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FIFA ET POLITIQUE 1945-2000
Christiane Eisenberg

in Yvan Gastaut et Stéphane Mourlane , Le football dans nos sociétés
Autrement | Mémoires/Histoire
2006
pages 119 à 133

Article disponible en ligne à l'adresse:
http://www.cairn.info/le-football-dans-nos-societes---page-119.htm

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Pour citer cet article :

-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Eisenberg Christiane, « FIFA et politique 1945-2000 », in Yvan Gastaut et Stéphane Mourlane , Le football dans nos
sociétés
Autrement « Mémoires/Histoire », 2006 p. 119-133.

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La Fédération internationale de football association (FIFA) fut créée en
1904 par quelques personnalités du football de l’Europe occidentale et
centrale afin d’unifier l’interprétation des règles et de mettre en place
un championnat européen d’envergure. Avant même la Première Guerre
mondiale, des associations d’Amérique du Nord et du Sud, d’Afrique et
d’Asie avaient adhéré à la FIFA. Cela explique pourquoi le championnat
international de football attendu depuis si longtemps, qui eut lieu en
1930 en Uruguay, fut présenté dès le début comme la Coupe du monde.
Aujourd’hui la FIFA comprend des associations de football de 204 pays.
En d’autres termes, l’organisation couvre l’ensemble du globe et rassemble plus de membres que l’Organisation des nations unies (ONU).

Face à la politisation des fédérations
nationales
L’élargissement le plus important eut lieu après 1945, au moment où le
principe de l’État-nation commença à prédominer partout dans le
monde. Plus de cent anciennes colonies, territoires détachés et une
grande variété d’autres communautés politiques devinrent des Étatsnations indépendants. Tous furent fondés sur le même modèle. Les pays
concernés réclamaient leur souveraineté et le droit de créer leurs propres
lois à l’intérieur de leurs frontières. Ils éditèrent leur propre monnaie,
organisèrent leurs services postaux et mirent en place leurs propres

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CHAPITRE 8. FIFA ET POLITIQUE 1945-2000
Christiane Eisenberg

1. Voir J. W. Meyer, J. Boli, G. M. Thomas et F. O. Ramirez, « World society and
the Nation State », American Journal of Sociology, no 103, 1997, p. 144-181. Entre
1870 et 1945, seules 17 anciennes unités politiques dépendantes avaient réussi
à former un État-nation ; entre 1945 et 1987, elles étaient 113 ; voir D. Strang,
« From dependency to sovereignty : An event history of decolonization
1870-1987 », American Sociological Review, no 55, 1999, p. 846-860.
2. Cette Déclaration est considérée comme le démarrage officiel des politiques
de décolonisation de l’ONU ; voir D. Strang, « From dependency to sovereignty... », op. cit., p. 846-860.
3. Voir les minutes du Congrès extraordinaire des 14 et 15 novembre 1953,
p. 6-7.
4. Ces exemples viennent de la compilation de différentes sources : H. Homburg,
FIFA-Confederations & Affiliated National Associations 1904-2004. Year of Affiliation,
manuscrit non publié (FIFA Centennial Project) ; F. R. Pfetsch, Internationale
Politik, Kohlhammer, Stuttgart, 1994, p. 89, et « Die Entwicklung der Mitgliedschaft in den Vereinten Nationen », http://www.uno.de/mitglied/entwicklung.htm ; E. Katz et G. Wedell, Broadcasting in the Third World. Promise and
Performance, Cambridge/Londres, Harvard University Press/MacMillan, 1977.

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forces de police et une armée afin de faire respecter la loi et l’ordre à
l’intérieur et dans leurs relations avec les autres États. Afin d’être intégrées à part entière dans la communauté des États indépendants, ces
nations aspiraient à faire partie d’une des organisations internationales,
parmi lesquelles la FIFA 1. Pour ces jeunes États, être un membre de la FIFA
était d’autant plus attirant que l’organisation cherchait à avoir une
représentation mondiale depuis la fin de la Première Guerre mondiale.
C’est pourquoi les conditions d’adhésion étaient, traditionnellement,
généreuses. Par exemple, alors que l’ONU attendit 1960 pour ratifier une
Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux 2, la FIFA était déjà engagée dans un processus d’admission des
associations de football représentant des communautés politiques
dépendantes, à la condition que l’organisation nationale de l’État
comprenant cette communauté ait voté en faveur de l’admission 3.
Parmi les pays qui adhérèrent à la FIFA avant d’intégrer l’ONU sur cette
base, on compte le Kenya, le Lesotho, l’île Maurice, le Nigeria, le Soudan,
l’Ouganda, Chypre, la Malaisie, Singapour et la Syrie 4.
Le nombre important de nouveaux membres avait aussi ses mauvais côtés. En effet, cette croissance incluait également des associations
venant d’États politiquement douteux. Il est vrai que dans les décennies
qui suivirent la Seconde Guerre mondiale quelques États d’Europe,
d’Amérique du Sud et d’Asie (le Portugal, l’Espagne, la Grèce ; le Brésil,

5. Voir T. Vanhanen, The Emergence of Democracy. A Comparative Study of
119 States, 1850-1979 (Commentationes Scientiarium Socialium 24), Helsinki,
Societas Scientiarum Fennica, 1984, p. 42. Voir aussi J. J. Linz, Totalitäre und autoritäre Regime, Berlin, Berliner Debatte, 2000.
6. Pour ces exemples, voir : E. Archetti et A. Romero, « Death and violence in
Argentinian football », dans R. Giulianotti, N. Bonney et M. Hepworth (dir.),
Football Violence and Social Identity, Londres, Routledge, 1994, p. 37-72 ; V. Duke
et L. Crolley, « Fútbol, politicians and the people : Populism and politics in
Argentina », dans J. A. Mangan et L. P. DaCosta (dir.), « Sport in Latin American
Society. Past and Present », The International Journal of the History of Sport, no 18,
Londres, 2001, p. 93-116 ; R. Giulianotti, « Fussball in Südamerika : Globalisierung, Neoliberalismus und die Politik der Korruption », dans M. Fanizadeh,
G. Hödl et W. Manzenreiter (dir.), Global Players – Kultur, Ökonomie und Politik des
Fussballs, Francfort, Brandes & Apsel, 2002, p. 159-182 ; J. Riordan, « Rußland
und Sowjetunion », dans C. Eisenberg (dir.), Fussball, soccer, calcio. Ein englischer
Sport auf seinem Weg um die Welt, dtv, Munich, 1997, p. 130-148.

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l’Argentine, l’Uruguay ; les Philippines, la Corée du Sud) se débarrassèrent d’un régime autoritaire pour adopter des formes démocratiques de
gouvernement. Cependant, en dehors des États de l’OCDE, peu d’États
disposaient d’une Constitution. Une enquête de 1979 montre que, sur
119 États observés, seuls 35 remplissaient les critères de « démocratie »
et d’« État constitutionnel ». La majorité des États étaient sous la coupe
d’un gouvernement autoritaire 5.
Dans ce contexte, les pratiques généreuses de la FIFA en matière
d’admission étaient en même temps un refus délibéré d’examiner la
politique de ses membres, et sa renommée commença à souffrir du problème structurel auquel est confrontée n’importe quelle organisation
démocratique englobante : l’incapacité à exercer de l’influence sur la
disposition politique des différentes associations membres. Tandis que
les petites organisations avec une portée locale peuvent choisir leurs
membres, les organisations avec une compétence et une responsabilité
mondiales ne le peuvent pas. Ainsi, la FIFA ne prit aucune mesure contre
les hommes politiques corrompus qui voyaient dans le football un instrument de pouvoir (comme dans les dictatures au Brésil, en Argentine
et en Uruguay), ferma les yeux sur les liens qui unissaient certains clubs
et les cartels de drogue (comme en Colombie) et ne fit rien pour empêcher que certains présidents d’association soient nommés par un gouvernement (comme dans les pays du bloc de l’Est ou dans quelques
anciennes colonies) 6. Elle prit même soin d’éviter de les critiquer en
public. De la sorte, la devise de l’organisation (« pas de politique »)

7. J. Boli et F. J. Lechner, « Globalization and world culture », dans N. J. Smelseret et P. B. Baltes (dir.), International Encyclopedia of the Social and Behavioral
Sciences, Camberley, Elsevier, 2001 ; M. Herzka, Die Menschenrechtsbewegung in der
Weltgesellschaft, Bern, Europäischer Verlag der Wissenschaften, 1995.
8. Pour plus de détails, voir C. Eisenberg, P. Lanfranchi, T. Mason et A. Wahl,
FIFA 1904-2004. 100 Jahre Weltfussball, Göttingen, Die Werkstatt, 2004,
p. 287-289 ; Version anglaise : 100 Years of Football. The FIFA Centennial Book, Londres, Weidenfeld & Nicolson, 2005.

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devint petit à petit un aveu de faillite politique. Dans les années 1960
et 1970, l’opinion publique mondiale commença à devenir plus critique
à l’égard des régimes autoritaires et plus sensible à la question des droits
de l’homme 7. En retour, cela produisit un nombre croissant de conflits
politiques dans le monde du football, et la direction de la FIFA commettait erreur sur erreur. Par exemple, dans les années 1960, Sir Stanley
Rous, le président britannique de la FIFA, soutenait ouvertement les politiques de l’association de football d’Afrique du Sud qui organisait les
rencontres selon les principes de l’apartheid. En 1973, le secrétaire
général de la FIFA, Käser, se laissa convaincre par le régime de Pinochet
que l’emploi du stade national chilien comme lieu de torture ne devait
pas être considéré comme un empêchement à ce que ce lieu accueille
un match d’ouverture de Coupe du monde. Et en 1978, la FIFA détériora
de manière conséquente son image politique en permettant à l’association argentine de football d’organiser la Coupe du monde. Cette association avait présenté sa candidature sous le gouvernement
démocratiquement élu de Perón, mais depuis le pouvoir était aux mains
de la dictature militaire du général Videla 8.
Cela dit, une miraculeuse réforme eut lieu peu de temps après et
il n’y eut plus d’embarras politiques. À partir des années 1980, les postes
décisionnels au sein de la FIFA furent occupés par des personnes politiquement sensibles ayant un point de vue politique global et l’assemblée
générale ajouta une clause antiraciste dans les statuts officiels. La FIFA
fut également épargnée par les actions de boycott de différents mouvements, qui causèrent à l’époque d’importants problèmes à des institutions telles que le Comité olympique international. Finalement, le
problème organisationnel mentionné précédemment fut mis sous
contrôle. En 1999, furent mis en place un Comité des associations nationales et des tournées d’inspection effectuées par des inspecteurs. Ce
comité examine toutes les demandes d’adhésion et intervient auprès de
toutes les associations membres chaque fois que des hommes politiques

Quel statut pour la

FIFA

?

Quand la FIFA fut créée en 1904, elle était conçue pour être une organisation internationale de sport et censée mettre en place des règles et réguler
les matchs, comme le faisaient les organisations similaires pour les autres
sports. Elle commença à étendre ses fonctions seulement dans les années
1970, quand les représentants des nouveaux pays membres, en particulier
ceux d’Afrique, élargirent l’interprétation de l’article 2 des statuts de la FIFA
« pour promouvoir le football association de toutes les manières qui puissent être jugées valables », afin d’en faire bénéficier les pays du tiersmonde, qui selon eux avaient le « droit d’obtenir une aide financière plus

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tentent d’interférer dans le football ou qu’il y a un quelconque écart
des normes démocratiques. Cette « force de police » de la FIFA est une
institution tout à fait remarquable et sans doute unique dans le monde
des organisations sportives internationales. En fait, je ne connais aucune
autre organisation qui ait une telle force d’intervention.
Comment expliquer cet étonnant développement ? Bien sûr, il est
indéniable que la FIFA apprit beaucoup des expériences négatives qu’elle
avait vécues. De même, le changement de génération au sein de la direction depuis les années 1960 contribua à un esprit plus éclairé au sein de
la fédération. Par exemple, en 1974, lors de l’élection au poste de président, l’Anglais Stanley Rous perdit face au Brésilien João Havelange,
adversaire résolu de toute forme de racisme et partisan d’une coexistence multiculturelle entre les pays développés et les pays en voie de
développement. Cependant, ce qui me semble avoir été décisif est la
manière dont, depuis le milieu des années 1970, la FIFA œuvre pour la
commercialisation et la professionnalisation du football international.
La fédération a ainsi augmenté régulièrement ses ressources financières
de même que son rayon d’action et a adopté une nouvelle définition
de ses fonctions. Selon moi, cela a eu d’autant plus de succès que, pendant cette période, certaines conditions politiques générales ont changé
en sa faveur.
J’aimerais par la suite analyser cette conjonction particulière de
différents facteurs. Il faut néanmoins préciser que ce développement eut
également un coût, puisqu’il provoqua de sérieux conflits politiques
internes au sein de la FIFA ; encore aujourd’hui, la politique d’intégration
globale de l’organisation est extrêmement vulnérable.

9. Archives de la FIFA, Zurich, Comité de développement technique, réunion
no 13, 18 août 1972, lettre de Yidnekatchev Tessema au président du Comité de
développement technique, 5 juillet 1972.
10. Voir C. Eisenberg et al., FIFA..., op. cit., chapitre 12.
11. Dans les années 1970, les responsables sous-estimaient largement les potentiels des ventes de droits. Par exemple, dans la « Proposition pour l’organisation
d’un championnat du monde junior » publiée le 26 mars 1975, on lit : « [Mais]
seuls de petits revenus sont à espérer. » ; voir les archives de la FIFA, Zurich, comité
de développement technique, 27 août 1975.
12. Ces « découvertes » comprenaient souvent des informations en accès libre
puisqu’elles avaient déjà été publiées dans les rapports annuels de la FIFA. Voir
T. Kistner et J. Weinreich, Das Milliardenspiel. Fussball, Geld und Medien, Francfort,
Fischer, 1998 ; J. Sudgden et A. Tomlinson, FIFA and the Contest for World Football.
Who Rules the Peoples’ Game ?, Cambridge, Polity Press, 1998. Cité dans l’argumentaire commercial du livre de J. Sugden et A. Tomlinson, Great Balls of Fire.
How Big Money is Hijacking World Football, Édimbourg/Londres, Mainstream
Publishing, 1999.

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élevée correspondant aux besoins réels de [leur] continent 9 ». Pour satisfaire ces demandes, la FIFA commença à engager un personnel de plus en
plus qualifié et devint une entreprise à l’échelle mondiale avec une assise
financière accrue : tout d’abord par l’intermédiaire de contrats de sponsoring avec Coca-Cola, Adidas et d’autres sociétés, plus tard grâce à ses propres activités de merchandising 10. À partir des années 1980, l’organisation
put jouir d’un important niveau de revenus subits provenant des droits
de diffusion télévisuelle de la Coupe du monde. Cela était d’ailleurs directement lié à un développement extraordinairement dynamique des activités économiques de la FIFA 11. Dès le début, la FIFA mena ses activités
d’entreprise de manière à faire des bénéfices. Cette approche fut particulièrement poussée par le nouveau président João Havelange. Cela fit d’ailleurs bientôt naître de nombreuses critiques, l’organisation étant accusée
d’agir comme une entreprise de divertissement capitalistique : les activités
commerciales de la FIFA auraient fait du football un « casino de millionnaires » et une licence à générer de l’argent. Ces allégations furent exprimées par des spécialistes et des sociologues qui avaient utilisé les
investigations des journalistes pour dévoiler de considérables transactions
financières 12.
La FIFA est-elle en effet pervertie et transformée en une entreprise
capitalistique comme ces critiques l’insinuent ? Ma réponse à cette question est non.

FIFA

comme entreprise

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À première vue, la description de la FIFA comme une entreprise capitalistique pourrait sembler être juste, en particulier puisque les activités
commerciales de la FIFA furent développées pour tirer profit de la
commercialisation du football. Mais en regardant de plus près, il existe
quelques déviances dans ce mode de fonctionnement supposé. Il est
vrai que l’approche de la FIFA à l’égard des affaires était totalement capitalistique dans le sens où elle accumulait des revenus pour un usage
interne. Néanmoins ses principes de répartition des bénéfices furent (et
sont toujours) peu orthodoxes.
À l’inverse des sociétés cotées en Bourse par exemple, les dividendes ne sont pas répartis en fonction de l’investissement de départ.
Les bénéficiaires sont principalement les associations membres, qui sont
traitées de manière égale selon leurs besoins. Ainsi, la FIFA mène ses
affaires davantage comme une entreprise coopérative ou comme une
société auto-administrée dans laquelle les dividendes ne viennent pas
récompenser le capital investi mais bénéficient à l’ensemble des membres et de leurs activités. Il serait donc plus approprié de voir la FIFA
comme une coopérative. Mais cette comparaison n’est pas totalement
satisfaisante non plus. Au-delà du principe de la coopérative, les nonmembres tirent également profit des bénéfices. En tout cas, c’est
l’objectif affiché du programme d’aide au développement du football
fondé sur l’article 2 des statuts de la FIFA « pour promouvoir le football
association de toutes les manières qui puissent être jugées valables ». Ce
programme, accepté par les pays membres, permet simultanément à la
FIFA, dont le siège social se trouve à Zurich, de bénéficier des lois suisses
exonérant d’impôts les « bénéfices publics ».
Comment peut-on donc qualifier une organisation qui est à la
fois une société capitalistique et en même temps une association caritative ? J’aimerais essayer de démontrer qu’il y a un intérêt à décrire
la FIFA comme une organisation non gouvernementale ( ONG ). Le
concept d’ONG a été « inventé » par les Nations unies et comprend tous
les types d’organismes coopératifs bénévoles (associations, sociétés,
fondations, syndicats, comités, clubs, ligues, conférences, etc.), qui
remplissent les critères suivants : tout d’abord, ils agissent indépendamment des gouvernements et poursuivent des objectifs culturels,
humanitaires et de développement ; en second lieu, ils contribuent à

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La

13. Voir P. Willetts, « What is a non-governmental organization ? », dans UNESCO
Encyclopedia of Life Support Systems, Section 1, Institutional and Infrastructure
Resource Issues, Article 1.44.3.7 : Non-Governmental Organizations ; I. Take,
« Neue Allianzpartner », dans Politische Ökologie, 2001, p. 34-36.

126 • LE FOOTBALL DANS NOS SOCIÉTÉS

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véhiculer des valeurs, des principes et des activités universels avec
l’aide d’une élite officielle. Quand les ONG s’attaquent à des questions
spécifiques impossibles à résoudre du fait du principe de la souveraineté des États-nations et opèrent de fait sur un mode transnational,
on peut également parler d’organisations non gouvernementales internationales (ONGI). Les meilleurs exemples incluent la Croix-Rouge
internationale, Greenpeace, Amnesty international ou les organisations internationales qui rassemblent des professions, des questions
techniques, des industries, des loisirs ou des sports spécifiques. Toutes
ces organisations coopèrent avec des groupes de pression sociale nationaux et locaux, sans parler des autres ONG et ONGI avec lesquelles elles
sont en réseau. En outre, l’ONU et ses associations filles, l’UNESCO et
l’ UNICEF , sont des partenaires importants des ONGI . En ce qui la
concerne, l’ONU a également intérêt au dialogue politique avec les ONGI,
ce qui explique pourquoi certaines d’entre elles sont invitées à participer aux négociations et aux conférences internationales. La FIFA jouit
de ce privilège depuis les années 1990. Elle a des accords avec l’ONU et
organise du sponsoring et des projets en partenariat. Ceux-ci incluent
des initiatives contre le racisme et le travail des enfants dans le monde
du football (« Carton rouge au travail des enfants ») et, en coopération
avec la Confédération africaine de football et l’Organisation mondiale
de la santé, une campagne intitulée « Un shoot pour sortir la poliomyélite de l’Afrique ». La FIFA finance par ailleurs des villages d’enfants
en détresse et les dote en équipements sportifs.
Dans le monde des ONGI, les bénéfices commerciaux sont vus
comme des moyens légitimes d’augmenter le niveau de ressources d’une
organisation, sa capacité à démêler les problèmes et à atteindre des
objectifs politiques. Le fait que cela est parfois nuisible à leur prestige
et à leur autorité morale auprès du grand public est considéré comme
le prix à payer 13. À cet égard, la FIFA n’est pas un cas à part parmi les
ONGI. Cela dit, elle diffère des autres ONGI puisqu’elle est restée une organisation fondée sur l’adhésion en dépit de son orientation entrepreneuriale. La plupart des autres ONGI sont, à l’inverse, des organismes

14. Voir : M. Edwards et A. Fowler, « Introduction : Changing challenges for
NGDO management », dans Edwards et Fowler (dir.), The Earthscan Reader on NGO
Management, Londres, Earthscan, 2002, p. 1-12 ; H. Anheier et N. Themudo,
« Führung und Management von Internationalen Mitgliederorganisationen »,
dans C. Franz et A. Zimmer (dir.), Zivilgesellschaft international. Alte und neue NGOs,
Opladen, VS Verlag, 2002, p. 303-325.
15. S. B. Gareis et J. Varwick, Die Vereinten Nationen. Aufgaben, Instrumente und
Reformen, Opladen, Verlag Leske & Budrich, 2002, 2e édition, p. 64.
16. Le rapport financier 2002 de la FIFA ne fait plus état des frais d’admission.
Selon le rapport de 1999, les frais d’adhésion pour 1999 représentaient
1 960 327 francs suisses, les revenus liés aux événements, dont les droits télévisuels et dérivés, atteignaient la somme de 183 018 571 francs suisses. En 2000,
les frais d’admission étaient de 2 295 082 francs suisses, et le revenu total lié aux
événements de 681 549 250 francs suisses (p. 86).
17. Voir J. Boli et G. M. Thomas, « Introduction », dans Boli et Thomas (dir.),
Constructing World Culture, Palo Alto, Stanford University Press, p. 1-12.

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purement exécutifs 14. Cette caractéristique est devenue aujourd’hui un
problème pour la FIFA. En effet, les bénéfices des activités commerciales
ont atteint une telle hauteur que les cotisations d’adhésion paraissent
réduites à un niveau purement symbolique. Il suffit de comparer les
revenus de l’ONU et ceux de la FIFA pour que cela apparaisse de manière
bien trop flagrante. En termes de nombre de membres, l’ONU est une
organisation comparable ; elle a 200 membres tandis que la FIFA en a
204. Au sein de l’ONU, 47 membres contribuent à environ 99 % du
budget régulier 15. À l’inverse, les souscriptions des membres de la FIFA
(et les prélèvements pour les matchs) représentent moins de 1 % de son
revenu 16. Par conséquent, les associations qui comprennent beaucoup
de membres reçoivent plus d’argent de la FIFA qu’elles n’y contribuent.
De la sorte et parce qu’aucune association majoritaire n’a un droit de
veto parmi les 204 membres de la FIFA (une autre différence avec l’ONU),
le siège social de Zurich et son personnel qualifié concentrent un grand
pouvoir entre leurs mains, chose qui pourrait éroder la base démocratique de l’association. Je reviendrai sur ce point plus tard.
Par ailleurs, une des caractéristiques importantes des ONGI en
général est qu’elles agissent davantage « de haut en bas » que « de bas
en haut ». Sinon, elles seraient incapables de véhiculer leurs valeurs universelles et leurs normes 17. Dans le cas de la FIFA, l’importance du pouvoir dont jouit le siège social de Zurich est une autre importante
condition préalable à l’usage productif d’une autre caractéristique structurelle : sa capacité à cibler son financement et les subventions qu’elle

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La FIFA, électron libre au sein
d’une révolution associative mondiale
La FIFA est sans aucun doute aujourd’hui l’une des organisations non
gouvernementales internationales les plus puissantes financièrement.
Cela correspond tout à fait aux tendances contemporaines. En effet,
toutes les ONG et ONGI rassemblées peuvent mobiliser davantage de fonds
pour leurs projets que l’ensemble du dispositif des Nations unies 18. La
croissance du nombre d’ONGI confirme que ces organisations se sont
avérées être à la fin du XXe siècle un véritable modèle de succès. Aux
alentours de 1900, quand la FIFA a vu le jour, il y avait seulement
200 ONGI. En 1930, elles étaient 800 et 2 000 en 1960. Par la suite, le
taux de croissance a été encore plus important. Pendant les vingt années
suivantes, leur nombre a doublé, passant à 4 000. Entre 1980 et 1990,
la vitesse de la croissance était encore plus grande puisqu’il y avait au
début des années 1990 entre 5 000 et 6 000 ONGI 19. La FIFA faisait partie
de cette croissance mondiale, de cette « révolution associative mondiale », qui, comme l’ont souligné de récentes recherches sur les
18. Voir : L. Gordenker et T. G. Weiss, « NGO participation in the international
policy process », dans Gordenker et Weiss (dir.), NGOs, the UN, and Global Governance, Londres, Lynne Rienner Publishers, 1996, p. 209-222 ; B. Kuhn, « Zivilgesellschaften aus der Perspektive der Entwicklungsländer », dans A. Bauerkämper
(dir.), Die Praxis der Zivilgesellschaft. Akteure, Handeln und Strukturen im internationalen Vergleich, Francfort, Campus Verlag, 2003, p. 391-413.
19. Chiffres issus de J. Boli et G. M. Thomas, « INGOs and the organization of
world culture », dans Boli et Thomas, Constructing World Culture, op. cit., p. 13-49.
Cependant Boli et Thomas ne qualifient d’ONG internationales que les organisations qui ont un système d’adhésion et une structure internationaux. Si l’on

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octroie. Contrairement à d’autres organisations qui doivent soutenir différents sports, la FIFA ne s’occupe que du football. Et à l’inverse de l’UEFA
(Union des associations européennes de football), qui est en permanence obligée de tenir compte des intérêts des clubs principaux, la FIFA
peut consacrer ses fonds uniquement aux associations nationales.
Quand les affaires sont bonnes, cela peut signifier de considérables injections d’argent de francs suisses susceptibles de se compter en millions
et fournir d’importantes impulsions au développement de projets
locaux spécifiques, si ces sommes sont utilisées à bon escient.

souhaitait inclure toutes les ONG dont l’activité est consacrée à des thèmes internationaux, il y aurait de 25 000 à 30 000 ONG internationales dans le monde –
sur l’ensemble des continents, réparties à la fois dans les nations industrialisées
et dans ce que l’on appelle le tiers-monde. Voir : P. Ghils, « International civil
society » : International non-governmental organizations in the international
system », International Social Science Journal, vol. 44, no 133, 1992, p. 419 ;
P. Streeten, « Non-governmental organizations and development », The Annals
of the American Academy of Political and Social Science, no 554, 1997, Londres/New
Delhi, 1997, p. 193-210 ; R. L. Stirrat et H. Henkel, « The development gift : The
problem of reciprocity in the NGO world », ibid., p. 66-80.
20. L. M. Salamon, « The rise of the nonprofit sector », Foreign Affairs, no 73-74,
1994, p. 109-122.
21. Voir M. Lindenberg et C. Bryant, Going Global. Transforming Relief and Development NGOs, Bloomfield CT, Kumarian Press, 2001, p. 8-12.

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relations internationales, « a pu s’avérer aussi significative pour la fin
du XXe siècle que l’émergence de l’État-nation à la fin du XIXe siècle » 20.
La révolution associative de la fin du XXe siècle est liée à différentes
choses. Tout d’abord, elle était une réaction au besoin accru d’aide
privée qui avait surgi en raison d’investissements de la part des États
partout dans le monde. La récession mondiale et les crises financières
des années 1980 ont mené à une diminution des dépenses publiques
dans de nombreux pays. Dans certaines régions extrêmement pauvres
d’Afrique, comme la Somalie, le Rwanda et la Sierra Leone, les appareils
et les infrastructures d’État se sont même effondrés complètement.
D’autres pays comme la Tanzanie, le Burundi et le Zaïre ont été entraînés
dans la pauvreté par les afflux de réfugiés. Dans les années 1990, l’effondrement de l’Union soviétique et de ses États satellites a eu de lourdes
conséquences. De nombreuses ONGI étaient dorénavant confrontées à
un défi de taille résultant de l’explosion des systèmes politiques en Yougoslavie, en Bosnie, au Kosovo et ailleurs, sans parler des conflits armés,
des réfugiés et d’autres situations d’urgence 21. Dans ce contexte, la FIFA
considérait son aide au développement du football comme une contribution annexe permettant de rétablir la vie sociale. Dans le même
temps, elle a rempli le vide laissé à la fin de la guerre froide par le retrait
général de l’État dans le financement du sport. Alors que l’Union soviétique avait adopté une politique volontaire d’envoi d’entraîneurs vers
l’Afrique et l’Asie au début des années 1970 afin de gagner de l’influence
auprès des nouveaux États nés de la décolonisation, cette aide au

La

FIFA,

à l’origine de mutations

Cependant, la FIFA n’est pas seulement un électron libre au milieu de
ces améliorations dans l’infrastructure mondiale. Étant une des ONGI les
22. Fin 1972, il y aurait eu plus de 200 personnes travaillant au développement
du sport dans 28 États africains et asiatiques ; voir J. Riordan, Sport in Soviet Society.
Development of Sport and Physical Education in Russia and the USSR, Cambridge,
Cambridge University Press, 1977, p. 384. T. Monnington, « Crisis management
in black African sport », dans J.C. Binfield et J. Stevenson (dir.), Sport, Culture and
Politics, Sheffield, Continuum International Publishing Group 1993, p. 113-128.
23. Voir M. Lindenberg et C. Bryant, Going Global..., op. cit., p. 8-12, 150.
24. Voir L. M. Salamon, « The rise of the nonprofit sector », op. cit., p. 116 et
suiv.

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développement avait été réduite avant même l’effondrement final de
l’Union soviétique, moment où elle a cessé complètement 22.
La révolution associative n’était pas seulement une réaction aux
urgences internationales, ce phénomène reflétait également l’extension
du domaine d’action des ONGI. Entre 1973 et 1989, un nombre considérable d’États dans les régions pauvres du monde, en particulier en Amérique latine, sont passés de systèmes dictatoriaux à des formes plus
démocratiques de gouvernement. Cette situation a ouvert de nouveaux
champs d’action et a permis surtout de meilleures conditions de travail
pour les organisations d’aide aux populations et au développement. Elles
pouvaient désormais échanger librement des informations afin de coordonner les activités et créer des effets de synergie – une vague de mesures
de rationalisation qui ont été ensuite favorisées par la révolution mondiale dans les communications. Les raccordements au téléphone par le
satellite, l’invention des télécopieurs et, plus récemment, l’e-mail et
l’Internet ont beaucoup facilité les activités des ONG et des ONGI 23. À plus
forte raison quand ces innovations techniques ont été employées pour
améliorer les systèmes éducatifs. Entre 1970 et 1985, le pourcentage
d’adultes analphabètes dans les pays du tiers-monde a chuté de 57 à 40 %
– et chez les hommes jusqu’à 29 % – et on a vu apparaître pour la première
fois dans certains pays d’Amérique du Sud, d’Afrique et d’Asie une classe
moyenne urbaine. Avec l’aide de celle-ci, les organisations ont pu
atteindre plus facilement qu’auparavant les populations et établir des
liens permanents avec les activistes dispersés 24.

25. Voir C. Eisenberg et al.,

FIFA...,

op. cit., p. 227 et suiv.

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plus puissantes financièrement, elle contribue activement à préparer le
terrain pour tirer avantage de ces nouvelles possibilités.
La principale action dans ce sens a été entreprise tout récemment,
aux environs de 2000, après que la FIFA a considérablement augmenté
ses programmes de développement. Alors que, dans les décennies précédentes, ces programmes étaient principalement composés de cours
d’administration, de médecine du sport, d’arbitrage et de coaching, un
nouveau programme appelé « GOAL » a permis de débloquer des sommes
considérables venant de la vente des droits de diffusion pour le financement de l’infrastructure des associations nationales de football : la
construction de sièges sociaux, l’emploi d’un personnel qualifié et l’incitation à la participation des équipes aux compétitions internationales.
Mais l’innovation la plus importante de ce programme est la qualité du
soutien : pour la première fois, ce projet GOAL accordait des fonds de
développement directement aux associations de football. Chaque association qui bénéficiait du programme pouvait recevoir jusqu’à un million de dollars sur une période de trois ans. Le successeur de João
Havelange au poste de président de la FIFA, Joseph S. Blatter, a fait ce
pari pour démontrer que de l’argent versé directement aux associations
de football pouvait être employé d’une manière utile et durable et que,
loin de créer une nouvelle forme de corruption, cette aide directe pouvait conduire les associations nationales à être plus conscientes de leurs
responsabilités. Le but du projet GOAL est de rendre les associations capables de participer aux tournois internationaux aussi bien que de les
accueillir 25.
Ce financement direct a également permis à la FIFA de surveiller,
au besoin, l’autonomie et le bon fonctionnement des associations nationales. Le Comité des associations nationales mentionné dans l’introduction a été créé à cet effet en 1999. Son rôle n’est pas seulement
d’intervenir dans les conflits, mais également de préserver et de défendre
les droits des associations nationales. Le Comité fournit des conseils aux
associations membres, les aidant à employer l’argent qui leur a été
attribué pour mettre en place un système d’administration moderne et
efficace, et supervise les élections au sein des associations membres. En
outre, il intervient activement chaque fois que les gouvernements tentent de toucher aux affaires des associations ou quand une association
membre se trouve en difficulté pour quelque raison que ce soit. Comme

La FIFA et les intérêts régionaux
des confédérations
En revanche, la FIFA est loin d’avoir résolu un autre de ses problèmes
structurels, à savoir la mise en place de factions et de coalitions au sein
des associations membres. De telles tensions sont apparues dans les rapports entre le siège social de Zurich et les confédérations de football
dans chacun des continents. Les confédérations ont commencé à apparaître à partir de la fin de la Seconde Guerre mondiale et se sont
construites sur le modèle de la Confederación Sudamericana de Fútbol
(CONMEBOL) créée en 1916. Ce sont l’Union des associations européennes
de football (l’UEFA, fondée en 1954), la Confédération asiatique de football (AFC, 1954), la Confédération africaine de football (CAF, 1957), la
Confédération des associations de football de l’Amérique du Nord et
centrale et des Caraïbes (CONCACAF, 1961) et la Confédération océanienne de football (OFC, 1966). Toutes ces organisations sont indispensables dans la mobilisation de ressources pour régler les conflits dans le
monde du football. Le côté négatif est qu’elles agissent au nom de leurs
intérêts régionaux et tentent de favoriser leur propre ordre du jour en
utilisant des votes de blocage et en mettant en place des coalitions
26. Archives de la
1999-2002.

FIFA,

Zurich, Comité des associations nationales, minutes,

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les Nations unies, la FIFA finance des inspecteurs et des tournées d’inspection. Ces coûts considérables sont couverts par les revenus massifs
de la vente des droits de diffusion. Les inspecteurs de la FIFA permettent
à l’organisation d’avoir une vue précise et immédiate de tous les développements dans la politique sportive, d’essayer d’influencer les affaires
d’une manière pragmatique et, quand cela est nécessaire, de menacer
telle ou telle association de sanctions ou même de suspension. Puisque
aujourd’hui la plupart des gouvernements considèrent le football
comme une question de prestige, de telles menaces se sont révélées
extrêmement efficaces. Au total, pendant la période allant de 1999 à
2002, le Comité des associations nationales a traité des affaires concernant les associations membres de 52 pays. La plupart de ces pays étaient
de petits États issus de régions en voie de développement et d’Europe
de l’Est 26.

27. Voir P. Darby, Africa, Football and FIFA, Abingdon, Frank Cass Publishers,
2002, p. 47 ainsi que l’analyse de l’ancien vice-président de la FIFA, Dott.
O. Barassi, « The world organization urgently requires modernising », extrait du
magazine Calcio, Milan, vol. 11, no 1/3 (cet article a été distribué avec les documents du 32e congrès de la FIFA qui s’est tenu à Rome les 22 et 23 août 1960) :
« Il y a des raisons d’être inquiets à la perspective de ce qui pourrait se produire
si le groupe des nouvelles associations africaines et asiatiques (juste pour donner
un exemple) s’unissait, formant une majorité à l’assemblée générale de la FIFA, et
avait l’intention de prendre des décisions sans tenir compte des groupes européens et américains. »
28. Il y a bien plus de liens aujourd’hui entre les pays africains et le monde des
ONG qu’au début des années 1950. Voir : K. Skjesbaek, « The growth of international nongovernmental organization in the twentieth century », dans R. O. Keohane et J. S. Nye Jr., Transnational Relations and World Politics, Harvard, Harvard
University Press, 1972, p. 420-442.

FIFA ET POLITIQUE • 133

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inter-confédérations. Par conséquent, dès les années 1950, les dirigeants
de la FIFA ont exprimé la crainte de voir les tendances à la régionalisation
dans le monde du football – corollaire « naturel » à l’expansion mondiale – et favoriser des tendances centrifuges et la création de factions
internes 27.
Vers la fin de l’ère Havelange, en 1998, quand Blatter est devenu
président, il était clair que ces craintes pouvaient être justifiées. Comme
les politiques de développement proactives de la FIFA en tant qu’organisation non gouvernementale avaient encouragé les membres africains
et asiatiques en particulier à faire jouer leurs propres intérêts, il était de
plus en plus difficile pour le siège social de Zurich d’imposer son point
de vue dans les conflits avec les différentes confédérations – expérience
partagée d’ailleurs par de nombreuses ONGI 28.
Pour conclure ce chapitre, j’aimerais faire référence à un type particulier de conflit, venant de deux problèmes concomitants, qui
continue à survenir souvent. Ce type de conflit est en partie nourri par
l’antagonisme inconscient entre les confédérations et le siège de Zurich
avec tout le pouvoir qu’il rassemble. Mais les raisons principales peuvent
en être trouvées dans le principe démocratique de la prise de décision
lors des congrès de la FIFA. À plusieurs reprises, le principe démocratique
« un pays, une voix » a fait apparaître une divergence d’intérêts entre
l’UEFA, dont l’influence dans le monde du football a été systématiquement érodée par les politiques volontaires de mondialisation de la FIFA,
et la majorité des confédérations non européennes. Bien que les pays
européens représentent toujours 63 % des joueurs enregistrés et 68 %

Christiane Eisenberg

29. Chiffres issus de « The big count », rapport d’activité avril 1998-avril 2000,
52e congrès de la FIFA, 4-5 août 2000, Zurich, p. 14 et suiv.

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des équipes dans le monde et financent l’organisation bien plus que ce
pourcentage, la constitution égalitaire de la FIFA fait qu’ils n’ont pas plus
de voix que les nombreux « pauvres » des pays en voie de développement, qui peuvent ensemble composer une majorité des voix. En fait,
comme les votes se font par pays, les membres européens ne représentent pas plus de 25 % du total 29. Par conséquent, à moins qu’il n’y ait
un arrangement préalable avec la direction de la FIFA, l’UEFA doit coopérer
précisément avec ces confédérations du tiers-monde dont elle préférerait limiter l’influence, chose qui ne peut mener qu’à des résultats
insatisfaisants.
Je n’ai pas l’intention d’étudier ici ces querelles en détail ; elles
apparaissent sous la forme de conflits déplaisants au sujet du personnel
et d’accusations de corruption et de mauvaise gestion. Je voudrais néanmoins souligner que ces conflits sont les effets secondaires inévitables
de la transformation de la FIFA en une organisation non gouvernementale internationale très efficace pendant les trois dernières décennies.
Pour se débarrasser de ces conflits, la FIFA aura à modifier son système
démocratique de vote et à renoncer à ses politiques de développement.
Mais comme personne n’est prêt à entreprendre un tel changement au
sein de la FIFA, je crains que l’organisation et ses présidents ne doivent
encore souffrir de cette situation pendant longtemps.




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