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Titre: TOUT EST DANS LA TÊTE

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UN NOUVEL ORDRE MONDIAL

« Tout est dans la tête »
Proses et Chants
De cendres & De poussières
de

Roxy-Boxy

M. B. – le 07 /10/09.
J.-N.S .

PARTIE PREMIÈRE :

TOUT EST DANS LA TÊTE :
Voyage en Enfer.

« À Arthur Rimbaud
– né Poëte, décédé Humain –,
celui qui donnait la vie seulement
avec l’encre de ses mots. »

L’enfant bleue.
L’inconnue, nue dans ses chaussures,
prend son bain – ah ! qu’on est bien chez
soi ..! Elle nettoie sa voiture
entre ses doigts longs et légers.
La mare à la chaleur si bleue
coule droit au fond des égouts,
et sous ses reins – mains des messieurs… –
reste l’eau pleine de dégoûts,
de crasses et de vomissures.
Sur l’émail gris de la baignoire
une petite enfant-bleue pleure
les larmes oubliées dans l’armoire ;
elle fleuve aux étoiles tristes
toutes ses peines liquides.
Mais le courant s’en va plus vite
lorsque le cerveau est fluide.
L’enfant empoussiérée dérive
et défit le fil des vagues.
Elle s’allonge sur la rive,
blanche et recouverte de neige ;
des globes blancs, posés au creux
de son front, dénoncent au plafond
le volatisme d’un dieu vieux.
Les monts et les rives sont ronds
autour d’elle, les mousses vertes
luisent de belles moisissures
délicieuses et appétissantes
– qu’on est bien dans ses chaussures ..!
Elle dort. Ses iris sont bleus,
comme la peau de sa poitrine
d’où un fin ruisseau malheureux
se meurt depuis sa rétine.

6

Voyage en enfer.
[I]
Le soleil couché, une chandelle brûle l’obscurité floue et
solitaire de la chambre aux briques grises. Aux murs, rien ne perce
la continuité monochrome des tapisseries mornes. Seule la lueur
vacillante de la frêle flamme orangée vient tatouer les coins
immenses et ses angles circulaires de leurs milliers de formes
folles et psychédéliques ; sur la fraîcheur de draps abandonnés, les
cierges fondent tels des glaciers perdus en un brasier multicolore.
Au devant du lit d’acier, sur le sol parqué – mi-masqué par un pan
de tissu nuptial froid – la peau de l’ours se repose, mitée, vendue
aux acariens des bois vieillis. Et les barreaux aux fenêtres
renversent les lumières mortes de l’astre pâle sur le tapis de
peau ; les lueurs dessinent un halo zébré sur le clown tzigane posé,
debout, sur la table de chevet ; pendant ce temps, une autre lueur,
violente celle-ci, s’enfuit d’une fenêtre qui n’existe pas, et n’a
jamais existé. Les dents blanches du gitan brillent tels des bijoux
exposés aux flammes des Enfers.
Le Pierrot au sourire assassin, et au visage double, porte en ses
mains une mandoline aux cordes usées par des doigts tranchants ; de
l’instrument poussiéreux monte une mélodie désaccordée de Au clair
de la Lune. Et, de ses yeux vitreux, il fixe le plafond ; il
observe, d’une intensité inhumaine, trois phrases gravées au burin,
juste à côté d’une ampoule dont le filament a fondu en une coulée
neuve : « Lily Brick, I love you ! », « Mona Lisa dans mes plus
beaux songes d’été… » et : « Hantez… hantez-moi donc ! »
Et tout à coup, le monde blanchit…
La chambre disparaît pour laisser place à un nouveau paysage, à un nouvel horizon. Dans ma tête
apparaissent des terres aux collines calcinées – des gardes veillant sur les corps d’enfants squelettiques
et bouffés par la moisissure – des armées d’âmes et d’anges attaquant les derniers châteaux où
prospèrent des tyrans sans foi ni loi, sans Dieu ni Maître (c’étaient eux les Dieux) – et des collines à
perte de vue… des collines en flammes qui se déchirent,qui se déforment,sous les feux haineux d’une
horde répugnante.
L’enfer… c’était la Saison de l’enfer ! Tout est dans la tête.
Puis le psychédélisme de mon cerveau drogué, sauvé par une certaine folie, prend le dessus ; je
perds tout contact avec mes yeux.
Quand je me réveillerai, je ne serai plus dans mon corps, mon esprit oublié sans raison dans une
autre réalité – comme perdu dans un songe, mais dans un songe de vérité – :

7

Mnémosyne.
Le soleil pâle et fou s’est rasé la crinière
et a jeté – Ô Dieu ! – sa couronne enflammée
sur la route immense. Sur la roche et les pierres
allongées, poussiéreux, un gamin malmené…
Il pleure l’eau salée recrachée de son corps, –
Ô tout tendre pantin, si doux de poussières ! –
ses deux œils renaissant brillent aux couleurs de l’or.
Il dresse doucement son petit crâne fier.
Ses yeux d’émeraude, frêles comme un cristal,
éclairent le verger tout juste réveillé.
Les gouttes, les oiseaux – éclaté minéral,
feu multicolore ! Arc-ciel émerveillé ! –,
les chiens perdus, les rats – cœurs frais de la nature –
le vent les caressant de ses mains féminines,
le céleste rayon et la chaleur qui dure,
acclament en chœur la vue de Mnémosyne.

8

Voyage en enfer.
[II]
La ville incolore, au creux de la nuit sans fond, cri à l’au-delà sa peine maintenant que le miroir est
brisé par la masse de l’acier assassin ;
La Mère morte ;
En quelques mois, la colonie des barbares intrépides a atteint l’immonde continent à l’autre bout de
l’Océan Occidental ;
Les Vikings du monde intemporel ont rasé – de leur poids abrutis – la méga-cité Athénienne… les
dieux apeurés ont fui, sans un seul regard en arrière,leur palais d’ivoire sanglant ;
La Mort s’est éveillée ;
Les morts sont en veillée ;
Minuit a sonné à la cloche creuse de l’horloge de Big Ben – le Styx coule à ses oreilles – et les
collines, au loin, sont envahies par la haine des peuples éveillés au son des glas sombres de l’ancien
monde ;
Le tombeau de la fée des croix est ouvert, le dragon a levé le voile et a découvert le Créateurs et son
Apocalypse à sa foule assouvie et ébahie ;
Il pleut des tombes sur l’Empire State Building, la place Tienanmen est recouvertepar les chars de
l’armée des Radins Bleus ;
Les nomades des déserts rocheux se sont égarés au fin fond d’une forêt d’aluminium ;
La Daronne au balcon chante sa cantateinutile aux étoiles aveugles, et personne n’a d’oreille pour
l’entendre ;
Il neige ;
La Mort s’est éveillée ;
Que sonnent les cloches de la matinale quand les clochards de crème fêteront leurs noces ;
Non !
Les chiens des rues mangent les os encore recouverts de chair de la Dame aux onze orteils.

Une Demoiselle aux douces mains gantées de noir m’attrape, m’enveloppe et
m’enlace dans ses bras. Nous commençons à danser, à valser, à tanguer, à
tourbillonner et je sens son souffle froid glisser et se glacer – dans un zéphyr figé –
sur mon cou tendre ; elle croque – de ses lèvres assassines – ma chair et
l’embrasse, elle glisse le long de mon cou de sa bouche fraîche et s’arrête, le temps
d’une extase, sous mon menton où elle dépose un léger baiser. Puis, doucement,
elle éloigne sa tête dont les traits si fins feraient fondre les yeux de tous les démons,
et se rapproche, lentement, à nouveau, de moi ; je sens son souffle sur mes lèvres,
mes mains se perdent dans l’infinité de la douceur de son voile de cheveux noirs et
fins ; et enfin, ses lèvres viennent toucher les miennes dans une ultime communion.
Sa langue pénètre en moi et une sensation liquide – aussi glaciale que les eaux
maudites du Styx –
vient se déverser à travers mon corps insensible à
l’environnement du monde ; mon cœur se glace et ma vue se trouble

9

Le Soleil fou.
Au jour où les airs se vendront,
je grimperai en haut des monts ;
Au soir où les airs se tairont,
je soufflerai à l’invisible
avec eux, tout en haut des monts.
Que se taise la céramique
du Soleil fou en ce jour même ;
Les écumes sont de crèmes !..
Le Soleil fou, pâle a jeté
sa crinière fauve aux cailloux
taillés des chemins ; et l’été
s’est enfui, caché au-dessous
de son trône de miettes, et il
étouffe sa voix – lâcheté
des villes immenses – dans ses cils
embaumés par la cécité.
Sonnent les clochards du carême ;
Les écumes sont de crèmes !..
Le roi fou et pâle a jeté
sa couronne des littorals ;
Elle s’est écrasée – milliers
de fracas précieux, minérals
et féeriques – au creux des vagues.
Le prince allongé au travers
des routes ne verra la bague
royale dans son poing de fer.
Ses deux œils myosotis sont blêmes ;
Les écumes sont de crèmes !..
« À l’Homme du Cabaret Vert,
je rapporte son gant de fer ;
À ce beau vagabond des pierres…
Je suis ses pas à l’invisible,
sans yeux, je vois le Soleil fier.
Que se taise la mécanique
des nueux clochers des carêmes ;
Les écumes sont de crèmes !..

10

Voyage en enfer.
[III]

…Retour éternel…
[De retour, couché sur le lit, les yeux rivés sur les citations célestes, les reflets des
yeux de diamants du Pierrot projeté en croissants de Lune circulaires au plafond
coloré aux couleurs orangées de la mèche enflammée. Quelqu’un, assis sur le
rebord du lit, ses pieds reposant à quelques centimètres au-dessus de la peau de
l’ours :]
- Bonjour Monsieur ! Vous avez fait un long rêve de réalité, mais vous n’êtes pas
mon frère… Ou bien bonsoir, puisque je m’aperçois que le ciel s’est déjà couché
pour laisser transparaître l’infinité – constellée de milliards de cristaux d’apparats –
du néant de l’Univers et de toute la Réalité. Le chemin fut-il chaotique ?
-…
- Ne vous êtes-vous jamais fait la remarque – personnelle – qu’il était
effroyablement simple de créer à partir du néant ; que dès lors, si nous nous
rendions compte de notre puissance démiurge sur le Rien, nous pourrions créer tant
de choses à partir de l’essence même de l’Univers : de l’absence du Tout ?
- Bien sûr. Je viens de réaliser l’irréel grâce à la légèreté de mon imagination
portée par le fil des vagues du flux. Alors que je me promenais seul, au gré des
courants de passants en fumée, dans la rue artérielle de la cité ouvrière – sous les
déjections immondes – je me suis senti… je me suis ressenti – plutôt – consumé tel
un cigare face aux vents du monde. Puis je me suis laissé envoler avec les cendres
grises vers les cieux… au-dessus des cieux, là où il n’y a rien et où tout reste à
imaginer et à créer. J’ai alors quitté les chemins et me suis retrouvé allongé de tout
mon long sur ce lit de draps froids, au-dessous des Écritures célestes. Mais l’orage
tonne, ne comprenez-vous pas ?
- Vous êtes-vous drogué ? vous êtes-vous saoulé du sang du philosophe ? Avezvous pleuré ?
- Non, pas dans l’immédiat passé ; mais s’en est terminé maintenant… n’en parlons
plus.
Vous savez, le passé est un ancien moment présent ; le présent, à lui tout seul,
peut toujours être corrigé, repris, réorganisé même, mais ceci est l’extrême limite du
choix temporel car, le passé , lui, est incorrigible : c’est un peu comme si la
complexité du temps nous empêchait – nous, humains – de toucher à une entité
temporelle plus éloignée que ce qui est à notre portée directe… Seul le maintenant
est réel et modelable ; le futur découle du maintenant, mais il ne peut, lui non plus,
être modifié directement… et je pleure toute l’humidité qu’il reste en moi.
- Tout ceci était donc la réalité.
- Oui, était. J’étais sous le joug tyrannique de l’empire des démons psychotropes.
Dans la rue, j’ai pleuré et, pour masquer mes yeux tristes qui effrayent tant les
passants qui se croient heureux de leurs sourires de pacotille (ils semblent aussi mal
en point que des vampires édentés !), je me suis vêtu de lunettes noires. Se masqua
11

alors toute une cathédrale d’images et de sons qui se dissipaient au profit d’une
nouvelle architecture. Je me suis agenouillé pour vomir ce qu’il restait de réel en moi
avant de m’envoler avec les fumées vers un Paradis souterrain.
Il y avait là-bas un monde – un havre – d’une toute autre architecture où rien
n’appartenait à personne. Il était un Tout impersonnel.
- Vous êtes de ceux qui créent. Vous êtes un poëte démiurge tel A. R. ou C. B. –
ou même P. V. – et maintenant, vous le savez.
- Vrai… mais Paul Verlaine était le frère d’Arthur, et le chapeau sur sa tête le
prouvait.
- Tout à fait. Vous n’avez peut-être créé ni matière ni pensée en ce monde, mais il
ne faudrait que quelques miettes du pain des secondes pour que ceci ne se réalise
dans « l’Infini rien » qui nous entoure, qui encercle notre planète. Peut-être ne
pourrons-nous ne jamais le prouver, mais soyez-en sûr, ce que vous venez
d’envoyer par votre pensée sera bientôt vérité parmi le néant.
- Vrai.
Attendez ! J’ai des visions, il me semble vous connaître : Vous êtes le Tout
personnifié. Une hallucination réelle qui me permet de parler à l’entité qui garde le
vide de l’éternité entre ses mains divines pour l’offrir à ceux qui le demandent. Il me
semble vous avoir déjà admiré – ce visage indéfectible – sur d’immenses fresques
épiques peintes en votre gloire et, haut sur les plafonds frais d’une voûte de roc,
vous répondiez au prêtre impie à la barbe noire et animale. Lui, il vous lançait :
« Dieu est mort ! » ; et vos yeux du rêve, fixés au-dessus de votre bouche sanglante,
lui répondaient d’une voix sans rage : « Non, je ne crois pas… ». Alors votre barbe,
imberbe de tous ces maux qui rongent nos contrées, se tachait du sang du
philosophe.
- Vrai.
- Je vous ai déjà rencontré, dans cet habit d’apparat, lors d’une réalité où le Soleil,
dardant les peaux de ses rayons sombres, cuisait les carrosseries froides et
éblouissantes des autos en alu dont les pneus ramollissaient leur gomme sur le
macadam rôtissant. Un long serpent, avec dans sa gueule la plus belle pomme de
tous les pommiers de l’est de l'Éden, étalait sa longue peau de carcasse sur les
routes enflammées ; et sans un moindre mal, une bâtisse de roches montagneuses
s’érigea face à lui. Dedans, un prêtre donnait la messe aux enfants athées du
désert ; et vous, vous restiez auprès d’eux sans matérialiser votre présence, et ils
pleuraient toutes les larmes de leurs yeux bleus. Alors vous êtes sorti de l'Église et
vous êtes monté sur le serpent de chair ; vous l’avez dompté. Sans le moindre mot, il
lâcha la pomme qui avait mûrie entre ses crocs empoisonnés et elle s’écrasa,
pourrie, en bouillie, sur le sol assoiffé. Elle aspergea de son jus puant les parois de
briques du bâtiment sacré. Puis dans un ultime hurlement nazi, vous avez ordonné
au Serpent d’engloutir l’Univers tout entier dans sa gueule béante…
- Après cela, le Kaiser digéra le Tout et Le déféqua en tas d’excréments. Vous
vivez dans les excréments d’une Réalité reniée.
- Je me souviens ! Je me rappelle ! Cette ancienne création était tachée de la
marque indélébile d’un crayon brisé en poussières soufflées. Vous ne pouviez la
corriger ; la seule chose qu’il vous restait à faire, c’était de la recycler.

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Ce monde, dans lequel nous vivons en ce moment même, prend le même chemin.
Mais maintenant je sais comment faire pour le corriger ! Faisons-le ensemble avant
qu’il ne soit trop tard. J’ai le crayon ; j’ai la gomme qui saura effacer ces taches
immondes.
Le monde est hermaphrodite, j’ai la gomme !
- Vous êtes une partie de Moi. Revenez en Moi ! Revenez… Tout est dans la tête,
vous savez ? Tout est dans la tête.

Tout est dans la tête…
Tout est dans la tête…
Tout est dans la tête…
Tout est dans la tête…
Tout est dans la tête…

Alors, le monde se mit à vaciller sur ses fondations inébranlables. Tout ce mit à
tourbillonner et l’Homme halluciné se retrouva happé dans le Tout. Il se dissolut à
tel point qu’il était, dès lors, partie intégrante de l’entité démiurge apparue :

13

Elefthería.
Regarde, tout autour de mon doigt, la Grand Ville
illuminée. Elle s’endort sous les feux orange
des lampadaires et des voitures. Bats des cils…
Et le monde, tout à coup, disparaît… – Étrange
effet de l’imaginaire qui vous amène
dans un autre monde – Divine Elefthería !
Légère et fuyante, dans les rues tu promènes
tes chevelures, voiles d’hyménées ; tes bras,
longues écharpes de soie de contrées inconnues,
m’enlacent contre tes petits seins, fruits trop mûrs
des passions d’un jeune homme. Ta bouche, venue
me pincer les lèvres, s’avance, lente et sûre
de la fin de nos actes. Tu te déshabilles,
nue et belle sous les feux des étoiles hautes,
t’avances doucement, aux fracas de la ville ;
menue apparition disparaît sans note…
La Grand Ville est bien là : la senteur des bistrots,
les sons fragiles des bocks, les lumières aveugles,
les saveurs inconnues, le vent d’un printemps chaud…
Lent battement de cils… Où es-tu mon ange… ?

14

Voyage en enfer.
[IV]

Dans ce tourbillon désossé de tout angle tranchant la vue de la réalité, des aras
s’envolaient sous un ciel dur et rocheux. Une jungle primitive se dévoilait à l’infini
sous le regard omniscient de la pensée humaine. Des hurlements de fauves
bestiaux entaillaient la trame usée du réel, et un petit bout d’humain se baladait
au travers de ces limbes immobiles et immondes. Ce garçon était un minuscule
brin de réalité reniée dans une soupe immatérielle de peintures
brouillonneusement artistiques. Les peintres de la toile avaient abandonné leur
œuvre ultime à la faveur de la sauvagerie de la création originelle des humains, et
Arthur la visitait dans ces voyages de saisons infernales.
Oublié au centre de cette fresque froide et horrible, il recherchait un chienhumain enchaîné à son lit de fer ; ses cris montaient, parfois, dans la nuit pour
aller se perdre dans l’absence étincelante du ciel frai, et Arthur les poursuivait pour
enfin le libérer. Mais aucun dieu antique ne venait jamais à son aide. Les larmes
canines, aux réverbérations humaines, coulaient au fil des vagues le long d’un
fleuve soufflant ses tumultes au travers des plaines infinies.
S’en allant, chevauchant un bateau ivre en partance unique vers la mer, Arthur
atterrit sur une île – Ô ! que j’aille à la mer ! – où seul, trônait, en son centre
magnétique, un lit de ferraille posé à même le sable. Ses pieds aiguisés étaient
enracinés au sol. Des chaînes rongées par une rouille affamée se traînaient
paresseusement sur le tapis jaune-gris de la plage et accomplissaient leur mission
dans un entêtement d’obéissance imbécile.
Alors Arthur déplia ses doigts en origami de ciseaux. Il déchira les liens d’acier
qui forçaient le prisonnier à une nuit de cauchemars canins. Lorsque le dernier
maillon se fossilisa entre les grains salés de la mer, une gomme apparut au travers
les nuages ; au bout du caoutchouc réparateur, des doigts microscopiques
formaient une pince et plus haut, une main immense souriait. Loin dans la voûte,
un pinceau et un crayon se frayèrent un chemin non loin de la gomme ; cinq autres
petits doigts tenaient le berceau du réel, et une autre paume nourrissait ces
quintuplés-ci. La première main accomplit la virginité de la toile ; et juste à sa
suite, les couleurs de l’autre main se déposèrent sur le blanc imberbe et
dépucelèrent le néant.
Puis, le cri perçant et puissant de l’orgasme de la Vierge Jolie se répercuta sur les
parois du réel et déchira le fond de la toile.

Et
infinité
éternité
réalité

15

Rimbaud aux Enfers.
(Lettre à Paul Verlaine)

« Salut feu Satan.
Des allées immondes
de corbeaux volant
se plient dans la ronde
au salut d’un roi,
– poète ou Pierrot –
amour – Oui ! – de moi.
Dieu, que tu es beau !
Tu fuis maintenant.
Un plomb dans la jambe,
je cours au devant
l’âme qui flambe.
Reviens donc doux diable,
je t’aime vieil homme !
Non ! ô non, le sable
m’enterre aux arômes
du sel de ta bouche ;
et vivre l’absent
des bras dans nos couches,
des doigts de l’amant.
Ah, solitude !
Ah, mais quelle horreur
dans la platitude
d’un ciel doux rêveur !
Retour, reviens donc !
A Londres ou Parmerde,
j’attends. C’est trop long…
Les femmes trop laides
ne me font chagrin
que de ta peau rude
– Pierrot-chérubin ! –
Je vais vers le sud.
Ô excuse-moi !
Je m’en veux des mots
et des rires émois.
Écriture et peaux
de tes mains aimées,
souvenirs si beaux,
me font regretter.
L’ami, à bientôt ! »

16

L’enfant qui ramassa la balle
plia doucement la feuille.
Il pleura des larmes si sales,
bleues. Dégoulinant de merveilles,
sa peau jeune se cache au fond
des mains douces d’un vagabond.
P. S. :
« Je regrette encor !
Les beaux jours passés
ne peuvent avoir tort,
ne peuvent chasser
ce joli vécu.
Je sais que tu m’aimes.
Ô, je n’en peux plus !
Reviens, Verlaine. »

17

Voyage en enfer.
[V]

Le voyage en enfer en était enfin venu à son terme ; les saisons allaient reprendre leur cours
normal.
Et Arthur était là, penché à la fenêtre d’un Cabaret Vert, et il riait ; il mangeait des œufs et
du jambon, et la dame aux tétons énormes riait aussi. Les odeurs d’une soirée folle d’amour
flottaient, folâtres, dans l’air tiède et humide d’une nuit d’été caniculaire. Les bocks de bière
s’entrechoquaient dans un tintement cristallin – presque chantaient, sous les tilleuls verts, les
voix amères du liquide pétillant et ses bulles remplies d’enivrements.
Les bars étaient bondés et le jeune Arthur était heureux, il avait retrouvé ses 17 ans – ah !
on n’est pas sérieux, quand on a 17 ans. Il vagabondait, le pas léger dans l’herbe encore
imberbe de la rosée matinale, et usait ses souliers sur les cailloux des chemins. Son frère
l’attendait – il n’avait pas de frère, mais il l’attendait quand même. Il l’attendait en haut de la
falaise où ils parleraient, assis sous les lueurs d’un Pierrot pâle, de la vie rêvée ; ils parleraient
comme jamais ils n’avaient parlé. Puis ils s’endormiraient, enfin réunis pour une éternité aux
couleurs des cieux clairs, sous un chapeau de soie… sous un chapeau offert par la dame
brune. Et…
Arthur riait, mangeait, vagabondait, parlait, vivait, enfin heureux, loin de la tyrannique
Daronne brune.

18

19

PARTIE DEUXIÈME :

DIVERS POÈMES DE NAISSANCE.
« Je suis né un matin – horreurs… mais je vois déjà le soir tomber. » [2007]

Les loups.
Voilà Paris,
avec ses rues métissées
Métissées comme la terre rouge au-dessus de nos cervelles
Cet air dans nos têtes
Cette terre rouge dans les cieux
Qui n'a rien d'autre à faire
Que de voler de ses propres ailes
Gravitationnelles
Paris,
avec pour seul hymne et seul visage
Rien d'autre que cette Seine passant sous ses ponts
Scène d'eau saine
Et scène de tous ces problèmes non ceints
Ce saint hymne qui coule à tue-tête les malheurs
Des malheureux s'étant endormis
Au sein de l'ombre du bon Géant Bifacial
Paris,
dont les loups ont pris possession
La nourriture ne manque pas dans tes bois
Où les charognards rôdent
Ils sont devenus les mères de nos enfants
Et les animalisent
Ils sont devenus souverains de notre peuple
Et des plus hauts territoires du Saint Empire
Le printemps aura été fatal aux malheureux oiseaux endormis
La Tour Gustavienne elle non plus n’a pas résisté
Elle a coulé sous l'infernale chaleur de son erreur et de sa honte
Et Satan dégustant la blanche colombe
Biaxial et immortel Satan s'écrit avec un « S »
Mon Dieu, tout me happe !
Privez-moi de mes libertés
Damnez-moi dans les pires contrées des Enfers
Mais ne me laissez pas vivre avec ces noces de sang !
Demandez à cette meute féroce et vigile de me prendre
Dans cette honte morbide et destructrice
Dont les limites vont bien plus loin que toutes les bornes de la Lune
Je prie pour que lorsque viendra ma métempsychose
Je ne sois pas Chien parmi les Loups
18/04/07.

22

La folie de la guerre.
Un homme
Une ombre
Un tas de chair rouge et cicatrisée
Une âme éclairée de lumières noires électrisées
La guerre
Le frère
Des explosions à l'haleine brûlante
La fraternité transpercée de milliers de balles branlantes
Dans mes yeux une chose choquée
L'âme défigurée
La mort dévisagée
L'esprit annihilé
Dans ses yeux un double visage tuant
Un poussin béquetant
Des lynx bleus nageant des hommes et du sang
Le néant
23/05/07.

23

Éphémère
[Le petit peuple]

Tu méprises le temps et ses années
mais ils ne te feront aucun mal.
À cause de ses éphémères méfaits,
c’est ta beauté qui te sera à jamais égale.
Tu resteras la plus belle des créations
jusqu’au trépas de la grande horloge.
Dans toutes les cours de récréations,
le petit peuple écrit tes éloges :
Le temps se lasse,
l’axe est éphémère ;
Mais ça l’amuse,
on restera sa muse.
Recueille les premières fleurs du mal
sur les remblais de tes ponts.
Au fond d’une sombre salle,
tu fais l’amour aux démons.
Les rendez-vous infernaux
sont inscrits dans tes habitudes.
Mais je lis dans les journaux
que c’est ta jeunesse qui lutte :
Le temps se lasse,
l’axe est éphémère ;
Mais ça l’amuse,
on restera sa muse.
Le sablier ! Prends garde à toi,
il croit que ta fin est proche.
Tu as couché avec tous les rois
et tu as vidé leurs poches.
Veux-tu une ultime prière
pour que ton repos soit éternel ?
Puis-je maintenant te satisfaire :
« Amen, que ta beauté était belle ! »
05/08/07.

24

Noces de sang
[Heureux les ignorants I]

Mon amour m’est inconnue.
À ses yeux je ne suis qu’une impression de déjà-vu,
Une vision des plus incongrues.
Mais jamais plus je ne la reverrai
Parce qu’elle s’en est allée dévaler
Dans les chemins des vallées.
Lors d’une de ces connes journées d’été,
Nous nous sommes furtivement rencontrés
Au bord de la Grand’ Route enneigée.
Dans sa chute, je l’ai aidée à se redresser,
Je me suis dignement agenouillé
Pour que, au final, elle m’ait gentiment ignoré.
Puis elle a passé sa route.
Et moi, seul, j’ai espéré coûte que coûte
Pouvoir la revoir sous une autre voûte.
J’ai souvent rêvé d’une rencontre moins dramatique,
Simplement plus érotique,
Ou juste plus romantique.
Mais elle s’en est remise au vent,
Et a tendrement rejoint les ignorants
Dans le plus propre des bains de sang.
Elle s’est juste tranchée le cœur
Toujours si seule, sans croire aux lueurs
d’un meilleur, jusqu’à en accepter sa propre mort.
Mais je crois que, peut-être, je l’aimais.
Je voulais l’emmener danser et pleurer
Dans des cafés, sur des quais mouillés.
Je partirai sur le fil aiguisé du fleuve
Pour la rejoindre avant qu’il ne pleuve…
Pour retrouver enfin la vie de la veuve.
13/09/07.

25

Que lui est-il arrivé ?
[Heureux les ignorants II]

Il ne sait plus très bien qui il est,
Il s’est réveillé ici, las et frustré…
Que lui est-il arrivé ?
Il ne s’en souviendra jamais.
Il se rappelle de la maladie,
Du pont, de la chute, de ses cris…
Mais quelle malchance de s’en aller
Si jeune vers d’autres allées !
Il voit des scènes psychédéliques,
Des sons ectoplasmiques…
Que lui est-il arrivé ?
Il ne s’en souviendra jamais.
L’alcool s’est installé dans son existence
Pour détruire ses pensées en silence…
Mais quelle malchance de s’en aller
Si jeune vers d’autres vallées !
C’est lors d’un réveil anodin,
Sous un ciel de satin,
Qu’il réalise enfin
Qu’il est mort avant la faim.
18/09/07.

26

On m’appelle rue.
On m’appelle rue
dans une tristesse infinie ;
On m’appelle rue
lorsque l’amour est fini.
Quand le froid t’envahit.
Quand la nostalgie te salit.
Quand les larmes te piquent aux yeux.
Quand la mélancolie te pousse aux vœux :
Tu m’appelles rue
dans une tristesse infinie ;
Tu m’appelles rue
lorsque la mort te trahit.
Pour les vagabonds errant.
Pour les chiens mourant.
Pour les passants songeurs.
Pour les taxis rêveurs :
Je m’appelle rue
dans une tristesse infinie ;
Je m’appelle rue
lorsque l’espoir s’avachit.
Pendant que leur existence tourne mal.
Pendant qu’ils deviennent l’animal.
Pendant que le monde fond sur les bords.
Pendant qu’on engraisse tous ces porcs :
Ils m’appellent rue
dans une tristesse infinie ;
Ils m’appellent rue
lorsque l’amour s’est enfui.
15/10/07.

27

Navire en déroute.
Les fumées ont un teint de cigare.
Elles s’étendent sur un océan bavard,
Sous un ciel en lambeaux noirs,
Et masquent un navire sans ses amarres
Aux voilures et aux mats arrachés
Et piquetés par les becs acharnés des oiseaux
À la dérive comme des fantômes sur les sombres eaux
D’une mer chaude et salée.
Le radeau stagne et tangue sur un froid roulis.
Hantée par des spectres affamés,
Des ogres et des déesses attablés
À des bureaux écroulés sous les lies
– Soues sombres et dégoûtantes sur ce bois d’ébène
Immonde et très peu ragoûtant –
L’épave vogue vers un futur teinté de sang,
Et s’éloigne de son histoire de honte mondaine.
20/10/07.

28

Psychose
&

Images psychédéliques
à Pompéi.

Une maison en ruine, les murs rouillés
Un toit mité, le sol pourri et dépouillé
Des cadavres squelettiques et momifiés sous du verre
Des sourires crispés et des dents creusées par les vers
Un château d’eau écrasé sur le bitume
Des briques rouges, des crânes sous l’enclume
Des cadavres aplatis sous les rochers
Un noyé emporté par la haute marée
Les cadavres privés de leurs sens
Les cervelles éclatées en tout sens
La ville rêve, apeurée, de barricades
Le monde perd son fluide, dos à la façade
Les serpents grouillent dans cet antre
Les infinités orageuses lacèrent son ventre
Les marmots flottent, immobiles dans leur bain
La femme est morte, la main sur son sein
La psychose étend son étreinte,
la resserre…
Le peuple croule sous la crainte,
et seul il se terre…
02/11/07.

29

Gentil lutin / Petit patron
à Tioneb Tarrab.

Son corps ne m’inspire que dégoûts,
mais c’est son âme – toujours – que l’on retrouve la corde au cou.
Son être ne m’inspire que de la haine,
mais c’est son ombre – à jamais – qui errera parmi les chiennes.
Sa présence me dérange au plus haut point,
mais ce n’est pas lui – pour sûr – que l’on retrouve égorgé au matin !
« À ce petit lutin qui se prenait pour le dirigeant…
À ce petit patron qui se plaisait à rabaisser les gens ! »
C’est lui qui se prend pour un homme fort,
mais il a tort.
C’est lui qui croît pouvoir changer sa Terre,
mais il est éphémère.
C’est lui qui nous prend pour de simples pions,
mais regardez sa tête de con !
« Regardez, regardez-le bien…
Voyez, voyez ses sales mains ! »
Pourquoi est-il si barbare et cruel ?
c’est pour son bonheur spirituel.
Pourquoi a-t-il une si grande animosité ?
c’est pour lui garantir l’éternité.
Mais pourquoi fait-il tant de mal autour de lui ?
c’est pour faire parti des plus puissants abrutis !
« À ce petit bonhomme qui se prenait pour un grand…
À ce petit plaisantin qui se plaisait à détruire les gens ! »
27/11/07.

30

J’irai fumer sur vos tombes et regarder la lune en sirotant mon whisky,
tout en sifflotant un air au travers des portes de la perception.
Derrière la porte aux reflets posthumes
Une lumière aveuglante m’envahit…
Passé le seuil, se fait entrevoir une lune
Au sourire éclaté et au regard ébahi…
Je lui lance un bonjour incertain
Auquel jamais personne ne répond,
Je me suis perdu dans un lointain
Où vivent des êtres sans maître ni raison…
Une chaleur blanche me parcourt le corps
Jusqu’à se perdre dans une infinité hérissée
Où des lumières éblouissantes me frappent fort
Dans mon âme et mon esprit brisés,
Anéantis par l’illusion et le rêve,
Par l’envie et le rejet.
Mes membres frémissent d’un bonheur éphémère,
Et fabriqué d’artifices, de toutes parts.
Tous dans le monde voudraient me faire taire,
Mais tous les maux reviennent tôt ou tard…
Un jour, j’irai fumer sur vos tombes
Et souffler la candeur de mes bougies,
Pendant que les autres crèveront sous les bombes
Et que Pierrot se marrera vers l’infini,
Je ne sais pas quand le travail sera fini,
Mais je peux vous assurer que l’obscurité nous est promise.
27/12/07.

31

PARTIE TROISIÈME :

DE LA DANSE
DU VALET D’AUTOMNE.
« Une poussière dans l’œil, et tout devient flou… »

Recommencement :
« Dieu est mort. »
[I] le roi détrôné.
à l’athée,à l’autre et à Mont.

- Où sommes-nous ?
- Je ne sais pas…
- Il est venu à mes oreilles
que nous étions en France !
Mais je ne le crois pas…
Regarde, est-ce le pays des Droits de l’Homme ?
Est-ce la patrie des lumières,
sont-ce les terres des beautés poétiques ?
Ne te croirais-tu pas en Amérique,
ou bien dans un de ces mondes où l’argent est la vie ?
(et où la vie hait l’argent ?)
C’est bien beau les images et les métaphores…
mais quels attrape-mouches !
- Moutons, moutons !
- Ô non !
- Qu’allons-nous devenir ?
- Mourrons, mourrons !
- Quand ?
- Maintenant…
- Où ?
- Ici…
- Pourquoi ?
- Parce que.
- Qu’il est beau le Chant du Coq !
Le Général en serait si heureux
s’il t’entendait parler ainsi.
Hile Général !
Hile Jolie France !
- Mais au fait,
où sont passés tes moutons
imbécile imparfait ?
- Leur chef, leur chef !
Mouton doré.
34

- Do ré ?
- Sol sol fa… ré ré mi… dièse.
- Meurs-toi !
Ah… non !
feux – cri – alarmes – lâcher prise,
hein ?
Non ! Ô, il me meurt !
- Mais non, c’est juste une illusion,
diables-hallucination.
- Ah merci,
j’avais cru voir Dieu.
- Où ça ?
- Derrière toi.
- Dieu !!!
- Où ?
- Là !
- Ô, beauté divine !
Ô, pulsions qui m’animent !
Ô, que fais-tu là ?
Ô, que fais-tu si bas ?
- Nom de Dieu…
- Crétins.
- Que… ?
- Je suis venu copuler.
Il n’y a point de putains aux Cieux,
et mon fils veut revenir auprès de vous.
Le pauvre, je ne le comprends pas.
Mais vous, êtes-vous des putains ?
- Nous non, mais au coin de la rue,
face à l'Élysée, il existe un coin de Paradis Artificiel
où l’on peut toucher à la beauté du mal.
Là-bas,
les désirs sont réalité,
les rêves se réalisent
et les putains se déshabillent !
Ô ! Quelle trêve hors d’un monde
qui ne sait même plus où aller,
loin de nous tous
35

qui ne savons plus que faire !
- D’accord, merci.
J’y vais de ce viol.
- Attends-moi donc, rhinocéros de cuir,
ta peau est trouée par l’impie des chants.
Nous pourrions faire le chemin ensemble…
- D’accord. Humain, panse-moi
mes blessures de voyage.
Vous savez que vous êtes ennuyeux,
crétins (vous), humains-nains.
- Oui, nous le savons très bien,
regarde donc ce Truc où nous survivons.
- Mmh… Bien belle création.
Monde de bêtises, de putains,
monde d’argent,de profits.
Terre test,poème raté,
les autres sont mieux.
-…
- Ne me coupez pas la parole.
Je ne me rappelais plus comment
j’avais fait ce monde.
Terre test,poème manqué :
qu'a fini en boule
au fond d’une corbeille.
D’ailleurs, c’est très étrange
que vous existiez toujours.
Les éboueurs ne sont sûrementpas passés
depuis un certain temps à la villa.
- Tu es un connard !
- « Et Dieu créa l’homme à son image. »
Et vice versa,
te souviens-tu de notre rendez-vous ?
- C’est vrai,
mais pourquoi ne pas nous avoir créés mieux ?
- Car je ne peux imaginer mieux que moi.
Voyez l’expérience : prenez un imbécile,
il ne peut penser que les autres
soient intelligents,
voilà pourquoi un con
vit dans l’ignorance de son propre statut.
36

- Dieu…
- Oui, mon fils.
- Peux-tu me dire où nous sommes ?
- Sur un terrain de jeu…
- Pourquoi sommes-nous des moutons ?
- Car je le veux…
- Qu’allons-nous devenir ?
- Néant et poussières !
- Quand ?
- Quand il le faudra,
fais-moi confiance !
- Où ?
- Sur ce sol miteux !
- Pourquoi ?
- Car vous êtes mes rivaux,
vous pourriez devenir Dieu
si vous le vouliez…
Je ne te laisserai aucune chance !!!
- Père, je veux vous tuer.
- Non Perse !!! Ô non !
Pas moi…
Tu ne peux p…
- Si.
Et l’Humain-divin, qui se faisait prénommer Perse, Le poignarda et Lui trancha la gorge
sans un seul sentiment.La Tête du Roi déchu et détrôné roula sur le sol, du sang fuyant par le
caniveau avant d’aller s’évaporer, après un long voyage sur son lit de bitume, au bout de la
route, à la sortie de la ville, sur les sables gris d’un désert encore bouillant de la rage des
cieux. Une putain ahurie ouvrit sa bouche en suce-pipe avant de disparaître, foudroyée par de
nouveaux éclairs.
L'Humain avait déjà pris place sur le trône céleste.
Et depuis ce jour, l’Humain est roi, le roi est Dieu, le Dieu est mort (et la Mort est putain).

37

[II] la naissance du Valet.

Sur les chemins célestes,
la rue était pavée de rouge.
Le bleu, le vert, la peste
n’avaient plus la rage.

Des agneaux volaient bas
vers la terre libérée.
Le Valet, futur Grand Roi,
riait jusqu’à en pleurer.

Arrivé au portail de cristal,
il l’abattitde sa belle biche.
Dans un grondement,sans mal,
la porte explosa en éclats riches.

Le portier écrasé sous le roc
épandit son sang sous les nuages.
Un éclair tonna, sans choc,
et le ciel devint sang-rouge.

Le Valet s’assit droit au sol
et regarda le plafond d’en haut.
Un orgasme l’envahit au viol
des extases de la Sainte Margot.

Alors naquit sans un mot
un être de chair spirituel.
Et maintenant,tout là-haut,
chantentdes extases perpétuelles.

Dieu est mort dans la rue,
sa peau de cuir tranchée-pourrie.
Il finit très bien en vue
en vitrine dans une maroquinerie.

38

[III] la chanson du Valet :
Maroquinerie.

Maroc, maroc…
Maroquinerie.
Des pierres, des rocs…
Ô oui moi j’en ris.

Si je ne peux y voir
C’est ma quéquetteen ivoire,
Si je n’ai plus d’élan
C’est ma quéquetteen diamant.

Qui qui,
Oui qui…
Qui quoi,
Sais pas…

A la maroquinerie d’en-bas,
J’ai achetéun grand sac de cuir.
On me dit que ce cabas là-bas,
C’est du vrai, du vrai, du vrai cuir.

Offert à ma femme,
Salope des rues !
Je suis gentleman,
Ah, si j’avais su !

Si je ne sais que faire
Ce n’est pas de ta faute,
Sur nos chevaux de fer
On enfile nos capotes.

Manger gâcher,
Tuer mâcher…

Des hommes,
Tout Rome…

39

Réadaptation :
« On y a cru. »
[I] mathématiques du Cerveau Populaire.
3x + 2 - (5/2) * (5/3x) - 18 = 35 - 42² + (18x/3)
(18x - 108x - 5) /6x = (18x + 105 - 5292) /3
(- 18x - 90x) /6x = (- 5187 + 5) /3
- 108x /6x = - 5182 /3
- x = - 5182 /3 /18
- x ~ - 1727,333 /18
- x ~ - 95,96296296.
donc, x égale environ 95,96296296 !
d’où, les mathématiques, selon le point de vue populaire et officiel, ne sont pas une science sûre…
et, cettescience ne vaut rien.

40

[II] mathématiques du Cerveau Indépendant.
1 + 1 = (3 * 5²) /[RACINE - Pi] – 35 ^ Rho * (i – Pi)
= ([RACINE – Pi]) /(0² + 3 ^ Rhô) – 57i – y ^ 3
= ([Oméga] * [Pi ^ Rhô]) – 3
= 18,5 – 5 + 0,5 – (5 * 2) + 1
= 13,5 – 0,5 – 10 + 1
= 14,5 – 9,5
1 + 1 = 3.
donc, 1 + 1 égale bien 3 !
d’où, les mathématiques, selon le point de vue d’un calculateur quelconque et indépendant,ne tiennent
plus sur leurs propres fondations…
et, cettescience n’est pas en mesure de se présenter en tant que science-utile et sûre.

41

[III] en Amérique.
J’ai vu là-bas
tant d’horreurs tant de morts
Ô continent des joies !
Ô contrées où tout est d’or !
J’ai cru que tout y était si beau
entre le racisme et les pauvres
et les tyrans clowns-joyaux
ils ferment les yeux et les rouvrent
Arizona, Las Vegas,
Los Ángeles ou New-York
la raison d’une race !
la raison du plus fort !
Ku-Klux-Klan au rabais
libérés c’est le rêve
la face cachée enfin dévoilée

42

[IV] au pays des anges.
En Amérique – longues routes sans ride –
Peaux blanches et peaux noires pleurent et font la fête.
Au pays des longues inter-states arides,
Des déserts où crèvent animaux et bêtes ;
Au pays – diable et beau – aux deux visages,
Libre sans barrière mais geôle glauque,
Le nœud desserré,tournons la page.
Le fauve meurt – hauts hurlements roques !
Déserts de pierres et de rocs, on n’en voit
Pas le bout… Et le ciel bleu – fond de gouffre –
Miroite le reflet d’un Truc sans voix,
Animal, mort dans nos cœurs, qui souffre.
Sale charogne décharnée,puant
Si fort la nourriture et le mort-gris,
Crève donc sur ce sol, roc affluant
Le lit-sang empoisonné de ta vie.
Et le Valet d’Automne arrive – marche
Solennelle. Le sol dur disparaît,
Le Ciel Pieux s’enfuit. Apparaît une arche
Présidée du Valet… – monde à l’arrêt –
Et il dit :

43

Reproduction :
« De la danse du Valet d’Automne. »
[I] la Dame sous la Carapace.

« Tout est beau sous cettelune en goudron.
Regardez, la nuit qui se moque rit
Des nuages gris, masques des loupions,
Du vent glacial, de cettefine pluie. »
Les pins battus, courbés par des bourrasques,
Invitent loups de la meute hécatombe,
– Hyènes féroces – à la danse héraldique
Du Valet d’Automne.
tombe,

« Sors

de

ta

– Ô valse Mari-Jane empoussiérée ! –
Et vous, bêtes macabres, dévorez
Cette femelle tyran déterrée
Qui envahit tous nos songes rêvés ;
Mais comme un vieux rat
La jeune fille s’enfuit vers les vals.

Qu’il n’en reste rien ! »
« Un jour ou bien un autre,tu mourras,
Et ce jour-là, se sera Carnaval ! »

Perdues entre l’horizon et ses quatre
Murs, elle se retrouve prise au piège.
Le Valet, comme un chacal à trois pattes,
S’avance, boiteux et vieux, vers la vierge
Et lui tient à peu près ce doux langage :

« Que vous êtes belle dans cetterobe
Aux couleurs azurées des hauts nuages ;
Que vous êtes attrayante,vos traits d’aube,
Votre visage si naïf et jeune,
Envoûteraient bien plus d’un doux agneau
Perdu dans les monts, forcé d’être au jeûne ;
Et vos deux yeux doux reflètentles eaux
Tombées par hasard sur ce sol stérile,
Sur ce dur qui connaîtra votre sang.
Viens que je t’embrasse comme mille !
Jeune femme vierge pour peu de temps,
Petite fille, déesse immortelle,
Je vais tuer le Dieu qui est en toi ! »
44

Tout devient noir… Hein ? La lune s’en mêle,
La lumière revient… – oiseaux sur la croix –
Le Valet parti, la fille étendue,
Nue sur le sol, du sang coulant – fin lit
De rubis – d’entre ses cuisses, sous la nue,
Pleure sans bruit sa sainte vierge enfuie.

45

[II] têtedu Serpent.
– Une poussière dans l’œil, et tout devient flou… –
Une silhouettedans mes bras, fantomatique
Et folle, froide et inodore, qui se joue
De l’imaginaire, en mon corps frai s’agite.
Ô souffrance indolore ! Mes idées s’embrasent
Quand, dans mes bras, je protège des monstres-lit,
Quand, dans mes rêves, tu jouis et quand je t’embrasse ;
Ô oui ! Tu es bien là, tu as enfin la vie !
Toute douce avec ses petits seins, je caresse
Ce sensuel ventre doré que j’enlace encor.
Toujours cettepoitrine tendre où je paresse
Ma têtede serpent,mon nez dans ces fils d’or,
La têtedu serpent couchée sur la poitrine
Pâle d’une muse. Je remonte les jambes
Droit entre les petites cuisses – envies divines – ;
Et la vierge devient putain et amante!
Mais tout se dissipe… – Ah ! acides au rabais.
C’était une illusion, diables-hallucination.
Le chien galeux du voisin vient – si con ! – japper
A la porte rouillée – serpents à la maison.

46

[III] le Cavalier du Bon Dieu.

- Il pleut ?
- Non, il fait Soleil…
canicule dans les cœurs…
Les nuages sont partis vers l’autre Asie,
dégoûtés, et ne reviendront plus !
- Il a plu ?
- Non, jamais…
Il canicule, et toujours,
les vieux crèvent sur les marches des hôpitaux,
à tombeaux ouverts.
Et la rue, les yeux fermés,
rentre chez elle et s’endort hypnotisée
face à l’image américaine.
Et l’Empereur, au sommet de cetteLune en goudron,
se tape des plaisirs solitaires et hurle
aux démons frais de la vierge des trottoirs.
Et l’église, pute insoumise,
viole nos enfants, nos petites filles,
putains soumises.
- Pourquoi tout ça ?
- Parce qu’il le faut…
Si ça n’allait pas ainsi, sur ces rails d’acier et de bois tordus,
tout vacillerait, comme château d’eau sous cyclone,
et s’effondrerait.
Vois…
Tu sais, ces édifices de cartes,
quand le vent souffle,
s’effondrent ;
Pour la Réalité, s’en est de même !
A même manière,même chute et même calanche.
- Mais d’où venons-nous ?
- Je ne sais pas…
Ce que je sais, si sûr,
c’est que nous retournons droit au néant,
à la poussière.
Regarde donc…
Regarde donc les os de ta Grand-mère, morte au lit,
les os de ton Grand-père,
mort-au-combat,mort-pour-la-patrie.
47

Regarde-les…
et vois qu’ils sont déjà comme prédit
plus avant.
- Comment le sais-tu ?
- As-tu déjà vu…
Vu dans le Soleil, perdu tout là-haut,
dans le feu qui brûle le jour et éteint la nuit,
que tout n’est voué qu’au néant ?
Ou as-tu regardé bien plus loin…
Là-bas, vers le fond du gouffre céleste,
à la frontière de l’Univers juste avant la soupe,
qu’il n’y a, aussi loin,
quasiment rien ?
Que crois-tu qu’il puisse y exister après alors ?
- L’autre soir, j’ai fait un rêve,
oui, nous le pouvons…
L’inexistence de Dieu, c’est ça ?
Dieu est tout,notre Univers est tout ;
derrière ce qui existe, il n’est rien,
Dieu ne peut être rien…
Donc Dieu n’a pas encore fait conquêtede cet espace
toujours invisible à la vie !
- Tu as raison pour une fois…
Mais t’es-tu déjà demandé,un jour peut-être,
si Dieu n’était pas en réalité
une de ses impénétrables silhouettes de Femme ?
Puisque tout est beau ici-bas !
Puisque tout ce qui est naturel est magique !
Puisque si l’Humain n’existait pas,
le monde serait Féerie !
Puisque si la conscience ne se manifestait pas,
nous serions bien plus hauts que terre !
C’est Elle qui est aux Cieux
et elle naît sans cesse,
Lui n’existe pas
et n’existera qu’en rêves.
-…
- Je vais te raconter ma naissance…
Un jour, alors que je fumais le ciel,
j’ai pris tellementde hauteur que
je me suis cogné au plafond et,
quand j’ai voulu regarder en-bas,
j’ai contractéle pire vertige de l’illusion !
48

Mes mains, toutes si loin,
m’ont semblé si étrangère ;
les cartes du planisphère que je coloriais
me sont apparues inconnues ;
les gens, que je fréquentais,
m’ont paru animaux mais pas humains !
La Terre, sur laquelle j’étais,
n’était plus si dure,
n’était plus tant matérielle
que quand j’y étais tombé
quelques temps auparavant ;
et tout s’est écroulé…
Alors un Truc Machin Supérieur m’est apparu
et m’a dit de l’incarner
(sans un moindre crime).
J’ai accepté.
Je suis né.
Me voici.
- Euh… M- mais… mais qui es-tu ?
- Le Cavalier du Bon Dieu…
I get out my bed,
I across the room,
I close the window,
The Flesh’s Wild dies
And I fuck on God’s Child…
I’m the man who saved the world.
Le Cavalier du Bon Dieu !
- qui es-tu…
- le cavalier du bon dieu
- qui…
- le cavalier
- es
- du
- tu ?
- bon dieu !
Je suis le Cavalier du Bon Dieu.

49

Rivalité :
« Une Dame sous la carapace. »
[I] psychose d’une vie le long d’un hiver infernal.

L’été ne se remontrera plus jamais ! Le crime est à l’ouest de l’occident, à l’ouest de toutes
réalités… Le bel été est à l’est, le joli, le parfait, l’appréciable… La fin est là, comme une
apparition que nous préfèrerons oublier dans les tréfonds de notre ignorance. C’est peut-être
la mort des nôtres, mais – Ô novateurs, Ô voyants des modes futures, Ô Baudelaire ou encore
Rimbaud, Apollinaire ou même Lautréamont – la meurtrière attend l’heure phare, le moment
qu’un Truc Supérieur préfère parmi tous, la seconde où il nous frappera en plein cœur…
Malheureusement pour nous, ma muse, ma fuyante et étrangère déesse des Nièmalés, seul le
passé est sûr, fixé et figé, gravé dans l’acier, en écho à nos mémoires qui resteront à jamais
attachées à nos âmes ! Nous nous sommes trop éloignés des présents que nous aimions, les
présents que nos grands-parents, de leur vivant, appréciaient tant… Le temps a abîmé les
acquis, ces victoires que nous ne récupèreront pas, même dans une autre vie.
Aussi, après l’ultime sursaut calancher, cettemélodie saignante de guitariste morbide restera
acharnée à mon être détruit par l’illusion de l’alcool et du haschich médités par nos ancêtres…
Le ciel est noir, la vie miséreuse,
La mine est ténébreuse…
C’est fini, ils sont là… J’entends leur marche de milicien Hitlérien. Un führer lance des
ordres barbares et sanguinaires aux bourreaux de l’existence – ces ectoplasmes froids et
transparents qui errent, sans vue, roides, sur le continent dévasté. Cette Terre est noire. Cette
terre où les cieux aux teintures marron font pleuvoir de grasses pluies aux anciennes couleurs
éclatantes des herbes. Les blés, soumis aux vents de feu, se sont affalés, plaqués au sol, sous
les arbres nus. Les oiseaux aux ailes brûlées et trouées par les elfes bleus, divaguent, le long
de divins cours d’eau, avec des crapauds dont la peau écaillée est usée par les ordures.
Ces bêtes sont éclatées par la verdure – restes décharnés de nos frères morts aux combats…
Ô parents, morts pour la foi !
Allez ! Crève, souffre,hurle, pleure, gamin larmoyant,
Rejoins ces déchets, ces croyants…
Vivante image de Dieu, insouciant !

50




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