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LA MONTAGNE JEUDI 10 NOVEMBRE 2016

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Elections américaines
AMÉRICAINS D’ICI ■ Installés en Auvergne, ils nous livrent leurs premières impressions

Entre craintes… et satisfaction

Les quelques milliers de
kilomètres qui les
séparent de leur pays
d’origine ne les ont pas
empêchés de suivre
l’élection avec attention.
Et de l’inquiétude pour
certains.
La rédaction

■ David Sheehan, Américain venu

s’installer en France en 1972, ancien professeur d’anglais à l’ESC
Clermont. « Mardi soir, j’étais
plutôt tranquille parce que les
sondages ont montré qu’Hillary
avait de l’avance. C’est marrant
parce que je n’ai pas bien dor­
mi. Je me suis réveillé à 4 h 30 et
quand j’ai vu les informations
sur le Web, j’étais catastrophé.
Je le suis toujours. Je n’ai pas
encore compris où on va main­
tenant. Je trouve que le rêve
américain est cassé, et l’image
de l’Amérique est cassée aussi.
Je ne sais pas comment me si­
tuer par rapport à tout ça… »
■ Mona Lutfi, Californienne de

22 ans installée dans le Cantal
pour cette année scolaire. « Tout
le monde est sous le choc. En
blaguant, ils m’ont dit que je
devrais trouver un nouvel ap­

leszauliberts@hotmail.com

KARINA LOWE Ancienne
journaliste aux États-Unis,
installée en Creuse.

CLAUDE MALHURET ■
« Grande incertitude »

« Je crois que ce qu’on vient de
découvrir, c’est à quel point
l’onde de choc du séisme éco­
nomique de 2008 dure encore,
estime le maire (LR) de Vichy et
président de Vichy Val d’Allier.
Des milliers d’Américains ont
perdu la moitié de leur retraite,
leur maison... C’est cela qui a
conduit à l’émergence de gou­
vernements populistes en Euro­
pe, au Brexit... Il y a un véritable
déclassement des classes
moyennes qu’on avait sous­esti­
mé, et une surabondance d’in­
novations technologiques et
scientifiques que les gens n’arri­
vent plus à encaisser. » Quant à
Trump : « Il ne devrait pas être
l’épouvantail que tout le monde
craint. Son premier discours l’a
montré et il existe des contre­
pouvoirs très fort dans le systè­
me politique américain. » Au fi­
nal : « Ce qui marque le plus
cette élection, c’est la grande in­
certiture qu’elle engendre ». ■

FRÉDÉRIC AGUILERA ■
« On ne dirige pas avec
des slogans »

RUGBYMAN. Christian Ostberg, Américain jouant au Stade Aurillacois, arbore son casque fétiche, aux couleurs du
drapeau des États-Unis. Pour lui, Donald Trump peut être un bon président.
partement pour que toute ma
famille puisse venir et déména­
ger en France avec moi. Cette
élection divise les États et dans
ces derniers, il va y avoir beau­
coup de haine entre différents
types de personnes, différentes
religions. »
■ William et Thomas, dans les

« Le cri de ralliement
de Mr Trump :
“l’Amérique en
premier” a plu
à beaucoup de gens »

■ RÉACTIONS

Combrailles. William a été très
surpris par cette élection, son
fils un peu moins. Le père n’est
p a s « h e u re u x q u e D o n a l d
Trump ait gagné mais heureux
qu’il ait battu Hillary Clinton,
que les orientations économi­
ques démocrates soient stop­
pées ». Ils souhaitent que les
États­Unis retrouvent leur puis­
sance économique. « Nous de­
vons sortir de l’endettement
économique pour retrouver une
croissance et donner un peu
d’air à nos enfants et petits­en­
fants ». Pour William, le respect
de la Constitution et la sépara­
tion des pouvoirs sont très im­
portants, et Barack Obama est
passé outre le Congrès et la
Chambre pour l’Obamacare et

le traité avec l’Iran. Il attend
donc un respect str ict de la
Constitution par Donald Trump.
Le père et le fils pensent qu’il
n’appliquera pas les idées popu­
listes développées pendant la
campagne. « Mais on l’attend au
tournant, on veut voir des résul­
tats concrets notamment sur la
baisse d’impôts qu’il a promis »,
prévient Thomas.
■ Christian Ostberg, joueur au Sta-

de Aurillacois. Joueur de rugby,
l’Américain Christian Otsberg
(1,97 m, 111 kg) porte les cou­
leurs du Stade Aurillacois de­
puis deux saisons. Le troisième
ligne cantalien est « plutôt sa­
tisfait » de la victoire de Donald
Trump. « Je n’étais pas d’accord
avec les propositions d’Hillary
Clinton. » Il faut dire que Chris­
tian Ostberg est né en 1994 au
Texas, terre républicaine, et no­
tamment du clan Bush depuis
près de quarante ans. « C’est
donc naturellement que ma fa­
mille et moi supportons les ré­
publicains. » Si l’éloignement a
fait qu’il n’a suivi cette élection

que d’un œil, Christian Ostberg
attend tout de même de voir ce
que va faire le nouveau prési­
dent des États­Unis. Il estime en
tout cas que Donald Trump
peut être un bon président,
« notamment pour relancer
l’économie du pays ».
■ Karina Lowe, ancienne journalis-

te aux États-Unis, aujourd’hui installée à son compte en tant que
consultante en communication, en
Creuse. « Pour moi, ça signifie
que les gens rejettent l’establis­
hment politique. Le cri de rallie­
ment de campagne de
Mr Trump – “l’Amérique en pre­
mier”– je pense que ça a plu à
beaucoup de gens. Ils pensaient
peut­être que le pays s’impli­
quait dans trop d’affaires outre­
mer, dans des guerres, ouvrant
les frontières économiques et,
malheureusement, je pense que
beaucoup d’Américains souf­
fraient en conséquence. Je pen­
se que cette majorité silencieu­
se, de gens qui n’étaient pas
contents, a finalement pu s’ex­
primer ». ■

Selon l’adjoint au maire de Vi­
chy (LR), vice­président de VVA
et du Conseil départemental :
« Cette élection montre que le
peuple en a ras­le­bol de ne pas
se sentir entendu. Après, sur le
candidat, xénophobe, outran­
cier… je ne pense pas qu’il a été
élu parce que les Américains se­
raient eux­mêmes racistes. La
preuve avec les deux mandats
d’Obama. Pour autant, je pense
toujours que ce type de dis­
cours est très facile et extrême­
ment dangereux et que, quand
on joue avec la démagogie com­
me ça, on risque un retour de
flamme violent. On ne dirige
pas avec des slogans. » ■

LAURENT WAUQUIEZ ■
« La révolte des classes
moyennes contre une
élite dirigeante »

Pour le président de Région et
de Les Républicains : « Il faut ti­
rer les conclusions de ce résul­
tat, quelques mois après le
Brexit. En démocratie, lorsque le
peuple se sent ignoré et mépri­
sé, il trouve un moyen de se fai­
re entendre. Ce vote est notam­
ment la conséquence d’une
révolte des classes moyennes
contre une élite dirigeante qui
veut imposer ce qu’elles doivent
penser. Dans notre pays égale­
ment, une majorité silencieuse
grandissante se sent toujours
plus éloignée des orientations
données à notre pays. Il y a ur­
gence à redonner un cap à la
France. » ■

« Ce n’est pas une révolution. C’est plutôt le creux de la vague »
Faith, Sarah, Aimee et Brianne.
Elles sont quatre étudiantes américaines, âgées de 20 à 25 ans, à
l’International business with
french au pôle Lardy, à Vichy. Certaines ont voté, d’autres non.
Leur point commun : elles ont
toutes été surprises par la victoire de Donald Trump, hier. Et il
n’était pas leur premier choix.

« C’était gênant, pour nous, en
tant qu’Américaines, explique
Faith, originaire de Virginie. On
nous demandait tout le temps :
“Pour qui allez vous voter ?”
“Aucun des deux ! Aucun des
deux ne nous représente ! »
Mais le 20 janvier prochain,
c’est Donald Trump qui sera in­

ÉTUDIANTES. Aimee, Sarah, Brianne et Faith, avec Julien Dubreuil, responsable
de la formation IBF. PHOTO FREDÉRIC RIMBERT

vesti. Elles ne sont pas inquiè­
tes, et pensent qu’il ne pourra
pas tenir ses promesses de cam­
pagnes. Mais : « J’ai des amis
gays, noirs, ou hispaniques, ex­
plique Sarah, de l’Alabama. Ce
qui m’inquiète, c’est ce que ses
partisans vont faire. Je pense
que la violence va augmenter. »
Toutes issues d’États républi­
cains acquis de longue date à
Donald Trump, aucune n’aurait
voté pour l’un des deux princi­
paux candidats. Et, hier matin
sur les réseaux sociaux, la plu­
part de leurs amis jeunes
étaient mécontents du résultat.
Pas question pour autant de re­
mettre en cause la Constitution,

la plus ancienne du monde en­
core utilisée. « La raison pour
laquelle nous avons ces candi­
dats, c’est parce que beaucoup
n’ont pas voté aux primaires, re­
prend Faith. Maintenant ils di­
sent : “Nos candidats étaient
pourris”, mais ils n’avaient qu’à
voter à ce moment­là ! » « Ce
n’est pas une révolution, pour
nous, résume Aimee. C’est plu­
tôt le creux de la vague. Mais on
ne peut pas dire que c’est un
accident : c’est nous qui l’avons
hissé là. » « On attend 2020 avec
impatience ! » rigole Faith pour
conclure. En anglais, son pré­
nom veut dire… confiance. ■
Pierre Chambaud
vichy@centrefrance.com

Moulins