THE DAY I MET THAT GIRL.pdf


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Prologue.
Le jour où j’ai rencontré cette fille était un jour d’automne. Le ciel était gris, le vent
détachait les feuilles mortes de leurs branches et les gens marchaient dans la rue à grands pas,
le nez plongé dans le col de leur manteau. Pas elle. Elle, elle ne portait qu’une robe d’hôpital
tâchée sur les cotés et ne semblait même pas avoir froid. Ce n’était pourtant pas sa tenue qui
m’avait marquée la première fois que je l’avais vue, mais plutôt l’expression de son visage,
son air totalement perdu. La façon dont elle se mordait la lèvre inférieure, ses petits poings
serrés, le pli sur son front. Elle avait les yeux levés au ciel et de longs cheveux bruns foncés
recouvraient ses épaules. Ce jour-là, j’étais déjà très en retard pour mon premier jour de
travail à cause de plusieurs raisons : un réveil qui n’avait pas sonné, un t-shirt troué, un chat
qui, coupable, avait tenté de s’enfuir de mon appartement et enfin, un bus qui n’était pas passé
pour cause de grève. Étrangement, ce genre d'événement n'arrivait que quand ma voiture
décidait de me lâcher. En résumé, j’étais d’assez mauvaise humeur pour commencer cette
journée qui ne promettait que d’empirer. Malgré cela, je n’avais pas pu m’empêcher de rester
planté devant cette fille. Elle qui me donnait la chair de poule à être là, en plein milieu de la
rue, sans rien pour couvrir ses bras et ses jambes. Elle qui se faisait bousculer par les passants
pressés sans même réagir. Elle qui ne portait pas de chaussure et dont les orteils avaient viré
au violet avec le froid de l’automne. Ma conscience me disait de partir, elle me hurlait que si
je n’avançais pas, j’allais finir par me faire virer avant même d’avoir pu travailler. Pourtant,
mes pieds semblaient décidés à ne pas bouger. C’était comme si j’étais cloué au sol et qu’une
force invisible écrasait mes tempes de ses mains pour que je ne détourne pas le regard de la
fille en question. Après plusieurs secondes, elle avait dû se rendre compte que je la fixais car
elle avait tourné la tête vers moi. Son visage était inexpressif et ses yeux étaient entourés de
cernes, comme si elle venait à peine de sortir d’un sommeil trop profond. Elle s’était
approchée de moi, avait posé une main sur ma joue et avait ensuite planté son regard dans le
mien. J’étais assez mal à l’aise alors qu’elle, au contraire, semblait tout-à-fait calme. Ses yeux
étaient immenses et bleus, tels deux perles. Elle n’était pas magnifique comme fille, mais son
air enfantin la rendait attachante malgré la pâleur de son visage. Elle avait froncé les sourcils
avant de faire retomber sa main le long de son corps et avant même de pouvoir prononcer
quoi que ce soit, elle avait été prise d’une quinte de toux. Elle s’était pliée en deux, ses mains
sur ses genoux et j’avais peur qu’elle ne se mette à vomir. Cette fille souffrait-elle d’un
lendemain difficile ? Peut-être, mais cela n’expliquait pas la robe. D’un pas hésitant, je
m’étais approché d’elle avant de m’agenouiller pour pouvoir voir son visage.
– Vous allez bien ?
Bête question, bien sûr que non elle n’allait pas bien, cela se voyait. Elle s’était relevée et
avait ensuite secoué la tête. Elle avait tenté de parler mais aucun son n’avait voulu sortir de sa
bouche. A nouveau, elle avait été prise d’une quinte de toux. Autour de nous, les passants
commençaient à la regarder d’un air mi-inquiet, mi-intrigué. Je m’étais senti mal pour elle.
Délaissant un peu le stress de mon retard, j’avais retiré mon manteau pour le poser sur les
épaules de la fille.
– Vous devriez rentrer chez vous.
Elle m’avait regardé avec une telle détresse que j’en avais compris qu’elle n’avait pas envie
de rentrer. Ou bien qu'elle n'avait simplement nul part où aller. Qui était cette fille ? Et que
faisait-elle dehors ainsi vêtue ? Sans réfléchir plus, je l’avais aidée à se relever et lui avais
ensuite proposé quelque chose à boire chez moi. Elle n’avait fait qu’acquiescer et m’avait
suivi sans répondre. De toute façon, elle en semblait incapable. Visiblement, l’idée de suivre
un parfait inconnu jusque chez lui ne lui faisait pas peur. Ce jour-là était peut-être un mauvais
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