Ksar El Warda .pdf



Nom original: Ksar El Warda.pdf
Auteur: bechir kraiem

Ce document au format PDF 1.3 a été généré par http://www.convertapi.com / http://www.convertapi.com , et a été envoyé sur fichier-pdf.fr le 07/10/2016 à 18:04, depuis l'adresse IP 41.227.x.x. La présente page de téléchargement du fichier a été vue 501 fois.
Taille du document: 3.1 Mo (12 pages).
Confidentialité: fichier public


Aperçu du document


Ksar El Warda, le superbe palais de
Hammouda Pacha…
Par Mohamed Khaled Hizem
À quelques kilomètres du centre-ville de Tunis, se dresse, en plein cœur de La Manouba,
un monument exceptionnel, symbolisant le raffinement de l’architecture tunisienne sous
le règne de la dynastie des Husseinites (1705-1957). Construit à la fin du XVIIIe siècle,
Ksar El Warda, littéralement « palais de la Rose », également appelé Borj El Kébir, est
une sublime résidence beylicale, qui impressionne par la splendeur de ses décors
intérieurs. Œuvre d’un illustre monarque, l’édifice abrite, depuis les années 1980, le
musée militaire national, qui possède de précieuses collections, d’un intérêt considérable.
La résidence de plaisance du plus grand souverain de la Tunisie beylicale
Le somptueux palais de la Rose, le plus beau joyau du patrimoine architectural de La
Manouba, garde le souvenir d’un auguste souverain, Hammouda Pacha, dont le règne, le
plus long de la dynastie husseinite, s’étend du 26 mai 1782 jusqu’au 15 septembre 1814.
Accédant au trône à l’âge de vingt-deux ans, il s’est avéré un excellent monarque,
soucieux d’assurer la prospérité, ainsi que la stabilité politique et militaire de la Régence.
Entouré de ministres de grande valeur, comme Moustapha Khodja (décédé en 1800) et
Youssef Saheb Ettabaâ (assassiné en 1815), il œuvra autant pour l’essor économique du
pays, que pour sa défense. Pendant son ère, furent menées deux expéditions militaires
victorieuses, visant la Tripolitaine en 1794-1795, et le Constantinois en 1807. L’époque
de Hammouda Pacha fut, également, une période heureuse pour l’architecture palatiale.
Ainsi, plusieurs résidences beylicales et de nombreuses demeures de hauts dignitaires
furent bâties ou agrandies tant à Tunis, que dans ses environs.
Le souverain, qui souhaitait disposer de palais dignes de l’éclat de son règne, commanda
l’extension et l’embellissement de Dar El Bey, l’actuel palais du gouvernement, et la
construction de Ksar El Warda, l’imposante résidence de plaisance de La Manouba.
Celle-ci fut célèbre, depuis la première moitié du XVIIIe siècle, pour l’agrément
qu’offrent ses jardins et ses vergers. Le palais, élevé à la fin du XVIIIe siècle, la date de
1798 étant souvent citée, servit d’abord de lieu de repos et de promenades printanières,
puis de villégiature estivale. Bien qu’il aimât particulièrement cette résidence, pour la
décoration de laquelle il mobilisa les meilleurs artisans, Hammouda Pacha, dont le
tempérament économe ne cessa de s’affirmer vers la fin de son règne, regretta par la suite
les dépenses que ce chantier occasionna. Après la mort du monarque, ses successeurs,
notamment Mahmoud Bey (1814-1824) et Hussein Bey II (1824-1835), continuèrent d’y
faire quelques séjours. Ksar El Warda servit occasionnellement de résidence à des hôtes
prestigieux, à l’instar de Hayder Afendi, l’envoyé spécial du sultan ottoman. Le palais de
la Rose cessa d’être habité par la cour husseinite sous le règne d’Ahmed bey (1837 –
1855). En 1839-1840, il abrita la caserne de l’artillerie puis celle de la cavalerie. Plus
tard, il devint la résidence des fonctionnaires étrangers de l’école de guerre du Bardo
durant les décennies 1840, 1850 et 1860. Avec l’avènement du protectorat français, en
1881, Ksar El Warda abrita le quartier général des troupes d’occupation. Après
l’Indépendance, l’ancienne résidence beylicale hébergea momentanément l’école des
sous-officiers. Au fil du temps, elle subit certaines altérations et modifications dues à ses
diverses occupations. C’est sous l’égide du ministère de la Défense, que le palais fit
l’objet d’importants travaux de restauration. Ces derniers, destinés à redonner au
monument toute sa splendeur d’origine, furent commencés en 1977, et durèrent jusqu’en
1984. Le musée militaire national, dont la création au sein du palais de la Rose fut

décidée durant cette période, n’ouvrit ses portes au public qu’à l’occasion du trentetroisième anniversaire de la création de l’armée nationale, le 24 juin 1989.

Gros plan sur la partie supérieure de l’encadrement, de style rococo italien, de la
porte de la salle d’apparat de Ksar El Warda, le palais le plus important de La
Manouba. Celui-ci, caractérisé par la somptuosité de ses décors intérieurs, fut élevé
par Hammouda Pacha (1782-1814), dont le règne fut l’un des plus remarquables de
la dynastie des Husseinites (1705-1957). (crédit photo : Samia Chagour)
Une façade rappelant celle de l’aile cérémonielle du palais du Bardo
L’importance de Ksar El Warda, autant que sa prééminence sur les autres résidences
husseinites de La Manouba, est proclamée depuis ses extérieurs. Ainsi, au bout d’une
allée, apparaît une entrée imposante, appareillée en pierres de taille. Encadrée de deux
pilastres, cette dernière, dotée de deux voussures en arc plein cintre faiblement
outrepassé, permet d’accéder à un vaste passage couvert. Surmonté de voûtes en berceau,
d’une blancheur immaculée, celui-ci, bordé de défoncements pourvus de banquettes,
aboutit à un immense espace, qui forme une cour d’honneur. Celle-ci, dont les côtés
latéraux sont longés de portiques à arcades et de bâtiments, précède la majestueuse façade
principale. Composée de deux niveaux, cette façade attire le regard du visiteur tant par
son horizontalité, que par son aspect harmonieux. Rythmée par la succession des arcs, elle
se signale par un grand escalier droit, en marbre blanc, faisant saillie par apport au niveau
inférieur, lequel est scandé d’une dizaine d’arcs, cinq de part et d’autre de l’escalier. Ce
degré mène à un beau portique, couvert de voûtes d’arêtes, présentant onze arcades, dont
celle du milieu est la plus large.

Vue d’ensemble de la façade principale, donnant sur la cour d’honneur. Rappelant la
façade de l’aile cérémonielle du palais du Bardo, elle se distingue de celle-ci par une
plus grande élégance. La galerie supérieure présente onze arcs, essentiellement de
type légèrement brisé, soutenus par dix colonnes à fûts galbés. (crédit photo : Samia
Chagour)
Au-dessous d’un couronnement de tuiles vertes, les arcs, pour la plupart de type
légèrement brisé, ont des intrados peints de bandes noires alternant avec celles de couleur
blanche ; ils reposent sur dix colonnes en calcaire à fûts galbés, que coiffent des
chapiteaux ornés de crosses et de volutes. La partie inférieure du mur de cette galerie est
percée de fenêtres grillagées à double encadrement, le second étant en céramiques à
dominantes verte et bleue, alors que sa partie supérieure est agrémentée de charmants
décors en plâtre sculpté, comportant des motifs caractéristiques du répertoire décoratif
ottoman, figurant des cyprès et des étoiles à huit pointes. Cependant, l’ornement le plus
remarquable de ce mur est, incontestablement, la superbe porte médiane, munie d’un arc
outrepassé brisé à claveaux bichromes. Cette dernière, parée d’un splendide encadrement
en marbres noir et blanc, ressemble beaucoup à la porte qui se trouve dans le patio
principal, situé à l’étage noble de Dar El Bey . Ceci n’est guère le fait du hasard, car
l’étage somptueux de la résidence tunisoise des monarques husseinites fut, à l’instar du
palais de la Rose, élevé par le même souverain, Hammouda Pacha.
Il est important de souligner combien cette façade présente des similitudes avec celle
d’une autre résidence beylicale. De fait, la façade principale de Ksar El Warda rappelle
énormément celle de l’aile cérémonielle du palais du Bardo, qui abrite, de nos jours,
l’Assemblée des représentants du peuple. Ainsi, les deux façades, pourvues d’escaliers
d’honneur, se répartissent sur deux niveaux et leurs galeries supérieures ont le même
nombre d’arcades. Néanmoins, et bien que ce dernier fut, aux XVIIIe et XIXe siècles, la
résidence officielle des souverains husseinites, force est de constater que la façade du
palais de la Rose surpasse, en élégance et en ornementation, celle du Bardo. À l’exception
des sculptures de lions de son escalier d’honneur, son niveau inférieur est plus sobre,
n’étant pas rythmé d’arcades, et sa galerie supérieure n’offre pas la grâce des
incrustations de marbres bicolores et des revêtements en plâtre sculpté que l’on peut

admirer dans la façade de Ksar El Warda. L’agréable porte d’entrée, aux vantaux en bois
sculpté, ouvre sur une « Driba » (vestibule), surmontée d’une exquise voûte d’arêtes qui
retombe sur des colonnes d’angle jumelées. Outre le plâtre abondamment sculpté
d’enroulements de rinceaux, la luxueuse décoration de cette salle, incluant également
des marbres et de jolis carreaux de céramiques murales, annonce la magnificence des
autres espaces du palais.

Vue partielle de la « Driba » (vestibule). Cette pièce, à l’ornementation soignée,
annonce la splendeur des autres salles du palais. Outre les céramiques murales et le

plâtre finement sculpté de la voûte, les portes du vestibule sont pourvues de superbes
encadrements en marbres noir et blanc. (crédit photo : Samia Chagour)
Un des plus beaux patios de l’architecture palatiale husseinite
Si le style husseinite, caractérisé par le syncrétisme des influences décoratives, greffant
aux traditions locales de subtiles ornementations d’inspiration hispano-mauresque,
ottomane et italianisante, s’est traduit tout le long du XVIIIe siècle par de remarquables
exemples, c’est certainement à l’époque de Hammouda Pacha qu’il atteint une perfection
et un raffinement sans égal. Ce style husseinite épanoui, tout en harmonie et en
délicatesse, est admirablement illustré par le grand patio de Ksar El Warda, qui est, à n’en
pas douter, l’un des patios les plus sublimes qui nous soient parvenus des anciennes
résidences beylicales. Le visiteur qui y accède depuis le vestibule, découvre une belle
cour, aux amples proportions, qui tout en étalant un foisonnement décoratif, associé à la
noblesse des matériaux, ne donne nullement l’impression d’une quelconque surcharge
ornementale.
Tandis qu’une clarté homogène règne sans partage au niveau du pavement et des arcades
des quatre portiques, une plus grande richesse est réservée aux revêtements muraux, aux
encadrements des portes, ainsi qu’aux voûtes et aux petites coupoles surmontant ces
derniers. Une des caractéristiques de ce patio, est la multiplicité des arcs et des colonnes,
constituant un régal pour l’œil. Trente-six arcs brisés, aux moulures agrémentées de
motifs floraux, reposent sur quarante-quatre colonnes graciles en marbre, coiffées de
chapiteaux néo-doriques, dont les corbeilles sont sculptées d’oves, tandis que leurs
abaques portent des croissants. Le sol, soigneusement dallé de marbre blanc, présente un
grand bassin, au milieu duquel trône une fontaine à deux vasques.

Vue partielle du patio, comptant parmi les plus belles illustrations du style husseinite.
Le vaste espace, au milieu duquel trône un bassin à fontaine, est bordé de quarante-

quatre colonnes, supportant une multitude d’arcs brisés. La grande qualité des décors
et des matériaux, notamment le marbre blanc, soulignent l’aspect aussi gracieux
qu’harmonieux de cette cour. (crédit photo : Noomen Daoud)
Il est pertinent de rappeler, que durant une bonne partie du XXe siècle, un jardin intérieur
remplaça le pavement, et c’est grâce aux restaurations des années 1970 et 1980, que
l’aspect d’origine fut fidèlement restitué. Bien que les arcades sont à ravir, c’est le
revêtement mural et les voûtes qui attirent le plus l’attention. Mis à part les encadrements
des portes et des fenêtres, en marbres soigneusement sculptés, les murs sont tapissés, dans
leurs deux-tiers inférieurs, de splendides parures en céramiques d’une saisissante variété ;
certains sont de style ottoman, alors que d’autres sont de fabrication tunsoise ou importés
de la Péninsule italienne. Des panneaux verticaux, aux coloris et aux motifs divers,
comprenant des dessins géométriques, des étoiles, des vases, des guirlandes et des fleurs,
alternent avec bonheur. La partie supérieure des murs, les voûtes d’arêtes et les coupoles
sur trompes sont couvertes de décors en plâtre, délicatement ciselés de motifs aussi bien
ottomans, comme les cyprès, les médaillons et les étoiles à huit pointes, qu’araboandalous à l’instar des entrelacs et des arabesques géométriques.
Le couvrement des portiques, en voûtes d’arêtes mêlées de coupoles, au lieu des plafonds
en bois à solives apparentes, atteste d’une indéniable inspiration ottomane, car ce type de
couvrement est assez fréquent dans les portiques d’Istanbul. Outre les colonnes à
chapiteaux néo-doriques, l’influence italianisante apparaît, de manière étincelante, dans
les encadrements des portes et des fenêtres. L’un de ces encadrements, celui de la porte
de l’extraordinaire salle d’apparat, est d’une surprenante exubérance. Réalisé en
marqueterie de marbres de couleur, ce dernier présente un style rococo italien. Flanqués
de pilastres, les piédroits moulurés, sculptés de rinceaux, supportent un arc en plein cintre
compartimenté. Celui-ci est surmonté de volutes, que couronne une superbe coquille.
Nonobstant cette manifeste touche occidentale, qui ne jure pas avec le reste des décors,
les apports italianisants s’intègrent harmonieusement à l’ensemble. En dehors du patio,
Ksar El Warda renferme des salles fastueuses symbolisant autant le pouvoir que l’apparat.

Vue intérieure de l’un des portiques du patio. Couvert, en grande partie, de voûtes
d’arêtes revêtues de plâtre sculpté, garni de motifs d’inspiration ottomane et hispanomauresque, il se signale autant par l’élégance des colonnes effilées, que par la
polychromie et la richesse ornementale des céramiques murales. (crédit photo : Issam
Barhoumi)
L’opulente salle d’apparat, point d’orgue des espaces intérieurs
Bien que les pièces les plus richement ornées se distribuent autour du patio, il faut revenir
au vestibule pour découvrir une salle d’une importance considérable, symbolisant le
pouvoir beylical : il s’agit de la « Mahkama » (salle de justice). L’emplacement et

l’organisation de cette pièce rectangulaire, au plan basilical, n’est pas sans rappeler la
salle de justice du palais du Bardo. Si elles diffèrent par leurs ornementations, toutes les
deux s’ouvrent sur le côté droit du vestibule, et sont pareillement divisées en trois nefs
longitudinales par deux rangées de colonnes. De prime abord, il peut sembler curieux
qu’une résidence de plaisance, comme le palais de la Rose, dispose d’un espace de
représentation aussi prestigieux, car c’est dans ce lieu que le Bey rend la justice à ses
sujets, sachant que d’autres palais à La Manouba ou ailleurs, destinés au loisir et au
divertissement du souverain, en sont totalement dépourvus. Cependant, ce privilège
trouve son fondement dans l’attachement de Hammouda Pacha à Ksar El Warda,
matérialisé aussi bien par le grand soin apporté à sa construction et à sa décoration, que
par les fréquents séjours que le monarque et sa cour y effectuèrent.

Vue de l’ancienne salle de justice. Divisée en trois nefs par deux rangées de colonnes
en marbre blanc, soutenant des arcs à claveaux bichromes, elle est pourvue d’une
voûte à pans, décorée de motifs du répertoire ottoman, notamment des cyprès et des
étoiles à huit pointes. Au sein du musée militaire national, cette salle abrite, de nos
jours, les œuvres des époques anciennes. (crédit photo : Samia Chagour)
D’aspect solennel, à l’instar de son équivalent au palais du Bardo, la salle de justice
comporte deux alignements de colonnes en marbre blanc, dont les chapiteaux superposent
gracieusement crosses et volutes. Ces derniers supportent des arcs à claveaux bichromes
(noir et blanc), dont les écoinçons sont agrémentés de dessins géométriques inscrits dans
des carrés. Les arcades soutiennent une voûte à pans, ornée de motifs ottomans en plâtre
sculpté, parmi lesquels figurent les habituels cyprès et les étoiles à huit pointes. Au fond
de la salle, se trouve une niche à fond plat, qui marque l’emplacement où se trouvait,
jadis, le siège du monarque. Cette dernière possède un encadrement en marqueterie de
marbres, de style rococo italien, identique à celui de la porte de la salle d’apparat. Celle-ci

est, incontestablement, le joyau du palais. Si deux somptueuses salles en forme de « T
», flanquées de petites pièces, « Mkasser», bordent les portiques latéraux du patio, le
faste de l’éblouissante salle d’apparat, formant un magnifique salon d’honneur, éclipse
toute autre pièce de Ksar El Warda. Donnant sur le portique du fond, situé à l’opposé de
celui qui précède le vestibule, elle ne manque guère de susciter l’émerveillement tant son
agencement et sa décoration sont d’une beauté incomparable. Surmontée d’une vaste
coupole à tambour circulaire, celle salle, pourvue de trois profonds défoncements, appelés
en jargon tunisien « Kabwat », traduit, encore une fois, une forte imprégnation
ottomane ; ces salles d’apparat, couvertes d’une coupole, existent dans plusieurs palais
d’Istanbul, en particulier ceux datant des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles.
La féerie de l’ornementation est illustrée par d’exquises céramiques à dominantes jaune et
verte, ainsi que par l’abondance des marbres, notamment le marbre blanc pour le sol et les
trumeaux, et le marbre rose pour les fûts des charmantes colonnettes à chapiteaux néocomposites. Toutefois, la parure la plus grandiose, de ce lieu hors du commun, consiste
dans l’exceptionnelle dentelle, réalisée en plâtre richement et délicatement ouvragé,
mêlant d’innombrables motifs ottomans et hispano-mauresques ciselés avec virtuosité.
Cette dentelle, à l’exécution époustouflante, tapisse entièrement toutes les parties
supérieures de la salle, incluant les arcs et leurs intrados, les voûtes des trois « Kabwat »,
ainsi que les trompes, le tambour et la calotte de la coupole. À la clef de celle-ci, est
suspendu un grand lustre. Outre les salles de pouvoir et d’apparat, le palais englobe,
également, diverses pièces, un oratoire, un « Dar El Dyaf » (aile destinée aux invités),
ainsi que des communs et des espaces réservés à la domesticité. Il est important de
relever, qu’en dehors de l’édifice lui-même, cette luxueuse résidence beylicale disposait,
auparavant, de jardins aussi splendides que très étendus. Un délicieux kiosque de
plaisance, appelé « Kobbet El Hawa », agrémenté de marbres, de céramiques et de plâtre
finement sculpté, se trouvait dans ces jardins jusqu’à la fin du XIXe siècle. Au tout début
du XXe siècle, il fut totalement démonté pour être érigé au sommet de la colline du parc
du Belvédère, là où il se dresse encore de nos jours.

Vue partielle de la salle d’apparat. Celle-ci, dotée des décors les plus somptueux du
palais, est un espace admirable, dont la principale parure consiste dans le magnifique
revêtement de plâtre finement ciselé. Ce dernier couvre entièrement toutes les parties
supérieures de la salle, dont la magnifique coupole à tambour circulaire. (crédit
photo : Nizar Kalech)
Un musée aux collections remarquables, malheureusement peu visité
En plus d’être un merveilleux chef-d’œuvre de l’architecture palatiale tunisienne du
XVIIIe siècle, Ksar El Warda abrite le musée militaire national, ouvert au grand public en
juin 1989. Ce musée renferme de riches collections, regroupant plus de vingt-trois mille
objets, se distinguant par leur grande diversité. Comportant des pièces d’une valeur
inestimable, étalées sur trois millénaires, il présente des œuvres qui illustrent l’histoire
militaire du pays à travers les différentes époques. Ces œuvres , dont une sélection est
exposée aussi bien dans une douzaine de salles à l’intérieur du palais, qu’à l’extérieur de
l’édifice, comprennent divers types d’armes (armes blanches, armes à feu et armes
lourdes), des boucliers, des costumes, des peintures à l’huile, des bas-reliefs, des modèles
miniatures de batailles et de navires de guerre, etc.

Vue partielle d’une pièce où sont exposées les œuvres des périodes ottomane et
mouradite. Ces objets, notamment des costumes, sont installés dans l’une des salles
en forme de « T », qui entourent le patio. Outre les œuvres présentées, l’espace luimême est soigneusement orné, en particulier par des décors en plâtre sculpté
d’inspiration hispano-mauresque. (crédit photo : Samia Chagour)
Dotés de thématiques spécifiques, à l’instar de la salle abritant les œuvres des époques
anciennes, de celle dédiée aux périodes ottomane et mouradite, ou bien de celle relative à
la formation du premier noyau de l’armée tunisienne, ces espaces d’exposition, installés
dans les belles salles de l’ancienne résidence beylicale, comme la salle de justice et les
somptueuses pièces entourant le patio, se caractérisent par une présentation
chronologique des collections. Accessible toute la semaine, à l’exception du lundi et des
jours correspondant aux fêtes religieuses, le visiteur peut découvrir, à son aise, des objets
exceptionnels dans un cadre enchanteur. Bien que le palais et ses collections revêtent une
importance considérable, on ne peut que souligner, hélas, le très faible nombre de
visiteurs, et cela concerne tant les Tunisiens, que les touristes étrangers. Dans le cas de
nos concitoyens, la situation sidère à plus d’un titre…Outre le fait que le monument est
fort bien conservé et qu’il est ouvert à tout le monde, le tarif d’entrée est très modique. Le
manque cruel de visiteurs peut s’expliquer par le désintérêt du citoyen tunisien pour les
musées, le musée du Bardo lui-même n’étant pas mieux loti, mais également par le
manque d’informations ; beaucoup croient à tort que le lieu est inaccessible, uniquement
parce qu’il relève du ministère de la Défense. Quant aux touristes étrangers, force est de
constater que ces derniers ignorent, pour la plupart, l’existence de Ksar El Warda. Il est
dommage que la visite du premier musée du pays ne soit pas compétée par celle du palais
de la Rose, d’autant plus qu’il se trouve, relativement, à une faible distance du Bardo,
n’excédant pas trois kilomètres.
Véritable trésor patrimonial, Ksar El Warda compte, indéniablement, parmi les plus
beaux édifices de l’ère husseinite, illustrant avec éloquence un style parvenu à son

apogée. Présentant un immense intérêt, en tant qu’œuvre architecturale et en tant que
musée, il peut contribuer à l’éclosion et à l’affirmation d’un tourisme culturel de qualité,
aussi bien sur le plan local, que sur le plan national.
Mohamed Khaled Hizem
Publié aussi dans La Presse magazine le 22/09/2016.




Télécharger le fichier (PDF)

Ksar El Warda.pdf (PDF, 3.1 Mo)

Télécharger
Formats alternatifs: ZIP







Documents similaires


ksar el warda
portalegre itineraire 1 t
reglement du concours photo version 2 mm gg
zocalo hugo bilel yanis nathan 5
vente fevrier
arts de l islam

Sur le même sujet..