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JEUDI 10 NOVEMBRE 2016 LA MONTAGNE

Elections américaines
■ RÉACTIONS
GÉRARD DÉRIOT ■ « Les
populismes montent »

« C’est très inquiétant de voir
monter le populisme un peu
partout dans le monde, souligne
Gérard Dériot, le président du
Conseil départemental de l’Al­
lier. Je suis sidéré car on avait le
sentiment qu’Hillary Clinton
était élue. Trump, on ne le con­
naît pas, on ne connaît que son
attitude durant la campagne.
Mais cela fait vraiment un drôle
d’effet. » ■

DANIEL DUGLÉRY ■
« Le peuple considère
qu’il n’est pas entendu »

« Je ne suis pas un expert de la
politique américaine mais ce
qui arrive est une leçon que
nous devons analyser, réagit le
maire (LR) de Montluçon. Il faut
en chercher les causes. Là­bas
comme ici, le peuple considère
qu’il n’est pas entendu, que les
élites ne savent pas écouter
convenablement ce qui vient de
la base. Je fais un parallèle avec
la France, nous devons être at­
tentifs à ce qui s’est passé, ne
plus être dans le déni ou prati­
quer la politique de l’autruche.
Est­ce trop tard ? Non, il n’est
jamais trop tard pour bien faire,
cela doit interpeller nos hom­
mes politiques. » ■

NICOLAS BRIEN ■
« C’était prévisible »

« Je suis surpris que les gens
soient surpris car c’était prévisi­
ble, réagit le premier secrétaire
PS de l’Allier (...) Je pense que
les peuples en ont assez du mé­
pris social, de la surdité des éli­
tes à leur égard. Ce qui fait bas­
culer cette élection, ce sont des
bassins industriels comme le
Michigan ou l’Ohio. Je compare
cela à ce qui se passe en France.
On ne peut pas continuer à trai­
ter de démagogues ceux qui ti­
rent le signal d’alarme en disant
qu’il faut davantage écouter les
classes moyennes. Je pense aus­
si que cette élection prouve que
quand quelqu’un qui occupe la
scène politique depuis vingt­
cinq ans se présente, cela se
passe mal pour lui. » ■

leszauliberts@hotmail.com

BRICE HORTEFEUX ■
« Un avertissement »

Pour le député européen (Les
Républicains), c’est : « Un aver­
tissement pour tous ceux qui re­
fusent de voir les fortes inquié­
tudes exprimées par les classes
moyennes face a la paupérisa­
tion, au défi de l’immigration et
a la perte de leur identité natio­
nale. C’est un avertissement qui
dépasse et de loin les seuls
États­Unis. Demain, face à Vla­
dimir Poutine et Donald Trump,
la France devra plus que jamais
avoir un Président fort et expé­
rimenté. » ■

FRANÇOIS LACOSTE ■
« Une période
d’incertitude »

« Trump n’est clairement pas
ma sensibilité, mais, en discu­
tant avec les Américains, nous
l’avions vu arriver ces dernières
semaines. Je pense que nous al­
lons vers une grande période
d’incertitude », réagit François
Lacoste, le président de NSE.
Basé à Nizerolles, son groupe
coté en Bourse possède notam­
ment une filiale au Canada qui
commerce avec les États­Unis.
« Il faut espérer que Donald
Trump, qui n’a aucune expé­
rience politique, sache s’entou­
rer pour prendre ses décisions
législatives. Par ailleurs, le dollar
est la devise en vigueur dans
l’aéronautique. Une instabilité
monétaire pénaliserait tout ce
secteur. » ■

TÉMOINS ■ Paroles de quelques expatriés qui sont partis s’installer aux États­Unis

Des Auvergnats sous le choc

Ils ont grandi en Auvergne
mais vivent désormais aux
États-Unis. Comment
ressentent-il le choix
qu’on fait les Américains,
pour l’avenir de leur pays
d’adoption ?

dent qu’une escroc. Et les pro­
Hillary disaient : “On préfère
avoir quelqu’un avec de l’expé­
rience qu’un imbécile qui n’a
pas d’expérience”. Il a fait ce
qu’aucun républicain n’a fait
depuis plus de huit ans, gagner
des États qui sont historique­
ment démocrates, il a réussi à
changer la carte électorale amé­
ricaine. Certaines personnes à
la télé disaient que le point
commun entre lui et Obama,
c’est que pour les deux, leur
campagne c’était le change­
ment : “Washington est cassé, il
faut réparer Washington” et les
deux c’était le changement ».

La rédaction
■ François-Xavier Jammes, un
Aurillacois qui vit depuis quatre ans aux États-Unis et qui est
aujourd’hui installé à Indianapolis.
« Trump Président ? Impossible
à croire tant les sondages nous
annonçaient Hillary vainqueur
d’avance. Mais les urnes ont
parlé et les conséquences à
moyen terme sont difficiles à
présager. Une seule certitude :
cela aura un impact bien au­de­
là de la première puissance
mondiale. Le clivage entre
l’Amérique des gagnants et des
perdants n’a jamais été aussi
grand. À l’annonce des résultats,
la seule lueur d’optimisme est
que les Americains ont su se
réinventer dans les moments les
plus critiques de leur histoire.
Le pragmatisme va jouer un rôle
clef dans les prochaines an­
nées ».
■ Jean Philippe Bagel, Auvergnat

de Thiers et Courpière qui vit
maintenant à Seattle. « C’est une
douche froide, c’est un tsunami
d’eau froide. Ma vie à moi, elle
ne va pas changer des tonnes,

■ Antoine Claval, un Issoirien qui

EXPATRIÉE. Élodie Vigneron, une Puydômoise vivant dans le Colorado
(ici dans les montagnes Rocheuses). PHOTO DR
parce qu’on a beaucoup de
chance, parce qu’on gagne très
bien nos vies, parce qu’on a des
très bons boulots… Ça, ça ne
change pas. Mais il va y avoir
des nominations à la Cour su­
prême qui vont changer les

« On est parti de France parce
qu’on avait une super
opportunité. Mais on a toujours
pensé que si Trump passait,
peut­être qu’on remettrait
nos pendules à zéro »
JEAN PHILIPPE BAGEL Auvergnat vivant à Seattle

États­Unis et les faire revenir
aux années 1960. On est parti
de France parce qu’on avait une
super opportunité, qu’on avait
un peu plus de vingt ans. Mais
on a toujours nos racines, elles
sont toujours profondément an­
crées en Auvergne. On a tou­
jours pensé que si Trump pas­
sait, peut­être qu’on remettrait
nos pendules à zéro, parce
qu’on n’a pas envie de partici­
per à la vie d’un État comme les
États­Unis vont devenir ».
■ Élodie Vigneron, une Auvergnate

de Marsat qui vit dans le Colorado
depuis 13 ans. « Les pro­Trump
disaient qu’ils préféraient avoir
un imbécile en tant que prési­

habite depuis deux ans à la Nouvelle Orléans, en Louisiane. « Je
me souviens d’une conversation
avec ma femme et sa sœur, qui
sont du Delaware, il y a un an à
peu près. Trump à l’époque,
c’était vraiment une blague.
Donc ça a été un peu une sur­
prise tout du long, on attendait
le moment où il allait se casser
la gueule… Eh bien, c’est tou­
jours pas venu en fait… ». ■
■ Madyun Wilson, 19 ans, danseur
américain et qui a été élève de
La Manufacture à Aurillac. « In­
dépendamment de qui gagne
ou qui perd, le fait qu’un narcis­
sique qui ne paie pas ses impôts
soit envisagé pour la présidence
des États­Unis était déjà une
blague. Les deux candidats
avaient des défauts, et il n’y
avait pas de bonne solution.
Pour qui voulez­vous voter ?
Choisissez entre le pire, et
l’autre pire… Maintenant, les
chiffres ne mentent pas. À peine
élu, le nouveau président a fait
un beau discours sur l’inclu­
sion, sur le fait d’aller de l’avant
ensemble, main dans la main,
comme une seule nation. Pour
une fois, il a raison : nous ne
survivrons qu’ensemble ! ». ■

« Que va-t-il faire de sa fonction de président ? »
Vice-président de l’UDI, le maire
de Chamalières et ancien député
Louis Giscard d’Estaing a été président du groupe d’amitiés France/USA à l’Assemblée nationale.

Il connaît bien les dossiers
américains, pour avoir été can­
didat à l’élection législative par­
tielle dans la circonscription des
Français des États­Unis et du
Canada, en mai 2013.
■ Pour vous, l’élection de Donald

Trump est une surprise ? Pas for­
cément au sens strict du terme
car la campagne des primaires
puis la présidentielle ont prouvé
que la personnalité de Donald
Trump et ses positions rencon­
traient un écho considérable.
Toutefois, jusqu’à gagner l’élec­
tion présidentielle, c’était une
donnée qui ne paraissait pas
envisageable.
Tous ceux qui observent de
près les réactions de l’Amérique
profonde et de certaines catégo­

ries de la population, avaient
noté que cet écho était suffi­
samment symptomatique de la
volonté d’une partie de la popu­
lation américaine d’exprimer
son inquiétude par rapport à la
mondialisation, à la sécurité na­
tionale ou internationale. Les si­
gnaux étaient là.
■ Vous êtes inquiet ? Je suis pré­
occupé comme on doit l’être
dans ce type de situation, par
rapport au fait qu’un très grand
pays comme les États­Unis élit
quelqu’un qui n’a pas une ligne
connue sur les grands enjeux
auxquels il va devoir faire face,
notamment à l’international. Je
pense au dossier syrien, au Pro­
che­Orient, à la relation États­
Unis/Russie.
La première question qui est
posée, c’est qu’est­ce que Do­
nald Trump va faire de sa fonc­
tion de président des États­
Unis. Habituellement, on le sait

sance économique et militaire
du monde.
■ Une vague de populisme traver-

LOUIS GISCARD D’ESTAING. « Ça
ne fait que conforter mon soutien
à Alain Juppé ! » PHOTO P. CHAREYRON
à l’avance. Là, il y a une réelle
incertitude quant à sa ligne di­
rectrice et à la composition de
l’équipe qui va être constituée
pour diriger la première puis­

se la planète. Vous êtes inquiet
pour la présidentielle française de
2017 ? Il y a tout lieu de considé­
rer que ce type de résultat élec­
toral doit être pris en compte
comme étant l’expression d’in­
satisfactions fortes par rapport à
une situation politique et éco­
nomique donnée. Or, la France
se trouve dans une situation de
forte vulnérabilité sur ce plan
compte tenu de la situation du
chômage et de l’absence de
croissance économique.
En réaction, il faut que les po­
litiques fassent preuve de crédi­
bilité dans l’action qu’ils peu­
vent mener et de responsabilité
pour apporter des réponses ef­
fectives. Ça ne fait que conforter
mon soutien à Alain Juppé !
Propos recueillis par Cédric Gourin
cedric.gourin@centrefrance.com

Allier