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Région

L UN DI   5  S E P TE M B RE   201 6

L ' AL S A CE

LE PORTRAIT DU LUNDI

Fernand Hessel, la médecine au cœur
Le cardiologue Fernand Hessel a réalisé toute sa carrière à Mulhouse. Retraité, il n’a jamais raccroché sa blouse blanche. La médecine, c’est sa vie, et la personne à soigner
est au centre de son activité. Il reste également engagé dans plusieurs fondations et s’investit pour le système de télémédecine.

Cinq dates
• 1936 : naissance à Sarreguemines.
• 1954 : baccalauréat philosophie.
• 1961 : mariage avec Andrée
Izraelewicz, d’où naîtront deux
filles puis trois petits-enfants.
• 1963 : doctorat en médecine
à la faculté de Strasbourg.
• 1992 : pose de la plaque en
hommage  au  capitaine  Alfred
Dreyfus à Mulhouse, sous l’égide de la Fondation Dreyfus.

L’essentiel

Fernand Hessel poursuit son travail de médecin en développant, via trois fondations, des engagements vers les personnes âgées et les jeunes. Il continue à militer pour le respect de la personne, tout en
partageant son expérience.
Photo L’Alsace/Denis Sollier

Sabine Hartmann

Dans la salle de travail de la Fondation Dreyfus, qui offre une vue imprenable sur les arbres centenaires
du  square  du  Tivoli,  à  Mulhouse,
Fernand Hessel est assis devant des
piles  de  dossiers.  Sourire  aux  lèvres, voix grave et yeux malicieux,
l’homme préfère l’action aux confidences. Il fera pour nous une exception.
Mais le médecin n’est jamais loin.
Affable, il explique à un futur jeune
retraité comment négocier ce virage de vie. « À la retraite, il ne faut
pas décrocher, mais conserver des
activités  sociales,  s’interroger  et
s’informer. Car si l’on n’a pas d’obligation, le risque de s’encroûter est
réel. C’est un danger. Pendant ma
période professionnelle, je me suis
toujours  engagé  dans  le  social  et
aujourd’hui, j’ai encore des obligations. Dans le cas contraire, on se
laisse aller. Il faut rester actif cérébralement.  Relever  son  courrier,
chercher son pain et promener Mirza, ça ne suffit pas pour rester actif »,  lance-t-il  sans  sourciller,
tandis qu’un éclat de rire retenti.

« Je suis arrivé
comme un immigré »
Le  regard  de  Fernand  Hessel  devient grave quand il se remémore
son enfance. « Maman était originaire de Soultz-sous-Forêts et papa
était Allemand, naturalisé français
en 1935. En 1942, nous avons fui,
avec  mes  parents  et  mon  frère,
dans  le  Lot-et-Garonne.  J’ai  failli
être  pris  dans  une  rafle,  en
août 1942, par la milice de Vichy et
les SS. La famille d’une de mes tan-

tes qui était avec nous, a été prise.
J’ai toujours la vision de ce moment
de cauchemar devant mes yeux ».
Puis toute la famille reçut l’autorisation de rejoindre Zurich, où l’un
des  grands-pères  résidait.  « Là,
mes parents et mon frère ont vécu
dans  un  camp,  tandis  que  moi,
j’étais placé dans une famille, chez
des gens âgés. Je me suis senti sans
repère  à  ce  moment-là. »  Il  explique par cette période douloureuse
de sa vie, son esprit combatif et sa
nécessité  de  construire,  même
dans des milieux hostiles.
En 1944, il se retrouve avec ses parents  à  Sarreguemines,  sa  ville
d’origine.  « Un  notable  du  coin
s’était  installé  notre  maison.
C’était un choc ! » Heureusement,
la vie reprend son cours, son père
retrouve son métier de modiste et
de vendeur de chapeaux en Lorraine. « Papa travaillait aussi avec ma
tante Ernestine, qui tenait l’enseigne Tophani à Mulhouse. En 1952,
elle  est  devenue  veuve  et  papa  a
décidé de s’installer à Mulhouse. »
Fernand Hessel rejoint alors le lycée de garçons, rue Huguenin. « Je
suis  arrivé  comme  un  immigré,
mais je me suis rapidement fait des
nouveaux copains. Je me souviens
aussi qu’à la synagogue, il y avait
tellement de monde qu’il n’y avait
pas assez de places assises. »
Il développe une passion pour les
livres, dès l’âge de 12 ans. « J’étais
un vrai rat de bibliothèque. Depuis
toujours,  la  lecture  m’accompagne. »  Sa  préférence  va  à  des
auteurs comme André Maurois et
Saint-Exupéry.  « Surtout  son  dernier livre, La Citadelle, qui est inachevé.  J’y  trouve  mes  besoins  de

Souvenir d’une amitié inoubliable avec le général égyptien Hamdi Ismaël (à
gauche).
DR

réflexions humanistes, mais aussi
une  approche  plus  philosophique. » Sans oublier La République
de  Platon  et  Le  Contrat  social  de
Rousseau. « Il conviendrait de s’en
inspirer  pour  fonder  un  nouveau
modèle social », relève-t-il.

« J’avais besoin
de comprendre »
« Gamin,  j’avais  besoin  de  comprendre, alors je disséquais des grenouilles  et  des  souris,  avec  du
matériel adapté et mon microscope. Je me souviens que, dès la première  et  la  terminale,  j’ai  voulu
connaître  le  fonctionnement  du
cœur. Après mon bac philo, le programme  abordait  la  chimie  et  la
physique.  J’y  ai  découvert  une
autre manière d’envisager la vie ».
Accepté à la faculté de médecine de
Strasbourg  en  1954,  il  se  lance
dans la lecture d’ouvrages spécialisés en cardiologie. Au début de sa
carrière  médicale,  il  rencontre
ceux qui seront ses mentors : René
Fontaine, René Kieny, Charles Dubost  et  Raymond  Voegtlin.  « Ils
m’ont tous transmis leurs connaissances.  Car  la  médecine  ne  peut
s’envisager que comme une profession de compagnonnage. La transmission des anciens et
l’apprentissage  des  nouvelles  générations  sont  indissociables.  J’ai
moi-même  continué  dans  cette
voie, en formant pendant ma carrière  une  vingtaine  de  cardiologues. »
Entré dans la profession en 1961, il
évoque  les  étapes  majeures  de
l’évolution de la médecine. « Nous
avons connu une première accélé-

ration  des  techniques  dès  les  années  1960  et  tout  est  allé  encore
plus vite à partir de 1975. Aujourd’hui,  toujours  plus  de  vies  sont
sauvées  dans  le  domaine  cardiaque. La population a gagné dix ans
de survie en 25 ans. Mais le vieillissement de la population engendre
en plus des problèmes cardiaques,
des pathologies liées à l’âge. Je milite pour l’aide à la fin de vie, mais
pas pour l’acharnement thérapeutique »,  insiste  ce  médecin  qui  a
toujours  privilégié  le  malade  aux
raisons économiques. Et de se redresser  de  toute  sa  hauteur  pour
affirmer :  « La  médecine  doit  être
la  même  pour  tous,  sans  aucune
distinction de classe. »

Des personnes âgées
aux étudiants
Depuis  1982,  Fernand  Hessel  est
engagé  dans  la  direction  de  trois
fondations.  Via  la  Fondation  Wallach, il a développé le versant social  et  éducatif  à  destination  des
personnes  âgées.  « Aujourd’hui,
nous sommes engagés dans le développement  de  technologies  qui
permettent  aux  personnes  âgées
de rester le plus longtemps possible
à la maison. Nous sommes également  investis  dans  la  prévention
des maladies cardiaques, avec l’organisation  de  congrès  internationaux  sur  la  mort  subite.  Nous
participons à l’installation de défibrillateurs dans le Haut-Rhin, via la
Fondation  Lucien  Dreyfus,  créée 
lors  de  l’ouverture  du  service  cardiologie de la clinique du Diaconat
à Mulhouse. » Cette fondation est
également  engagée  dans  le  respect  du  souvenir  du  capitaine
Dreyfus, natif de Mulhouse. Enfin,

Lucien  Dreyfus  (à  gauche),  avec  Andrée  et  Fernand  Hessel,  à  Mulhouse.
« C’était il y a 25 ans… »
DR
IRE01

sa  présidence  de  la  Fondation
Spiegel  lui  permet  d’apporter  un
soutien  aux  étudiants  mulhousiens pour des formations. « Nous
distribuons  une  cinquantaine  de
bourses par an. Depuis 2003, nous
avons investi 2,2 millions €. »
L’homme insiste sur son enrichissement au contact d’autrui, tout au
long de sa vie. « Chaque rencontre
est unique, du balayeur tôt le matin et déjà à l’ouvrage, à celle du
patient et de sa famille dans la journée,  jusqu’à  l’entrepreneur  en  fin
de journée. Le contact est essentiel
dans  notre  profession,  c’est  pourquoi j’ai appris l’alsacien. Cela m’a
beaucoup servi pour discuter avec
les patients et affiner mon diagnostic. »

« Seul peut affranchir
celui qui a été luimême affranchi »
La fidélité en amitié tient une place
prépondérante dans la vie du docteur Hessel. Il évoque avec tendresse sa rencontre avec Hamdi Ismaël,
un général égyptien venu le consulter à Mulhouse. « Après un examen
approfondi, je suis retourné le voir
le  soir  à  l’hôpital.  Nous  avions  si
bien discuté, qu’à la fin je l’ai invité
pour un repas chez moi. Entre lui, le
musulman,  et  moi,  le  juif,  c’était
une amitié fraternelle, précieuse et
rare. Nous avons échangé régulièrement  pendant  19  ans,  jusqu’à
son décès à Mulhouse. Puis je l’ai
ramené au Caire où j’ai assisté à ses
funérailles ». Et Fernand Hessel de
conclure  l’entretien  par  une  citation qu’il affectionne particulièrement : « Seul peut affranchir celui
qui a été lui-même affranchi. »

« Mon activité de cardiologue, c’est 
ma vie. Je pratique cette spécialité depuis 1967. C’est ma vocation. Dès le 
début de mes études, cette spécialisation s’est imposée. J’ai rejoint l’équipe 
du professeur Raymond Voegtlin, au 
centre hospitalier de Mulhouse, qui a 
installé de nouvelles techniques de 
réanimation cardiologique. Puis le Dr 
Gérard Laval s’est investi dans les techniques de rythmologie et maladies coronaires. En 1989, j’ai pu créer le 
service cardiologie sur le site du Diaconat, à Mulhouse, avec l’appui de Lucien Dreyfus et de Bernard Weisgeber. 
Je suis toujours impliqué dans le domaine de la médecine cardiaque, avec
une priorité éthique : la personne malade. »

Côté cœur
Mon lieu préféré en Alsace :
L’UHA (Université de Haute Alsace)  à  Mulhouse,  comme
lieu de rencontre entre enseignants  et  étudiants.  Tous
marquent la construction de
l’avenir. J’apprécie aussi le vignoble, du côté de Riquewihr
et Ribeauvillé.
Si l’Alsace était un personnage :
Lucien Dreyfus, philanthrope,
industriel du textile et du cinéma. Il a débuté dans la vie professionnelle  très  jeune,
jusqu’à devenir fondé de pouvoir. Il a structuré sa carrière
avec  ses  activités  sociales.
Toutes ses actions portent la
trace de son esprit humaniste.
Ce qu’il faudrait changer
en Alsace :
C’est un territoire qui dispose
de ses spécificités historiques,
culturelles,  économiques  et
humanistes.  Il  mérite  d’être
sauvegardé avec son entité. Il
est  urgent  de  profiter  de  la
proximité  trinationale  (France,  Suisse,  Allemagne),  du
passé rhénan commun. Donc,
l’obligation  d’apprendre  l’allemand s’impose.

Fernand Hessel et Mahdi Hacène (à droite), premier préfet issu de l’immigration, en mai 1999. « C’était mon ami et il a marqué son temps. »
DR


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