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Éditorial
AMAN, IMAN, AMIN
Lors des
dernières
élections municipales et
régionales de 2012, la
formation RADDE avait
produit des clips dans
lesquels des citoyens
ordinaires exprimaient
leurs visions et leurs attentes politiques. L'un de
ces citoyens, après avoir demandé des gages
quant à sa sécurité, résuma ainsi ce qui était pour
lui le plus grand fléau dont souffre
Djibouti : « maa fich 'adaala (il n'y a pas de
Justice) ». Dès le lendemain de son passage à la
RTD, sa boutique rue des Mouches fut
cadenassée par les sbires du régime et il lui fut
interdit d'exercer son petit commerce. Il fallut
toute la détermination du nouveau maire de la
Capitale pour qu'il puisse reprendre son activité et
accéder à sa boutique, mais on ne l'y reprit plus.
Peut-être aurait-il plutôt dû se contenter d'un
prudent: « Maa fich Aman, habuuli Aman (il n'y a
pas de paix, laissez-moi en paix ».
Ceci pour expliquer en quoi le choix de
l'acronyme « AMAN » n'est pas juste un exercice
de style. Nous ne l'avons pas adopté juste parce
que ce mot signifie « Paix » dans les trois
langues locales, mais surtout pour rappeler une
dramatique évidence : sans Paix, il est impossible
de parler de Démocratie ou de Développement. Si
vivre en paix c'est avant tout se sentir en sécurité,
alors force est de reconnaître que peu sont nos
compatriotes ignorant l'insécurité.

Réalité, journal d’information de l’ARD

Dans l'arrière-pays, l'on craint tout simplement
pour sa vie, puisqu'il s'agit d'une zone
volontairement plongée dans une situation de
guerre dont les civils sont les premières victimes,
dans l'indifférence générale. Pour le régime
djiboutien, la guerre est un marché lucratif, pire :
un fonds de commerce depuis décembre 1977.
Vital pour lui dans ces conditions d'avoir violé les
dispositions essentielles de l'accord de paix du 12
mai 2001, que le chef de l’État avait pourtant juré
sur le Coran de respecter et d'appliquer. Allah
jugera le parjure, nos compatriotes ont depuis
longtemps condamné cette trahison politique qui
porte atteinte à l'unité nationale et à la paix civile.
De Buldhuqo à Arhiba, en passant par Ali-Sabieh
et partout où l'on ose se mobiliser pour condamner
l'injustice, armée et police « nationales » sont
considérées comme des forces d'occupation au
service de l'injustice et de l'arbitraire.
De crainte de perdre leur emploi faute d'un vrai
syndicalisme défendant leurs libertés d'opinion et
d'association, les fonctionnaires végètent et ne se
considèrent presque plus au service de l’intérêt
général, étant donné que la notion d’État héritée de
la colonisation a disparu : le journaliste trouve
normal de se transformer en griot, le juge a peur de
juger avec équité, le médecin a oublié le serment
d’Hippocrate, exige de l'argent pour admettre aux
urgences, a peur de soigner des blessés dès lors
qu'ils sont victimes des mal nommées « forces de
l'ordre ».

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Édition spéciale AMAN du 8 septembre 2016

Bref, ne pas s'engager dans la politique, ne surtout
pas contester relève de l'instinct de survie : c'est la
mort du citoyen que ce régime organise
méthodiquement, creusant ainsi sa propre tombe et
elle l'accueillera inéluctablement et avec délectation
car une telle aberration ne peut perdurer.

pas chrétien en terre d'Islam ? Tout comme le fut
notre grand poète William Siad ? Aucune puissance
extérieure ne peut nous obliger à devenir ce que nous
ne sommes pas, d'autant plus que le terrorisme
islamiste est l'enfant incestueux des régimes
dictatoriaux et des donneurs de leçons en matière de
démocratie, de droits de l'homme qui les tolèrent et
Mais pour les opposants que nous sommes, nous taire les protègent complaisamment.
et ne pas nous organiser serait abdiquer, capituler,
déposer les armes de la critique et déposer l'esprit de Cette reconstruction exige avant tout de cultiver la
la critique. Même si nous ne sommes pas adeptes de citoyenneté en respectant le citoyen dans ses droits
la lutte armée, même si nous n’appelons ni au les plus élémentaires. Sans l'engagement citoyen,
boycott reconductible à l'infini ni à la violence aucun changement n'est possible et il n'y a rien de
urbaine incontrôlable, nous n'oublions pas que nous sérieusement durable à attendre d'une hypothétique
sommes dans une démocratie de façade et de révolution de palais guettant tout despote en fin de
« fasaad », désordre qu'Allah condamne dans la règne, comme c'est le cas chez nous.
Sourate de l'Aube (Al Fajr) en évoquant les péchés
des 'Aad, Samuud et autre Pharaon : « 11. Tous Le premier respect que l'on doit au citoyen, c'est de
étaient des gens qui transgressaient dans leur pays. le considérer mature, doué de raison, raisonnable et
raisonné, à même de pouvoir juger et jauger les
12. et y avaient commis beaucoup de désordre. ».
politiciens à l'aune de leurs paroles et de leurs
Il est impératif de remettre de l'ordre dans notre actions. Encore faut-il pour cela que ces derniers
société car de l'actuel désordre, dû à la folie des soient joignables, ne s'inscrivent pas aux abonnés
grandeurs, aux fantasmes dynastiques, à l’appétit de absents et que, surtout, ils reconnaissent aux
puissance et d'argent, naîtra inévitablement un chaos militants le droit de poser des questions et acceptent
à la somalienne. Qu'Allah en soit témoin, ce régime quant à eux le devoir de rendre des comptes. On ne
n'aura aucun successeur : Siad Barré bien plus peut pas sérieusement prétendre combattre un régime
intelligent et véritable patriote, polygame de surcroit, autocratique que l'on singe jusqu'à la caricature :
a lamentable échoué et fini sa vie dans l'indifférence avant de promettre la démocratie pour toutes les
et l'exil, avec toute sa cour. C'est ce qui attend la cour citoyennes et tous les citoyens, il faut déjà la
de ce régime ! Pour les vrais patriotes, et ils respecter dans son propre parti politique et l'accorder
constituent l'écrasante majorité de nos compatriotes, à toutes ses militantes et tous ses militants. Une
cette perspective de descente aux enfers n'est pas une grande partie de l'opposition est morte de cette
option envisageable et pour qu'elle n'advienne pas, il usurpation, de ce pêché originel.
faut agir ensemble, dans l'unité, au quotidien et non
pas nous diviser et capituler en appelant Contrairement à une tradition bien établie
systématiquement au boycott et à l'abandon de d'usurpation et de charlatanisme, c'est cet exercice de
l'esprit civique. C'est en cela qu'AMAN se construit « démocratie participative » que les trois dirigeants
sur la foi inébranlable en notre Avenir : AMAN, c'est d'AMAN ont mis en pratique et en retransmission
IMAN. Notre société est fondée sur des valeurs directe sur Internet des heures durant le 27 septembre
islamiques dont nul ne peut revendiquer le monopole dernier et ce numéro spécial de notre journal
politique : il s'agit d'un patrimoine commun supérieur « Réalité » est consacré à cet événement, unique en
aux vicissitudes de la compétition politicienne car la son genre : une première dans l'Histoire politique de
religion n'est pas une offre partisane. « Djibouti notre pays. L'essence de leurs interventions vous est
avant tout » ? Non, c'est un slogan mécréant car nous proposée dans les pages qui suivent.
ne sommes que de passage cette terre : "IMAN avant Alors, avant de nous dire AMIN et de nous souhaiter
tout", la Foi avant tout car, ignorant le sens du mot bonne chance, chers lectrices et lecteurs, gardez ceci
« laïcité », nos concitoyens pensent à juste titre que à l'esprit: sans une société civile véritablement
nous ne serons des citoyens intègres que si et organisée, c'est-à-dire sans des citoyennes et des
seulement si nous sommes des croyants vertueux, citoyens solidaires et actifs, présents sur tous les
quelle que soit notre religion : l'un des plus grands fronts de la société, il est vain de parler d'action
patriotes, le regretté Jean-Paul Abdi Noël n'était-il
politique. (suite en page 12).

Réalité, journal d’information de l’ARD

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Édition spéciale AMAN du 8 septembre 2016

Transcription des questions-réponses aux trois Présidents lors de la première conférence-débat du
27/09/2016 que vous pouvez retrouver en vidéo (Youtube) dans son intégralité sur notre page
Facebook/ Aman Djibouti.

Historique sur le CDU et son
Président Omar Elmi Khaireh
A 17 ans, Omar Elmi Khaireh, actuel président du parti CDU,
se lance dans la lutte pour l’indépendance nationale. Il fait
partie des rares figures encore vivant des combattants pour la
l’indépendance de la République de Djibouti. Il a été à la tête
du FLCS. Arrêté, il a été détenu et condamné à perpétuité par
les autorités françaises de la colonisation avant d’être libéré
après cinq années de prison de haute sécurité successivement
à Paris et Caen suite à la prise d’otage d e l’ambassadeur de
France dans la capitale de la Somalie.
En 1982, il fut élu député à l’assemblée nationale avant de quitter son mandat d’élu et de s’exiler en 1986 en
Ethiopie. De là, Omar Elmi Khaireh rejoint le FRUD et entame une nouvelle lutte. Cette lutte a été celle
pour la démocratie et le pluralisme politique. Il avait rejoint et combattu aux cotés des forces du FRUD.
Omar Elmi Khaireh rentre au pays avec les accords de paix de 1994.
Il crée en 2012, le Centre des Démocrates Unifiés ( CDU) qui a tenu son premier congrès le 25 octobre
2012. Le CDU est créé par Omar Elmi Khaireh, un doyen de la lutte pour l’indépendance nationale et pour
la démocratie. Candidat à la dernière élection présidentielle, Omar continue son combat politique et créé,
avec l’ARD et le RADDE, l’Alliance des Mouvements pour l’Alternance et la Nation suite à l’implosion de
l’USN qui n’a duré que trois petites années

QUESTIONS POSEES A OMAR ELMI KHAIREH
La déclaration administrative d’un parti politique se
fait auprès du ministère de l’intérieur donc du régime
qui gouverne. Et c’est le ministère de l’Intérieur qui
légalise un parti politique qu’il soit de l’opposition ou
de la majorité. Notre parti légalement constitué est
Omar Elmi Khaireh: en république de Djibouti, bien comme tous les autres partis légalement
pour créer un parti politique, il faut respecter la loi constitués par le ministère du régime en place. Ni
sur la création des partis politiques. Nous avons plus ni moins
respecté cette loi en remplissant toutes les conditions
exigées.
Question: votre parti, le CDU, est composé
uniquement des membres de votre sous-clan. Aussi,
on vous reproche d’être pro-régime. Que diriezvous ?

Réalité, journal d’information de l’ARD

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Édition spéciale AMAN du 8 septembre 2016

Notre parti, comme son nom l’indique, le Centre des
Démocrate Unifiés, est un parti centriste. Lors de
l’élection législative du 22 février 2013, nous avons
tenté de calmer les tensions politiques entre l’USN et
le gouvernement. Le régime s’est montré hostile à
toute ouverture d’esprit en rejetant notre offre de
dialogue et de médiation. Face à l’intransigeance du
régime, le CDU a décidé de rejoindre l’USN.
Question: nous, militants USN, sommes déçus par
la division de la coalition après plusieurs années de
sacrifices. Nous soutenons AMAN mais de quoi
nous rassurer pour que le même scenario de
division ne se répète avec AMAN ?

Question: hier vous étiez en train de défendre
l’ARD d’Ahmed Youssouf Houmed. Aujourd’hui
vous êtes avec l’ARD de Cassim Ahmed Dini. Nous
ne comprenons pas votre attitude. Pourquoi ?
OEK: nous avons tenté de travailler tout l’été. Le
CDU a été le seul parti légalement constitué au sein
de ce qui reste de l’USN après sa division. Le
Président Ahmed Youssouf Houmed nous informe,
dans une réunion, qu’il est temps pour lui de prendre
sa retraite politique, qu’il va se retirer de la vie
politique. Alors que faire ? Comment réagir ? Faut-il
rester dans une coalition qui n’existe plus ? Là est
née l’idée de créer une nouvelle coalition. Pour créer
une coalition politique, un groupement politique, il
faut au moins deux partis légalement constitués.
Nous avons informé le Président Ahmed Youssouf
Houmed de notre intention politique de nous allier
avec Cassim Ahmed Dini, opposant détenteur du
récépissé légal, en vue de créer un nouveau
groupement politique légal. Nous l’avons informé
que nous ne pouvions pas rester immobiles, à ne rien
faire, à ne pas bouger d’autant plus qu’il a lui-même
décidé de mettre volontairement un terme à sa vie
politique de plusieurs décennies.

OEK: notre engagement politique enregistre des
décennies de combat. Nous n’avons jamais trahi le
peuple. A chaque fois, nous sommes au rendez-vous
de l’Histoire. La politique n’est jamais figée,
immobile. Devant chaque situation politique, il faut
réagir, apporter les réponses politiques adéquates.
Nous proposons une nouvelle offre politique avec
AMAN. Nous vous rassurons de mener un combat
politique pacifique, de poursuivre le combat
politique, de proposer une alternative. Surmontez
vos doutes sur une éventuelle division AMAN dans
l’avenir.
C’est pourquoi ( NDLR : après la retraite politique
décidée par Ahmed Youssouf Houmed), nous avons
Question: vous étiez un dirigeant de l’USN. Votre pris contact avec Cassim Ahmed Dini à la tete de
réaction sur l’USN ?
l’ARD légalement constituée.
OEK: comme vous savez, l’USN avait entamé sa
quatrième année d’existence. L’USN s’est divisée à
cause de l’élection présidentielle. Nous apprenons
que certains nous accusent d’avoir quitté USN. Nous
n’avons pas quitté USN. L’USN s’est divisée, s’est
disloquée. Elle a disparu de la scène politique
nationale.
Avec le RADDE, nous étions (CDU), les derniers à
rejoindre l’USN en 2013. Les fondateurs de l’USN
(NDLR : ARD, MRD, UDJ, PDD, MODEL) ont
quitté le bateau avant nous, se sont divisés à la veille
de l’élection présidentielle. Mohamed Daoud
Chehem, l’UDJ de feu Ismail Guedi Hared dont le
récépissé du parti a été donné à sa fille ont quitté
l’USN. Le MRD, le MODEL, une partie de l’ARD
mené par le député Adan Mohamed Abdou ont suivi
et ont quitté l’USN en pleine élection présidentielle.
Qui reste ? Une partie de l’ARD d’Ahmed Youssouf
Houmed, le CDU que je dirige et le RADDE dont le
président était en détention. Pour être clair, nous
n’avons pas abandonné l’USN. C’est l’USN qui s’est
divisée, s’est disloquée.

Réalité, journal d’information de l’ARD

Ahmed Youssouf Houmed est un homme qui a servi
le pays et a donné toute sa vie. Nous lui devons du
respect. Nous ne l’avons pas quitté. Nous ne l’avons
pas abandonné. Nous ne l’avons pas trahi. C’est lui
qui nous a informé de sa volonté de retraite politique
dans une réunion. Puis, je suis parti le voir chez lui.
Nous nous sommes mis d’accord et avons largement
discuté. Il y a un témoin de notoriété publique. Au
besoin, ce témoin est disponible pour ne dire que ce
qu’il a entendu dans ces discussions entre Ahmed
Youssouf et moi.
Pour conclure, quand les fondateurs de l’USN ont
quitté le bateau en se divisant à cause de l’élection
présidentielle d’avril 2016
et que le président Ahmed
Youssouf nous informe son
départ à la retraite, que
faire ?
Nous avons réagi. Nous
avons agit en créant la
nouvelle alliance AMAN.
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Édition spéciale AMAN du 8 septembre 2016

Questions posées au Président de l'ARD, M. Cassim Ahmed Dini
Eléments de biographie
A la fin de ses études en science politique, Cassim Ahmed
Dini a préféré rentrer dans son pays, alors même que des
perspectives dans la recherche universitaire lui avaient été
proposées en France. Il a été recruté au ministère des Affaires
Etrangères par le défunt Moumin Bahdon, mais en février
1992 il a rejoint le maquis du FRUD, quelques jours après
avoir été nommé chef de service. Avant et après cette date,
toujours de tous les combats pour la démocratie et les droits
de l'homme.
Question : comment pouvez-vous dire que vous êtes même informés lors de la constitution de l'alliance
opposant alors que c'est IOG qui vous a donné électorale et de la participation aux législatives de
l'ARD par respect pour votre père ?
2013. Quand on va à des élections sans mobiliser sa
base électorale, on est légitimement suspecté
Cassim Ahmed Dini : s'il vous plaît, dites ce que d'attendre un cadeau du régime en récompense de la
vous voulez de moi mais ne mêlez mon père à ça. Si participation. 2) Avec ce mépris des militants,
IOG, comme vous dites, avait du respect pour mon l'autocratie avait gangrené l'ARD car certains se
père, il aurait décrété un deuil national et la RTD croyaient dirigeants à vie et combattaient
n'aurait pas programmé une soirée musicale le jour farouchement quiconque menaçait leurs ambitions
de son décès, alors même qu'il avait mis le drapeau mesquines. Ainsi, j'ai failli être physiquement agressé
en berne et décrété un deuil national moins de deux devant l'annexe d'Obock. Tout comme le député
mois plus tard lors du décès de l'émir cheik Zayed Youssouf Ambassa, menacé de mort par un « cadre »
bin Sultan al Nahyan en novembre. Un peu de de l'ARD devant un gendarme ! Cette haine explique
pudeur. Quelques jours après le décès de mon père, pourquoi toutes les tentatives de réconciliation ont
plus de cent cadres et militants venus de toutes les échoué, la dernière en date étant celle du regretté
annexes m'ont demandé de devenir président de Vizir (paix à son âme) que j'avais personnellement
l'ARD ; j'ai catégoriquement refusé. En 2006, lors de saisi en février de cette année.
ce que l'on avait pompeusement appelé « congrès »,
la même proposition m'a encore été faite et, encore Question: mais vous ne pouvez pas nier que c'est
une fois, j'ai refusé. Pour vous dire que je n'ai jamais grâce à IOG que vous êtes président de l'ARD,
cherché à diriger parti et à m'approprier une n'est-ce pas ?
organisation incarnant un idéal pour lequel tant de
CAD: faux ! Je suis président de l'ARD parce que
sacrifices ont été consentis.
telle a été la volonté des militantes et des militants
Question: oui, mais IOG a réussi à diviser l'ARD lors du congrès des 20 et 21 novembre 2014, qui s'est
en vous donnant le récépissé et la légalité. Que tenu dans le respect de nos dispositions statutaires et
en présence d'un huissier...
pouvez-vous nous dire à ce propos ?
CAD : croyez-moi, personne de l'extérieur n'a divisé
l'ARD, elle était déjà divisée mais ce que j'ignorais,
c'est que certains de mes anciens compagnons de
lutte iraient jusqu'à la dissidence par ambition
personnelle. Par contre, grâce à ses écoutes
téléphoniques, le régime savait que notre Parti était
incapable d'organiser un congrès dans l'unité ; et il
en a profité. Il y avait deux graves problèmes à
l'ARD, aggravés par une décennie de boycott et
d'inertie : 1) le Parti était confisqué par les dirigeants
qui ne toléraient aucun débat démocratique. Ainsi,
les militants n'ont absolument pas été consultés ni
Réalité, journal d’information de l’ARD

Question: mais pourquoi IOG a-t-il reconnu la
légalité de votre congrès ?
CAD : je crois que c'est à lui qu'il faut directement
poser cette question. Il avait certainement ses raisons
qui ne sont pas nécessairement philanthropiques ou
charitables. En politique, on ne fait aucun cadeau, à
moins qu'il ne soit empoisonné, ce qui semble être le
cas. A mon avis, sachant qu'il y aurait inévitablement
une dissidence, je crois que le régime pensait que les
militants des deux ARD allaient se battre sur la place
publique.
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Édition spéciale AMAN du 8 septembre 2016

Trouble à l'ordre public tombant sous le coup de la
loi, cela aurait dû conduire à la dissolution de l'ARD.
Heureusement que nos militants ont plus de sagesse
que certains responsables. Je rappelle que c'est pour
provoquer des bagarres entre nos militants que le
régime a ouvert en janvier 2015 pour les dissidents
deux nouvelles annexes, l'une à Obock et l'autre à
Tadjourah. Il est donc clair qu'ils sont manipulés par
le pouvoir car des opposants sincères cherchent
toujours un terrain d'entente. Parlons d'autre chose,
s'il vous plaît, cette histoire est pathétique.
Question: vous l'avez affirmé vous-même, c'est
IOG qui vous a demandé de revenir de France.
Alors comment pouvez-vous dire que vous êtes
encore opposant ?
CAD: laissez-moi vous raconter une anecdote. Peu
de temps avant son décès, mon père a reçu à l'hôpital
Bouffard la visite du chef de l'Etat, accompagné
d'Abdourahman Boreh, qui pourra témoigner. Mon
père lui a dit ceci : "Monsieur le Président, sachez
que si je quitte ce lit guéri, je continuerai à vous
combattre. Si je quitte ce lit mort, je vous attendrai
le Jour du Jugement Dernier devant Allah. Je vous
conseille d'être le Président de tous les Djiboutiens
sans favoritisme et je vous demande de restituer la
caution électorale de l'UAD que vous conservez
illégalement". Le chef de l'Etat répondit très
exactement ceci, concernant le second point:
"donnez-moi deux jours et ce sera fait". Cela n'a
jamais été fait. Deux choses. Premièrement, si mon
père attend chef de l'Etat au Jugement Dernier pour
lui demander des comptes, ne pensez-vous pas qu'il
m'attend également pour me demander des comptes?
Ensuite, quelle est à votre avis la valeur morale d'un
individu capable de mentir à quelqu'un qui est sur
son lit de mort. Maintenant, c'est parce que je n'ai
rien à cacher que je n'ai jamais nié avoir été sollicité
par le chef de l'Etat en septembre 2014. Il m'invitait
d'abord à assister à la cérémonie de signature de
l'accord entre son gouvernement et l'opposition pour
régler le contentieux postélectoral. Puis il était
question d'appliquer les dispositions de l'accord de
paix du 12 mai 2001 signé par mon défunt père au
nom du FRUD et par son ministre l'Intérieur. Quel
mal y a t-il à vouloir la paix ? Pourquoi serais-je le
seul opposant à ne pas avoir le droit de le croire ?
Beaucoup d'autres n'ont pourtant pas douté de sa
parole un certain 30 décembre 2014. Je vous rappelle
que même Pharaon s'est repenti le dernier jour de sa
vie et a voulu revenir dans le droit chemin.

Réalité, journal d’information de l’ARD

Mais Allah a refusé sa rédemption. A mon avis, c'est
Allah qui refuse que le Chef de l'Etat revienne dans le
droit chemin en gouvernant avec justice et en
appliquant l'accord de paix qu'il avait juré sur le
Coran de respecter. Donc si Allah ne veut pas, je ne
peux rien pour le Chef de l'Etat. Peut-être faut-il faire
une prière collective pour son salut. Alors, prions
pour tous nos morts et pour le chef de l'Etat capable
de se moquer d'un mourant. Quant à moi, il n'a jamais
été question et il ne sera jamais question d'intégrer
son gouvernement. Notez-le et rappelez-moi cet
engagement si je ne le respecte pas. Si je souhaitais
des avantages personnels, j'aurais demandé au
minimum mes 14 années d'arriérés de salaire, alors
même qu'aucune décision réglementaire n'a notifié
ma radiation de la fonction publique. Donc je ne suis
pas revenu de France pour mendier quoi que ce soit
mais malheureusement le sérieux n'a pas été au
rendez-vous, ni côté régime, ni chez mes anciens
compagnons de lutte. De ce fait, je suis l'opposant
que j'ai toujours été : compromis oui, compromission
jamais.
Question: mais on dit que c'est pour ne pas déplaire
au régime que vous auriez renoncé à votre
candidature lors de la dernière élection
présidentielle? Est-ce vrai?
CAD : il faut reprendre la chronologie des faits. Lors
de notre congrès de novembre 2014, les militants ont
mis un terme au boycott systématique. Puis, lors de la
séance ordinaire du Conseil national de l'ARD du 6
novembre 2015, la majorité des membres m'a
officiellement désigné comme candidat de l'ARD à
l'élection présidentielle du 8 avril 2016. En fait, il
fallait éviter deux choses pour l'opposition: 1) le
boycott, qui serait inefficace car il y aurait
certainement des candidats indépendants et 2) la
multiplicité des candidatures car cela éparpillerait nos
voix et notre électorat. Il s'agissait de trouver un
candidat unique pour toute l'opposition, comme en
1999. C'est dans cet esprit qu'avec Mohamed Moussa
Tourtour nous avions crée l'Alliance Républicaine
(A.R). Hélas, autres temps, autres mœurs. Cela n'a
pas été possible. Vous savez ce qui s'est passé, inutile
de remuer le couteau dans la plaie. L'AR n'avait plus
de raison d'être puisqu'elle avait échoué. Après une
nouvelle consultation de notre base, il a été décidé
que je me retire de la compétition et de soutenir un
candidat encarté à l'ARD. Pour vous dire qu'on n'est
pas candidat juste pour satisfaire son ego, mais pour
incarner et proposer un changement crédible.

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Édition spéciale AMAN du 8 septembre 2016

Question: pourquoi avoir crée AMAN aujourd'hui? le portefeuille. Il faudra également en finir avec une
prétendue représentation nationale en fait constituée
CAD: l'unité est une nécessité vitale en politique, d'élus claniques dont la principale activité consiste à
que ce soit dans un parti ou un groupement de partis. intervenir pour un proche. Nous présenterons ce
D'un point de vue juridique, l'ancienne coalition projet qui est un programme de gouvernement pour
n'existe plus car nous nous en sommes retirés et les conquérir la confiance de nos concitoyens. Mais s'il
deux autres partis fondateurs ne s'en revendiquent fallait le résumer en un seul mot, ce serait
plus. Ce n'est pas à moi d'entrer dans les détails. "responsabilité", vertu qui manque cruellement chez
Ensuite, malgré tous les ragots, le Président du nous. Côté régime, personne n'est responsable car la
RADDE a eu le courage politique de venir me voir fraude électorale est là pour assurer l'impunité à tous
pour discuter d'une refondation de l'opposition. Le les fraudeurs politiques. En fait, tout ce personnel
Président du CDU s'est joint à cette démarche et, politique n'est responsable que devant un seul
comme la loi exige au moins deux partis légalisés homme: le chef de l'Etat. Côté opposition, le débat
pour constituer un groupement de partis, la boucle démocratique avec les militants devrait être une
est bouclée.
exigence absolue.
Question: donc AMAN a été crée pour participer Malheureusement, la tentation despotique d'une
aux
prochaines
élections
régionales
et présidence à vie y est encore grande: comme il n'y a
municipales?
qu'un pas du sublime au ridicule, en politique, il faut
CAD: tout d'abord il n'est pas nécessaire d'avoir un savoir faire son autocritique et accepter la critique
parti légalisé ou de se constituer en groupement de constructive car nul n'est infaillible. C'est cette
partis pour participer à ces élections. Ensuite on ne culture du débat que nous restaurons dans notre Parti
participe pas à des élections pour prouver son et à laquelle nous invitons tout les véritables
légalisme. On participe à une élection lorsqu'il y a un démocrates. Rien de neuf ou de nouveau ne saurait
réel enjeu. Autant c'est le cas pour les législatives et rassurer et mobiliser nos compatriotes si nous
la présidentielle, autant ce n'est pas le cas pour les reproduisons les mêmes travers autoritaires que ceux
élections régionales et municipales. Pourquoi ? Parce du régime. La politique telle qu'elle est
que ce que l'on appelle ici "décentralisation" est une majoritairement pratiquée, vécue et communément
vaste tromperie. C'est une violation honteuse de plus acceptée chez nous est radicalement incompatible
de l'Accord de Paix du 12 mai 2001 puisque le texte avec nos valeurs culturelles et religieuses: Allah
sur lequel nous nous étions entendus et annexé au dit n'aime ni les dictateurs, ni les prétentieux, ni les
Accord a été tout simplement dénaturé et larbins, ni les soumis. Sourate Luqman, conseils à un
unilatéralement modifié par le régime. En temps fils. In sha Allah nous ne ferons jamais partie
utile, nous aurons l'occasion de nous exprimer là- d'aucune de ces catégories de damnés.
dessus. Pour ce qui est de l'ARD, il reviendra au
Conseil National de trancher la question de notre
participation ou pas à ces élections municipales et
régionales. Et je ne crois pas trop m'avancer en
estimant que cette instance ne nous conseillera pas
de "jouer aux billes" car ce qui se prépare aura tout
l'air d'un chahut de récréation.
Question: quel
d'AMAN?

est

le

programme

politique

CAD: AMAN n'est pas une simple alliance
électorale de circonstance. Nous avons un véritable
projet de société rompant radicalement avec les us et
coutumes ayant cours dans notre pays depuis
l'avènement du parti unique. Une véritable
séparation des pouvoirs sera instaurée, de même
qu'un équilibre au sein de l'Exécutif pour en finir
avec les portefeuilles qui ne servent qu'à se remplir

Réalité, journal d’information de l’ARD

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Édition spéciale AMAN du 8 septembre 2016

Historique du RADDE et de son président
Abdourahman Mohamed Guelleh communément appelé TX
a été enseignant au collège avant de devenir principaladjoint, principal au collège et proviseur de lycée. En 2009,
il est désigné conseiller technique chargé de la
communication auprès de l’ancien Premier ministre Dileita
Mohamed Dileita avant de se lancer dans le s élections
municipales de 2012 et remporte haut la main la Capitale.
Devenu maire de la ville de Djibouti en février 2012, il créé
le 27 septembre 2012 le Rassemblement, pour l’Action, la
Démocratie, le Développement et l’Ecologie ( RADDE)
déclaré auprès du ministère de l’Intérieur avant de rejoindre en février 2013 la coalition USN. Il deviendra
le secrétaire général de l’USN jusqu’à la création de l’Alliance AMAN dont il fut désigné le
Coordonnateur-Délégué.
Parallèlement à sa vie de fonctionnaire, TX a fait un parcours dans la communication, le journalisme et la
société civile. En journalisme, il a travaillé dans les années 1990 avec le journal gouvernemental La Nation
en qualité de chroniqueur sportif et avant de créer la Voix du Sud, un bimensuel régional indépendant
ayant paru et couvert les régions du sud au début des années 2000. Aussi, il a été attaché de presse de la
fédération djiboutienne de Football durant presque une décennie. Concernant, la société civile, il a
beaucoup œuvré dans des associations dont il a dirigé certaines avant de créer et de devenir le premier
président-fondateur en 2010 du Conseil National de la Société Civile Djiboutienne.
TX a découvert le monde politique à travers son engagement journalistique et social entamé dès le début
des années 1990.
QUESTIONS A Abourahman Mohamed Guelleh TX, Président du RADDE et CoordonnateurDélégué de l’Alliance AMAN
Question: je fais parti des militants de l’USN. Nous
avons, durant quatre années, consentis d’énormes
sacrifices. Les militants ayant soutenu l’USN et le
peuple attendent toujours un changement. Ce qui a
divisé les dirigeants n’a pas divisé les militants. Se
retrouver après plusieurs mois de silence dans une
nouvelle alliance réconforte notre moral. Mais
L’alliance AMAN sera-t-elle différente de l’USN
ou, au final, serez-vous divisés à cause de vos
ambitions personnelles ?
Abourahman Mohamed Guelleh: j’étais en
détention au moment de la division des dirigeants
USN. Evidemment, les militants USN sont
découragés. Les dirigeants se sont divisés mais le
Peuple reste toujours assoiffé de changement, pour
une alternance crédible. Le Peuple nous attend. Il est
de notre responsabilité de reconquérir l’opinion, de
consoler et de convaincre les gens déçus, les espoirs
brisés. Un leader ne doit pas se décourager, ne doit
pas se résigner, ne doit pas se lamenter. Il doit
surmonter les épreuves, les obstacles, les déceptions,
les périodes de découragement. C’est notre volonté,
c’est la volonté du leadership de notre nouvelle
Alliance AMAN.
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Soyez assurés de notre engagement à poursuivre le
combat politique. Un combat pacifique et non.
violent La violence n’est pas la solution. Elle ne sera
jamais la solution. Oui à la confrontation des idées.
Non à la confrontation physique et aux
provocations. Nous voulons démocratiser le pays,
convaincre le régime à démocratiser le pays, à
respecter les libertés fondamentales. Le régime a
peur. Il faut le rassurer, lui dire que nous sommes
légalistes, démocrates, que nous ne voulons pas
prendre le pouvoir par la force, qu’il n’a rien à
craindre même s’ils perd le pouvoir. C’est à nous de
lui inculquer cet esprit, cette approche politique qui
a été utile pour l’Afrique du Sud de l’apartheid et
actuellement en Birmanie du régime militaire avec
Nelson Mandela et Aung San Su
Les ambitions démesurées et personnelles ne sont
pas AMAN. AMAN reste différente de l’USN dans
le sens où toutes les questions restées tabous au sein
de l’USN ont été discutées. Les membres fondateurs
de l’Alliance AMAN se sont mis d’accord sur les
objectifs, sur les orientations politiques, sur les
moyens et sur la régulation de son fonctionnement.
Donc, soyez rassurés.
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Édition spéciale AMAN du 8 septembre 2016

Question: le RADDE est un petit mouvement de la Il faut donc s’atteler en priorité à la démocratisation
ville de Djibouti. Comment pouvez-vous prétendre de la vie politique actuellement verrouillée par le
régime. Il faut organiser des élections libres,
une politique nationale ?
transparentes et voir se réaliser dans notre pays des
AMG : je voudrais d’abord saluer le public qui pose alternances démocratiques utiles pour le peuple et le
des questions à la hauteur de l’exercice développement du pays. Nous devons révolutionner
démocratique et de notre conception sur la liberté les mentalités de l’élite politique et de leurs relations
d’expression. L’Alliance AMAN se démarque de avec le peuple en démocratisant le pays.
toutes les organisations politiques de notre pays par
l’exercice d’une démocratie sans concession et à Quant à notre projet économique, il s’agira
travers ce débat sans aucune censure. Des questions évidemment d’une économie libérale dont les
de toute sorte peuvent être posées.
répartitions des richesses se feront dans la justice
sociale, dans l’égalité et dans le respect des
Le RADDE n’est pas un petit mouvement. Tout a équilibres.
commencé avec un groupe et un leadership comme
toute organisation. Puis, le RADDE a proposé un Cette manne des ressources financières mobilisées
programme politique à Djibouti ville en vue chaque année dans notre pays n’est pas redistribuée
d’accéder au suffrage universel et à l’adhésion des équitablement. Dans notre pays, il n ya pas de
Djiboutiens de la capitale. Le RADDE remporte justice sociale. Le pays n’est pas une boutique
haut la main l’élection municipale et a battu en appartenant à une personne. Le pays appartient à
2012 l’UMP au pouvoir en remportant la capitale tous les Djiboutiens. Ses richesses aussi.
qui regroupe 2/3 du collège électoral. Les électeurs
Notre pays est un petit pays de 800 mille habitants.
ont massivement voté pour le RADDE.
Vu les ressources financières mobilisées chaque
Notre victoire en 2012 est la toute première en année, vu l’injustice sociale et l’inégalité frappante,
République de Djibouti. Le RADDE a laminé la il y a beaucoup à faire pour aller de l’avant. Faites
machine de l’UMP au pouvoir depuis un tour dans la ville de Djibouti, dans les quartiers
l’indépendance. Et je comprends sa rage et sa populaires, les gens souffrent en silence. La misère
répression en février 2013 en confisquant par la vous saute aux yeux. C’est tout le contraire de la
force le mandat de cinq ans qui m’a été confié par propagande du régime sur ses antennes de la
les électeurs de la capitale.
Radiotélévision de Djibouti ( RTD).
Quelques mois après, le 27 septembre 2012, le
mouvement issu d’une liste indépendante de la
société civile se transforme en parti politique avec
une déclaration administrative auprès du ministère
de l’intérieur. Pour créer un parti politique, une des
conditions consiste à ce que les membres fondateurs
soient issus également des régions de l’intérieur.
C’est dire que le RADDE n’est pas du tout un petit
mouvement cantonné dans la capitale mais c’est un
grand parti politique présent dans tout le pays, qui a
des milliers d’adhérents, ses dirigeants et un
leadership.

Les salariés et les fonctionnaires n’arrivent pas à
joindre les deux bouts. Ils ne peuvent pas se payer la
location, l’alimentation, les factures d’électricité et
de l’eau.

AMG: nous ne pouvons pas étaler dans ces
quelques lignes les détails de notre programme
politique. Mais je vais vous citer quelques points qui
résument le contour du projet politique d’AMAN.
D’abord, est-ce qu’il y a en République de Djibouti
un Etat de Droit ? Une liberté d’expression ? Une
liberté politique ? Une liberté d’opinion ? C’est non.

AMG: ce sont des questions pertinentes. AMAN
existe depuis peu de temps. Concernant les élections
locales, ni la Capitale ni les régions de l’intérieur
n’ont pas les pouvoirs et les moyens d’agir, de servir
la population, de développer les collectivités
territoriales. la décentralisation telle que définie par
l'accord de paix du 12 mai 2001 a été pervertie et
vidée de ses dispositions essentielles. Ce n'est plus

Notre programme politique est essentiellement axé
sur la démocratisation, sur la répartition équitable
des richesses, sur une justice sociale et sur un vrai
développement.

Question: les élections se préparent en avance.
Vous êtes-vous mis d’accord sur les listes des
municipales de 2017, sur votre tête de liste a
Question: quel est le projet politique de l’Alliance l’élection législative de 2018 et sur votre candidat
unique à la prochaine présidentielle ?
AMAN?

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aujourd’hui qu'une coquille vide. L’élection de 2017 l’élection présidentielle et sur la désignation d'un
ne présente aucun enjeu local. AMAN se penchera candidat unique.
sur la question le moment venu.
Il fallait recomposer le paysage de l’opposition
Concernant la personnalité tête de liste à l’élection politique Djiboutienne, proposer une nouveau projet
législative de 2018 et le candidat unique à la politique. Ce que nous avons fait avec AMAN.
présidentielle prochaine, il faut tirer les leçons des
échecs de l’USN. Je rappelle ici que le mécanisme Questions : comment surmonter les obstacles qui
de désignation de la tête de liste ou du candidat ont détruit l’USN ?
unique ne sera plus le même mécanisme utilisé par AMG: nous proposons une nouvelle offre politique
l’opposition. A l’USN seules quelques personnes qui respecte la Constitution et les lois en vigueur.
décidaient l’avenir d’un peuple. AMAN mettra en Les violences et les confrontations sont bannies dans
place, et c’est dans sa charte, un conseil national, le combat politique de l’Alliance AMAN. Le
souverain et démocratique. C’est ce conseil national combat sera pacifique. C’est un combat des idées,
composé d’une centaine des délégués des partis pas un combat physique.
politiques de l’Alliance qui prendra les grandes
décisions politiques et de manière démocratique. Les Ni le régime ni certaines oppositions ne maitrisent
modalités de prise des grandes décisions ou l’art de la liberté politique et de la démocratie. C’est
orientations politiques respecteront ce mécanisme de à nous de révolutionner les mentalités, c’est à nous
démocratie et de débats internes. A l’USN, et c’était de convaincre ceux qui sont allergiques à toute
une erreur monumentale de notre part, c’est une différence politique, à toute différence d’opinion.
dizaine des personnes du Haut-Conseil composé des Comme disait John Kerry à Lavrov sur le dossier
sept présidents des partis politiques et quatre syrien, je dirai aux anciens dirigeants USN et
personnalités qui décidaient tout , contrairement à camarades de lutte : « Mettons-nous d’accord sur
AMAN ou nous comptons démocratiser les grandes notre désaccord ». Ça ne peut que renforcer nos
décisions politiques à travers ce conseil national qui valeurs, notre culture sur les questions du débat
regroupera de cent à cent cinquante délégués démocratique et de la liberté politique pour chacun.
représentants les partis membres de l’Alliance
Concernant le régime, est-ce que la majorité au
AMAN.
pouvoir est capable de nous confronter sur un débat
d’idées, un combat d’idées ? D’ailleurs, nous
Question: quels ont été les erreurs de l’USN?
proposons une confrontation des idées à la RTD.
AMG: personnellement, à la veille de la Nous proposons un débat démocratique, un débat
présidentielle d’avril 2016, j’ai été arbitrairement des idées. Mais la RTD, est-ce qu’elle est capable de
arrêté et détenu par le régime durant presque quatre proposer un tel débat ? Non. Je ne le pense pas
mois dans la prison où je suis tombé malade. A ma tellement le régime est opposé à toute idée, toute
sortie de la prison et de l’Hôpital, j’ai hérité d'une opinion opposée à sa pensée unique.
coalition profondément divisée, détruite. Les
dirigeants de l’USN me sollicitent alors que je Ce qui est très grave dans notre pays, ce qu’il y a un
reprenne mes fonctions de secrétaire général. J’ai seul journal, une seule télévision et une seule radio
poliment refusé en demandant à ce que l’USN appartenant au régime. Parfois, d’autres journaux
entame, au préalable de ma reprise de fonction, un paraissent timidement avant de disparaitre sous les
bilan d’évaluation essentiellement axé sur ses échecs coups de la répression du régime. Les journalistes et
et ses erreurs depuis sa création. Un exercice, certes les organes indépendants sont harcelés, arrêtés et
difficile, mais utile pour continuer. Nous ne malmenés. Les journalistes sont poursuivis,
pouvions pas reprendre les activités politiques condamnés et emprisonnés. Tout simplement le
comme si de rien n’était, comme si l’USN existait, régime craint la liberté de l’information.
solide et unie. Il fallait revoir nos erreurs, nos
J’ai été journaliste. Je connais ce que c’est la
échecs, nos manquements puisque l’USN avait
censure, l’autocensure mais aussi la poursuite
implosé à cause d’une échéance électorale aussi
judiciaire. Dernièrement, Aurore, l’organe de presse
importante. C’était pour moi impossible de
de l’USN a été suspendu et son co-directeur de
m’engager dans une entreprise qui serait vouée à
publication condamné. Le Renard de Souber
l’échec. L’USN n’a pas pu se mettre d’accord sur sa
Youssouf connait le même sort. Le régime craint.
participation ou non à
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Édition spéciale AMAN du 8 septembre 2016

Il faut que le régime soit convaincu de l’utilité d’une AMG: j’ai été arrêté à la veille de l’élection
presse libre pour le pays. Une presse qui n’insulte présidentielle et détenu arbitrairement durant
pas, n’invective pas, ne sans violente pas.
presque quatre mois. Est-ce qu’un détenu a les
capacités et les possibilités de diriger un parti à
Concernant certaines oppositions, je voudrai ici
travers sa cellule ? Je ne pense pas. Par contre, je
exprimer ma fierté d’être un jeune homme politique
donnais mes avis sur les questions et les décisions
à la tête d’une jeune organisation politique, le
politiques à prendre. D’ailleurs, je salue le courage
RADDE, qui est tout de même la seule et unique
et la bravoure des militants de mon parti qui ont mis
organisation politique qui a battu l’UMP au pouvoir,
à l’échec la tentative de faire embarquer les militants
la seule organisation qui s’est frottée et a gagné au
comme des moutons par deux anciens du RADDE
suffrage universel. J’entends dire quelques cadres de
débauchés par le régime moyennant des propositions
certains partis politiques de l’ancienne pensée que
alimentaires. Ne maitrisant pas l’art de la politique,
nous sommes l’opposition de 2013. L’opposition
méconnaissant la question des alliances politiques et
n’est pas une propriété privée appartenant à tel ou
de débat démocratique, ces deux anciens avaient
untel. Nous sommes fiers de porter un projet de
tenté de jouer le chat et la souris avec nos militants,
renouveau politique, fiers d’être la nouvelle
de manière isolée, pour les convaincre à rejoindre le
génération politique, fiers de proposer une
candidat Ismail Omar Guelleh, moyennant des
dynamique et une approche complètement
propositions d’argent, des postes ou des emplois. Un
différentes à l’ancienne école de l’opposition
parti politique n’est pas une entreprise de
politique
djiboutienne
qui
privilégie
la
contrebande et de contrebandiers. Il est composé des
confrontation, la contestation, la provocation, les
hommes et des femmes avec des idées, des
invectives, les insultes, les violences. Le temps a
engagements, des convictions. Il fallait que ces deux
changé, le monde a évolué. La politique
anciens, moi étant en prison, provoquent un débat
d’aujourd’hui n’est pas celle de 1992. Nous
démocratique au sein du parti en sollicitant
sommes porteurs d’une nouvelle vision politique
courageusement l’adhésion des militants au candidat
essentiellement axé sur un combat d’idées, sur des
IOG au lieu de jouer à cache-cache et de tourner
propositions crédibles, sur des projets politiques
dans les maisons privées les soirs de crainte de se
novateurs.
faire surprendre la journée. La politique est une
Nous sommes respectueux à la différence de l’autre, science, elle ne s’improvise pas. Il faut savoir la
à l’opinion de l’autre, à la liberté politique de connaitre et la maitriser. Je suis fier pour mes
l’autre. Nous nous sommes interdis de toute injure, militants et mon parti le RADDE. Et merci à Dieu
toute insulte, toute invective, toute violence verbale d’avoir sauvé ces deux anciens qui ont risqué un
ou physique et de toute manipulation de l’opinion. lynchage lors d’une réunion des militants du parti.
Nous sommes des démocrates qui respectent les
autres, l’opinion des autres opposants et de ceux qui
gouvernent. C’est à nous d’enseigner, d’inculquer
cet esprit et transmettre ces valeurs à ceux qui se
disent opposants ou partisans du régime et qui ne
connaissent que le langage des insultes et des
invectives pour certains, et le langage de la
répression pour les autres.
Nous continuerons à garder notre calme naturel et de
ne céder à aucune provocation émanant de la
minorité de la vielle opposition et des éléments du
régime déstabilisés par l’Alliance AMAN et la
nouvelle dynamique politique, la nouvelle offre
politique que nous proposons au pays et au peuple.
Questions : on vous accuse d’avoir continué à
diriger le parti RADDE tout en étant en prison.
Est-ce une démocratie ? Pourquoi vous n’avez pas
laissé à vos autres dirigeants de prendre les
décisions politiques durant votre détention?
Réalité, journal d’information de l’ARD

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Édition spéciale AMAN du 8 septembre 2016

Edito (suite et fin)
Car, contrairement à ce que peuvent penser certains
néophytes qui reconduisent, souvent en toute bonne
foi et ignorance pressées, une définition "parti
unique", les associations, les syndicats et les partis
politiques d'opposition font partie intégrante de la
"société civile" sans réelle existence de laquelle il
est vain et illusoire de parler de démocratie et encore
moins de compétition électorale digne de mobiliser
qui que ce soit. Nous ne sommes pas des marchands
de rêves qui proposent de dormir entre deux
élections ou des marchands d'illusions qui
prétendent détenir un remède miracle.

Nous avons un véritable projet de société fondé sur
la Responsabilité, la Tolérance et la Justice Il y a du
travail qui nous attend et nous nous y attelons avec
conviction car nous avons combattu et vaincu plus
grandes adversités que cela. Ce monstre n'est grand
que dans nos peurs et nos peurs sont surmontables.
In cha Allah.

Procès-verbal de Création d'AMAN.
10 septembre 2016

Enregistrement d'AMAN.
14 septembre 2016

Cassim Ahmed Dini
Président de l'ARD

ARD a besoin

de vous!
Demandez votre Carte d’Adhérent.
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