la Grande Guerre, ces soldats en
convalescence ou en route pour le front, ces travailleurs, ces libérateurs, et, à l’arrière du
front, les mentalités en seront profondément changées.

© Co ll. A c ha c

L

© BDIC, Na nte rre

« La marraine », dessin de presse signé Leroy in La Baïonnette, 1916 (septembre).

© C oll . A ch ac

Soldats du 1er régiment de tirailleurs algériens à Château-Salin (Lorraine), photographie anonyme, 1918.

Ce que nous devons à nos colonies, affiche signée Prouvé, 1918.

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LORRAINE PORTE DES SUDS

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© n° i nv . PH B A 1829 - Photothè que Augusti n B outi que - Gr ar d - Douai - Col l e c ti on B ar on- Gal l oi s

5

Travailleurs maghrébins au café maure d’Aubry (dans le Nord de la France, à l’image des cafés en Lorraine), photographie anonyme, c.1930.

L’ENTRE-DEUX-GUERRES
ET LE TEMPS DE L’INVISIBILITÉ
ès la fin de la guerre, l’Allemagne entreprend une
campagne de propagande contre les « troupes
noires » françaises installées en Rhénanie depuis
l’Armistice. Les thèses développées et l’intensité de
cette propagande ont un réel impact sur les populations allemandes et par extension en Lorraine et
en Alsace. Face à cette pression qui dure plusieurs
années (1920-1923), les Sénégalais et les Malgaches
sont les premiers à être évacués de la Rhénanie,
puis ce seront les Algériens et les Marocains. Ces
thèses contribuent à exacerber une xénophobie
montante envers les travailleurs coloniaux. Dans le
même temps, un recrutement régulier mais encore
modeste de travailleurs maghrébins s’affirme dans
les années 20 : « Au fur et à mesure des reconstructions,
on vit apparaître des gens au teint bistre, aux cheveux
noirs et crépus. » (Marcel Polvent). Ils subissent une
surveillance accrue et une politique de quotas, qui
les présente comme « indésirables » aux yeux de la
population locale. Ils sont sans cesse encadrés et
répartis dans des centres de contrôle et des dépôts
de travailleurs comme à Nancy. Dans les années 30,
leur situation empire encore. Le travailleur colonial
est alors perçu comme un « danger social et sanitaire »,
accusé de tous les maux, chaque crime ou délit étant
repris par la presse. Leur condition de vie est en
outre difficile. D’après une enquête de 1938 en
Meurthe-et-Moselle sur une population de quatre
mille travailleurs, la plupart vivent dans des logements
de fortune, y compris des granges ou des caves, tous
insalubres. L’image de l’immigré qu’il soit travailleur
ou soldat colonial, d’un côté ou de l’autre de la frontière
Est, reste empreinte de préjugés et de stéréotypes.
En outre, les soldats coloniaux présents dans l’Est
de la France, même s’ils participent activement aux
festivités coloniales, sont également associés dans
la presse à des « fauteurs de trouble » et cause de
nombreux méfaits dans les villes de casernement.
Dans le même temps, la tradition d’Épinal fixe
l’allégorie du « nègre jouet » et des images entretiennent des représentations comme celle de ce
célèbre imprimé sur étoffe réalisée en 1925 par la
Compagnie des Vosges & Normandie. Dans le domaine
de la représentation des Suds, Jacques Majorelle,
l’un des maîtres du courant Art Nouveau de Nancy,
idéalise une certaine Afrique. Ses « négresses nues »,
thème très à la mode, rencontrent un grand succès
en Lorraine après avoir été exposées à l’Exposition
coloniale internationale de Vincennes en 1931 et au
Maroc (Marrakech).

© Co ll. P a r t./ DR

PLM. Le Maroc par Marseille, affiche signée Jacques Majorelle, 1926.

© Co ll. Ér ic Der o o

Mosquée provisoire pour la fête du 18e RTA à Metz-Chambière
(Moselle), photographie anonyme, 1925.

Sultan Sidi Mohammed ben Youssef, prince Moulay Hassan et Lyautey à Thorey (Lorraine),
photographie anonyme, 1934.

© Bu nde sarchi v, F ilma rchi v, Be rlin

© Co nse rva toi re ré gi ona l d e l ’ imag e , Nancy-Lorra ine / co ll e cti on CR I

La Main-d’œuvre immigrée sur le marché du travail en France,
couverture d’une revue de la CGTU, 1934.

Aux héros de l’armée noire (Reims), carte postale, 1924.

© A s s o c ia tio n po ur la c o ns er v a tio n d e la m ém o ir e d e la M o s elle en 1939-1945, Ha g o nd a ng e

© Co ll. FLE/ DR / A d a g p, P a r is , 2009

D

Propagandafilm Die schwarze Schmach (film de propagande allemande La Honte Noire),
photogramme extrait du film, 1921.

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6

© Col l . Ac hac

Pour la défense de l’empire, affiche signée Maurice Toussaint, 1939.

LA DRÔLE DE GUERRE
ET PRÉSENCE DES SUDS
u début de la Seconde Guerre mondiale, comme en 1914, la France compte sur les forces militaires
de son empire colonial pour s’opposer à l’Allemagne et à l’Italie. Le ministre des Colonies, Georges
Mandel, a développé un plan ambitieux pour faire venir en métropole « trois cent mille travailleurs
pour l’effort de guerre ». De fait, en mai et juin 1940, quarante régiments venus d’Afrique du Nord sont
engagés sur le front français. Huit mille tirailleurs et dix-neuf mille « ouvriers non spécialisés » arrivent
d’Indochine entre l’année 1939 et le premier trimestre 1940. Quelques milliers de travailleurs
maghrébins viennent également en renfort et les premiers régiments arrivent d’AOF : « Ioumanga
Ouedraogo est un des tirailleurs qui sont venus en France par milliers pour défendre sur la ligne Maginot les
frontières de leurs savanes et de leurs forêts… » écrit Le Miroir le 10 décembre 1939. L’opinion est
convaincue de la puissance de feu de cette force impériale. En juin 1940, à l’occasion du second Salon
de la France d’outre-mer, les troupes coloniales défilent dans les rues de Paris et confortent un sentiment
de toute-puissance de la France face à l’Allemagne. Pourtant, en quelques jours, c’est le désastre.
De Dunkerque aux Vosges, les unités « indigènes » ont tenté de résister à la Blitzkrieg ennemie.
Mitrailleurs malgaches et indochinois comptent parmi les premières unités françaises à subir l’attaque
allemande du 13 mai 1940 sur la Meuse. Quelques jours plus tard, c’est au tour des régiments sénégalais
et maghrébins de connaître le feu. Ces formations se battent courageusement, ce qui n’empêche pas
la défaite. À l’humiliation des armes, va s’adjoindre la haine des troupes allemandes contre les troupes
coloniales — particulièrement celles qui viennent d’Afrique noire ou des Antilles —, et de nombreuses
exactions et crimes sont dénombrés.

© Co ll. A c ha c

A

Colonne de tirailleurs africains prisonniers des Allemands (Moselle), photographie anonyme, 1940.

© ECPAD, Fort d’Ivry

Spahi du 7e RSA sur le front (Meuse), photographie de la SPA, 1939.

© Co ll. Ér ic Der o o

© ECPAD, Fort d’Ivry

« N’Colo Taraore, Caporal de régiment des tirailleurs sénégalais »,
couverture de presse in Bulletin des Armées d’Outre-Mer, 1939 (décembre).

© Coll. Éric Deroo

« Le spahi oranais », couverture de presse
in Le Miroir, 1939 (octobre).

Tirailleurs sénégalais prisonniers parqués dans un camp de fortune sur le bord d’une route (Moselle), photographie anonyme, 1940.

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© SH D, V i nc e nne s

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Tirailleurs africains dans un camp de prisonniers en Lorraine, photographie anonyme, 1940.

PRISONNIERS ET OCCUPATION
a défaite de la France face à l’armée allemande a pour conséquence de faire des centaines de milliers de prisonniers, dont
beaucoup de soldats coloniaux. Ceux-ci, contrairement aux
Français, sont maintenus (ou transportés) sur le territoire national
conformément aux ordres énoncés par les autorités allemandes qui
ne souhaitent pas avoir de prisonniers coloniaux sur le sol du Reich.
Selon une étude plus récente, on compte, au cours de l’été 1940,
vingt-huit mille tirailleurs afro-antillais (dont neuf mille Malgaches) et
quatre-vingt-dix mille captifs nord-africains. De nombreux camps pour
les troupes d’outre-mer — dénommés Frontstalags — se répartissent
dans la zone occupée à l’est, comme à Nancy. Parfois molestés, mal
soignés, les « prisonniers coloniaux » sont d’abord regroupés dans
d’immenses camps improvisés, avant d’être mobilisés pour l’industrie
de guerre ou sur les grands chantiers. Puis, début 1943, l’armée
allemande, qui occupe la totalité du territoire métropolitain et manque
d’effectifs pour le front russe, confie aux autorités françaises la garde
des camps. Cette mesure, rapidement acceptée par le gouvernement
de Vichy au prétexte qu’elle lui permet de reprendre la main sur ses
« soldats indigènes », est très mal prise par les tirailleurs, qui tentent
de plus en plus de s’évader. En effet, c’est une triple humiliation pour
ces hommes : ils ont connu la défaite, ils sont séparés de leurs frères
d’armes et ils sont gardés dans des conditions précaires par leurs
propres sous-officiers. Ainsi, à partir de 1944, des milliers d’entre
eux rejoignent les maquis comme ceux des Vosges, au sein desquels
des personnalités d’exception comme Addi Bâ les avaient précédés.
Dans ces « zones interdites » contrôlées par les Allemands — appelées
Ostland —, l’occupant fait appel à des travailleurs agricoles coloniaux
et de nombreux prisonniers sont envoyés depuis des Frontstalags
situés dans d’autres régions.

© Co ll. Ér ic Der o o

L

© Co ll. Ér ic Der o o

Troupe de théâtre improvisée par des tirailleurs emprisonnés dans un Frontstalag à Nancy, photographie anonyme, 1942.

© Co ll. Ér ic Der o o

Tirailleurs regroupés dans un camp d’internement en Lorraine, photographie anonyme, c.1940.

© Col l . Éric D ero o

Soldats coloniaux prisonniers travaillant aux champs (Lorraine), photographie anonyme, 1942.

© ECP AD, Fo rt d’ Ivry

Soldats indochinois prisonniers sur les routes pendant la débâcle de Moselle, photographie anonyme, 1940.

Tirailleur sénégalais prisonnier (Meuse), photographie anonyme, 1940.

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LORRAINE PORTE DES SUDS

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© Lé o Dur upt / Conse r v atoi r e r é gi onal de l ’ i m age , N anc y - Lor r ai ne

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Goumiers au Val d’Ajol (Vosges), photographie de Léo Durupt, 1944.

© Lo uis Vig uier / ECP A D, Fo r t d ’Iv r y

© N a tio na l A r c hiv es a nd Rec o r d s A d m inis tr a tio n, W a s hing to n

RÉSISTANCE ET LIBÉRATION

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1 - Addi Bâ — résistant dans les Vosges— et des habitants de Rocourt (Aisne), photographie anonyme, 1942.
2 - Tirailleurs de la 9e DIC lors de la bataille des Vosges, photographie de Louis Viguier (SPA), 1944.

rès d’un millier de tirailleurs africains, asiatiques et malgaches vont
s’opposer à l’occupant dans les régions du Nord-Est. La Lorraine
compte de nombreux exemples de cette résistance et leurs
engagements ont été reconstitués depuis quelques années grâce à des
travaux pionniers et notamment ceux du colonel Rives. Le Soudanais
Jean-Marc Coulibaly, prisonnier au Frontstalag 194 de Nancy, se défenestre plutôt que de travailler pour l’ennemi. Addi Bâ, Guinéen, rassemble,
durant l’été 1940, une troupe armée de quarante camarades dans les
bois de Vittel. En mars 1943, il est l’un des créateurs du premier maquis
de l’Est de la France. Arrêté trois mois plus tard, affreusement torturé,
il se tait et sera passé par les armes le 18 décembre 1943 à Épinal. Le
6 juin 1944, quarante prisonniers de guerre africains, ayant à leur tête
le sergent Terrot, neutralisent leurs gardiens à Boucq, en Meurtheet-Moselle. Ils rallient ensuite le maquis Lorrain XV, avec lequel ils
participent à divers sabotages.

© ECPAD, F ort d’I vry

P

La participation des « indigènes » à la Libération est un épisode important
de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale et leur contribution, en
Lorraine comme ailleurs, prépare la libération du territoire par les Alliés et
la France combattante. De fait, la nouvelle armée, après la fusion des FFL
(Forces françaises libres) avec l’armée d’Afrique en août 1943, comporte une
forte proportion de Maghrébins qui concourent à la libération de l’hexagone.
L’armée américaine débarque, elle aussi, avec une forte proportion de « troupes
noires », mais celles-ci sont « reléguées » dans des unités de soutien, de
génie, du train ou de services et d’intendance du fait de la ségrégation. Ces
combattants seront associés aux diverses commémorations et festivités de
la fin des combats et notamment dans les villes de l’Est libérées. Pourtant,
très vite, avec le retour dans l’Empire de ces combattants ou leur transfert
en Indochine, la mémoire collective va oublier ces « combattants des
Suds » alors qu’une nouvelle génération de travailleurs commence à
arriver en région pour participer à la reconstruction du pays.

© ECP AD, Fo rt d’ Ivry

Libération de Saulxures-sur-Moselotte. L’armée d’Afrique accueillie par la population (Lorraine), photographie de la SPA, 1944.

© Co ll. Acha c

Repos des tirailleurs et des goumiers (Lorraine), photographie de la SPA, 1944.

« Victoire », couverture de presse signée Raoul Auger, éditée par
la direction des services de presse du ministère de la Guerre, 1945.

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© AF P

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Travailleurs marocains attendant leur train qui les emmènera dans les mines, photographie de presse, 1947.

IMMIGRATION EN LORRAINE
ET CONFLITS COLONIAUX
près guerre, les régions de l’Est de la France ont besoin de bras pour se reconstruire. Les anciennes filières d’immigration se remettent en place, d’autres s’y ajoutent, contribuant à la croissance des immigrations des Suds dans la région avec la
création de l’ONI (Office national d’immigration). En outre, la mise en œuvre d’initiatives
privées et la structuration de réseaux d’immigration non contrôlés, essentiellement algériens, se superposent aux réseaux traditionnels et officiels de recrutement. Ces travailleurs immigrés en provenance majoritairement de l’Algérie (alors département français)
se retrouvent dans l’univers du travail, mais aussi dans celui de la politique et de l’activité
syndicale. Perméables aux conflits coloniaux lointains, s’ils sont peu touchés par la guerre
d’Indochine ou les indépendances au Maroc et en Tunisie, le conflit algérien va
les impliquer fortement. De fait, l’annonce des attentats du 1er novembre 1954 en Algérie
provoque une intense répression policière. L’implantation ancienne du parti MTLD
(Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques) entraîne la multiplication des
opérations de sabotage. Un conflit sanglant, entre le MTLD et le FLN (Front de libération
national), provoque alors plusieurs centaines d’attentats et de règlements de comptes.
Le MTLD (devient le MNA — Mouvement national algérien — fin 1954), qui règne
dans la région jusqu’à l’été 1955, subit une double pression : celle des forces de l’ordre,
qui réussissent à la décapiter en septembre, et celle du FLN. Se met en place, à partir
de juillet 1956, une escalade sanglante qui oppose les appareils militaires des deux
organisations. À cela s’ajoute, en janvier 1956, la création de l’Union des syndicats de
travailleurs algériens (USTA), qui connaît un essor rapide et significatif dans les départements de l’Est. L’apparition publique des militants se révèle spectaculaire lors
de grèves et de manifestations. Après la victoire du FLN en Algérie en 1962, l’Est —
particulièrement la Moselle, en pleine expansion économique — constitue, à nouveau,
une destination privilégiée pour les immigrés algériens. Dans le même mouvement,
les harkis se retrouvent dans l’agriculture et l’industrie, demandeuses de main-d’œuvre
peu qualifiée. Ils sont, selon une carte établie par les préfectures en 1987, presque aussi
nombreux dans le Nord et l’Est que dans le Sud. Mais leur absence de qualification et
la crise de l’emploi de la fin des années 70 les conduiront au chômage, avec 25 % dans la
population d’âge actif en 1990, et des taux records de chômage chez les jeunes.

© P r es s e s po r t

A

© P r es s e s po r t

Le joueur Akouate du FC Metz, photographie de presse, c.1960.

© Co ll. P a r t. / DR

L’Équipe du FC Metz, photographie de presse, 1966-1967.

© Archi ve s j ourna l L’Est Républicain

Manifestation de femmes musulmanes à Forbach (Moselle), photographie anonyme, 1961.

© Col l . Acha c

Contrôle d’identité à la sortie de la gare de Metz, photographie du journal L’Est Républicain, 1955.

© Archi ves j ourna l L’Est Républicain

Tu as servi en Algérie...Ton combat continue...,
affiche de l’UNCAFN, 1962.

Arrestation de travailleurs algériens (Nancy),
photographie du journal L’Est Républicain, 1962.

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© Je an- Cl aude F r anc ol on / Ey e da / F onds Gam m a

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Aciérie et laminoir. Société Sacilor à Hayange (Moselle), photographie de Jean-Claude Francolon, 1973.

TRAVAIL, REVENDICATIONS
ET CONDITIONS DE VIE
u cours de ces deux décennies (1970-1980), les origines des migrants se diversifient.
Algériens, Marocains, puis Turcs et enfin ressortissants d’Afrique noire arrivent par vagues
sur le territoire français et s’implantent en région Lorraine (le nombre de réfugiés du
Sud-Est Asie reste très faible). Si les migrants s’installent dans un premier temps dans l’univers
du travail et comptent retourner « au pays », cette double posture s’inverse à la fin des années
70. En outre, ils sont soumis à tous les contrôles et sont « naturellement » assignés à un statut
de force de travail temporaire. Pourtant, ils sont fiers d’être gueule noire ou homme du fer et ils
s’adaptent au mode de vie de la classe ouvrière, s’investissant dans la vie syndicale ou l’action
associative. Mais, on oublie souvent qu’ils n’étaient que les « parents pauvres » sinon les « moutons
noirs » de la grande famille ouvrière. Oubliés de l’Histoire, oubliés des structures officielles, ils
sont aussi les oubliés de l’histoire ouvrière, comme éternellement en marge et en dehors de la
communauté nationale française. Pourtant, à la suite du mouvement de Mai 68, un militantisme
nouveau des migrants apparaît. Il se fonde désormais sur l’autonomie et la prise de parole. À
travers des revendications comme le droit à un logement décent ou le droit à la dignité, il s’agit
de prendre acte de la spécificité de la situation des immigrés. On assiste à des formes renouvelées
de lutte comme les grèves de la faim ou des mouvements qui vont intégrer les sans-papiers. Le
regroupement familial a aussi changé le visage de l’immigration. Les travailleurs, des hommes
pour l’essentiel, seuls, que l’on disait célibataires, font venir leur famille. Le besoin de logement
se fait sentir. Des dortoirs collectifs de Denain aux bidonvilles de l’agglomération nancéenne,
une grande majorité de travailleurs des Suds et leurs familles vivent en périphérie et dans des
conditions dramatiques. Plusieurs mesures vont être mises en place, comme la création des
HLM en 1950. Leur construction autour de Nancy représente, au cours des années 60 et 70, un
effort important qui aboutit à la résorption partielle de ces bidonvilles. Mais, ils vont continuer
à accueillir une grande partie des nouveaux migrants en provenance du Maghreb jusqu’à l’aube
des années 80, s’installant dans le même mouvement dans la ghettoïsation, le chômage et
l’exclusion spatiale-sociale. De plus, le développement d’un chômage sectoriel lié à la rétraction
de l’activité minière, puis sidérurgique, et touchant en premier lieu les travailleurs immigrés,
constitue de nouvelles enclaves d’exclusion.

© Gér a r d B lo nc o ur t/ Rue d es A r c hiv es

A

© C. Dr uelle / Fo nd s ic o no g r a phique – Centr e his to r ique m inier , Lewa r d e

Travailleur dans un foyer pour célibataires (Nancy), photographie anonyme, 1973.

© Gé rard Bl onco urt/ Rue de s A rchi ves

© Col l . Pa rt. / DR

Voyage vers la France, photographie de C. Druelle, c. 1974.

Manifestation pour les revendications salariales (Nancy), photographie anonyme, 1968.

© Mi chel Bek h ira / L’E st R é publ ica in

Ouvriers en grève contre la liquidation de la sidérurgie à Longwy,
photographie anonyme, 1979.

© Col l . Lé la Be ncha ri f

Cité le Haut du Lièvre (Nancy), photographie de Michel Bekhira, 1973.

Travailleurs algériens. Sans travail... Sans logement...
Méfiez-vous, tract signé RSB, non daté.

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© Ar c hi v e s j our nal L’Est Républicain

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L’Épicerie Le grand Atlas (Nancy), photographie du journal L’Est Républicain, 1990.

© Co ll. pa r t./ DR

© Co ll. P a r t. / DR

NOUVELLES GÉNÉRATIONS,
NOUVELLES VISIBILITÉS

Marche pour l’égalité et contre le racisme, affiche signée Lallaoui, 1983.

Deux générations (Metz), photographie anonyme, 1997.

e début des années 80 voit progresser les luttes contre le racisme. Le défi d’une Marche pour l’égalité
et contre le racisme a atteint son objectif en 1983. Partie de Marseille, elle foule le pavé du Nord-Est
où les soutiens se multiplient comme à Nancy ou Metz (en relais avec Strasbourg et l’Alsace).
La France et ses régions découvrent leur dimension de terre d’immigration et beaucoup pensent que
définitivement une page se tourne. La génération des années 80 est l’héritière des mutations sociales et
politiques (désindustrialisation, chômage, ghettoïsation…), et, en même temps, elle impose de nouveaux
codes et une visibilité (notamment dans les médias) que n’avait pas connus la génération précédente, dont
le combat s’était fixé sur l’univers du travail ou l’action dans celui du lien associatif (ou communautaire) au
pays d’origine. Cette « seconde génération » se caractérise ainsi par une certaine désillusion à l’égard
des politiques publiques et des partis, et par un sentiment de discrimination particulièrement prégnant.
Dans le même temps, la Lorraine accueille durablement des populations originaires essentiellement du
Maghreb puis d’Afrique (à partir de 1980-1990) ou des pays frontaliers. La zone des trois frontières
(Lorraine, Belgique, Luxembourg) est éloquente pour l’analyse de l’islam qui se traduit par un imaginaire
de la mobilité, de la solidarité communautaire et de la lutte pour la reconnaissance (projets de mosquées,
de cimetières musulmans…). Enfin, dans les quartiers historiques de l’immigration, dès la fin des années
70 et tout au long des années 80, la libre entreprise à la mode « exotique » bouscule les traditions et
intensifie les mixités comme en témoignent les réussites de l'ethnique business en Lorraine. Turcs,
Algériens, Marocains, Maliens, Sénégalais… constituent une mosaïque d’origines qui forme une identité
propre à la Lorraine à l’aube du XXIe siècle. Plusieurs générations croisent leurs destins dans le présent,
mais c’est à la troisième génération que revient le dur « privilège » d’être à la fois d’ici — et invisible
dans cette posture — et de maintenir le lien avec l’ailleurs (celui du pays d’origine, celui des parents,
celui de cultures diverses et de religions spécifiques). L’enjeu est de taille et c’est ce même enjeu qui,
aujourd’hui, rend encore plus indispensable ce retour sur l’Histoire.

© B . Uta r o / L’Es t Républic a in

L

© B r ic e N o r eh

Sortie de mosquée à Faréberswiller (Moselle),
photographie de B. Utaro, 1990.

© Al ex and re Marchi /E yed ea /f ond s Gamma

La Petite Turquie, rue Saint-Nicolas (Nancy),
photographie de Brice Noreh, 2007.

© A rch ive s j ourna l L’Est Républicain

Émeutes dans la cité du Haut du Lièvre à Nancy, photographie d’Alexandre Marchi, 2005.

Le Marché de la cité Le Haut du Lièvre (Nancy), photographie du journal L’Est Républicain, 1993.

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© Col l . par t. / DR

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Les Chibanis (Nancy), photographie anonyme, 2000.

LE TEMPS DES HÉRITAGES
ET DES MÉMOIRES
a dernière période est marquée par l’affirmation publique d’une
nouvelle génération, mais aussi d’une dimension mémorielle
forte et culturelle explicite. Ces « enfants de l’immigration »
revendiquent sans complexe leur appartenance à la société française, mais, malgré un investissement dans les études pour certains
d’entre eux, ils sont toujours confrontés aux discriminations. Cette
génération se retrouve bloquée dans son ascension sociale. Les
problèmes de chômage et des quartiers non résolus ont conduit
en partie aux émeutes de novembre 2005 qui n’ont pas épargné
toutes les villes moyennes de Lorraine. Au contraire de cette vision,
les associations de l’immigration participent indéniablement de la
dynamique culturelle, politique et sociale de la région. Le nombre
d’élus « issus des minorités visibles » devient significatif dans certaines municipalités, malgré un héritage du vote frontiste encore
très fort. La vie associative est féconde sur tout le territoire. De
fait, la loi du 9 octobre 1981, accordant aux étrangers le droit de
s’associer librement, avait impulsé un élan considérable à la vie
associative née de l’immigration, dont la période actuelle est le
fruit, même si on assiste à une réelle difficulté de renouveau. Chaque
communauté, selon son origine, son histoire et sa culture, fait
rayonner ses spécificités culturelles, mais l’entrecroisement n’est
pas encore la norme, même si la coexistence s’organise de façon
prudente. La musique rassemble et fait danser une population
d’origines diverses, mais la presse semble toujours affirmer à l’égard
de celle-ci un regard folklorisé. Néanmoins, de nombreux festivals
multiculturels, en faisant événement, démontrent localement l’intérêt
tout à la fois esthétique et civique de la rencontre avec les cultures
étrangères. Par exemple, le Festival du film arabe de Fameck, créé
en 1990, s’ancre dans la vie associative d’une cité industrielle et a
accueilli en 2006 seize mille festivaliers, gage de son succès auprès
de la population régionale. Aujourd’hui, le lien entre mémoire de
la guerre et mémoire du travail commence à se faire, comme le
montrent cette exposition et l’ouvrage Frontière d’Empire, du Nord à
l’Est. En outre, la spécificité d’une « histoire des Suds » s’affirme ici,
peu à peu, comme dans de nombreuses autres régions, conduisant
les collectivités territoriales à repenser la notion de « mémoire sur
le territoire ». C’est au carrefour de ces mutations que l’Histoire
s’écrit pour que les Suds s’insèrent définitivement dans l’Est de la
France et en Lorraine… terre ouvrière, terre de culture, mais aussi
terre d’immigration européenne, coloniale et post-coloniale.

© Le C.A .M .P / A tla s

Fameck. 18e Festival du film arabe (Moselle), affiche
signée Arnaud Hussenot et Se-Lyung Moon, 2007.

Le carré de la nécropole nationale des soldats musulmans
de la Première Guerre mondiale à Douaumont,
photographie de Jean-Christophe Verhaegen, 2006.

© F ranço is N a s c im beni / A FP

À nos morts, flyer de l’album du C.A.M.P
(Collectif d’artistes pour une mémoire partagée), 2007.

© Jea n-Chr is to phe Ver ha eg en/ A FP

© Fes tiv a l d u film a r a be, Fa m ec k

L

© Be noi t Gai ll ot/F es tival Au fo nd du j ardin de Miche l

Vétéran de la Première Guerre mondiale lors de l’inauguration
du mémorial des soldats musulmans à Douaumont,
photographie de François Nascimbeni, 2006.

Alpha Blondy au festival Au fond du jardin de Michel (Bulligny, Meurthe et Moselle), photographie anonyme, 2008.

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