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SECTION DES AFFAIRES SOCIALES ET DE LA SANTÉ

L’IMPACT DU CHÔMAGE SUR
LES PERSONNES ET LEUR ENTOURAGE :
MIEUX PRÉVENIR ET ACCOMPAGNER
Bien que le chômage soit désormais un phénomène massif, (3,6 millions de personnes
en 2015 – Pôle emploi), le traumatisme qu’il entraine, ses conséquences sociales et
l’impact sur l’entourage restent encore trop méconnus. Pour le Conseil économique,
social et environnemental, les politiques publiques, notamment sanitaires, doivent mieux
accompagner les personnes pendant le temps qui les sépare d’un retour à emploi. Au-delà,
c’est toute la société qui doit s’impliquer pour changer de regard sur les personnes en
situation de chômage.
Le chômage est la première
préoccupation des Français. La crise
économique de 2008 a aggravé une
situation qui touche désormais 10,6  %
de la population active. Il est aujourd’hui
plus difficile de retrouver un emploi
et la durée moyenne du chômage atteint
1 an et quatre mois (fin 2015). Plus
préoccupant, certaines catégories comme
les personnes peu qualifiées, les jeunes,
les femmes, les séniors, les personnes
en situation de handicap rencontrent
des difficultés particulières d’insertion
professionnelle, 5,4 millions de personnes
alternent chômage et emploi précaire.
Au choc du chômage s’ajoute
la précarité financière car si
l’indemnisation joue un rôle
d’amortisseur de la baisse des
revenus, 40  % des chômeur.euse.s
ne la perçoivent pas et la moitié
d’entre eux.elles touchent moins de
500 euros par mois (2014). Des droits
sont ouverts aux chômeur.euse.s comme
la validation de trimestres retraite, sous
certaines conditions, ou le maintien
de la couverture santé antérieure

Santé publique

2016-02

+ 1,5 %

Une progression de 10 % du taux
de chômage se traduit par une
augmentation de 1,5 % du taux
de suicide.

(lorsque leurs ressources diminuent,
ils peuvent bénéficier de la protection
universelle maladie/PUMA et d’une
complémentaire santé, CMU-c ou l’aide
à la complémentaire santé – ACS – en
fonction des revenus). Pour autant, le non
recours à leurs droits à prestations sociales
est un phénomène très marqué chez les
personnes au chômage.
Le chômage est désormais une
question de santé publique  ; 10 à
14 000 décès par an lui sont imputables
du fait de l’augmentation de certaines
pathologies, maladie cardio-vasculaire,
cancer… (Enquête SUIVIMAX, Inserm).
Il multiplie le risque de connaitre un
épisode dépressif, 24 % des hommes et
26  % des femmes sont ainsi concernés
(Dares 2015). Une progression de 10  %
du taux de chômage se traduit par une
augmentation de 1,5 % du taux de suicide
(Bull épidémiologique 2015).
Le chômage a un impact social majeur.
Il augmente le risque de séparation et
d’isolement social, il impacte l’avenir
scolaire des enfants (Insee, 2004), il retarde
la venue d’un premier enfant (INED, 2011).
Non seulement ces conséquences sont
ignorées mais « une certaine fatigue de
la compassion » s’exprime. Ainsi, 60  %
des personnes interrogées estiment que
les chômeur.euse.s pourraient trouver un
emploi s’ils.elles le voulaient vraiment et
46  % que les pouvoirs publics n’en font
pas assez pour les personnes les plus
démunies contre 73 % en 1994 (enquêtes

Jacqueline Farache

est membre du CESE au titre de
la vie économique et du dialogue
social. Elle est également membre
de l’Union confédérale des
retraités de la CGT.
Elle siège à la section des affaires
sociales et de la santé.

Contact :

jacqueline.farache@lecese.fr
01 44 43 64 12

CREDOC). Pourtant, notre pays voit arriver
chaque année 150 000 actif.ive.s de plus
sur le marché du travail sans que notre
pays puisse créer un nombre suffisant
d’emplois.
Pour le Conseil économique, social
et environnemental, le regard sur les
personnes en situation de chômage doit
évoluer et devenir plus bienveillant et
objectif. Prévenir les conséquences sociales
les plus dévastatrices pour les personnes
au chômage et leur entourage suppose de
lutter contre une stigmatisation qui nuit à
l’exercice légitime de leurs droits, à l’image
qu’ils.elles ont d’eux.elles-mêmes et in fine
à leur réinsertion même sur le marché du
travail.

Les chiffres du chômage
CHÔMAGE DE LONGUE DURÉE
SANTÉ PUBLIQUE

14 000

décès par an sont imputables au chômage,
les accidents de la route 3 464 morts en 2015

2,4 M
de personnes sont au
chômage de longue durée

UN.E ACTIF.IVE SUR DEUX

La moitié des actif.ive.s
Sources : Inserm 2015 et sécurité routière 2016

+ 2,3 millions
en 6 ans

6,2 millions

ont connu ou connaitront au moins
une période d’interruption d’activité
au cours de leur vie active

Le nombre d’inscrit.e.s à Pôle
emploi est passé de 3,9 millions
à 6,2 millions entre 2009 et 2015

Les préconisations du CESE

Changer de regard et mieux accompagner
FAIRE ÉVOLUER LA REPRÉSENTATION DES PERSONNES AU CHÔMAGE
• en soutenant la création d’un 21e critère de discrimination basé sur la précarité sociale et en inscrivant
à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale la proposition de loi, déjà votée par le Sénat. Cette préconisation
a fait l’objet d’un dissensus car ce critère apparait à certains comme une source d’insécurité juridique
pour les entreprises relative à son inscription éventuelle dans le code du travail ;
• en organisant une campagne médiatique de sensibilisation et d’information nationale sur la réalité vécue
par les demandeur.euse.s d’emploi et en encourageant les mobilisations citoyennes ;
• en développement des études sociologiques et statistiques sur l’impact du chômage sur les familles
(les séparations, les conséquences sur les enfants et l’autonomie des jeunes).

LES OUVRIER.ÈRE.S

14,3 %

C’est le taux de chômage
pour les ouvrier.ère.s
contre 4,4 % pour
les cadres et professions
intellectuelles
supérieures

4 fois

LES PLUS VULNÉRABLES

18,3 %

C’est le taux de chômage des jeunes de
15 à 29 ans. 35 % d’entre eux comptent
entre 6 et 18 mois de chômage

plus de risque
pour les femmes que
les hommes d’être
en inactivité

Le taux de chômage des femmes est
de 9,4 % contre 10,5 % pour les hommes

Source : Insee 2014
LES PERSONNES EXPOSÉES AU CHÔMAGE

18 %

le taux de chômage des personnes
en situation de handicap, le double
de celui des personnes valides

LES NON RESSORTISSANT.E.S DE L’UE

Le taux du chômage des actif.ive.s non
ressortissant.e.s de l’Union européenne atteint

20,4 %


Hors
U.E.

Source : Dares 2015

les personnes au chômage
DÉVELOPPER LA PRISE EN CHARGE PRÉVENTIVE AU PLAN PSYCHIQUE ET PHYSIQUE
ÊÊ Développer des études épidémiologiques :

• en intégrant le facteur du chômage dans les cohortes sanitaires de population générale ;
• en diligentant des études épidémiologiques plus ciblées afin de mieux cerner les facteurs de risque
liés au chômage.
ÊÊ Mettre en place des actions d’accompagnement psychologique :

• en diffusant de l’information sur les lieux d’écoute, de soutien et d’accompagnement ;
• en proposant un soutien psychologique à chaque personne reçue par Pôle emploi si elle le souhaite ;
• en élaborant un guide de bonnes pratiques, applicable par les employeur.e.s lors et après la notification
de licenciements individuels ou collectifs et négocié par les partenaires sociaux.

ÊÊ Mobiliser l’ensemble des acteur.rice.s de la santé :

• en orientant les personnes qui le souhaitent vers un premier bilan médical,
dès le premier entretien avec le conseiller Pôle emploi ;
• en proposant une prise en charge préventive grâce à une meilleure coopération avec les centres
d’examen de santé ;
• en favorisant un repérage précoce des situations de fragilité spécifiques au chômage grâce à
une meilleure prise en compte de cette dimension dans la formation et le management des équipes
des professionnel.le.s du travail social et de Pôle emploi ;
• en engageant des travaux pour réfléchir à l’organisation de la couverture de l’ensemble de
la population active par le système de santé au travail et en prévoyant les moyens d’un suivi incluant
la traçabilité des risques et des expositions professionnelles ;
• en associant plus étroitement le Régime social des indépendants (RSI) et les caisses
d’Assurance maladie pour un meilleur suivi des travailleur.euse.s indépendant.e.s ayant
involontairement cessé leur activité ;
• en diffusant les connaissances relatives au chômage comme facteur de risque dans le module
sur la prévention du tronc commun de la première année des études de santé et dans la presse
professionnelle.

Contact : affsoc@lecese.fr - 01 44 43 62 62

RENFORCER LE CARACTÈRE GLOBAL DE L’ACCOMPAGNEMENT
• en améliorant la qualité de l’accueil à Pôle emploi :
-- par la diffusion d’un guide d’accueil et d’accompagnement remis au demandeur.euse d’emploi ;
-- par la clarification des courriers et le maintien de la possibilité d’un accueil physique afin que
l’inscription ne soit uniquement dématérialisée ;
-- par la formation et l’accompagnement des personnels afin de les aider à faire face à leur charge mentale
et émotionnelle.
• en favorisant l’insertion sociale et professionnelle :
--des jeunes : en ouvrant des financements à la hauteur de la généralisation de la garantie jeunes ;
-- des parents : en accélérant la création de places de crèches et en finançant des crèches à vocation
d’insertion professionnelle, en garantissant l’accès de tous les enfants à la cantine.
• en prévenant certaines conséquences financières du chômage :
-- en soutenant les approches budgétaires qui prennent en compte les conditions de vie et les manques
ressentis ;
-- en prévoyant des budgets d’urgence auprès de diverses institutions – action sociale des Départements
et d’organismes de protection sociale – pour apporter un soutien financier face aux restes à charge
des appareillages sanitaires (prothèses auditives et dentaires, lunettes).
• en favorisant les liens sociaux et la participation des personnes au chômage :
-- en diffusant les bonnes pratiques des initiatives locales qui permettent d’associer les personnes
en situation de chômage aux politiques publiques en faveur de l’insertion sociale et professionnelle ;
-- en attribuant aux associations et organisations qui soutiennent et accompagnent les personnes privées
d’emploi, les moyens financiers qui leur permettent d’accomplir leur mission et leurs actions.


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