ESPRIT DE CORPS ET JEUX DE DISTINCTION ÉTUDIANTS DEUX .pdf



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Dilip Subramanian, Jean-Baptiste Suquet
Presses Universitaires de France | « Sociologie »
2016/1 Vol. 7 | pages 5 à 22
ISSN 2108-8845
ISBN 9782130734482
Article disponible en ligne à l'adresse :
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------http://www.cairn.info/revue-sociologie-2016-1-page-5.htm
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Pour citer cet article :
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Dilip Subramanian, Jean-Baptiste Suquet, « Esprit de corps et jeux de distinction
étudiants Deux faces d’un week-end d’intégration dans une école de commerce »,
Sociologie 2016/1 (Vol. 7), p. 5-22.
DOI 10.3917/socio.071.0005
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ESPRIT DE CORPS ET JEUX DE DISTINCTION ÉTUDIANTS DEUX
FACES D’UN WEEK-END D’INTÉGRATION DANS UNE ÉCOLE DE
COMMERCE

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Enquêtes

Fitting in but standing out
The two sides of a business school freshers weekend

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par Dilip Subramanian*, Jean‑Baptiste Suquet**

R É SU M É

ABSTRACT

Cet article propose d’approfondir la compréhension de
la sociabilité étudiante au sein des « grandes écoles »
via l’analyse d’un week‑end d’intégration. Partant de
l’interprétation évidente qu’en ont les acteurs, celle
d’un événement servant à la socialisation des étudiants,
il la critique et montre comment la fonction d’intégra‑
tion, à savoir l’acculturation à la vie de l’école, l’assi‑
milation des rites étudiants et la mise en relation avec
les autres étudiants, est inséparable d’une fonction de
différenciation. Les étudiants découvrent à travers le
week‑end d’intégration un certain nombre de distinc‑
tions et de jeux de domination structurant la commu‑
nauté estudiantine, l’événement contribuant à mettre
en valeur une élite étudiante, érigée comme modèle à
suivre pour les nouveaux venus. L’intégration achevée
passe ainsi par la recherche des meilleures positions
associatives, qui tout en étant dépendante d’un certain
nombre de contraintes structurelles liées au genre, à
l’appartenance sociale, et au parcours scolaire anté‑
rieur suppose également des jeux politiques par la mise
en œuvre de stratégies de valorisation et d’alliance.

This paper aims to extend understanding of student
sociability in the context of France’s grandes écoles by
analyzing a freshers’ weekend. It takes as its starting
point the actors’ reading of the event as an opportunity
to facilitate student socialization, but questions this in‑
terpretation. The paper demonstrates how the function‑
ing of the induction event –the process of familiarizing
students with campus life, assimilating group rituals
and getting to know fellow students– also needs to be
decoded as a process of differentiation and domina‑
tion. During the freshers’ weekend, students discover
a number of different groups that structure the student
community, in particular the existence of an elite that
serves as a model for newcomers to emulate. Suc‑
cessful socialization therefore means joining different
associative bodies. This is partly contingent on struc‑
tural constraints related to gender, social origin, and
pre‑university education, and partly dependent on a
political game‑playing that requires students to pursue
strategies of distinction and to form the “best” possible
alliances with like‑minded others.

MOTS‑CLÉS : rites festifs, « grande école », intégration,
jeux de distinction et domination, sociabilité estudian‑
tine, virilité

KEYWORDS: Festive rituals, French grandes écoles, inte‑
gration, strategies of distinction and domination, stu‑
dent sociability, virility

*Professeur associé d’organisation et gestion des ressources humaines, NEOMA Business School, chercheur affilié au Centre Georg Simmel (EHESS‑CNRS)
**Professeur associé d’organisation et gestion des ressources humaines, NEOMA Business School, chercheur associé à l’IRG (université de Paris‑Est Marne‑la‑Vallée)
NEOMA Business School, 59 rue Pierre Taittinger, BP 302, 51061 Reims cedex, France
dilip.subramanian@neoma‑bs.fr
jean‑baptiste.suquet@neoma‑bs.fr

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Esprit de corps et jeux de distinction étudiants
Deux faces d’un week‑end d’intégration dans une école de commerce

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Esprit de corps et jeux de distinction étudiants

À

chaque rentrée universitaire, les « grandes écoles » de

individus préparés pendant deux, voire trois ans, et l’étude de

commerce et d’ingénieurs sont le cadre d’un événement

cet amont préparationnaire ne peut donc suffire, surtout si l’on

singulier, le week‑end d’intégration (WEI) . Organisé sous

considère la diversité des formations d’origine des étudiants en

l’égide du Bureau des élèves (BdE) élu, l’événement consiste

école de commerce dont une part significative n’est pas issue

à transporter plusieurs centaines d’étudiants composés essen‑

des classes préparatoires.

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avion à un village‑vacance qui se trouve généralement au bord

Tenir compte des différences, c’est laisser la possibilité de

de la mer. Là, pendant deux ou trois jours dans une ambiance

saisir l’école comme un espace social, là où les travaux

festive où les apéritifs généreusement arrosés se succèdent,

existants considèrent souvent cet aspect comme margi‑

les étudiants font connaissance avec les membres de leur pro‑

nal. Ceux‑ci portent en effet principalement leur attention

motion et des anciens, dont le rôle est de les intégrer à la com‑

sur la « force » de l’institution par opposition à « l’institu‑

munauté estudiantine, ce qui passe souvent par des pratiques

tion faible » qu’est l’université (Felouzis, 2001, p. 225), qui

de bizutage.

se traduit notamment par la prégnance de ses rites festifs,
homogènes à l’intérieur par distinction d’avec les autres

Evénement emblématique de la vie des « grandes écoles »

écoles (Masse, 2002).

dont les médias aiment se faire l’écho, le WEI ne bénéficie
pas d’une attention aussi soutenue de la part des sociolo‑

Une recherche comme celle d’Yves‑Marie Abraham (2007) a

gues. La plupart de ceux qui ont étudié les grandes écoles et

bien montré les stratégies distinctives des étudiants de L’École

les classes préparatoires (prépa) qui permettent d’y accéder,

des hautes études commerciales de Paris (HEC) pour évoluer

ne s’attardent pas sur ce micro‑événement . Dans les travaux

en son sein (polars, héritiers, etc.) ; mais il s’agissait avant

de Pierre Bourdieu (1981, 1989), c’est moins la vie interne de

tout de rendre compte de l’école comme milieu de transition,

ces écoles qui comptent, que la consécration qu’elles offrent

correspondant à un moment de transformation des étudiants,

vis‑à‑vis de l’extérieur et la reproduction de la domination

produisant in fine peu ou prou le même effet sur « la grande

qu’elles permettent ainsi. Ainsi, Pierre Bourdieu et Monique de

majorité » des étudiants. Pourtant, comment les étudiants envi‑

Saint‑Martin (1987) décrivent les relations entre écoles pour

sagent‑ils leur installation dans l’école, comment cherchent‑ils

donner à voir la division entre les écoles « intellectuelles » et les

à l’investir comme espace social ?

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écoles de « pouvoir ». Même un article comme celui de Denys
Cuche (1985), décrivant par le menu les rites si spécifiques

D’autres recherches sociologiques, notamment celles qui

des Arts et Métiers, en propose une interprétation tournée vers

se donnent pour objet la fête estudiantine rendent compte

l’extérieur, puisqu’il s’agit selon lui de la défense d’une spécifi‑

des pratiques étudiantes en évacuant une analyse des rela‑

cité culturelle et d’un statut.

tions entre les acteurs sociaux pour se concentrer sur la
consommation d’alcool et les comportements extrêmes que

Une autre série de travaux se penchent attentivement sur l’inté‑

celle‑ci tend à provoquer en tant que tels (Deroff, 2007 ; Le

rieur des grandes écoles ou des classes préparatoires. Ainsi

Breton, 2002 ; Moreau, 2010 ; Moreau & Sauvage, 2006 ;

Muriel Darmon (2013, p.  16) propose de considérer la fonc‑

Neyrat, 2010). Certains auteurs décrivent « l’apogée de tous

tion technique des classes préparatoires, donnant ainsi à voir

les excès » (Dagnaud, 2009) et les approches centrées sur

la fabrique d’un « type particulier de personnes », façonnant

les week‑ends d’intégration font ressortir des pratiques de

des individus que nous retrouvons pour un bon nombre au

bizutage scabreuses, voire dégradantes (voir inter alia dans

WEI. Mais les participants d’un WEI ne se réduisent pas à des

Bourgeois, 2002 ; Larguèze 1995 ; Renaud & Lamy, 1992).

1.  Nous tenons à remercier sincèrement les personnes ayant contribué à
cet article : ceux qui nous ont aidé sur le terrain, au premier rang desquels
Alexandre Severac et Yoann Buzenet, mais plus généralement l’ensemble
des étudiants ayant accepté de nous répondre ; ceux également qui ont posé
un œil critique sur ses versions successives : Anni Borzeix, Olivier Roueff,
Evelyne Ribert, les membres de l’atelier d’écriture animé par Linda Rouleau
(en particulier Rachel Beaujolin et François Goxe), et bien entendu les relec‑
teurs anonymes de la revue Sociologie.

2.  Benjamin Masse (2002) constituant une exception en la matière, puisqu’il
l’envisage comme un des rites festifs rythmant la vie étudiante dans deux des
trois cas qu’il compare – mais il s’agit alors ici d’un rite parmi d’autres, per‑
mettant d’accéder à la compréhension des « manières de boire » et non le
sujet de réflexion du chercheur en tant que tel.

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tiellement de primo‑entrants en car, en train, voire même en

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Dilip Subramanian, Jean‑Baptiste Suquet

Ces recherches nous paraissent d’autant plus réduire le champ

pendant le week‑end et montreront en quoi, bien qu’indisso‑

de l’analyse que, comme nous le verrons, les comportements

ciables des pratiques d’intégration, ils participent activement à

extrêmes, lorsqu’il y en a, sont les symptômes d’éléments plus

la mise en place de distinctions au sein de la communauté étu‑

importants à analyser.

diante. Ces distinctions seront analysées de deux façons : d’une

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de genre, d’origine sociale et de parcours scolaire notamment,

lyse sociologique ? Une analyse ethnographique serrée et atten‑

liés à une inégale répartition des ressources et des contraintes

tive notamment au point de vue des étudiants, les principaux

entre les nouveaux venus ; d’autre part, comme façonnées par

acteurs sociaux concernés, nous permettra de saisir comment

les stratégies individuelles et collectives à l’occasion du WEI et

le WEI, au prétexte d’une intégration heureuse aussi évidente

des rencontres, provoquées et aléatoires, qu’il permet. Pour le

que l’appartenance à la nouvelle promotion, initie en fait un

dire vite, nous rendrons compte des jeux sociaux dont le WEI

questionnement pour les nouveaux étudiants quant à leur

est le théâtre par des contraintes structurelles tout autant que

place dans l’école ; questionnement double puisqu’il concerne

des actions individuelles.

simultanément la position par rapport à un ailleurs (les autres
écoles) et par rapport à un hic et nunc (son rôle et sa recon‑

Ainsi, nous donnerons à voir comment chaque nouvel étu‑

naissance au sein même de l’école).

diant, justement dans la mesure où il entend rentrer dans le
jeu et en fonction de la façon dont il aborde ce jeu et des res‑

Nous inspirant de la démarche adoptée par Howard Becker

sources et contraintes qui sont les siennes, contribue à la pro‑

et al. (1992, pp.  19‑21), nous avons porté notre attention

duction d’une communauté à la fois homogène et différenciée,

sur ce qui semblait important pour les participants obser‑

découvrant le cadre général de la vie de l’école mais aussi les

vés, sur ce qui représentait un enjeu ou éveillait leur intérêt.

frontières internes qui la traversent. L’analyse du déroulement

Nous avons également étudié les aspects de l’événement

du WEI mettra donc progressivement en évidence la dimen‑

qui semblaient donner lieu à des conflits ou des tensions

sion « politique » d’un tel événement, dont une des fonctions

entre étudiants. En fait, nous nous sommes intéressés aux

non‑explicite est la répartition des positions de pouvoir entre

« formes collectives de l’action sociale et à ses effets sur les

étudiants. Dit autrement, si les enjeux d’intégration n’excluent

étudiants » (ibid., p. 20).

pas les stratégies de recherche distinctive et de domination,
celles‑ci ne disqualifient pas pour autant la visée intégratrice

Ainsi nous avons cherché à déceler, derrière les interactions à

de l’événement. Tenir ensemble ces deux dynamiques imbri‑

première vue innocentes des participants, les rites favorisant

quées nous semble essentiel pour proposer une lecture équi‑

la reproduction d’une structure de relations et de distinctions

librée de l’événement. En somme, notre article cherche tout

entre les étudiants de l’école. Notre objectif à travers la descrip‑

autant à contribuer aux travaux dans un domaine encore peu

tion du WEI tel que les étudiants le vivent est d’appréhender la

développé, le fonctionnement interne des « grandes écoles »

genèse d’une communauté estudiantine qui unit ses membres

qu’à enrichir les analyses dédiées à la sociabilité et aux rites

tout autant qu’elle prépare leur différentiation. Nous avons donc

d’intégration estudiantins (ex. Dagnaud, 2009 ; Deroff, 2007 ;

cherché à dépasser dans l’analyse les perceptions et représen‑

Masse, 2002 ; Moreau & Sauvage, 2006 ; Neyrat, 2010).

tations spontanées de cet événement, sans pour autant rompre
avec le point de vue des acteurs. Comme l’écrit P.  Bourdieu

La description dont procède l’article porte sur un WEI qui s’est

(1987, pp. 154‑156), la « rupture objectiviste » avec la socio‑

déroulé en 2011 à Excelensias, une école de commerce située

logie spontanée ne doit pas conduire à occulter les perceptions

à proximité de Paris, et qui appartient aux quinze premières

des acteurs du monde social même si l’analyse permet de les

écoles de commerce françaises d’après les classements éta‑

situer dans leur contexte pour saisir comment les acteurs se

blis par certains magazines français (L’Étudiant, Le Figaro, Le

positionnent dans l’espace social.

Point…). Près de 700  étudiants ont pris le train pour partici‑
per à l’événement, moment phare du calendrier des activités

Nous allons tout d’abord examiner de façon critique les fonc‑

extra‑scolaires estudiantines, qui a duré trois jours entiers à la

tions socialisatrices et intégratrices du WEI ; puis nous analy‑

fin du mois de septembre dans un village vacance situé dans

serons les jeux de pouvoir et de domination qui se déroulent

les Landes.

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part, comme résultant d’effets de domination autour de critères
À quoi sert donc le WEI ? Et quelle place lui donner dans l’ana‑

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Esprit de corps et jeux de distinction étudiants

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L’intérêt pour cette enquête a été éveillé par le discours de certains acteurs de l’administration de l’école, sur l’importance apparente du
week‑end d’intégration3 dans la vie de l’école et celle des étudiants. L’enthousiasme fort qu’il soulevait, et l’unanimité des acteurs à le présenter
comme incontournable, du moins les premières fois où nous en avons entendu parler, ont éveillé notre curiosité pour un événement majeur de
la vie de l’école dans laquelle nous travaillions.
Du fait de notre position d’enseignants en analyse du travail et des organisations, nous entretenions une position à la fois de proximité et d’étran‑
geté à cet événement, qui a d’ailleurs attisé cette curiosité. Notre fonction au sein de l’école nous garantissait, d’un côté, une double proximité
au terrain, à la fois géographique et institutionnelle. D’un autre côté, la relation pédagogique aux étudiants laissait hors de portée la vie sociale
de ces derniers en dehors de la salle de classe.
Il n’était pas aisé d’être réflexif en tant que partie prenante de l’école, aussi cette distance résiduelle est importante à souligner : elle a permis
de maintenir un certain recul par rapport aux discours des étudiants et de l’institution. L’un des auteurs avait de plus une connaissance préalable
de ce type d’événement, auquel il avait déjà participé en tant qu’étudiant d’une « grande école ». Le fait de se remémorer cette première expé‑
rience d’un week‑end d’intégration et de confronter ces souvenirs à ce qui était observé, en compagnie d’un collègue découvrant quant à lui ce
genre de situation, a également favorisé une attitude de réflexivité par rapport à ce que nous voyions et entendions.
Notre demande d’enquêter sur l’événement a reçu une réponse extrêmement favorable de la part de l’administration et nous avons été pris en
charge par le BdE organisateur du WEI, qui a accepté de se laisser accompagner et observer. Nous avons ainsi pu accéder au terrain tout d’abord
à travers le BdE, tant dans les entretiens réalisés que dans l’observation directe. Nous avons par la suite progressivement élargi le périmètre au
fur et à mesure du déroulement de l’événement et de la rencontre d’autres étudiants. Notre statut d’enseignants‑chercheurs n’était pas caché,
et notre présence lors de l’événement – en tant que membre de l’administration, au sens large – a été annoncée par la direction de l’école.
Nous avons procédé de trois façons pour collecter nos données. D’une part, nous avons réalisé une vingtaine d’entretiens semi‑directifs auprès
d’étudiants, portant sur le déroulement du (des) WEI au(x)quelle(s) ils/elles avaient participé, leur jugement sur ce type de week‑end et la relation
avec le reste de la vie de l’école. Certains d’entre eux étaient préalables à l’observation et visaient à nous familiariser avec le terrain. D’autres
ont été réalisés au contraire après le WEI et nous ont servi, d’une part, à saisir les effets de l’événement et, d’autre part, à obtenir des commen‑
taires « à froid », quelque temps après la fête. Pour recruter nos interlocuteurs, nous avons cherché à diversifier les promotions, le genre, la
participation au WEI, ainsi que l’investissement associatif et la proximité à l’organisation de l’événement. Des entretiens avec trois étudiant(e)s
qui n’ont pas participé à la manifestation ont servi à diversifier les points de vue et les représentations. Nous avons également interrogé trois
personnes de l’administration.
Par ailleurs, nous avons réalisé une observation non participante de trois jours, depuis le départ du train jusqu’à son retour. Nous avons noté
chacun nos observations au fur et à mesure sur un carnet de notes et pris des photos. La place d’observateur n’était pas toujours aisée dans un
contexte festif. Nous passions fréquemment pour des personnes de la sécurité et l’information ayant été donnée que deux professeurs faisaient
une étude sur le WEI, nous étions souvent reconnus, ce qui occasionnait une certaine distance parfois et nous empêchait de saisir tous les
aspects du WEI – ainsi notre statut de professeurs faisait qu’il était difficile de poser des questions trop directes sur le côté « orgiaque » qui est
censé caractériser le WEI. Inversement, cette place d’observateur suscitait parfois un enthousiasme : « c’est cool des profs qui analysent des
comportements sociologiques ». Et en présence d’étudiants alcoolisés, on pouvait constater une faible inhibition qui facilitait l’entretien. Nous
n’avons pas cherché à avoir accès à l’intérieur des bungalows car nous n’avons pas souhaité nous immiscer dans la vie privée des étudiants. Ces
trois jours ont été l’occasion d’observations mais aussi d’échanges spontanés, largement informels et souvent courts, circonscrits dans le temps
de l’attente d’un repas, par exemple. Les conditions n’étaient pas les mêmes que pour des entretiens classiques, et ont fait que nous n’avons
pas systématiquement pu approfondir avec nos interlocuteurs des éléments tels que l’origine sociale. Malgré leur incomplétude, ces données se
sont souvent révélées très riches et nous avons choisi de les utiliser.
Enfin, de façon largement postérieure au week‑end en question, nous avons réalisé une enquête via le site d’enquête en ligne surveymonkey
auprès d’étudiants de l’école, d’une part, afin d’approfondir l’analyse sur les caractéristiques antérieures à leur arrivée à l’école (profession des
parents et parcours scolaire) et, d’autre part, pour vérifier la solidité de certaines régularités qui nous étaient apparues au cours de l’observation
et lors des entretiens. Nous avons profité du fait que nous enseignons dans un cours obligatoire pour l’ensemble de la promotion, pour contacter
nos anciens étudiants sur les dernières années, diffusant ainsi le questionnaire à 946 étudiants répartis sur les dernières promotions, correspon‑
dant en bonne partie à la période de référence des étudiants rencontrés à l’occasion de l’observation – plus de 85 % des 158 répondants sont
entrés à l’école entre 2010 et 2013 inclus.
Nous avons complété cette enquête par une autre réalisée auprès du responsable de la vie associative de l’école afin de déterminer la répartition
par sexe des principaux postes au sein des trois associations majeures de l’école, le Bureau des Élèves, le Bureau des Arts et le Bureau des Sports.

3.  L’événement a été rebaptisé week‑end de parrainage ou WEI dans l’école
étudiée. Nous utiliserons indifféremment les deux termes dans cet article,

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dans la mesure où le changement de dénomination n’a eu que très peu
d’impact sur les pratiques.

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Méthodologie

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Dilip Subramanian, Jean‑Baptiste Suquet

Le WEI comme opportunité de socialisation

est contrastée. Le cas des non‑participants est éclairant de
ce point de vue. Un clivage net sépare les « présents » et les
« absents ». Une forte pression sociale s’exerce avant l’évé‑

L’ i n t é g r a t i o n , u n d i s c o u r s d o m i n a n t
Comme les soirées étudiantes (Neyrat, 2010), le week‑end

ne viens pas au WEI ? »), mais aussi après, par le partage des

d’intégration a été assimilé aux célèbres rites de passage

souvenirs. Pourtant malgré cette pression, tous les nouveaux

d’Arnold van Gennep (1991 [1909]) censés marquer un chan‑

étudiants, dits 1A, sont loin d’y participer. Chaque année en

gement de statut social des individus. Dans son étude sur

moyenne environ un tiers de la nouvelle promotion ne se rend

les pratiques alcoolisées en vigueur dans les grandes écoles,

pas à l’événement.

Benjamin Masse (2002) suggère que le week‑end d’intégra‑
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tion a pour objectif de faire passer les nouveaux étudiants du

Plusieurs raisons sont données à cette absence à la fois par

statut d’outsider à celui d’insider, un membre à part entière

les étudiants qui ne se rendent pas à l’événement comme par

de la communauté. Ainsi compris, le week‑end de parrainage

ceux qui s’y rendent. La première et la plus importante des

que nous avons observé prend sens comme rituel contribuant

justifications données par les absents est financière. Les frais

à fabriquer de l’homogénéité et de la solidarité.

d’inscription au WEI s’élevaient à 280  euros en  2010. Payer
une telle somme pour un week‑end même « inoubliable » est

Une telle interprétation semble relativement attendue et peu

bien entendu inconcevable pour les étudiants dont la situation

originale ; elle n’en reste pas moins conforme à de nombreux

financière est plus précaire. Les étudiants boursiers notam‑

témoignages recueillis. Cette compréhension est reprise par

ment, dont Excelensias compte un bon nombre, mentionnaient

le BdE :

en premier lieu cet argument. Cette barrière financière à la par‑
ticipation doit néanmoins être nuancée, dans la mesure où les

On voulait faire passer le message qu’il y avait un avant et un après.
Créer une atmosphère comme quoi… maintenant vous êtes dans
l’école… c’était ça l’intégration (Lucas, membre du BdE, 2A, H,
prépa éco, père cadre, région parisienne).

réponses à notre enquête ne faisaient pas paraître une partici‑
pation moindre des boursiers par rapport aux autres étudiants.
Par ailleurs, plus d’un participant avoue avoir hésité à cause du
prix mais y est finalement allé.

Si le BdE en tant qu’organisateur de l’événement a tout intérêt à
mettre en avant la construction d’une identité nouvelle et com‑

D’autres barrières plus sociales et psychologiques que maté‑

mune, la similitude dans les termes employés par les étudiants

rielles dissuadent également certains de faire le voyage :

évoquant toute une série d’oppositions –  « avant‑après »,

certains s’inquiètent des pratiques du bizutage tandis que l’am‑

« dedans‑dehors », « initié‑non initié »  – montre que l’idée

biance très alcoolisée qui caractérise l’événement peut égale‑

selon laquelle le WEI constitue ce que Victor Turner (1990

ment constituer un frein pour ceux qui ne boivent pas du tout.

[1970]) appelle un passage liminaire est largement partagée

Parce qu’ils s’estiment incapables de se conformer aux règles

au sein de la communauté estudiantine.

d’engagement, au sens d’Erving Goffman (1963), exigées lors
du WEI par les autres participants – boire, faire la fête, « cho‑

Du côté de l’administration également, c’est l’intégration sur

per » (trouver un partenaire sexuel dans le jargon estudiantin),

laquelle on braque les projecteurs, tout en répétant les efforts

etc., et telles qu’ils les anticipent en tout cas – ces personnes

auprès des BdE, d’une année sur l’autre, pour déplacer le cur‑

choisissent de ne pas s’exposer à des situations qui pourraient

seur du bizutage –  au sens d’un rite de passage, éventuelle‑

compromettre leur intégrité, leur image d’eux‑mêmes et leurs

ment cruel  – vers l’intégration –  apprendre à être ensemble

valeurs.

comme communauté. Le BdE et l’administration, notamment,
mais aussi la grande majorité des étudiants interviewés se font

Ces mêmes personnes sont souvent celles que les autres

donc le relais de cette évidence de l’intégration par le WEI.

rangent dans la catégorie des « polars » (Abraham, 2007), à
savoir les étudiants qui intègrent une école de commerce dans

Une lecture critique de ces déclarations sans demi‑mesure

la seule perspective de faire des études et qui ne sont nulle‑

est‑elle possible ? Le WEI est‑il vraiment un incontournable

ment intéressés par les activités extra‑scolaires proposées par

sans lequel aucune intégration n’est possible ? La réponse

les différentes associations. Si ce raisonnement est significatif,

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nement (« tu veux être avec nous dans le bungalow ? » ; « tu

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Esprit de corps et jeux de distinction étudiants

c’est qu’on le retrouve dans tous les entretiens, la qualification

car il s’agit pour le BdE comme pour l’administration, que la vie

de « polars4 » ayant toujours été mobilisée en général, sans

interne soit agréable et perçue comme telle, de façon à stimu‑

qu’il s’agisse de cas précis.

ler tant les projets associatifs et la participation des étudiants
à divers événements tout au long de l’année que les relations

Ces différents indices amènent à considérer la participa‑

quotidiennes. Les fêtes, et le WEI en premier lieu, en sont des

tion au WEI, en creux, comme une norme puissante, dont

occasions toutes désignées.

s’en foutent, ils ne sont pas dans le délire, ils veulent leur

Ce qui renforce le caractère dominant de ce discours, ce n’est

diplôme » (Sandra, 1A, F, prépa éco) . Ce commentaire venu

pas seulement la coalition des intérêts largement convergents

d’une première année étant passé par la prépa et ayant

du BdE et de l’administration, acteurs institutionnels de pre‑

déjà anticipé en partie les codes de l’école, peut être inter‑

mier plan au sein de l’école. C’est aussi le silence des éventuels

prété comme le besoin, au sein d’une nouvelle promotion,

résistants à ce discours. Soit parce que n’étant pas encore en

de pouvoir catégoriser facilement ceux qu’on ne connaît pas

position de prendre parole, ils se taisent ; soit parce que leur

–  le WEI fonctionne ici comme un marqueur. Cette norme

discours, lorsqu’il est entendu, est quasi‑systématiquement

de participation peut parfois provoquer une contre‑réac‑

disqualifié car ceux qui l’émettent sont rabattus sur les catégo‑

tion chez les esprits les plus indépendants. Ainsi, Margaux

ries de « polars », « nobods », etc.8.

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(2A, F, prépa éco, province) de déclarer : « Si ! Je le refuse et
j’assume même si ça doit avoir des conséquences »… Avant

L’ i n t é g r a t i o n r a l e n t i e d e s a b s e n t s

d’ajouter : « on assume mais on ne va non plus le crier sur
tous les toits… ».

Entre ceux qui sont « dans le délire » et les « polars », catégo‑
ries qui relèvent à l’évidence du discours officiel et de la norme

Le discours présentant le WEI comme passage obligé de l’inté‑

estudiantine, comment se positionnent les étudiants hésitants ?

gration, comme moment incontournable, est donc un discours

Au‑delà du discours, quel est le degré d’intégration de ces

dominant . En effet, ce qui se donne à entendre dans l’école,

étudiants qui décident de faire l’impasse sur le WEI ? Sont‑ils

c’est ce consensus fort autour de l’intégration, entre la direction

moins insérés dans la vie quotidienne de l’école ? L’intégration

et le BdE, en premier lieu, qui vise à promouvoir l’école7. Cette

peut‑elle être envisagée en dehors de ce passage obligé que le

promotion se comprend, d’une part, dans un objectif de recru‑

WEI est censé constituer ? Les témoignages recueillis laissent

tement des futurs étudiants, au sens de la renommée exté‑

transparaître une certaine ambiguïté à la fois dans les discours

rieure de l’école et elle s’observe notamment dans les efforts

des présents et des absents. Derrière l’affirmation unanime que

réalisés par les étudiants et l’administration, au cours des oraux

l’intégration est loin d’être exclusivement conditionnée par une

de recrutement pour « vendre » l’école. Le WEI fait partie des

participation au WEI, on trouve tout de même un accord sur le

arguments de vente – ainsi de nombreux étudiants interviewés

ralentissement de la socialisation ainsi que le sentiment d’un

s’étaient entendus vanter les mérites du train disco, que l’école

clivage, sur le mode fantasmatique, entre ceux qui y étaient et

serait une des dernières à proposer. D’autre part, cette promo‑

les autres, à qui il « manque quelque chose » (Michel, 2A, H,

tion prend sa signification à destination des étudiants de l’école,

prépa éco, région parisienne).

4. Les « polars » sont les étudiants qui passent leur temps à travailler ;
les « no life » ceux dont on considère qu’ils n’ont pas de vie sociale ; les
« nobods » (de l’anglais nobody) quant à eux sont les étudiants que per‑
sonne ne connaît dans la promotion.

7.  Ce consensus autour de l’objectif d’intégration n’interdit toutefois pas des
divergences, par exemple sur les activités proposées – le responsable de la
vie associative au sein de l’administration trouvait ainsi que le contenu était
trop pauvre pendant la journée, et qu’un WEI ne devrait pas se limiter à
des fêtes –, ou encore sur l’attention portée à la sécurité – même si les BdE
rencontrés semblaient y attacher une importance croissante et chercher à se
« professionnaliser » de ce point de vue.

6

5. Cela n’empêche pas toutefois ces « nobods » et « polars » d’avoir un
engagement associatif actif dans ou en dehors de l’école, bien que dans
le cadre de l’école il s’agisse souvent des petites associations qui peinent
à survivre et avec une vocation moins festive (écologie, humanitaire, etc.).
6.  Que cette dimension « incontournable » du week‑end d’intégration soit
devenue une doxa partagée par les étudiants d’autres écoles de commerce
également apparaît clairement dans le témoignage d’un étudiant boursier à
HEC interrogé par Anne Lambert (2010).

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8.  Nous n’avons pas eu accès aux échanges entre étudiants via les réseaux
sociaux. Ceux‑ci pourraient donner à voir des controverses plus vivaces sur
les sujet évoqués (tarification, ambiance…) ; mais ces éventuelles contro‑
verses en ligne ne sont pas évoquées dans les entretiens pour autant.

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le non‑respect déclenche le soupçon : « l’esprit d’école ils

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Dilip Subramanian, Jean‑Baptiste Suquet

Soulignant la dimension normative qui caractérise la vie sociale

moment où se forgeait une sorte de conscience d’apparte‑

d’une école de commerce, Lorraine (2A, F, prépa éco, père

nance… à une promotion notamment » a pour conséquence

médecin, province) avoue que « quand on (n’y) rentre pas

que l’intégration « est un peu plus longue parce qu’au départ,

on est à part… il y a un certain isolement ». Elle souligne que

c’est pas forcément facile ».

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n’aurait pas été une posture facile à vivre au quotidien si elle

Au‑delà de cette intégration ralentie, Michel est aussi

n’avait pas sa bande de copines de prépa avec lesquelles

conscient qu’à cause de sa non‑participation, le WEI restera

elle est rentrée à Excelensias. « Certains qui n’y sont pas allés

à jamais un « objet de fantasme » et qu’il y aura toujours un

et qui sont arrivés seuls […], ils disent que c’était plus dur ».

clivage entre ceux qui possèdent des souvenirs en commun

Ainsi, si rétrospectivement, les étudiants peuvent reconsidérer

et d’autres comme lui qui ne peuvent que le connaître sur le

avec sérénité leur socialisation dans l’école, au moment où le

mode fantasmatique. Jérôme, responsable de la vie associa‑

choix doit se faire, l’ignorance des opportunités de rencontres

tive, confirme :

futures et les risques perçus de ne pas bien s’intégrer, notam‑

Certains te le disent […] « J’ai raté quelque chose… Ça n’empêchera
pas de vivre après ». Mais tu sens, si tu veux, que c’est un évènement,
une culture, une valeur commune qu’il n’a pas… il lui manque
quelque chose.

ment pour les étudiants ne connaissant que peu de monde à
l’école9, semblent peser fortement sur leur décision, les empê‑
chant d’être détachés par rapport au WEI.
Le cas de Michel est d’ailleurs éclairant. Ayant décidé de ne

Au final, la non‑participation au WEI ne semble pas condamner

pas aller au week‑end d’intégration, il choisit d’organiser un

à l’exclusion définitive, à « une différence durable» (Bourdieu,

« contre‑WEI » avec un groupe d’amis des classes prépara‑

1982) entre les présents et les absents. Plutôt, le WEI agit

toires. Non seulement n’agit‑il pas en solitaire, mais le choix

comme une norme puissante, par rapport à laquelle les étu‑

même du terme indique la nécessité de se positionner par rap‑

diants doivent se positionner, et une convention prégnante

port à l’événement légitime : il lui était inconcevable d’avouer

qu’on ne peut ignorer et qui structure les mises en relation au

n’avoir « rien fait pendant le week‑end d’intégration ». Il fal‑

début de l’année. Pour ces raisons, il semble nécessaire, avec

lait en quelque sorte justifier son absence, ou comme il le dit

les nouveaux venus pour qui un des principaux enjeux est leur

« répondre à une posture par une autre ». Par ce clivage qu’il

insertion dans l’école, de prendre au sérieux la fonction d’inté‑

induit entre les participants et les non‑participants, en tout cas

gration du WEI.

à ce moment du cursus des étudiants, le week‑end d’intégra‑
tion correspond tout à fait à un rite d’institution tel qu’il a été

Mais il faut distinguer alors, pour tenir compte du fait que tous

défini par p.  Bourdieu (1982). Celui‑ci consiste à « séparer

ne viennent pas et qu’une fois sur place, tous ne participent

ceux qui l’ont subi non de ceux qui ne l’ont pas encore subi,

pas à tout, et pas autant, deux horizons d’intégration : l’un qui

mais de ceux qui ne le subiront en aucune façon » parce qu’il

procède d’une motivation qu’on pourrait dire « anthropolo‑

ne les concerne pas (ibid., p. 58).

gique » – conscience collective, solidarité interne forte, valeurs
partagées…  –, l’autre lié à une sociabilité plus classique qui

Le clivage n’aura, en revanche, pas duré trop longtemps pour

découle de la volonté de tisser des relations en vue des pro‑

Michel. Alors qu’il avait l’impression suite au WEI d’être « un

chaines années passées à l’école.

peu une pièce rapportée » au milieu d’un groupe où la plupart
connaissait déjà les prénoms des uns et des autres, il lui a suffi

Le WEI comme triple levier de socialisation

de quelques soirées bien arrosées pour « se faire un groupe
d’amis très rapidement…[et] retrouver une sorte d’apparte‑

Nous envisageons ici le WEI comme un levier de socialisation,

nance » parce que l’école de commerce est un « lieu d’échange

amenant les nouveaux venus à découvrir et s’approprier les

facile ». Mais il reconnaît lui‑même que le fait d’avoir « raté un

éléments d’une culture estudiantine, qui passe à la fois par

9.  Plus de la moitié des répondants à notre enquête disent qu’ils ne connais‑
saient personne à leur arrivée à l’école.

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faire partie des « minoritaires » qui s’excluent de l’événement

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Esprit de corps et jeux de distinction étudiants

une structure relationnelle – hiérarchie symbolique entre asso‑

école de commerce rivale : « Tout le monde s’est mis aux

ciations et entre membres des associations, ennemis et alliés

fenêtres et hurlait tous les chants possibles et inimaginables

de l’école, par exemple –, des valeurs et des comportements,

contre [cette école]10 ».

notamment relatifs à la fête, une histoire commune signalée par
un ensemble de rites, comme le train disco, et une langue (les

Par ce biais, les étudiants sont également socialisés à la culture

termes de « nobod », par exemple).

de l’école. Ces chants hautement symboliques signalent

Créer un esprit de corps

un dedans, et par là‑même un groupe. Dit autrement, ils se
réfèrent à des manières d’être, des formes de communication

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Favoriser la cohésion et l’homogénéité du groupe étant un

extérieure où chaque membre par le fait de cette appartenance

objectif des fêtes en général, telles que les considèrent l’ad‑

à une culture donnée attribue la même signification au rite festif

ministration, le BdE et la majorité des étudiants, le week‑end

(Leach, 1958).

d’intégration observé s’efforce de tenir cette promesse à trois
échelles distinctes : celle de chaque classe, de la promotion,

Transmettre la culture de la fête

et celle de l’école. Un des mécanismes récurrents utilisé
dans ce but repose sur les affrontements entre classes. Les

Mode d’emploi pour agir avec les autres et aussi avec soi‑même

concours de chorégraphie et autres tournois sportifs entre

(Segalen, 2010), le rituel du week‑end d’intégration aide par

classes rythment le séjour, contribuant à faire se connaître

ailleurs les nouveaux arrivants à se familiariser avec le milieu

les différentes classes de la promotion entrante, qui pour la

de l’école de commerce qu’ils ne connaissent pas nécessai‑

chorégraphie, ont dû se préparer en avance et sont amenées

rement11 : « Personne dans mon entourage n’avait fait d’école

à danser devant l’ensemble des étudiants présents. La pré‑

de commerce. […] C’est des coutumes un petit peu étranges »

sence quasi permanente des étudiants plus anciens, dans

(Karine, PCM12, F, BTS, région parisienne).

différents rôles (animateurs, jurys, etc.) organise par ailleurs
une distinction entre les promotions, propice à la constitu‑

L’apéro mousse est de ce point de vue un moment unani‑

tion d’un sentiment de promotion. Celui‑ci est par ailleurs

mement plébiscité par les étudiants comme un des clous du

également ritualisé par une photo de promotion avec le nom

week‑end. La conception du dispositif fait tout pour promouvoir

et le logo d’Excelensias.

l’ambiance joyeuse et le sentiment d’appartenance au groupe :
une machine dispensant la mousse, la distribution généreuse

Au‑delà de l’esprit de promotion, l’événement est orienté vers

de l’alcool, de la musique rythmée et la proximité créée par

la création d’une « vraie unité d’école » pour reprendre les

la concentration de quelques centaines d’étudiants dans un

mots de Stéphan (ancien président BdE, H, prépa éco, région

espace réduit, mouillés des pieds à la tête et dansant ensemble

parisienne, père cadre), notamment à travers des chansons,

en plein air.

souvent paillardes. Il s’agit de transmettre aux nouveaux ini‑
tiés des traditions et des rites afin de garantir l’adhésion col‑

Autre exemple du travail d’organisation qui sous‑tend la spon‑

lective à une culture ou sous‑culture, entendue davantage

tanéité de la fête, les marqueurs matériels destinés à favoriser

comme un style de vie ou un ensemble de comportements

les rencontres sexuelles et/ou amoureuses durant les soirées.

spécifiques que le partage de valeurs profondes. Stéphan se

L’année précédant notre observation, les bracelets distribués

souvient d’un moment particulièrement fort, au moment du

étaient verts pour les célibataires, rouges pour les couples et

retour, lorsque le train a marqué un arrêt dans la ville d’une

oranges pour qui ne voulait rien divulguer.

10.  Une forte rivalité était traditionnellement entretenue avec cette école, à
la fois dans les classements des écoles, et dans les tournois sportifs entre
étudiants, etc.

11.  Notamment ceux qui n’ont pas bénéficié dans les classes préparatoires
de l’apprentissage préalable des comportements extra‑scolaires, c’est‑à‑dire
une socialisation anticipatrice. Voir Darmon (2013, pp. 253, 277).
12.  Préparation au Cycle Master. Voir supra « L’origine scolaire » pour plus
de détails.

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aux participants des frontières qui délimitent un dehors et

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Dilip Subramanian, Jean‑Baptiste Suquet

Favoriser les rencontres et la découverte
des associations

Pour résumer, la force d’attraction du week‑end d’intégration
découle précisément de la conjugaison, d’un côté, d’une plas‑

Les rencontres ne sont pas qu’amoureuses, et pour presque

offre, et de l’autre, d’une unité spatiale et temporelle lui per‑

tous les nouveaux entrants, le WEI est bien entendu l’oppor‑

mettant de remplir plusieurs fonctions en même temps pour les

tunité de pouvoir « rencontrer énormément de personnes…

mêmes personnes. Espace de socialisation secondaire facili‑

ce qui peut aider à l’intégration » (Anna, 2A, F, prépa éco).

tant l’apprentissage des styles de vie en vigueur dans une école

Pour des étudiants cantonnés depuis leur arrivée à leurs

de commerce, il est également un espace de sociabilité où les

classes respectives, l’événement est le moment de découvrir

festivités tiennent une place essentielle.

la promotion dans son intégralité, le WEI étant par ailleurs
présenté lors des oraux de recrutement comme faisant partie
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des compensations censées gratifiées leur accession en école

Le WEI comme opportunité de positionnement

de commerce.

Les anciens et la (dés)intégration
Dans ce processus d’intégration l’agencement spatial du village
vacance peut jouer un rôle important soit en facilitant soit en

Contrairement à ce que laisse croire l’intitulé de l’événement,

ralentissant la dynamique. Contrairement à certaines années,

le week‑end d’intégration n’est pas investi uniquement par

le village choisi par le BdE l’année de notre observation, se trou‑

les nouveaux venus. Les anciens, c’est‑à‑dire essentiellement

vait à deux kilomètres de la mer. Cet éloignement a contribué à

les étudiants de troisième et quatrième années (3A et 4A) y

créer une ambiance plus conviviale et intime car les étudiants

retournent également en plus ou moins grand nombre. La

étaient majoritairement regroupés autour de la piscine, centre

grande majorité de ces revenants sont d’anciens membres des

névralgique des activités :

différentes associations. En  2011, par exemple, étaient pré‑
sents 22 des 28 membres qui faisaient partie du BdE officiant

Le fait que la piscine soit centrale par rapport à d’autres villages, ça
permettait vraiment de regrouper les gens… C’est se rendre compte
de la force de 500 personnes réunies. C’est quand même important
(Lucas, membre du BdE).

deux ans plus tôt.
Se retrouver pour festoyer intensément s’avère être un objectif
encore plus important pour les  4A, eux qui participent à ce
qu’on appelle le week‑end de « désintégration » pour leur der‑

La découverte de la vie de l’école, passe enfin par celle de la

nière année à l’école. De la présence de ces anciens découle

vie associative13. Le WEI est en effet le lieu de rassemblement

une des contradictions majeures du WEI : alors que les 1A s’y

des principales associations étudiantes présentes dans l’école.

rendent avant tout avec une volonté d’intégration, les  3A et

Le BdE, maître d’œuvre de l’événement, est accompagné des

les 4A y vont pour rester résolument entre eux.

deux autres principales associations, le Bureau des Sports
(BdS) et le Bureau des Arts (BdA), le premier se chargeant

Revenons de manière plus approfondie sur cette catégorie de

de mettre en place des tournois sportifs et le deuxième des

participants. La présence et le rôle des 3A et 4A pointent les

concerts. Outre « l’apéro des assoces » qui est officiellement

limites d’une compréhension par l’intégration. En effet, si le

programmé, les différentes associations veillent également à

souci de la communauté est net dans les discours, l’obser‑

organiser des apéros dans leurs bungalows respectifs, généra‑

vateur ne découvre pas pour autant un groupe complète‑

lement avant les soirées. Pour les nouveaux arrivants, il s’agit

ment homogène, reflet d’une sociabilité lisse découlant de la

d’une première approche des différentes associations qui se

seule appartenance à l’école. En fait, au cours du week‑end,

présentent à eux, leur donnant l’occasion d’envisager leur

mais aussi dans les discours entendus à son sujet, tout un

implication dans « la vie de l’école ».

ensemble de distinctions apparaissent, comme autant de

13. Dans les écoles de commerce en effet, les associations étudiantes
contribuent à la formation professionnelle des étudiants (Lazuech, 1999 ;

Abraham, 2007), ce qui explique pourquoi les administrations leur four‑
nissent souvent locaux et financements (Lambert, 2010).

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ticité certaine dont témoignent les multiples opportunités qu’il

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Esprit de corps et jeux de distinction étudiants

frontières parcourant la communauté des étudiants : anciens/

les jeunes étudiants. Tous ces éléments servent aux anciens à

nouveaux, prépas/non‑prépas, garçons/filles et parisiens/

se distinguer des nouveaux – distinction qu’ils vont chercher à

non‑parisiens.

confirmer tout au long du week‑end. Parcourir le village à moi‑
tié ou complètement nu, faire du bruit, verser du vinaigre dans

Nouveaux et anciens

les pichets de vin ou jeter des pâtes pendant les repas, etc.,
sont quelques exemples des comportements recensés.

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particulièrement en scène. Sur le quai de la gare par exemple,

L’important n’est pas tant ici la fréquence réelle de ces com‑

un groupe se présente en camisole, le visage masqué, et

portements, finalement limitée par rapport à ce que les inter‑

déambule le long du quai à la recherche de premières années

views en amont de l’événement laissaient entendre, que la

impressionnables, qu’ils vont entourer en répétant : « baiser,

visibilité qu’ils reçoivent. Certains 1A disent en avoir « un peu

baiser, baiser… ». Les 1A sont d’ailleurs nombreux aux fenêtres

peur », ne pas être « dans le même délire » qu’eux, et limiter

des voitures, à guetter le défilé des anciens. L’organisation

les interactions avec ceux que le BdE surnomme les « sales »

de l’accueil par le BdE renforce cet effet : les spectateurs

ou « les animaux » (les animaux sont définis par leur manque

sont déjà dans le train au moment où les anciens arrivent,

de docilité, contrairement à ce qui est supposé des premières

ces derniers devant de plus longer le quai pour atteindre

années). La spécificité des 3A et 4A se remarque également au

leur place.

niveau de la réputation : « Eux, ils peuvent tout se permettre.
On pourra dire “tiens telle personne était bourrée H24, c’est un

Ce tableau signale l’importance, pour mieux comprendre les

4A”, “ah ben cool, oui c’est un 4A” » (Sandra, 1A).

comportements des anciens tout au long du WEI, de reve‑
nir à la notion de virilité, au sens de l’ensemble des attributs

Cette distance entre nouveaux et anciens ne peut être mieux

sociaux (force, courage, etc.) associés à la domination mascu‑

marquée que par le T‑shirt arboré par nombre de ces der‑

line (Molinier & Weltzer‑Lang, 2000), et qui sont inculqués aux

niers : « je suis 4A, écarte toi » certains allant jusqu’à cacher

garçons par le groupe des hommes au cours de leur socialisa‑

le « toi » pour signifier le droit de cuissage. Il y a trois ans, les

tion pour qu’ils se distinguent hiérarchiquement des femmes.

T‑Shirts proclamaient « Je suis 4A, prosterne toi14 ». Pourtant,

C’est utile pour rappeler le rôle clé joué pendant le WEI par

ce jeu de mise à distance est paradoxal, puisque pour se dis‑

les anciens dans l’éducation masculine, la transmission de cer‑

tinguer des 1A, les anciens n’ont de cesse de s’adresser à eux.

taines valeurs viriles aux nouveaux.

Ainsi, les comportements des « animaux » les isolent en tant
que groupe avec lequel toute interaction est délicate, mais en

L’affirmation de la virilité telle que nous avons pu l’observer

même temps alimente les conversations des  1A durant tout

comprend des composantes somme toute assez banales : si

le week‑end.

les aspects physiques tels que la force et le recours à la vio‑
lence observés dans certains milieux (Bargel, 2007) en sont

Tout cela nous permet de saisir la dimension relationnelle des

absents, on y trouve la capacité à tenir l’alcool, la grossièreté et

jeux de distinction où les pratiques doivent être appréhendées

surtout la mobilisation systématique du registre sexuel. Ainsi,

comme des prises de position ne faisant sens que vis‑à‑vis de

se mettre en scène en chasseur hétérosexuel permet d’utiliser

l’ensemble des pratiques du même univers d’activité, perçues

la sollicitation sexuelle comme un instrument de pouvoir sur les

consciemment ou non comme plus ou moins proches ou éloi‑

femmes et sur les hommes moins virils. De même l’importance

gnées, alliées ou concurrentes (Bourdieu, 1979). L’enjeu est

accordée au volume de l’alcool bu chez les anciens, la propen‑

en fait la transmission d’un modèle à suivre, dont les 3A et 4A

sion à l’endurance, signifie un rapport au corps qui est différent

sont la représentation achevée dont le BdE a besoin au cours

de celui qu’entretiennent non seulement les filles mais aussi

du week‑end. En témoigne justement son comportement à leur

14.  Mentionnons tout de même quelques débats parmi les 4A, dont certains
considèrent que de tels messages ne devraient pas être repris, proposant par
exemple de leur substituer « je suis 4A, dans mes bras ».

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Parmi les troisièmes et quatrièmes années, certains se mettent

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Dilip Subramanian, Jean‑Baptiste Suquet

égard. D’un côté, il établit une liste noire de persona non grata,

L’ a c c è s a u x a s s o c i a t i o n s

craint leurs débordements et n’hésite pas à les recadrer. Mais
les 4A sont, de l’autre côté, choyés et bénéficient d’un certain

En ce qui concerne la possibilité de participer, il apparaît claire‑

nombre de « privilèges » : avoir une couchette par personne

ment que tous ne sont pas égaux quand il s’agit d’être accepté

(alors que les 1A en ont une pour deux), obtenir des coups à

dans le jeu. Des obstacles structurels existent, qui influent signi‑

boire gratuitement…

ficativement sur les chances des joueurs, en ce que la distribu‑

Ainsi, ces « VIP » sont le témoignage incarné d’une intégra‑

inégale. Nous les explicitons l’un après l’autre, avant d’en envi‑

tion réussie, au sens associatif du terme . Il suffit pour s’en

sager l’articulation. L’ordre de présentation est un classement

convaincre d’analyser le parcours associatif des 3A et 4A pré‑

décroissant de chacun de ces facteurs, tenant compte à la fois

sents au WEI. Ils ne sont pas représentatifs de l’ensemble de

de la trace de ces facteurs dans les pratiques (effet sur les com‑

leur promotion. Plutôt, et à quelques exceptions près, ils en

portements), les discours (normativité exprimée) et de la dis‑

constituent une sorte d’élite associative, ayant a minima parti‑

tance que nos interlocuteurs semblaient capables de prendre.

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cipé à une liste pour gagner une des élections qui conditionnent
l’accès aux associations majeures, les plus prestigieuses :

Le genre

Bureau des élèves (BdE), Bureau des Sports (BdS), Bureau
des Arts (BdA)16.

Les filles qui souhaiteraient intégrer le devant de la scène
associative, doivent composer avec la domination mascu‑

Bien que leurs profils soient variés, tous ont en commun le fait

line. Lynne (ancienne présidente du BdE) plante le décor

d’avoir investi l’activité associative de l’école. L’un a participé

sans détour : « on est dans une école assez machiste ».

à une liste BdE, qu’il a finalement quitté pour ne pas en avoir

Nous avons déjà pu souligner différents comportements – par

eu la présidence ; l’autre était l’année précédente trésorier du

exemple entourer les filles en répétant « baiser »  – ou élé‑

BdS ; celle‑ci présidente du BdE d’il y a deux ans ; celui‑là fut

ments de discours – « je suis 4A, écarte (toi) » – confirmant

un soutien indéfectible d’une liste BdE dans laquelle il n’a pas

cette domination. Si ces constats sont cohérents avec ceux

eu de rôle officiel, mais autour de laquelle il n’a cessé de gravi‑

de Brigitte Larguèze (1995) sur le bizutage, il faut souligner

ter. Leur intégration à tous a été en partie réussie, dans le sens

en tout cas une différence de degré entre la « ritualisation de

où ils ont au moins participé activement au jeu.

l’obscénité » décrite dans son article – par exemple décliner
ses diverses mensurations, la profondeur de son vagin et le

La distinction entre anciens et nouveaux ne trace ainsi pas sim‑

taux d’hémorragie lors de ses menstruations.

plement une ligne entre les inexpérimentés et ceux qui ont déjà
au moins un an d’école derrière eux. Elle fait émerger une ligne

Pour autant, il est clair que filles et garçons ne sont pas jugés

de séparation à venir à l’intérieur du groupe des nouveaux ;

de la même façon. Deux étudiantes de première année posent

elle permet de ne pas voir les nouveaux étudiants comme un

clairement les enjeux : « Parce que les mecs bourrés à la limite,

groupe homogène, et au contraire d'identifier les lignes de frac‑

au pire ils sont lourds, sinon ils sont marrants. Une fille c’est un

ture en interne. D’une certaine façon, la double question que

déchet, c’est méprisable » (Annabelle et Sandra, 1A). En fait,

pose le WEI est celle de la possibilité et de la volonté de partici‑

les filles se voient conseiller un comportement prudent, y com‑

per au jeu associatif, l’enjeu étant l’accès aux places de pouvoir

pris par l’administration, de façon à protéger leur réputation :

dans la communauté étudiante.

« un garçon qui couche avec trois filles au WEI, c’est un héros.

15.  On peut faire un parallèle ici avec l’étude de Brigitte Larguèze (1995)
qui montre que les élèves les plus impliqués dans le bizutage sont également
ceux qui s’investissent le plus dans les activités associatives en général.

16.  Une association se démarque, il s’agit d’un club de voile, dont on dit
qu’il a été fondé par une ancienne liste BdE « qui a refusé de perdre » et
s’est constituée en association. Son recrutement se veut très sélectif, selon
une logique exclusive favorisant les étudiants de « bonnes familles » qui
n’est pas du tout celle des listes et interdit même aux futurs membres de
« lister ».

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tion des ressources et des contraintes entre ces derniers s’avère

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Une fille qui couche avec trois garçons, une pute » (Stephan,

Très clairement, un garçon et une fille ne bénéficient pas de la

ancien président BdE). Ces propos sont intéressants parce

même liberté pour participer et se mettre en évidence lors du

qu’ils montrent clairement l’existence d’un double discours

WEI. Les chiffres provenant d’une autre enquête sur la com‑

ou double standards (Crawford & Popp, 2003) en matière de

position des bureaux au sein des trois associations principales

pratiques sexuelles que des travaux sur les rapports de genre

permettent d’ailleurs d’illustrer de façon claire les effets de cette

ont largement mis en évidence dans des univers aussi variés

domination sur l’insertion associative –  dont le comportement

que la politique (Bargel, 2007), l’armée (Prévot, 2010), la ban‑

au moment du WEI n’est qu’un aspect. Sur une période de sept

lieue (Clair, 2007, 2012) ou l’université (Reid et al., 2011). Les

ans allant de  2007‑2008 à  2013‑2014, les garçons trustent

femmes sexuellement actives sont stigmatisées, y compris par

64 % des postes de bureau dans les trois associations. Élément

d’autres femmes, pour des comportements qui sont considé‑

plus marquant encore, sur la même période les filles n’occupent

rés « naturels » chez les hommes, car marqueurs de virilité

le poste de président qu’une fois au BdE et deux fois au BdA

et source de prestige auprès de leurs pairs masculins notam‑

sur un total de vingt‑et‑un postes possibles. Ceci s’avère être

ment contribuant ainsi à perpétuer la masculinité hégémonique

également le cas pour le poste de trésorier qui ne se voit confié

(Connell & Messerschmidt, 2005).

aux filles qu’à seulement une occasion au sein du BdE et à
deux occasions au BdA. Ainsi à la domination masculine par

La direction de l’école incite également à la retenue pour des

l’affirmation des valeurs viriles s’ajoute une sur‑représentation

raisons de sécurité, soulignant que les filles peuvent être la

masculine à la tête des principales associations étudiantes.

cible d’agressions. Ainsi elle relaie des appels à la prudence,
en particulier à leur intention : « le message qu’on avait surtout

L’origine scolaire

c’était qu’au WEI [d’une autre école] il y avait eu cette histoire
d’agression par un groupe de garçons dans les bois » (Katia,

Pour une grande majorité des étudiants, l’accès aux grandes

3A). Il incombait ainsi aux filles de se montrer vigilantes et non

écoles de commerce se fait par la voie prestigieuse des concours

aux garçons de modifier leur comportement. On retrouve dans

suivant les années de classes prépas, le verdict scolaire étant

cette gestion du risque le schéma commun à de nombreux

censé « faire connaître et reconnaître l’excellence des élus »

contextes, qu’Emmanuelle Prévot (2010, p. 91) a bien illustré

(Bourdieu, 1981, p. 49). La consécration du passage dans les

au sein de l’armée : les femmes doivent « être irréprochables »

filières d’élite que représentent les classes prépas par rapport à

et cela passe par un comportement de modération à la fois en

l’université, met en lumière une distinction entre les étudiants

matière de consommation d’alcool et de pratiques sexuelles.

issus de classe prépa, en position dominante, et ceux qui sont
passés par l’université. Cette position dominante des étudiants

Ces anticipations, tant des étudiants que de la direction de

prépas se trouve accentuée par le fait qu’ils sont non seule‑

l’école, limitent donc les possibilités pour les étudiantes de suivre

ment numériquement majoritaires à Excelensias18 mais l’insti‑

pleinement la logique festive de l’événement, et les amènent au

tution préparationnaire les aide également à être socialisés au

contraire à se surveiller selon une logique similaire à celle mise

préalable aux normes de comportement en vigueur dans les

en évidence dans d’autres contextes sociaux (voir notamment

écoles de commerce à la différence des étudiants, dits PCM

Clair, 2012 et Dorlin, 2003). De même, B. Larguèze (1995) avait

ou Préparation au Cycle Master, qui sont admis directement en

déjà signalé les enjeux de réputation pour les participantes aux

période master moyennant un cursus universitaire préalable.

rituels de bizutage, leur image pouvant en être écornée pour la

Cette différenciation entre les étudiants prépas et les PCM crée

suite de leur cursus. On retrouve ce phénomène dans notre cas,

une ligne de fracture importante au sein du collectif étudiant

entretenu notamment par les réseaux sociaux, à commencer

dont les effets pèsent sur la dynamique du week‑end d’intégra‑

par le Yearbook , mis en place par le BdE.

tion à différents moments.

17.  Il s’agit d’une sorte de who’s who de la promotion mais dont la concep‑
tion se veut collaborative et permet donc les commentaires et échanges sur
tel ou tel.

18.  Si l’école observée promeut la diversité dans ses recrutements – toute‑
fois principalement en direction des classes préparatoires littéraires –, et si
une partie de chaque promotion comprend des étudiants étant passés par
des BTS, DUT ou IUT, il n’en reste pas moins que les classes préparatoires
représentent la grande majorité des étudiants de l’école.

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Esprit de corps et jeux de distinction étudiants

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Peu familiers des codes extra‑scolaires en particulier et très

de l’école, et des 1A, reste le passage par les classes prépa‑

occupés par leurs examens de début de cursus, les PCM n’ont

ratoires ? La question d’un effet de domination lié au parcours

pas autant de temps que les 1A pour les assimiler. Arrivés en

scolaire antérieur est donc clairement soulevée ici. Toutefois, si

milieu d’année, c’est‑à‑dire trop tard pour le WEI de l’année

le clivage 1A/PCM est très net en effet, les 1A ne sont pas tous

précédente, mais en avance par rapport à la rentrée des 1A,

des classes prépas ; or, nous n’avons pas observé le même type

ils forment rapidement un groupe à part, d’autant plus que

de clivage à l’intérieur de la première année, entre les étudiants

numériquement minoritaire. Cela se traduit par une plus faible

issus des classes prépas et les titulaires d’un diplôme universi‑

insertion associative, qui fonctionne comme un véritable cercle

taire de technologie (DUT) ou d’un diplôme d’études universi‑

vicieux, puisque les BdE, formés en majorité de 1A, les oublient

taires générales (DEUG) par exemple. Arnaud, le président de

fréquemment. Par exemple, la présentation en amphithéâtre

la liste BdE (H, père cadre, région parisienne), explique même :

du WEI n’a, l’année de notre observation, pas été programmée

« j’avais un DEUG de droit avant, donc j’ai pu rentrer en pre‑

en tenant compte des contraintes de cours des PCM, qui n’ont

mière année, et… je n’ai eu aucun clivage avec les prépas… je

pas pu y assister.

n’ai eu aucun problème… Les gens ne demandent pas si on est
prépa ou si on est un autre quoi ».

Les PCM eux‑mêmes marquent souvent leur distance par rap‑
port à la culture festive affichée dans le WEI et à la vie asso‑

Capital social et origine sociale

ciative de l’école. Ainsi Cyprian se dit « pas intéressé » par la
vie associative rejoignant ainsi huit des quatorze PCM ayant

En ce qui concerne le WEI en tant que tel, la barrière à l’entrée

répondu à notre enquête en ligne, qui déclarent une absence

que constitue la provenance sociale peut jouer tout d’abord en

totale de participation à la vie associative de l’école, toutes

tant que capital social, via un réseau de connaissances. Un

associations confondues. On pourrait y voir une anticipation

certain nombre d’étudiants, et notamment parmi ceux qui ont

négative de l’attention qui leur est portée, un ajustement « heu‑

réussi leur insertion associative – on y compte deux présidents

reux » entre dispositions et environnement, mais cela témoigne

de BdE  –, mentionnent le rôle joué par les liens tissés avec

peut‑être surtout d’une instrumentalisation différente de l’école.

des anciens en amont du WEI. Pour l’un, c’était une amitié de

Selon Romain, Excelensias est pour les PCM un « tremplin pro‑

plusieurs années avec le précédent président de BdE ; pour

fessionnel », là où il s’agit pour les 1A d’un « tremplin social » :

l’autre, des liens créés au cours des premières semaines de

« Quand ils arrivent à Reims, ils commencent une nouvelle vie ;

présence à l’école et qui ont pu être valorisés au cours du WEI.

ils cherchent à s’y intégrer. Ce n’est pas notre cas ».
Dans les deux cas, pourtant bien différents, la relation à une
Au‑delà de ce traitement différencié quasi constant, il faut

ou plusieurs personnes déjà en place permet d’accéder à

souligner aussi les jeux et provocations auxquels donne lieu la

d’autres anciens, de bénéficier de leurs conseils, etc. Dans

frontière entre 1A et PCM, qui ne sont pas l’apanage des 1A,

le même temps, cela permet d’être identifié auprès des pre‑

mais sont également repris par les anciens. Ainsi, des chan‑

mières années comme quelqu’un qui a des connaissances sur

sons visant spécifiquement les PCM sont reprises par un grand

la vie de l’école, qui a dépassé le stade de la découverte. Dit

nombre d’étudiants. « Les PCM sont là pour nous sucer ! ».

autrement, le capital social généré grâce aux liens avec les

À l’issue de leur chorégraphie, dont certains disent n’avoir

anciens permet de partir en avance par rapport aux autres

même pas été prévenus, les PCM ne reçoivent pas d’applaudis‑

nouveaux venus.

sement, contrairement aux autres classes de 1A passées avant
eux. Jérémy (1A) le confirme : pour la majorité des étudiants,

Mais en deçà du capital social, certains entretiens signalent

« un PCM reste un PCM ».

l’importance de l’origine sociale, au sens de la classe d’appar‑
tenance. Ceci n’est pas surprenant au regard de la littérature

Ce dernier aspect semble important, car il désigne quelque

sociologique existante. Excelensias, en tant que « grande école

chose de plus qu’un simple désintérêt des PCM, du fait

de commerce », est par définition une institution caractérisée

d’une organisation peu favorable de leur cursus. À travers les

par une très faible ouverture sociale. La sociologie de l’éducation

moqueries à l’endroit des PCM, se jouerait‑il une dévalorisation

a montré comment le système des grandes écoles contribue à la

de parcours scolaire universitaire, là où le modèle dominant

(re)production des classes dominantes. Les écoles de commerce

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Esprit de corps et jeux de distinction étudiants

se distinguent des autres grandes écoles par un recrutement

retrouve ici la plus grande aisance, en général, des catégo‑

encore plus sélectif socialement que les autres (Baudelot et al.,

ries sociales supérieures, à évoluer dans l’environnement des

2003). Selon A. Lambert (2010) plus de la moitié des effectifs

écoles de commerce, qui leur est plus familier (voir notam‑

des deux premières écoles de commerce françaises est com‑

ment, Lambert, 2010).

posée d’enfants de cadres et de professions libérales. D’autres
auteurs (Albouy & Wanecq, 2003 ; Duru‑Bellat & Kieffer, 2008 ;

Cumulation, compensation et retournement

la probabilité d’accès pour les enfants d’origine « populaire » aux

Nous avons donc trois facteurs – à savoir l’origine scolaire, le

grandes écoles reste très faible.

genre ainsi que le capital et l’origine sociale  – assez nets de
domination visibles dans l’accès à la vie associative. Mais com‑

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Dans nos entretiens, cette distinction de classe sociale semble

ment s’articulent‑ils ? Au‑delà des effets spécifiques de chacun

suivre une ligne de fracture qui oppose « parisiens » et « non

des facteurs pris séparément, il y a des effets de composition.

parisiens », que les étudiants eux‑mêmes ont souvent eu du

Ceci apparaît peu surprenant au regard de ce que Jean‑Claude

mal à expliciter. Les premiers sont décrits, toujours par les non

Passeron et François de Singly (1984) par exemple, ont appelé

parisiens, par leur attitude « hautaine » et « inaccessible »,

la « différence dans la différence », à savoir les différences plus

mais aussi un style vestimentaire et une prestance physique,

ou moins marquées dans l’éducation des filles et des garçons

bref un hexis corporel –  « des gens qui vont marcher la tête

selon le milieu social d’appartenance. Dans notre cas, nous

haute, qui ne te parlent pas si tu n’es pas quelqu’un dans

notons surtout un effet cumulatif : nul doute qu’un garçon 1A

l’école ». À l’opposé, on trouve en creux l’accessibilité, la sim‑

déjà familier de l’environnement des écoles de commerce aura

plicité. Lynne (ex‑présidente BdE, F, DUT, province), tentant

de plus fortes chances d’accéder aux postes clés des bureaux

d’expliciter ce que recouvre cette distinction, insiste également

(trésorier et surtout président).

sur la distinction culturelle : « nous, nous aimons nous amuser
sur du Patrick Sébastien en soirée ». Derrière cette appellation,

Nous pouvons aussi revenir sur le cas d’Arnaud, qui men‑

on peut deviner un critère de répartition selon le capital sym‑

tionnait ne pas s’être senti mis de côté du fait de ne pas être

bolique à disposition, qui rendrait compte d’une plus grande

passé par la prépa. La confrontation de son origine scolaire

aisance et assurance des uns, du fait de leur classe d’appar‑

avec son origine sociale et son genre suggère pourtant qu’il ait

tenance, alors que les autres, moins bien nés, auraient plus à

pu compenser ce désavantage par un capital social important

prouver et à acquérir.

(le précédent président du BDE était son ami avant l’arrivée
à l’école), une origine sociale plutôt favorisée (père cadre et

Les résultats de l’enquête en ligne permettent d’étayer cette

DEUG, certes, mais de droit) et le fait d’être un garçon, bien

hypothèse, en comparant deux groupes d’étudiants : ceux dont

entendu. Les critères de domination peuvent donc se compen‑

un parent au moins appartient à la catégorie « cadres et pro‑

ser ; et même plus, certains étudiants en jouent et parviennent

fessions intellectuelles supérieures », et ceux dont les parents

à les retourner à leur avantage.

sont dans l’une des catégories « agriculteurs », « ouvriers »,
« employés » ou « professions intermédiaires ». Ces deux

Rien n’illustre mieux cela que le cas de Lynne qui, bien que

groupes d’étudiants se distinguent en effet dans leur accès

fille, « non‑parisienne » revendiquée et issue d’un DUT, a

aux associations « phares » que sont le BdE, le BdA et le BdS,

réussi à devenir présidente du BDE.

puisque un peu moins de 25 % (10/41) du second groupe
déclare un lien avec ces associations (participation à une liste

Quand j’ai passé mes oraux ici, j’ai rencontré un 2A qui est devenu

perdante ou gagnante), contre 39 % (39/100) pour le premier.

mon parrain. Venant d’un DUT, je ne connaissais personne en
arrivant à l’école. Cette personne était en deuxième année et m’a

Confortant ce premier résultat, 15 % (6/41) des répondants

du coup présenté à toutes les deuxièmes années avant même que

du second groupe participent aux WEI suivant leur première

l’école reprenne, donc j’avais déjà beaucoup entendu parler des

année, contre 29 % (29/100) du premier groupe.

week‑ends d’intégration, de la vie de l’école.

Il semble donc y avoir une barrière (relative) à l’entrée de la

Ainsi, une étudiante cumulant tous les traits contribuant négati‑

vie associative, reposant sur des critères d’origine sociale. On

vement à son insertion associative, a pu faire de cette situation

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Marry, 2004, pp. 135‑138) ont confirmé ce constat sur la durée :

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extrême un avantage, sur lequel elle a joué – Lynne mobilise

un premier aperçu des différentes ambiances. […] Est‑ce que tu vas

dans son entretien le registre de la féminité traditionnelle, se

être un futur BdS, est‑ce que tu as leur potentiel, est‑ce que tu vas
les séduire ? (Sandra et Annabelle, 1A).

décrivant comme une mère avec son équipe, et assume un
argument électoral valorisant le caractère non‑parisien. Son
propos amène à s’interroger sur les stratégies, notamment rela‑
tionnelles, qui peuvent se déployer à l’occasion du WEI.

Il faut souligner d’ailleurs que les acteurs déjà en place peuvent
eux aussi chercher à profiter des opportunités de rencontre
dans une optique stratégique. Ainsi, pour les associations

structurelles listées ci‑dessus ne permettent pas de donner
à l’avance la composition des futures listes et des bureaux à
venir. Le WEI est ainsi le théâtre de tout un travail de posi‑
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tionnement des étudiants : quelle alliance et quel recrutement
réaliser ? Quel type d’association privilégier ? Quelle ressource,
quelle qualité mobiliser ? Le WEI est le moment des choix et
des tactiques.

existantes, le recrutement des nouveaux peut motiver leur
présence. C’est en se présentant et en se montrant attractive,
qu’une association pourra recruter et accroître ou maintenir sa
puissance. Certaines associations profitent des apéros dans
leur bungalow pour tester les nouveaux venus. Un joueur de
volley‑ball explique aussi que pour son équipe, le WEI est une
opportunité de recrutement, qui justifie en partie l’investisse‑
ment dans un déguisement remarquable.
À condition d’en avoir la motivation et d’avoir trouvé l’associa‑

Prendre place : opportunités de rencontre
et stratégies d’alliance

tion idoine dans laquelle s’investir, il s’agit ensuite pour les pre‑
mières années de constituer une liste, ou bien de rallier une
liste en cours de constitution. Celle‑ci ne s’opère pas de façon

Tout le monde le confirme : les listes se font au WEI.

totalement aléatoire, et en fonction des associations, des régu‑

« T’as des groupes, des amitiés, des entités qui vont se former

larités apparaissent, d’une part, de genre – les filles sont moins

à ce moment‑là. C’est un vecteur social » (Jérôme, respon‑

nombreuses au BdS et plus nombreuses au BdA, comme l’il‑

sable de la vie associative). Par ailleurs, un des critères d’éva‑

lustrent bien nos données sur la composition des bureaux  –,

luation du succès d’un WEI se mesure par le nombre de listes

d’autre part, dans les dispositions – la pratique d’un art ou d’un

concurrentes BdE qui apparaissent à la suite de l’événement.

sport bien entendu, mais aussi la capacité à faire la fête et de

Le cru 2011 a été jugé particulièrement bon car il aurait appa‑

tenir l’alcool qui prédispose au BdA et BdE.

remment fait émerger trois listes différentes.
Concernant le processus de constitution des listes, parfois le
Comment se forment les listes ? Elles peuvent être favorisées

noyau du groupe est déjà formé – une partie de la classe par

par la répartition des bungalows, qui mettrait en présence des

exemple. Dans tous les cas, il convient de s’assurer que d’autres

personnes déjà intéressées par le fait de lister :

étudiants vont rejoindre l’équipe. C’est un processus masqué de
mise en relation, qui occupe une bonne partie du WEI.

Moi dans mon bungalow, j’avais le président de la JE (Junior

Il faut d’abord dire « tiens je suis une artiste » pour le BdA par

Entreprise) et le vice‑président du futur BdS. Finalement, on avait

exemple, « ah moi aussi », du coup il faut faire semblant que « moi ça

vraiment fait des bungalows où on était que des personnes qui

me tenterait peut‑être de lister je sais pas », « ah je connais peut‑être

listaient (Lynne, ancienne présidente BdE).

une liste » et c’est comme ça que ça se fait, en disant même pas
qu’on est dans la liste, mais qu’on connaît une liste et voilà on sait à

Plus largement, à l’intérieur du village, comme dans le train

peu près, on repère les têtes, on repère les noms (Sandra, 1A).

disco, les opportunités de rencontre sont nombreuses et
peuvent aisément déboucher sur un projet commun. Dans ce

La liste ne se réunira dans son intégralité qu’une fois rentrée à

contexte, les rencontres, avec les anciens et avec les associa‑

l’école, car il faut que « ça reste secret ». L’incertitude est alors

tions, permettent de se faire une idée et de décider de celle

permanente sur place, et les rumeurs circulent en temps réel,

dans laquelle on veut s’impliquer :

notamment sur le nombre de listes BdE potentielles. Dès lors,
il convient de jauger les autres étudiants, savoir identifier ceux

Je ne serai jamais allée dans le bungalow des BdS, c’est un peu

qui veulent lister – ceux qui sont sans doute des « listeux » – et

l’ambiance gros bourrin […] Le BdA c’est plus ouvert. C’est un peu

surtout le rôle qu’ils pourraient occuper.

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Il semble donc, à travers l’exemple de Lynne, que les contraintes

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L’incertitude est bien entendu relative, et les rumeurs per‑

aux premiers rôles, tant la mise en avant repose à la fois sur

mettent aux étudiants de savoir à quoi s’en tenir. Qui liste ?

une motivation et des qualités personnelles que sur l’approba‑

Quelles sont les listes qui se constituent ? Quel est le profil des

tion des autres.

pour les personnes de sa future liste s’opposer au type de pro‑

À travers ces témoignages on arrive à mieux appréhender un

jets ou aux valeurs que défendaient les listes déjà formées a

élément clé de la définition que donnent certains auteurs de

constitué l’élément déclencheur de leur projet commun : ne

la réputation (Fine, 2007). Celle‑ci n’est pas seulement une

pas laisser le champ libre aux autres listes.

représentation collective qui prend corps à travers des relations
sociales ; elle a également la capacité d’ouvrir ou de fermer des

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Pour qui voudrait non seulement intégrer une liste, mais aussi

possibilités d’action pour des individus. Pour les participants

et surtout y occuper un rôle de premier plan, l’enjeu est de se

au WEI, la question sous‑jacente concerne en effet la préserva‑

donner la stature correspondante aux yeux de sa promotion

tion de sa réputation, car les images restent et les réputations

ainsi que des anciens, dont le jugement va s’avérer décisif dans

circulent au sein de l’école, y compris après le WEI. Parce que

l’élection. Cela suppose de définir une stratégie et occasionne

les écoles de commerce sont des « institutions englobantes »

deux types de dilemmes.

(Masse, 2002, p. 106) car la vie scolaire, amicale, associative
et amoureuse se déroule dans le cadre de l’école, cela facilite

Le premier est celui de la proximité aux « animaux » ou aux

des liens d’interconnaissance extrêmement denses et à son

« sales ». Certains étudiants se mesurent à eux, ou adoptent un

tour renforce le contrôle social, d’où l’importance de protéger

comportement identique. Une telle stratégie peut être payante

sa réputation :

– on peut penser au Bureau des Grammes , mais plus large‑
19

« Pendant le WEI on commençait déjà à avoir des images, et puis
après quand on se fait chacun le compte rendu après la semaine,
c’est fait, et c’est comme ça en bien ou en mal » (Sandra, 1A).

ment le BdS ou toute association valorisant la capacité à « se
lâcher ». Pour certains étudiants, il s’agit d’une voie possible de
reconnaissance auprès des autres étudiants, qui témoigne d’ail‑
leurs d’un certain ascétisme à rebours (Bourdieu, 1981). Mais

En somme, après ces quelques jours, la question est : « les

ce type de stratégie peut s’avérer risquée et suscite une cer‑

jeux sont‑ils faits ? »

taine inquiétude de la part du BdE comme de l’administration.
L’autre dilemme concerne les moyens utilisés pour donner

Conclusion

l’image d’un(e) leader : comment se mettre en valeur sans
donner l’impression de chercher à se faire remarquer, et sans

Le WEI est donc une opportunité exceptionnelle mais récur‑

mettre en cause sa réputation ? L’équation est parfois difficile à

rente pour un groupe social, ici la communauté estudiantine

résoudre, ce dont témoignent deux cas contrastés. Ainsi, « la

d’Excelensias, de se faire et de se refaire chaque année, en pré‑

miss WEI tenait absolument à se faire remarquer, c’était obligé

parant la reconfiguration de la vie associative et la redistribution

qu’elle allait lister… elle était présidente de sa liste BdE... Et là

des positions sociales liées à la vie associative. Compris comme

sa liste a éclaté. Donc généralement ils se répartissent plus ou

cela, il ne concerne pas toute la promotion, mais s’adresse à

moins dans les listes restantes, mais elle on ne la veut pas. Elle

la frange de cette promotion qui accepte de s’investir dans le

reste la miss WEI, un peu pu‑pute aux yeux de tout le monde »

jeu politique correspondant à « la vie de l’école ». Le week‑end

(Annabelle, 1A). En comparaison, certains étudiants ont pu

s’avère donc être un mécanisme de reproduction efficace

se mettre en avant à l’occasion de la chorégraphie de classe,

qui en jouant sur le registre de la convivialité et la collectivité

démontrant aux yeux des anciens une capacité à entraîner, à

facilite le renouvellement quasi permanent du tissu associatif

se faire suivre. La confrontation de ces deux cas illustre bien la

de l’école. Ce renouvellement passe par des rites dont le but

ligne de crête très étroite que doivent emprunter les candidats

n’est cependant pas limité à la production d’un groupe social

19.  C’est le nom donné à l’« élite de l’alcool » de l’école, les anciens coop‑
tant les nouveaux étudiants ayant démontré leur capacité à tenir la boisson.

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étudiants qui les forment ? Ainsi, Gilliane (1A) explique que

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Dilip Subramanian, Jean‑Baptiste Suquet

homogène, mais vise la différenciation interne de celui‑ci. Il est

d’un rituel qui permet, sous couvert de pratiques festives à des‑

par ailleurs limité en termes de diversité ou variété des profils,

tination de tous, des degrés d’intégration variables en initiant

par des jeux de domination déjà présents en dehors de l’école

tout un jeu politique autour de la vie associative de l’école.

– lié au genre, à l’origine sociale notamment –, qui modèrent la
Si la notion de rite d’institution est utile ici, elle ne permet pas

possibilité pour tous les étudiants de participer au jeu.

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Il n’y a donc pas, d’un côté, une compréhension de cette tradi‑

déjà institués par la sélection du concours, jouent ici leur entrée

tion par l’intégration et, de l’autre, une compréhension par la dif‑

dans l’espace social de l’école. Les frontières sont en partie

férenciation : le fonctionnement du WEI repose précisément sur

brouillées, puisque ce qui apparaît comme un événement très

l’articulation des deux, ou dit autrement, sur la capacité à opérer

ritualisé, et pourrait s’analyser classiquement comme un méca‑

une intégration via la différentiation et vice‑versa. Les frontières

nisme de sélection autorisant l’entrée ou pas dans le jeu, est

les plus pertinentes ici ne passent pas entre les participants

en fait une occasion pour les acteurs de commencer à jouer.

qui seraient intégrés et les non‑participants qui seraient exclus,

Le rite, fort si l’on en juge par son caractère incontournable au

mais bien plus entre ceux qui rentrent dans le jeu, un groupe

regard des participants et à la régularité des pratiques codifiées

minoritaire, et ceux qui restent en dehors (la majorité), quand

qui s’y observent, est également le cadre qui permet aux nou‑

bien même seraient‑ils présents au WEI. On est en présence

veaux venus de commencer la partie.

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de rendre compte du fait que les participants, en quelque sorte

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Bibliographie

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