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Nom original: fanny.pdfAuteur: Comité TS

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Fanny
Romance contemporaine
Balsamine Proie

Pour obtenir la première formule, on applique
(8.14.2) à la fonction g(ξ)=f(x+ ξt) dans l'intervalle
[0,1] ; d'après (8.12.10), g est p fois continûment
différenciable et l'on voit immédiatement par
récurrence sur k que g(k)( ξ)=f(k)(x+ ξt).t(k), en
utilisant (8.4.1) et (8.1.3).
Jean Dieudonné, 1969.

Je m'éveille difficilement. Le soleil déjà haut m'aveugle, et la chaleur du mois d'août
exacerbe l'odeur de tabac froid de mon gourbi.

Tu es déjà debout, drapée dans une robe de chambre à fleurs d'un autre âge qui dévoile
tes clavicules. Négligemment appuyée sur le chambranle de la porte de la cuisine, tu
sers d'une main ferme une tasse à café sale qui contient encore un fond de ce noir
breuvage. Tu souris, ta bouche gigantesque me laisserait le loisir de compter une à une
tes molaires si les croûtes de mucus ne collaient encore mes paupières. Tu dardes sur
moi ton œil charbonneux ; dans la moiteur de cette folle nuit, ton mascara a coulé,
soulignant encore ta pommette insolente.

Fanny.

Ce qu'il en a fallu de péripéties pour en arriver là.

***

C'est le 9 septembre 2016 que tout commença. Comme chaque jour, à la recherche de

la moindre bribe de distraction dans l'enfer glacé de mon bureau, je parcourais
négligemment le site du Figaro Madame lorsque je tombai sur ton interview. Sous ton
visage radieux, mes yeux effarés découvrirent tes propos malheureux. Tu ne pourrais
vivre sans homme, disais-tu. Comment écrire la désarroi qui s'empara de moi à la
lecture de ces mots ; ces rêves que je crus alors brisés de pouvoir un jour partir au loin,
peut-être au-delà des frontières de Montrouge, en riant aux éclats dans une
décapotable à tes côtés ? Comment communiquer à d'autres la peine qui me serra alors
le cœur lorsque je crus devoir pour toujours renoncer à notre amour ? Comment dire
enfin les larmes qui je retint en imaginant ce que pourrait être une vie privée de toi ?

Il me fallait me résoudre à prendre une décision, la décision, terrible, que j'avais sans
cesse remise à plus tard. Plus question de reculer à présent. Impossible d'attendre
davantage. J'attendis patiemment la fin de la journée, les fesses transpirant
légèrement sur ma chaise de bureau bleue dont le tissu est déchiré ce qui laisse sortir la
mousse jaunâtre. Je répondis bien à quelques courriels afin de justifier ma présence
physique et surtout mon salaire qui me serait versé quelques jours plus tard, mais sans
y prêter attention : tu étais alors le seul objet de mes pensées.

***

Lorsque vint l'heure de quitter mon bureau, c'est-à-dire cinq minutes après le départ
des chefs afin de laisser entendre que je suis une travailleuse zélée, j'attrapai
rapidement mon sac à dos, fermai la porte à clé – précaution nécessaire afin que
personne ne s'empare des précieux brouillons que j'imprime – et appelai l'ascenseur
qui s'ouvrit rapidement. Quelques secondes plus tard, j'étais au rez-de-chaussée. Je
sortis mes badges, stockés dans la poche gauche de mon pantalon, entre mon
portefeuille et mon passeport que j'ai toujours sur moi, d'abord celui qui sert pour la
pointeuse – je privilégie toujours la pointeuse de gauche à la pointeuse de droite,
question de principe – puis celui qui ouvre le portail d'accès à l'immeuble, franchit avec
empressement la porte vitrée automatique, et respirai enfin, après dix heures à
patienter dans mon vivarium, le parfum subtil qui émane du périphérique qui jouxte
mon lieu de travail.

Il me fallait encore quinze minutes pour arriver chez moi en marchant d'un pas rapide,
comme chaque jour j'allumai une cigarette juste après ma première bouffée d'air nonconditionné. Je décidai de ne pas passer par Intermarché acheter mon dîner habituel –
une boîte de tomates cerises, une mozzarella itinéraire des saveurs au lait de bufflonne
mais qui n'est pas trop chère et un paquet de compotes de pomme – pas le temps de
manger aujourd'hui, il faut agir.

***

Je parvins enfin à mon gourbi, comme chaque jour il me fallut pousser avec force la
porte pour écarter les détritus qui s'amassent dans mon entrée. Je posai mon sac à
dos, jetais ma veste par terre, ou plus précisément sur les multiples objets qui jonchent
le sol de mon studio, enlevait mes chaussures, ma chemise à carreaux et mon pantalon,
et après une vingtaine de minutes de recherche dans mon taudis, retrouvai enfin mon
jean préféré, celui qui me sert outrageusement et présente une large béance sous la
fesse gauche, un débardeur noir un peu sale mais pas trop, un sweat à capuche
anthracite et ma vieille paire de rangers que je chéris par-dessus tout en dépit des trous
qui s'y sont creusés et laissent passer la pluie et le froid sur mes arpions. Je me vêtis
rapidement, hors de question de lambiner. Je me saisis encore d'un livre destiné à
patienter dans les transports en commun – le tome 1 des Éléments d'analyse de
Dieudonné – et d'un chargeur de téléphone portable que je glissais tous deux dans
mon sac à dos avant de quitter de nouveau mon appartement. L'ascenseur n'avait pas
été appelé par un de mes congénères des autres étages, je n'eus donc pas besoin
d'attendre bien longtemps avant d'entendre la sonnerie qui accompagne
systématiquement l'ouverture des portes. Je me recoiffai à la va-vite devant le miroir –
un voyage de trois étages ne laisse malheureusement pas le temps de se livrer à des
coiffures bien sophistiquées, et je porte systématiquement le même chignon tous les
jours de l'année – franchit de nouveau les porte de l'ascenseur qui s'ouvrirent avec la
même sonnerie que toujours, ouvrit la première porte puis la seconde avant de
retrouver enfin la rue.

***

Je descendis ma rue sans croiser personne de remarquable – mais je n'y ai jamais croisé
qu'une personne remarquable et ce n'était jamais à cette heure-là – tournait à gauche
puis traversait le passage clouté pour parvenir à la station de métro la plus proche. Je
sortis un ticket de métro de mon portefeuille pour franchir le portillon – je n'ai pas de
passe Navigo, moitié par flemme de m'en préoccuper, moitié parce que je vais travailler
à pied – escaladai l'escalator en panne pour parvenir au quai. Le panneau lumineux
indiquait que le prochain métro partirait dans trois minutes en direction d'AsnièresGenneviliers ; il me fallait bien le croire, quand bien même ma confiance dans ces
automates est limitée. La rame arriva tout de même dans le temps précisé, mais cela ne
prouver rien. Je montai dans le quatrième wagon, repérai le siège qui me permettrait
d'être à la distance maximale de l'individu le plus proche, posai mon sac à dos par terre,
l'ouvrit et m'emparai du tome 1 des Éléments d'analyse de Dieudonné que j'y avais
stocké et que j'avais donc porté depuis chez moi comme une quelconque ânesse bâtée.
Je réfléchit un instant au chapitre qui me paraissait le plus appropriée à mon humeur
du jour – pas les rappels de théorie des ensembles, pas la topologie des espaces
métriques, soit pour l'analyse hilbertienne – retrouvai rapidement la bonne page et me
plongeais dans la prose ravissante du traité. En réalité je connais déjà tous les
théorèmes que contient le livre, à part peut-être deux ou trois exemples cités dans des
exercices, je relis ce livre surtout pour le plaisir de me sentir intelligente, et aussi à titre
de petite gymnastique, comme d'autres, je crois, enfin du moins me l'a-t-on dit car je
ne connais pas vraiment de personnes qui le font, vont courir chaque midi. Après la
lecture de chaque proposition et de chaque théorème, je lève les yeux pour ne pas lire
tout de suite la preuve proposée mais je reconstruis par avance l'argument en mimant
les concepts avec mes doigts. Je vérifie ensuite rapidement que j'ai raison en lisant la
preuve administrée par Dieudonné lui-même, mais je tombe rarement à côté : le fait
est que je fais cela pour le plaisir de savoir que je vais avoir raison. Cela étant j'ai raison
même quand je ne mime pas sur les doigts des preuves de théorèmes faciles d'analyse,
mais c'est une autre question.

Le métro dans lequel j'étais installée n'annonçait pas les stations dans lesquelles nous
arrivions. C'était un peu pénible car cela m'obligeais à ne pas plonger trop
profondément dans mes rêveries mathématiques, il me fallait rester attentive au
défilement des quais pour être sûre de ne pas aller trop loin sur la ligne. J'arrivais à
Duroc, je descendis pour changer de métro. Il me fallut me livrer à l'ascension pénible

d'un premier escalier, Dieudonné à la main, à contre-courant des gens qui
malheureusement ont toujours l'idée de se mettre en travers de ma route, tourner à
gauche, avancer un peu, puis descendre un autre escalier sans laisser tomber mon livre.
Je m'assis sur un siège vert particulièrement inconfortable pour attendre le prochain
métro. Il arriva enfin, je montais dedans et me livrais de nouveau à mon algorithme
d'optimisation destinée à maximiser la distance avec le quidam le plus proche. Je me
replongeais dans l'analyse hilbertienne, j'avais avancé à un rythme raisonnable, déjà
une dizaine de pages lues depuis mon départ sans laisser traîner de détail dans un
coin. Cette voix-ci la voix suave du haut-parleur annonçait les stations, ce qui rend tout
de même la vie beaucoup plus facile. Néanmoins je n'avais pas à attendre très
longtemps avant de parvenir à Mabillon, qui était le but de mon voyage.

***

De là je traversai encore trois rues sans aucune personne remarquable pour arriver
devant un immeuble que je datais de la fin du XVIIIème siècle. Je profitai de la sortie
d'un quidam pour m'introduire dans le hall d'entrée, puis, me souvenant soudain que
ces immeubles ont plusieurs portes avec des codes, je ne pus aller plus loin. Ne
pouvant me résigner à abandonner aussi facilement mon projet, je décidai d'attendre
dans le hall spacieux du bâtiment ; je m'assit par terre et ressortit mon traité d'analyse.
J'en absorbai plusieurs pages afin de faire passer le temps jusqu'à ce que tu te décides
enfin à sortir de ton appartement aux dimensions titanesques, meublé avec goût et
parsemé de vases remplis d'orchidées sauvages.

Mais tu ne sortis pas.

C'est ainsi que je ne t'ai pas rencontrée. Il me semble tout de même que cela aurait dû
arriver.


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