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Elodie Mabika .pdf


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LA RUCHE VENDREDI 16 SEPTEMBRE 2016 37

ÉLODIE MABIKA, AVOCATE BRIVADOISE, NÉE AU GABON

« C’est la libération d’un peuple »
Élodie Mabika, 41 ans, est
avocate à Brioude. Née au
Gabon, elle veut alerter les
Français sur la situation actuelle du pays.

recours devant la cour
constitutionnelle du Ga­
bon. Ce qui fait douce­
ment rire Élodie Mabika.
« C’est une cour anticons­
titutionnelle. Chacun des
neuf membres n’a pas le
droit de faire plus de deux
mandats de sept ans.
Quatorze ans maximum.
La présidente est en place
depuis 25 ans. Elle était la
maîtresse d’Omar Bongo.
Ils ont eu deux enfants
ensemble. »

■ Pour la plupart d’entre

nous, c’est trente secondes
dans le journal télévisé.
Un débat à 23 heures sur
une radio intellectuelle.
Un article relégué dans les
dernières pages du jour­
nal. Une information par­
mi d’autres. Sitôt enten­
due, sitôt oubliée.
Pourtant, au 24 du bou­
levard du docteur­Devins
à Brioude, il y a une fem­
me qui suit heure après
heure l’actualité du Ga­
bon. Cette femme, c’est
Élodie Mabika. Maître Ma­
bika. Avocate brivadoise.
Auvergnate d’adoption et
de cœur. Mais née au Ga­
bon il y a 41 ans.
Son père est colonel de
gendarmerie. Il deviendra
ensuite préfet. Des postes
qui l’amèneront à démé­
nager régulièrement avec
sa famille. « Il y a neuf
provinces au Gabon et
plus de cinquante ethnies.
Mais je les connais tou­
tes », explique Élodie Ma­
bika.

« Aujourd’hui,
la peur a changé
de camp »

Mort dans un accident
jamais élucidé

À quoi ressemble la vie
au Gabon quand on est
jeune ? Élodie élude, pré­
fère parler droit et politi­
que. Pourtant, au fil de
son récit quelques élé­
ments émergent. L’ensei­
gnement, par exemple. « Il
est excellent jusqu’au bac.
Ensuite, c’est une catas­
trophe. Le taux de réussite
est très très bas. C’est fait
exprès pour garder les
gens dans l’obscurantis­
me. Les cours sont annu­
lés ou mal donnés. Per­
sonne ne doit acquérir le
savoir. » D’ailleurs, le pays
n’a qu’une université.
L’université Omar Bongo,
ça ne s’invente pas.
La façon même dont
l’avocate situe son pays en
dit long. « Le Gabon ? Di­
sons que l’Afrique a une
forme de pistolet. Et bien,
le Gabon c’est la gâchet­

REPÈRES


1960

Le Gabon, ancienne colonie
française, accède à l’indépendance.



1967

À 32 ans, Omar Bongo devient
le deuxième président du pays.



2009

Décès d’Omar Bongo qui a
gouverné pendant plus de
41 ans. Son fils, Ali, est élu
président.



2016

Ali Bongo est candidat à sa
propre succession, opposé à
Jean Ping.

Pour Élodie Mabika, la fraude d’Ali Bongo aux élections présidentielles du 27 août est manifeste.
te. »
Et puis, surtout, il y a le
père d’Élodie Mabika qui
termina sa carrière com­
m e m a i re d e N d e n d e.
Dans l’opposition. « Il est
mort dans un accident de
voiture qui n’a jamais été
élucidé. » Élucidé ? Un ac­
cident de voiture ? « Oui,
ils l’ont tué. » Derrière son
bureau, la femme ne cille
pas en l’annonçant.
On comprend pourquoi
la famille Mabika a préféré
envoyer ses enfants étu­
dier à l’étranger. Aujour­
d’hui, deux sœurs d’Élodie
vivent à Bordeaux, un frè­
re à Londres, un au Ma­
roc. Deux autres sœurs
sont restées au Gabon.
Élodie, elle, fera ses études
en Côte­d’Ivoire dans un
premier temps. Puis au
Sénégal.
Maîtrise en poche, elle
débute son histoire
d’amour avec la France.
« Il y avait une force qui
me disait de venir. Je me
suis toujours sentie fran­
çaise. J’ai une relation
d’amour avec la France. Je
suis arrivée en 2003 à la
fac de Clermont qui est la
seule qui m’a répondu.

C’est ma ville. Elle m’a ac­
cueillie, elle a permis ma
naturalisation. Je suis
Auvergnate. »
C’est à Clermont qu’elle
obtient son doctorat et
l’école du barreau. Il lui
faut désormais un stage.
« J’ai envoyé des deman­
des dans toute la France.
Et c’est Brioude qui m’a
répondu. L’Auvergne en­
core. C’est écrit. Je fais
mon stage chez Maître
Certain, puis je deviens sa
collaboratrice, son asso­
ciée et finalement, je
prends sa succession. Je
dois tout à l’Auvergne. »
Élodie Mabika prononce
ces mots les yeux pé­
tillants. Une déclaration
d’amour en toute sincéri­
té.

95 % des voix et
99,93 % de participation

Mais son sour ire si
prompt et ses yeux brillant
d’amour s’éteignent vite
quand on parle de son
pays. De la crise qu’il tra­
verse actuellement.
Le 27 août dernier
avaient lieu les élections
présidentielles. Le soir,
aucun résultat n’était con­
nu. Le 28, rien. Le 29, tou­

jours rien. Pas plus le 30.
Il faudra attendre la
31 août pour qu’Ali Bongo
(fils d’Omar Bongo) se dé­
clare élu. « En fait, c’est
simple. Il contrôlait les ré­
sultats d’une province, le
Haut­Ogooué, alors il a at­
tendu les résultats des
huit autres pour savoir à
quelle hauteur il avait be­
soin de tr icher dans la
neuvième. »
Et comment contrôle­t­
on les résultats d’une pro­
vince ? Avec la subtilité et
la finesse d’un hippopota­
me ivre. « Il a augmenté la
population de la province
artificiellement. Elle est
passée de 100.000 à
2 5 0 . 0 0 0 h a b i t a n t s. L e
31 août, la page Wikipedia
de la province avait été
modifiée. Et les chiffres
annoncés sont fous. Ali
Bongo sortirait vainqueur
avec 95 % des voix. Et une
participation de 99,93 %.
C’est tout simplement
impossible. »
Cette situation, les Gabo­
nais la connaissent bien.
En fait, depuis la création
du multipartisme en 1990,
les Bongo, père et fils, ont
perdu chaque élection,

mais ont fraudé pour gar­
der le pouvoir, selon Élo­
die Mabika. Et à chaque
fois, le peuple s’est soule­
vé comme le lui autorisent
les articles 33 et 35 de la
Déclaration des droits de
l’homme et du citoyen qui
fait partie de la Constitu­
tion gabonaise.
Pourtant, cette fois­ci,
quelque chose a changé.
« Avant, on était esseulés.
Aujourd’hui, il y a Inter­
net. Il y a eu des manifes­
tations à Paris, à Lyon…
en soutien aux Gabonais.
Les gens ont vu ça au Ga­
bon. »
Aujourd’hui, Jean Ping,
candidat opposé à Ali
Bongo, a jusqu’au 8 sep­
tembre pour déposer un

Alors quel espoir reste­t­
il à Élodie Mabika et aux
Gabonais ? Celui de la
communauté internatio­
nale. « J’entends en France
les gens qui crient à l’in­
gérence. Mais ce n’est pas
de l’ingérence, c’est la li­
bération d’un peuple. »
Élodie souhaite une inter­
vention militaire. Et selon
elle, elle a déjà commen­
cé. « La légion converge
vers Libreville. Officielle­
ment, c’est parce que par­
mi les manifestants tués
ou disparus, il y a des res­
sortissants français. Mais
en vrai, ça sent le roussi
pour Ali. La peur a changé
de camp. Quand j’avais
neuf ans, j’ai vu à la télé
l’exécution d’un opposant.
Les murs avaient des
oreilles à cette époque.
Les choses changent. Ali
Bongo va aller devant la
Cour pénale internationa­
le, j’en suis sûre. Il a utilisé
des armes de guerre et de
l’acide contre les manifes­
tants. Les dirigeants sont
en train de démissionner
les uns après les autres. »
Élodie Mabika est opti­
miste, mais elle ne crie
pas victoire. « Jean Ping fi­
nira par être déclaré vain­
queur. Mais ça ne change­
ra rien au Gabon. Il est
l’ancien ministre d’Omar
Bongo. Ce sera les mêmes
équipes, la même corrup­
tion, le même clientélis­
me. Mais on aura gagné
l’alternance. Mon père
n’avait connu que Bongo.
Je suis née sous Bongo. Et
ma fille est née sous Bon­
go. Ce ne sera pas la dé­
mocratie, mais on aura
fait un pas de plus dans sa
direction. »
SIMON ANTONY

Pour aller plus loin
Afin de mieux comprendre la situation, Élodie Mabika conseille deux œuvres.
Un livre : De la Françafrique à la Mafiafrique, de François-Xavier Verschave (édition Tribords).
Un film : Le Dernier roi d’Écosse, de Kevin Macdonald
(2006).
Sinon, vous pouvez suivre la page Facebook et le compte
Twitter (@ElodieNany) d’Élodie Mabika qui relaie les événements au jour le jour.


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