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FABRICE BOUTHILLON

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À Ronan Calvez.
« Alors on tira au sort
et le sort tomba sur Matthias,
qui fut mis au nombre des douze apôtres. »
(Actes, I, 26).
unanimités sont toujours louches.
Aucune ne l’est davantage que celle qui,
à intervalles réguliers, dresse les universitaires dans la défense des concours de recrutement de l’enseignement secondaire, l’agrégation et le Capes. Je voudrais la troubler, en
disant ici ma conviction que ces concours sont
nocifs, et que le premier pas vers le relèvement de l’Université serait leur suppression.

L

ES

Première aberration
L’agrégation dans son état actuel repose sur
l’empilement de deux aberrations.
La première consiste à recruter des enseignants sur autre chose que sur leur capacité
à enseigner. Les candidats qui présentent ces
concours disposent en effet d’une compétence
scientifique préalable, validée par les
diplômes que leur a accordés l’Université. Or,
au lieu de les choisir, en conséquence, en
fonction de leur aptitude à transmettre la
science qu’ils possèdent, on y procède par le
biais d’une épreuve réputée vérifier leur
maîtrise de cette discipline, alors qu’elle est
déjà prouvée. Il y a là un non-sens évident,
aux conséquences délétères aussi bien dans
l’enseignement secondaire que dans le supérieur.
Pour ce qui est du secondaire, l’expérience
du concours constitue la plus performante des
COMMENTAIRE, N° 137, PRINTEMPS 2012

contre-initiations au métier d’enseignant.
Déjà, rien ne peut être plus éloigné d’un cours
devant des potaches qu’une leçon devant un
jury, ne serait-ce que parce que le rapport
d’autorité y est inversé : quand on y songe,
l’idée que le second de ces deux exercices
puisse servir à évaluer comment un candidat
se tirera du premier touche au comique. Mais
surtout le concours repose par essence sur la
concurrence, la sélection et l’élimination des
plus faibles. Les réflexes qu’on y acquiert sont
donc les opposés directs de ceux qui font le
bon pédagogue, dont la marque est le désir et
la capacité à venir en aide à ses élèves, et
surtout à ceux qui sont en difficulté. Cet état
de fait est encore aggravé par les doses
massives d’humiliation, de haine des autres et
de haine de soi auquel tout candidat à un
concours est exposé durant sa préparation, par
l’effet de la rivalité avec les autres préparationnaires, des notes infamantes et des ravages
provoqués sur l’estime de soi par les échecs
successifs. Il faut bien que tout cela se
compense un jour, et comment mieux que sur
les élèves qui seront confiés aux sous-produits
de ce dressage ? Les causes de l’échec scolaire
sont évidemment multiples, mais parmi les
raisons de l’impuissance trop attestée du
système français à venir en aide aux élèves qui
décrochent il est vraiment trop commode de
ne jamais faire sa place au recrutement de ses
enseignants sur un mode qui repose tout entier
sur le principe de l’exclusion des plus faibles.
L’incapacité des concours de recrutement à
repérer ni les bons ni les mauvais enseignants
est en fait hors de toute contestation. J’ai vu
(mais tous les universitaires pourraient en dire
autant), j’ai vu des étudiants dont il m’était
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