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MERCREDI 9 NOVEMBRE 2016 LA MONTAGNE

Région Actualité
ENTRETIEN ■ L’évêque du Puy Luc Crépy est le référent en matière de pédophilie pour l’épiscopat français

«La question n’est plus taboue»
L’évêque du Puy Luc Crépy a
fait un point d’étape, lundi,
à Lourdes, devant ses pairs,
sur les mesures renforcées
mises en œuvre en avril face
aux révélations de faits de
pédophilie dans le clergé.

cinq ayant accompli leur
peine ? C’est difficile à
dire, parce que certains té­
moins relatent des faits
datant d’il y a quaran­
te ans. Nous sommes en
train de mener une en­
quête, de monter une es­
pèce d’observatoire inter­
ne à l’Église, on demande
justement à tous les évê­
ques de recenser les mises
en examen, les condam­
nations, etc. Quoi qu’il en
soit, un cas est un cas de
trop.

«I

l y a eu un sursaut »
de l’Église face aux
abus sexuels, esti­
me l’évêque du Puy­en­
Velay Luc Crepy, responsa­
b l e d e l a Co m m i s s i o n
permanente de lutte con­
tre la pédophilie (CPLP)
au sein de l’épiscopat.
■ Quel bilan dressez-vous de

votre action ? La cellule de
veille qui existait est main­
tenant une cellule perma­
nente de lutte : les mots
disent bien la différence.
Elle comprend trois évê­
ques, une psychanalyste,
un juriste et un religieux.
La Conférence des évê­
ques de France (CEF) dé­
lègue une personne à
temps complet sur ce dos­
sier. En six mois, l’adresse
mail nationale ouverte
pour les victimes a re­
cueilli une centaine de té­
moignages, dont beau­
c o u p re l è ve n t d e f a i t s
anciens. On note quelques
a f f a i re s r é c e n t e s , p a s

CONFÉRENCE DES ÉVÊQUES DE FRANCE. « Il y a eu un sursaut de l’Eglise face aux abus sexuels »,
a estimé, lundi, l’évêque du Puy Luc Crepy. PHOTO AFP
beaucoup. Il y a, au niveau
local, des cellules d’accueil
et d’écoute : tous les évê­
ques ont désormais un
dispositif de lutte contre la
pédophilie, que ce soit
avec une équipe, via un
vicaire général… Cela ma­
nifeste une meilleure prise
de conscience face à ce
que vivent les victimes,
leur souffrance. Est­ce que

VIADUC DE MILLAU

Une tonne de cannabis
dans le camion sur l’A75

leszauliberts@hotmail.com

Quasiment une tonne de
résine de cannabis vient
d’être saisie, dans le département de l’Aveyron, à
bord d’un camion espagnol
circulant sur l’autoroute
A75.
Près d’une tonne de rési­
ne de cannabis a été saisie
sur le viaduc de Millau
dans un poids lourd dont
le chauffeur espagnol était
en garde à vue, mardi, à
Toulouse, a­t­on appris de
sources proches de l’en­
quête.
La drogue, conditionnée
dans des « valises maro­
caines » – à savoir des bal­
lots confectionnés avec du
polystyrène – a été décou­
verte dans un camion fri­
gorifique.
L’interception a été réali­
sée, dans la nuit de di­
manche à lundi, par les
agents de la douane assis­
tés par les gendarmes
Le véhicule, immatriculé
en Espagne, a été arrêté
sur l’A75, vers 2 heures du
matin, au niveau du péage
du viaduc de Millau, alors
qu’il circulait en direction
du nord. Son chauffeur a
été interpellé et a été con­
duit dans les locaux du
SRPJ de Toulouse où il a

été placé en garde à vue.
Les forces de l’ordre ont
mis la main très précisé­
ment sur 991 kilos de rési­
ne de cannabis et
10.000 euros en argent li­
quide. Pour l’heure, l’en­
quête n’a pas établi avec
certitude la destination de
la marchandise, mais l’hy­
pothèse des Pays­Bas ap­
paraît privilégiée.
Cette « prise » significati­
ve est là pour rappeler que
l’A75 semble être devenue
un axe privilégié par les
trafiquants. À cet égard,
on peut rappeler que le
7 janvier dernier, une es­
couade de la brigade de
surveillance des douanes,
patrouillant sur l’A75 avait
intercepté, dans le Puy­de­
Dôme, à hauteur de l’aire
de repos d’Authezat, un
semi­remorque espagnol.
Une fouille minutieuse
leur a permis de décou­
vrir, dans une quarantaine
des mêmes « valises ma­
rocaines », un total de
1,4 tonne de résine de
cannabis, dont la valeur
marchande avait été éva­
luée à près de 9 millions
d’euros. Il s’agit de la plus
grosse prise de produits
stupéfiants jamais réalisée
en Auvergne. ■

cela peut être la fin de
l’histoire d’un silence pour
l’Église de France ? C’est
ce que nous espérons.
■ Ce silence a été celui des

évêques… Bien sûr ! Il faut
que l’Église prenne cons­
cience que face à tous ces
abus sexuels un certain
nombre de responsables
ont manqué à leurs res­

ponsabilités. Aujourd’hui,
la question de la pédophi­
lie n’est plus taboue.
■ Y a-t-il plus de cas de pé-

dophilie dans l’Église de
France aujourd’hui qu’en
2010, quand un recensement
faisait état de cinquante et
un prêtres mis en examen
pour des faits de pédophilie,
neuf en prison et quarante-

■ Pourquoi cette démarche
de prière et de pénitence,
qui peut paraître tardive ?
La commission pontificale
pour la protection des mi­
neurs en a fait la sugges­
tion au pape en septem­
bre. Nous nous sommes
dit que notre assemblée
de novembre, à Lourdes,
où tous les évêques sont
rassemblés, pouvait don­
ner lieu à ce temps spiri­
tuel. Première finalité :
nous avons entendu la
souffrance des victimes,
donc nous voulons prier
pour elles. La deuxième fi­
nalité, qu’il ne faut pas sé­
parer de la première, c’est
une demande de pardon à
Dieu pour les manque­

ments des responsables de
l’Église.
■ Pourquoi ne pas y avoir

invité des victimes ? Il n’est
pas sûr qu’elles auraient
eu envie d’être un objet
public, ici. Autant propo­
ser des initiatives dans
chaque diocèse, cela nous
semble plus ajusté. Com­
me à Orléans, où une
veillée a eu lieu en présen­
ce de l’évêque, avec et
pour les victimes. Cela
nous semble plus respec­
tueux.
■ Les procédures de l’Église

de France face à la révélation d’abus sexuels sont-elles claires, maintenant ? El­
les le sont. Nous sommes
passés de la prévention à
la lutte : il faut que la loi
soit posée très clairement,
aussi bien dans l’Église
que dans la société. Il y a
eu un sursaut. Les médias,
les associations de victi­
mes ont dit des choses
très fortes. Ce serait une
erreur de dire que l’Église
n’a rien fait en France. Les
étapes suivantes vont con­
sister à la mise en place de
nouveaux parcours de for­
mation (prêtres, mouve­
ments de jeunesse), cela
demande du temps. ■

CLERMONT-FERRAND ■ Jean­Claude Mallet, ancien président de la Cnam

«Les dépenses de santé vont augmenter»
Il a été à la tête de la Caisse nationale d’assurancemaladie (Cnam) entre 1991
et 1996.
Jean­Claude Mallet était,
hier, à Clermont­Ferrand,
dans le cadre d’une jour­
née de réflexion sur le thè­
me du handicap avec son
« ami de trente ans » Ber­
nard Euzet, ancien prési­
dent de la Caisse régionale
d’Assurance­maladie (de
2001 à 2011). Passionné
par le dialogue social, ce­
lui qui a aussi été secrétai­
re confédéral de Force
ouvrière (FO) en charge de
la protection sociale, reste
l’un des plus fins connais­
seurs du système de pro­
tection sociale à la fran­
çaise.
Désormais président fon­
dateur du Club de ré­
flexion sur l’avenir de la
protection sociale (Craps),
« think tank » très actif en
vue de l’élection présiden­
tielle de 2017, il a accepté
de partager ses réflexions
sur l’actualité avec
La Montagne.
■ Le budget de la Sécurité
sociale, adopté en première
lecture le 2 novembre, promet la fin du célèbre
« trou ». La Sécu est-elle

q u’ i l f a u t é c o n o m i s e r
1,5 milliard d’euros ou que
je vais fermer une mater­
nité. Ce n’est pas fermer
pour fermer mais il faut se
demander comment fait­
on pour apporter les
meilleurs soins aux
meilleurs endroits ? Il faut
se questionner sur les le­
viers d’action : l’améliora­
tion de la chaîne de soins,
l’ambulatoire, la télémé­
decine…
ASSURANCE-MALADIE. Bernard Euzet, ancien président de la
Cram Auvergne, et Jean-Claude Mallet, président fondateur du
Craps, ancien président de la Cnam. PHOTO FRED MARQUET
guérie ? (sourire). Jetez un
œil en arrière. Il est de tra­
dition, républicaine si
j’ose dire, d’annoncer, jus­
te avant une élection pré­
sidentielle, que l’on a sau­
vé la Sécu ! Ce sont des
effets d’annonce. Un seul
exemple : les médecins
ont obtenu d’augmenter le
tarif de la consultation de
23 à 25 euros… à partir de
mai 2017. Le montant de
cette dépense n’a pas été
intégré. Il y a aussi toutes
les promesses non budgé­
tées. Ce n’est pas un bud­
get de courage ! Rien n’a

été réglé. Et je pense que
les dépenses de santé vont
augmenter. C’est presque
inéluctable, vue notre
courbe démographique
notamment. Au bout du
bout, la vraie question,
c’est de savoir qu’elle so­
ciété nous voulons !
■ L’hôpital est en grève ce

mardi. Or, ledit budget prévoit enc or e 1,5 mill iard
d’euros d’économie. C’est
l’impasse ? Si l’on regarde
les choses en face, il faut
redessiner la carte sanitai­
re. Et pour faire cela, je ne
commence pas par dire

■ Vous êtes un ardent défenseur de la protection sociale à la française. Un message pour les candidats à la
présidence de la République ? Qu’ils élèvent le dé­
bat. Qu’ils parlent de la
protection sociale, que
l’on nous envie partout
ailleurs. Si l’on regarde les
sondages, quelles sont les
préoccupations des Fran­
çais ? L’emploi, les salaires
et… la protection sociale !
Avec le Craps, nous allons
faire des propositions… Et
puis, je leur dirai qu’ils
pensent un peu plus aux
Français plutôt qu’à leur
propre avenir politique. Je
pense que la France méri­
te mieux. Elle a besoin
d’un grand destin. ■
Cécile Bergougnoux

Allier