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La Russie impose sa diplomatie armée sur tous les fronts .pdf



Nom original: La Russie impose sa diplomatie armée sur tous les fronts.pdf
Titre: La Russie impose sa diplomatie armée sur tous les fronts - article_650651.pdf
Auteur: Delmotte

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Directeur de la publication : Edwy Plenel
www.mediapart.fr

Trois ans plus tard, la Russie est un acteur majeur
sur tous les fronts qui comptent. Turquie, Iran,
Syrie, Ukraine, et jusqu'aux élections américaines
qu’elle tente d’influencer par des moyens douteux!
En trois ans, la Russie a fait prévaloir ses vues au
prix d’une diplomatie militarisée, n'hésitant pas aux
provocations. La plus spectaculaire d’entre elles a
eu lieu le 22 septembre, au large de la Bretagne.
Deux bombardiers russes sont interceptés ce jourlà à une centaine de kilomètres des côtes bretonnes
par des avions de chasse de l'armée française.
L’information a été rendue publique début octobre
par le site du ministère de la défense. L’incident
a nécessité l’intervention de quatre pays européens,
dont la France, pour repousser hors de l’espace
aérien européen les avions russes, décrits comme des
bombardiers stratégiques.

La Russie impose sa diplomatie armée sur
tous les fronts
PAR PIERRE PUCHOT, AGATHE DUPARC, AMÉLIE POINSSOT ET THOMAS
CANTALOUBE
ARTICLE PUBLIÉ LE JEUDI 20 OCTOBRE 2016

Obama et Poutine en 2009, quand le premier envisageait encore de
meilleures relations avec le second. © Pete Souza/Maison Blanche

Depuis 2013, la Russie a achevé de se défaire de
sa camisole de simple « force régionale » héritée de
la fin de l'Union soviétique. Déterminé à contrer la
superpuissance américaine, profitant de la faiblesse
européenne, le régime de Vladimir Poutine pratique
désormais sur tous les terrains une diplomatie armée,
où seuls comptent les intérêts russes.
« On est vraiment dans le retour de ce qui était
la diplomatie de l’Union soviétique. » L’offensive
diplomatique et militaire russe, c’est encore François
Hollande qui en parle le mieux. Dans son livreconfession (« Un président ne devrait pas dire ça
», éditions Stock, lire ici notre compte rendu), le
président de la République consacre l’essentiel du
chapitre « Monde » à l’épisode syrien de l’été 2013
– après l’attaque aux armes chimiques par le régime
de Bachar al-Assad – qui vire très vite à l’affrontement
avec le président russe.

Sergueï Lavrov, ministre russe des affaires
étrangères, et son homologue américain John Kerry.

La Russie ne veut plus être une simple « force
régionale », comme elle l'a été durant les vingt
années qui ont suivi la disparition de l'URSS, en
1991. Moscou conçoit son influence comme celle
d’une superpuissance, sinon économique, du moins
diplomatique et militaire. Dans une interview accordée
à la chaîne Pervyi Kanal, le 9 octobre (voir ici
la traduction en français), le ministre des affaires
étrangères russe, Sergueï Lavrov, diplomate émérite,
a une nouvelle fois fait la démonstration de ce grand
retour sur la scène internationale.

Après avoir brandi la menace de frapper le régime
syrien, Barack Obama renonce, enterrant par la même
occasion le plan de frappes françaises en Syrie.
Profitant de l'occasion, Vladimir Poutine parvient
finalement à imposer un accord sur la destruction
des armes chimiques du régime de Damas. Véritable
tournant dans le conflit syrien, cet épisode l’est aussi
pour la Russie. Moscou utilise alors à merveille
les renoncements d’Obama, constate Hollande dans
l’ouvrage, et construit à partir de l’été 2013 une
diplomatie armée qui va se révéler très efficace.

Le chef de la diplomatie russe rappelle que ceux qui
pensaient, après 1991, que « la Russie était “dans leur
poche”» se sont trompés, et se réveillent avec « une
gueule de bois ». « Non parce que nous avons voulu
leur nuire, mais simplement parce que nous voulions
vraiment que notre pays redevienne autonome, qu’il
soit décent d’y vivre et que nous en soyons fiers »,
ajoute-t-il. « Oui, il y a eu l’Union soviétique mais

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c’était une période isolée et assez longue sur le plan
historique […] Quand cette anomalie (le fait que nous
étions une société fermée est une anomalie) a disparu,
tout le monde pensait que la Russie avait “rétréci”,
qu’ils continueraient, comme ce fut le cas depuis les
XVI-XVIIe siècles, de dicter les ordres et les règles et
que tout le monde les écouterait. Ils ont eu tort », dit-il.

Fin 2016, doivent démarrer les tests du système de
défense antiaérienne et antimissile S-500 qui entrera
en service en 2020. « Le système pourrait intercepter
simultanément jusqu'à 10 missiles balistiques allant à
la vitesse de cinq kilomètres par seconde à une altitude
de plus de 185 kilomètres, alors que sa portée pourrait
atteindre 600 kilomètres », notait récemment le site
Sputnik qui produit des articles à la chaîne sur ce
renouveau militaire. L’intervention militaire russe en
Syrie permet en temps réel de démontrer l’efficacité
du matériel, comme le remarquait le quotidien The
Independant.

Sergueï Lavrov dresse le portrait d’une Russie
droite dans ses bottes, seul État au monde capable
de s’opposer aux décisions unilatérales de la
superpuissance américaine, de défendre le principe
de non-ingérence dans les affaires intérieures des
États et d’en finir avec les « doubles standards »
des Occidentaux. Le ministre appelle son homologue
John Kerry « à construire les relations [entre les deux
pays] comme des adultes, sans rancunes infantiles »,
dénonçant « la russophobie agressive » qui, selon lui,
« est à la base de la politique des États-Unis envers
la Russie ».

Cette puissance retrouvée doit être relativisée : le
budget annuel russe de la défense est de 83 milliards
de dollars, contre 600 milliards pour les États-Unis
et 110 milliards pour la Chine. Ce qui n'empêche pas
le Kremlin de se délecter de la crainte qu'elle inspire
aux Occidentaux. Interrogé le 17 octobre sur France
Culture, le chercheur Thomas Gomart, directeur de
l’Institut français des relations internationales (IFRI),
explique que « Poutine arrive à manier l'héritage
impérial et soviétique » et passe son temps à penser «
politique étrangère et politique de sécurité. Ce qui le
caractérise aujourd’hui sur la scène internationale,
c’est qu’il est face à des leaders européens empêtrés
dans leurs problèmes domestiques alors que lui, au
fond, a construit son pouvoir sur la chose militaire et
sur la quête de prestige ».

« Il n’est pas question d’une simple rhétorique
russophobe mais de démarches agressives », assure
Lavrov qui déroule tous les griefs actuels : «
Le déploiement d'armements lourds américains, de
l'aviation de l'Otan, ainsi que du développement du
segment européen et asiatique du bouclier antimissile
américain (ABM) à proximité de nos frontières et
de celles de nos alliés », ainsi que des sanctions
« inamicales, voire hostiles ».

Début octobre, devant la Douma (la chambre basse
du parlement), Vladimir Poutine invoquait le « droit
suprême historique de la Russie à être un pays fort
», appelant à « renforcer la sécurité et les capacités
de défense » du pays, précisant qu’il ne donnait
« pas à cette notion – un pays fort – de connotation
impérialiste. Nous n'avons jamais imposé quoi que
ce soit à qui que ce soit ». Dimanche 16 octobre,
en marge du 8e sommet des BRICS (Brésil, Russie,
Inde, Chine, Afrique du Sud) à Goa, il a rappelé qu’il
était « contre la prise de décisions unilatérales qui
ne tiennent pas compte des particularités historiques,
culturelles, ethniques de tel ou tel pays, même s'il y
a des contradictions dans ces pays ». Et d'ajouter: «
Si quelqu’un souhaite entrer en confrontation, ce n'est

Réfutant toutes les accusations portées contre la
Russie et décrivant les Américains comme incapables
de tenir leurs engagements au sein du Groupe
international de soutien à la Syrie, Sergueï Lavrov met
en garde Washington contre une attaque « des sites de
l'armée syrienne » qui serait « une violation grossière
du droit international ». « C'est très dangereux dans
la mesure où la Russie, qui est présente en Syrie à
l'invitation du gouvernement légitime de ce pays et
y dispose de deux bases, possède des systèmes de
défense aériens qui protègent ses intérêts », prévientil.
Les Russes ne cessent de le dire: ils sont désormais
en mesure de défendre leurs intérêts en s’appuyant
sur une armée en phase active de modernisation.

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pas notre choix, mais cela signifie qu'il y aura des
problèmes. Nous ne le souhaitons pas. Nous préférons
rechercher des points communs, régler ensemble les
problèmes globaux qui se présentent devant la Russie,
les États-Unis et le monde entier », disait-il.

« libre passage des civils de la partie orientale
d’Alep et leur retour, ainsi que l’acheminement d’aide
humanitaire ». La promesse russe est accueillie avec
scepticisme par l’opposition à Bachar al-Assad. De
fait, la Russie et le régime syrien n’ont cessé, depuis
le début de l'année, d’utiliser ces périodes à leur
avantage. Le régime syrien est passé mettre dans l’art
de transporter ses troupes pendant la trêve pour la
violer ensuite.

Cette rhétorique s’est concrétisée, depuis 2013, par
un interventionnisme brutal, sans égard pour les vies
humaines comme pour les équilibres géopolitiques
et les contextes locaux. « La Russie, dans un
comportement que je qualifie de mimétique par
rapport aux Occidentaux, est entrée à son tour dans un
cycle d'interventions extérieures. Le fil rouge du règne
de Vladimir Poutine, c'est l'utilisation de la guerre
limitée comme moyen de transformation du système
international. La guerre est constitutive du régime de
Vladimir Poutine », estime Thomas Gomart. En Syrie
comme en Ukraine, seuls les intérêts de la Russie
comptent.
• En Syrie, la Russie agit en toute impunité pour
maintenir en vie le régime de Bachar al-Assad

En Syrie, les avancées politiques sont aujourd’hui
entièrement fonction du bon vouloir de la Russie, qui
a bloqué toutes les résolutions présentées aux Nations
unies ces derniers mois. La réunion organisée, samedi
15 octobre, en Suisse pour tenter de rapprocher les
points de vue américain et russe s’est achevée sans
progrès majeur, une fois de plus.
Face à la Russie, les États-Unis et l’Union européenne
n'ont que de peu de cartes à jouer. Lundi 17 octobre,
l’Union européenne a estimé que les bombardements
du régime de Damas et de son allié russe « pourraient
constituer des crimes de guerre ». Dans des
conclusions adoptées par les 28 chefs de la diplomatie
de l’UE, il est aussi question d’étudier des sanctions
individuelles complémentaires contre « des soutiens
du régime syrien ». Cette politique de sanction
constituerait une première dans le conflit syrien.
Depuis l’été, les armées russes et syriennes ont
entrepris un pilonnage systématique des hôpitaux
tenus par les rebelles à Alep et dans la région
d’Idlib, au nord-est du pays, sans que la communauté
internationale ne soit en mesure de réagir.

À Alep, une nouvelle trêve est en vue :
jeudi 20 octobre, l’armée russe doit cesser ses
bombardements durant huit heures, dans le cadre
d’une « pause humanitaire ». Une pause de huit
heures, dans un conflit qui dure depuis mars 2011
et a fait plus de 300 000 morts, dont plusieurs
centaines depuis le début du mois d’octobre. Depuis
le 22 septembre, les forces du régime syrien appuyées
par la Russie bombardent sans relâche les quartiers
est d’Alep. « Depuis que le dernier cessez-le-feu s’est
effondré, plus de 130 enfants ont été tués à Alep-Est et
près de 400 ont été blessés dans des bombardements
implacables et aveugles », s'alarmait la semaine passée
l'ONG Save the children.
Cette trêve est considérée comme « une étape
positive » par Federica Mogherini, chef de la
diplomatie de l’Union européenne. Il faut « une
pause plus longue pour faire entrer les camions »
transportant l’aide humanitaire, a réagi de son côté
Stéphane Dujarric, porte-parole de l’organisation des
Nations unies. Le 13 octobre, l’état-major russe avait
annoncé qu'il était prêt à assurer aux rebelles armés
dans les quartiers est un « retrait sécurisé », le

Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan à Istanbul, le 10 octobre 2016. © Reuters

• Attirer la Turquie dans sa zone d’influence
Le coup de maître diplomatique de la Russie, ces
derniers mois, est d'avoir ramené la Turquie dans son
périmètre d’influence. Arrimée à l’Occident depuis

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le début du siècle, la Turquie est le deuxième
contributeur de l’organisation du traité de l’Atlantique
nord (Otan) sur le plan militaire. Partisan de la chute
de Bachar al-Assad à partir de l'été 2011, le régime
d'Erdogan s’est régulièrement irrité du soutien russe
à Damas. En retour, Moscou a adopté une politique
ambiguë à l’égard d’Ankara, tentant d’approfondir
le partenariat énergétique entre les deux pays. La
divergence sur la Syrie entre Moscou et Ankara sur la
Syrie n’eut aucune conséquence notable, jusqu’au 24
novembre 2015.

sceller une réconciliation. Réconciliation qui permet
aux Turcs de rentrer en Syrie dès cet été, illustrant le
fait que la Russie est le seul véritable maître du terrain
syrien.
• La Russie, toujours maître du jeu en Ukraine
Le sujet ne fait plus la une de l'actualité, mais
dans le Donbass, région de l'est ukrainien, le conflit
continue et Moscou est toujours à la manœuvre.
Un accord de cessez-le-feu avait pourtant été signé
en février 2015 à Minsk, la capitale biélorusse,
entre les combattants séparatistes et le pouvoir
ukrainien, et en présence du président russe, de
son homologue ukrainien Petro Porochenko, de la
chancelière allemande et de François Hollande (c'est
le format dit « Normandie » depuis les premières
discussions de résolution du conflit à l'occasion des
commémorations du débarquement, en France, en juin
2014).

Ce jour-là, deux chasseurs F-16 turcs abattent un avion
de combat russe près de la frontière avec la Syrie.
Erdogan refuse de présenter ses excuses et accuse
Moscou d’avoir violé son espace aérien. Moscou
déclenche un éventail de représailles économiques qui
vont gravement léser l’économie turque. Isolé sur le
plan international, en difficulté après le coup d’État
manqué par une partie de l’armée turque, Erdogan
n’a plus le choix : les sanctions économiques russes
doivent cesser, et la Turquie retrouver un espace
d’influence au Moyen-Orient en pénétrant sur le sol
syrien pour contrer l'État islamique et la rébellion
kurde, ce qu'elle ne peut faire sans l'aval des Russes,
qui contrôlent la frontière syrienne.

Depuis, les affrontements ont repris de manière
épisodique. Les conditions n'ont jamais été remplies
pour que les élections locales puissent se tenir dans ce
territoire de facto occupé. Cet été, la tension était à
nouveau maximale. À ce jour, le conflit a fait plus de
9 600 morts depuis son déclenchement au printemps
2014, et plus de 1,7 million de déplacés à l'intérieur de
l'Ukraine.

Début août, après avoir formulé des « regrets » pour
la destruction de l’avion de combat russe, Erdogan se
déplace à Moscou, tant pour envoyer un message aux
États-Unis, qui ne l’ont pas assez soutenu selon lui
après la tentative de coup d’État en Turquie, que pour
apaiser la colère de Poutine et faire lever les sanctions
économiques. Deux projets occupent les discussions :
le gazoduc TurkStream ; et la construction de la
centrale nucléaire d'Akkuyu, en Turquie.

Fin septembre, l'enquête internationale sur l'avion du
vol MH17 abattu en juillet 2014 au-dessus du ciel
ukrainien a par ailleurs conclu à l'implication des
services russes : l'avion a été touché par un missile
Buk de fabrication russe et tiré d'un village ukrainien

« À cause de la crise, nos échanges commerciaux,
d’un volume de 35 milliards de dollars en 2014
[31 milliards d’euros], ont chuté de 40 % pour les
huit premiers mois de 2016. L’énergie est la clef
du processus de normalisation », explique Alexandre
Novak, le ministre russe de l’énergie, à son arrivée
le 9 octobre en Turquie pour assister au 23e sommet
mondial de l’énergie. Un sommet auquel Vladimir
Poutine assistera en tant qu’hôte de marque pour

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tenu par les séparatistes prorusses, ont ainsi annoncé
les procureurs internationaux au terme de plus de deux
ans d'enquête.

Cela faisait plus d'un an qu'ils ne s'étaient pas réunis.
Ce mini-sommet n'a d'ailleurs donné lieu à aucune
avancée signficative.
Dans une tribune publiée dans le grand quotidien
allemand Frankfurter Allgemeine Zeitung et intitulée
« Fin de la mascarade », Petro Porochenko était sorti
de sa réserve la semaine dernière, demandant que
le processus de Minsk soit enfin pris au sérieux par
Moscou qu'il accuse de renforcer son arsenal militaire
dans le Donbass. Le président ukrainien décompte
plus de 800 tirs de l'artillerie russe en septembre, et
déjà plus de 500 pour la première quinzaine d'octobre.
« Selon les services de renseignement ukrainiens,
écrit-il, il y a désormais dans le Donbass 700 chars
russes, plus de 1 250 pièces d'artillerie, un millier de
véhicules de transport de troupes et plus de 300 lanceroquettes. » Et le chef d'État de conclure : « Nous
ne devons pas relâcher nos efforts pour démasquer la
mascarade de la Russie où qu'elle soit – que ce soit
dans le Donbass ou à Alep. »

Angela Merkel et Vladimir Poutine. Le mini-sommet de Berlin sur l'Ukraine,
le 19 octobre, n'a donné lieu à aucune avancée importante. © Reuters

S'il n'absout pas le gouvernement de Kiev de ses
erreurs et de ses errements, cet enlisement relève d'une
stratégie bien étudiée au Kremlin. C'est un « conflit
gelé » – comme il y en a eu d'autres dans l'ex-espace
soviétique – qui empêche l'avancée des réformes sur
l'ensemble du territoire ukrainien et par conséquent le
rapprochement du pays avec l'Union européenne. Et ce
conflit permet au passage de faire oublier la Crimée,
annexée par la Fédération de Russie en mars 2014.
La récupération de la péninsule ne fait d'ailleurs plus
partie des revendications de Kiev ni des demandes de
Bruxelles, et n'est pas mentionnée dans l'accord initial
de cessez-le-feu.

La politique de sanctions établie par Bruxelles au
début de l'offensive russe en Ukraine, avec l'annexion
de la Crimée, et reconduite depuis tous les six
mois, s'est révélée inefficace. Face à l'intervention
dévastatrice de la Russie en Syrie, Angela Merkel
plaide désormais pour un durcissement de ces
sanctions. Le sujet sera discuté à la table du Conseil
européen, les 27 et 28 octobre.
• Le jeu d’influence sur les élections américaines

Comme l'indiquait la semaine dernière dans un
entretien au Monde Alexander Hug, chef adjoint de
la mission d'observation en Ukraine de l'Organisation
pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE),
qui y a envoyé 700 personnes, les violations du cessezle-feu sont quotidiennes. L'organisation en compte
actuellement quelques centaines par tranche de 24
heures (voir son dernier relevé). Sans accuser un
camp ni l'autre de la poursuite des hostilités, Alexander
Hug assure que ses patrouilles sur le terrain sont plus
souvent bloquées ou menacées dans les territoires sous
contrôle séparatiste que dans les terres restées sous
contrôle ukrainien.

Même si l’on tient compte du climat glacial entre les
États-Unis et la Russie, la manière dont Moscou s’est
immiscé dans la campagne présidentielle américaine
est un événement sans précédent. Cela s’est produit
en trois étapes et avec l’assentiment tacite du candidat
républicain Donald Trump, qui a pris le contrepied de
la politique traditionnelle de son parti à l’égard de la
Russie.

Signe que les discussions avec Moscou patinent et
que la situation en Syrie complique sérieusement ce
processus de paix déjà bien fragile, la réunion à Berlin
ce mercredi 19 octobre entre les quatre dirigeants
impliqués dans les pourparlers a d'abord été reportée,
avant d'être finalement confirmée au dernier moment.

Première étape : les serveurs informatiques du parti
démocrate ont été piratés par des hackers russes
début 2016. Leur principale révélation a fait état du
« favoritisme » dont la candidate Hillary Clinton a
bénéficié de la part du parti dans son combat contre
son rival Bernie Sanders lors des primaires. Cet

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appui des instances démocrates en faveur de l’ex-First
Lady était un secret de polichinelle. Mais une fois
certains échanges confidentiels révélés, la présidente
du parti, la députée Debbie Wasserman-Schultz, a été
contrainte à la démission à la veille de la Convention
démocrate de juillet.

a d’ailleurs annoncé lui avoir coupé l’accès à Internet,
car « Quito ne veut pas interférer dans le processus
électoral d’un autre pays ».
La collusion entre Trump et Poutine est avant tout
circonstancielle. Mais le candidat républicain n’a
jamais cessé de ménager Moscou dans ses discours
ou de minorer le rôle de la Russie en Syrie, alors
que le parti de Reagan a toujours adopté un langage
de fermeté à l’égard de Poutine. De plus, le second
directeur de campagne de Trump, l’affairiste Paul
Manafort, avait des liens financiers avec l’entourage
de Poutine, et des soupçons planent également sur
certains investissements de Trump lui-même en
Russie.

Une cyber-guerre vise la machine électorale
américaine
Deuxième étape: des hackers liés aux services secrets
russes (les collectifs Cozy Bear et Fancy Bear) ont
eu accès au compte email de John Podesta, le patron
de la campagne d’Hillary Clinton. Ses courriels ont
été rendus publics par WikiLeaks et, s’il s’était agi
d’une élection « ordinaire », les dégâts auraient
pu être dévastateurs pour la candidate démocrate.
Là encore, pas de révélations fracassantes mais des
éléments embarrassants, montrant les petits secrets
de l’équipe Clinton et le double discours tenu par
Hillary à l’égard de ses électeurs d’un côté et des
banques et autres lobbys de l’autre. Heureusement
pour elle, les déclarations tonitruantes de Trump et
son comportement à l’égard des femmes ont éclipsé le
contenu des emails de Podesta dans les médias.

Troisième étape de ce jeu d’influence : des intrusions
informatiques ont été repérées début octobre dans
un certain nombre de bases de données régionales
où sont stockées des données électorales. Même
si les machines à voter ne sont reliées à aucun
réseau informatique et qu’aucune malversation n’a été
détectée, la simple idée que Moscou puisse manipuler
des listes électorales ou des registres de vote est
prise très au sérieux par la Maison Blanche. « Tout
ce qui menace la légitimité du processus électoral
est une mauvaise nouvelle pour la démocratie »,
a expliqué à CNN John Naughton, le directeur du
Technology and Democracy Project. « La simple idée
que la Russie puisse être impliquée pourrait suffire
à salir l’élection. » Or, depuis qu’il sent la victoire
lui échapper, Donald Trump ne cesse de dénoncer une
élection susceptible d’être truquée…

Obama et Poutine en 2009, quand le premier envisageait encore de
meilleures relations avec le second. © Pete Souza/Maison Blanche

Tout cela a poussé le ministère de la sécurité intérieure
et l’agence de coordination du renseignement à publier
une déclaration exceptionnelle le 7 octobre qui
débute ainsi : « La communauté du renseignement
américaine est convaincue que le gouvernement russe
a dirigé les récentes opérations d’intrusion dans les
courriels de certaines personnalités et institutions
politiques. »

Dans ces deux cas de figure, WikiLeaks a servi de
relais aux hackers russes et personne n’imagine que
cela se soit fait sans l’assentiment des plus hautes
autorités de Moscou. Non seulement, le timing des
fuites était calculé pour être le plus embarrassant
possible pour Hillary Clinton et les démocrates, mais
l’équipe de Trump, dont plusieurs membres font du
business avec la Russie, semblait être avertie du
calendrier des révélations. L’ambassade d’Équateur au
Royaume-Uni, qui héberge Assange depuis quatre ans,

Comme l’ont souligné plusieurs experts des
relations américano-russes, dont un ancien conseiller
diplomatique de Bush, qui a répondu par email aux
questions de Mediapart : « Vladimir Poutine n’a pas

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besoin d’aller plus loin : il est parvenu à faire parler
de lui et à s’immiscer dans l’élection américaine en
faisant planer une menace diffuse sur ses capacités
cybernétiques. Qu’il souhaite ou non la victoire de
Trump ne rentre même pas en jeu, ce qu’il veut c’est
projeter la Russie comme acteur incontournable sur la

scène internationale : démontrer sa puissance et être
entendu. » C’est un assez bon résumé de la stratégie
diplomatique russe depuis plusieurs années.
Prolonger
Le retour de la Russie de Poutine ou la diplomatie
au marteau, une émission à écouter sur le site de
France culture.

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