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Titre: Introduction à l’Histoire de la Photographie
Auteur: Jonathan Copin

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Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
Introduction à l’Histoire de la Photographie
CHAPITRE 1 : LE TEMPS DES INVENTEURS
L’histoire de la photographie est liée { l’avènement de la société industrielle (extension du
milieu urbain, augmentation des moyens de communication, bouleversement du rapport
espace/temps, affirmation de l’économie monétaire, développement de la démocratie et avènement de
la culture de masse). De ce fait l’histoire de la photographie est en quelque sorte une histoire
culturelle.
La photographie va permettre, dans cette société industrielle, le passage d’une civilisation
de l’écrit { une civilisation de l’image. Seulement la photographie va mettre en crise l’ancien système
des Beaux Arts. En effet elle permet un niveau de représentation beaucoup plus précis que le dessin, la
peinture ou la gravure. La photographie devient de ce fait un concurrent de taille pour ces disciplines.

I) Le Daguerréotype :






La photographie s’inscrit dans une longue liste d’inventions :
Presse hydraulique (Bramah, 1795)
Pile électrique (Volta, 1800)
Bateau a vapeur (Fulton, 1803)
Chemin de fer (premiers réseaux en France)
Daguerréotype (Daguerre & Niepce, 1839)

Le daguerréotype est le résultat d’une longue suite de recherche depuis la haute
antiquité autour de la camera obscura (ou chambre noire : instrument optique objectif qui
permet d'obtenir une projection de la lumière sur une surface plane, c'est-à-dire d'obtenir
une vue en deux dimensions très proche de la vision humaine).
Principe de la camera obscura :
« Le principe de base est très simple : comme la lumière est réfléchie par les objets dans
toutes les directions suivant leurs qualités propres d'absorption, de réflexion, de diffusion, chaque
point de la surface d'un écran reçoit des rayons lumineux issus de tous les objets alentours ; ces
rayons se mélangent et se combinent (synthèse additive). L'écran apparaît blanc (ou de la teinte
majeure éclairant le décor).
En restreignant la lumière extérieure de façon à ce que ses rayons lumineux, émanant du
décor, n'entrent que par un seul point dans une chambre obscure, l'écran interceptant cette lumière
ne recevra, en chacun des points précis de sa surface, que les rayons issus, en ligne droite (principes
de l'optique géométrique) d'un seul point du décor placé en face de la paroi comportant le trou. On
verra se former l'image inversée (gauche/droite) et renversée (haut/bas) du décor, extérieur à la
chambre obscure, sur l'écran. L'image projetée est réelle puisque reçue sur un écran (que l'œil de
l'observateur soit présent ou non) : l'instrument est dit « objectif ». » (Source Wikipédia)
En 1515, Léonard de Vinci (1452-1519) exprime son intérêt pour la camera obscura. En
1550, Jérôme Cardan améliore le système de la chambre noire en y ajoutant un disque de verre
(lentille convergente).
En 1646, Athanasius Kircher (1601-1680) décrit une machine transportable composée de
deux cubes (doubles camera obscura).
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En 1784, Gilles Louis Chrétien (1754-1811) met au point le physionotrace. Celui-ci va
permettre le développement du portrait de profil, mécanise le dessin de contour (grâce au
pantographe avec œilleton de visée).
Le daguerréotype n'est pas le premier procédé photographique, mais les images des
procédés antérieurs avaient tendance à disparaître rapidement une fois exposées à la lumière. Le
procédé photographique des daguerréotypes est ainsi l'un des premiers à enregistrer et à afficher
une image de façon permanente et il est donc devenu le premier procédé photographique utilisé
commercialement.
Le terme daguerréotype provient du nom de son inventeur, l'artiste et décorateur français
Daguerre (1787-1851), qui découvre ce procédé en 1835. Après des années de perfectionnement,
il présente sa découverte à l'Académie française des sciences le 9 janvier 1839. Le brevet de
Daguerre est acquis par le gouvernement français qui, le 19 août 1839, annonce l'invention comme
étant un « don au monde ».

De gauche à droite : 01 - Athanasius Kircher - Camera obscura publiée dans Ars magna et luci ombrae (1646) / 02 – Pantographe /
03 - Physionotrace dessiné par Fouquet et gravé par Chrétien (1793).

04 - Louis Daguerre - décor pour une scène de l'opéra Aladin (vers 1820-1822)

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Procédé de Daguerre :
Le daguerréotype est un procédé uniquement positif ne permettant aucune
reproduction de l'image. Il est constitué d'une plaque, généralement en cuivre, recouverte
d'une couche d'argent Cette plaque est sensibilisée à la lumière en l'exposant à des vapeurs
d'iode qui, en se combinant à l'argent, produisent de l'iodure d'argent photosensible.
Lorsqu'elle est exposée à la lumière, la plaque enregistre une image invisible, dite « image
latente ». Le temps d'exposition est d'environ vingt à trente minutes, beaucoup moins que
les méthodes précédentes qui nécessitaient plusieurs heures d'exposition.
Le développement de l'image est effectué en plaçant la plaque exposée au-dessus d'un
récipient de mercure légèrement chauffé (75 °C). La vapeur du mercure se condense sur la
plaque et se combine à l'iodure d'argent en formant un amalgame uniquement aux endroits
où la lumière a agi proportionnellement à l'intensité de celle-ci. L'image ainsi produite est
très fragile et peut être enlevée en chauffant la plaque, ce qui produit l'évaporation du
mercure de l'amalgame.

A gauche : 05 - Nicéphore Niepce - Point de vue du Gras à Saint-Loup de Varennes (1827), héliographie
A droite : 05 bis - Nicéphore Niepce - Point de vue du Gras à Saint-Loup de Varennes (contretype), héliographie

L'opération suivante consiste à fixer l'image, c'est-à-dire à la rendre permanente, en
plongeant la plaque dans une solution d'hyposulfite de soude, dont l'action avait été
découverte plus tôt par Daguerre et Nicéphore Niepce (1765-1833). L'image produite par
cette méthode est si fragile qu'elle ne supporte pas la plus légère manipulation, et doit être
protégée contre tout contact.
« La daguerréotypie se répandit rapidement, excepté en Angleterre, où Daguerre avait
secrètement fait breveter son procédé avant de le vendre au gouvernement français. Au début des
années 1840, l'invention fut aussitôt présentée aux artistes des États-Unis par Samuel Morse,
l'inventeur du télégraphe. Rapidement, un exubérant marché de portraits vit le jour, souvent par le
travail d'artistes ambulants qui se déplaçaient de ville en ville.
Le daguerréotype ne fut employé que pendant environ dix ans, car il a été rattrapé par
d'autres procédés :

l'ambrotype, présenté en 1854, une image positive sur verre, avec un fond noir ;

le ferrotype, une image sur étain traité chimiquement ;

la photographie à l'albumine, une photographie sur papier produit à partir de grands
négatifs de verre.
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Le déclin rapide de la photographie par daguerréotype
était inévitable. Le processus était complexe, nécessitait
beaucoup de travail et impliquait de nombreuses étapes, ce
qui rendait les daguerréotypes chers et peu accessibles au
grand public. En outre, l'exposition typique était longue,
exigeant de rester immobile et de tenir la pose pendant tout
ce temps. Enfin, l'inconvénient principal était peut-être
l'absence de négatifs qui empêchait toute reproduction de
l'image.
Toutefois, à la différence des photographies sur film et
sur papiers, un daguerréotype peut durer pour toujours,
lorsqu'il est convenablement protégé. Aujourd'hui, les
daguerréotypes sont des articles de collection très
recherchés. » (Source Wikipédia).
Mais avant d’arriver { ce concept final de
daguerréotype, il y eut plusieurs étapes :
07- E. Thiesson - Portrait de Daguerre (1844),
 1816 : Niepce découvre qu’en disposant du sel
héliographie
d‘argent sur une feuille de papier et après un certain temps
d’exposition, une image se révèle. En effet le nitrate d’argent se noircit sous la lumière. Seulement
des problèmes de conservation se posent encore.
 1819-1820 : Niepce recouvre les plaques de cuivre ou d’étain d’une substance brune
visqueuse, l’asphalte (ou bitume de Judée). L’asphalte devient insoluble quand il est longuement
exposé { la lumière. On le plonge alors dans un bain d’essence de lavande révélant ainsi l’image.
 1827 : L’héliographie sur étain voie le jour. Celle-ci donne une image négative et qui
nécessite plusieurs heures d’exposition. Mais l’avantage est que l’image révélée est positive selon
un certain angle de vue.
 1829 : Daguerre et Niepce s’associent. Il remplace le nitrate d’argent par de l’iodure
d’argent.
 1835 : L’utilisation de vapeur de mercure permet le développement de l’image lattente.
La technique devient alors de plus en plus rapide, précise, simple et fiable.

06- Louis Daguerre - Le Boulevard du Temple à 8 heures du matin (1839), daguerréotyp

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II) Le dessin photogénique et calotype :
« En janvier 1839, l'invention du daguerréotype par Jacques Daguerre, à partir des travaux
de Nicéphore Niepce, fut publiquement révélée en France. François Arago (1780-1853) en fit
l’annonce { l’Académie des sciences le 7 janvier. Cette nouvelle surprit Talbot (1800-1877), qui
chercha alors { faire reconnaître l’antériorité de ses recherches. Il écrivit { Arago et envoya ses
dessins photogéniques à la Royal Society de Londres. Le 31 janvier 1839, il fit une communication à
la Royal Society sur le sujet (« Some account of the art of photogenic drawing, or the process by which
natural objects may be made delineate themselves without the aid of the artists pencils »). Mais le
daguerréotype était au point, bénéficiait du soutien de l’État français, et était disponible
gratuitement : ce procédé allait s’imposer au niveau mondial pendant au moins une décennie.
Durant les années 1839-1841, Talbot améliora son procédé. Il réduisit le temps de pose par un
traitement { l’acide gallique après l’exposition en chambre noire, ce qui permettait de développer
l’image latente. Il reprit la technique du fixage photographique { l’hyposulfite de soude qu’il avait
apprise de Sir John Herschel. L’hyposulfite de soude, ou thiosulfate de sodium, possède la propriété
de dissoudre les sels d’argent. Ce produit est encore utilisé aujourd’hui comme fixateur en
photographie argentique.

A gauche : 08 - William Talbot - Astrantia Major The Melancholy Gentleman (1838), dessin photogénique
A droite : 09 - William Talbot - Reflet de Lacock Abbey (vers 1840), dessin photogénique

Procédé de Talbot :
La préparation du papier se fait en deux temps, la feuille est d’abord salée au chlorure
de sodium (sel marin) puis elle est sensibilisée au nitrate d'argent, on obtient alors un
papier au chlorure d’argent. Ensuite ce papier est recouvert avec le négatif et cet ensemble
va être exposé au soleil. C’est grâce à cette exposition du papier positif avec le négatif qu'on
obtient l’image.
Mais surtout, Talbot eut l’idée de se servir du négatif sur papier comme d’un objet { copier.
Le tirage contact { partir du négatif papier permettait d’obtenir une image positive en autant
d’exemplaires que souhaité. Son procédé surpassait en cela celui de Daguerre, car chaque
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Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
daguerréotype est unique et ne peut être reproduit. En 1841, il breveta son invention sous le nom
de calotype (appelé aussi talbotype).
En 1842, Talbot reçut la médaille Rumford de la Royal Society pour ses travaux novateurs
dans le domaine de la photographie.
En 1844, il publia Pencil of Nature, le premier livre illustré avec des photographies jamais
édité. Cet ouvrage relatait ses découvertes et comportait vingt-quatre calotypes hors texte.
Talbot apporta une avancée fondamentale à la photographie : la possibilité de reproduire
une image positive { partir d’un négatif. Cependant, le calotype ne rencontra pas le succès mérité,
car, d'une part, il donnait des images de moins bonne qualité que le daguerréotype et, d'autre part,
il était breveté et soumis à des droits d'utilisation élevés, ce qui fut source de procès et entrava sa
diffusion. » (Source Wikipédia)
Hyppolite Bayard (1801-1897) fonctionnaire au ministère des finances à Paris, qui côtoie le
milieu de la création parisienne, à l'annonce de la découverte du daguerréotype, va commencer ses
recherches. En février 1839, en quelques semaines il réussit à produire des images directement
positives, ce sont donc des images uniques comme le daguerréotype, la seule différence c’est qu’il
les obtient sur papier et non sur plaques de métal. Au mois de mars 1839 Hyppolite Bayard
rencontre Arago pour demander une aide de l'État, mais il va recevoir une toute petite somme
d'argent car le secrétaire de l'académie des sciences souhaite privilégier Daguerre. Lors de la
déclaration du 19 aout 1839, aucune mention n'est faite du procédé d'Hyppolite Bayard, ce dernier
passe à la trappe. Bayard va donner une orientation artistique à son invention. Il est proche des
cercles romantiques et s’intéresse a la statuaire qui a le mérite d'être très lumineuse ce qui facilite
l'impression.

A gauche : 10 - Hippolyte Bayard - Antinoüs du Capitole (1839-1840), positif direct sur papier
A droite : 11 - Hippolyte Bayard - Autoportrait en noyé (1840), positif direct sur papier

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Procédé de Bayard :
On part d'un papier argentique complètement noirci, il va être traité a l'iodure de
potassium, on va alors obtenir une image par blanchiment des zones qui seront exposées à la
lumière. Le résultat est assez proche de celui de Talbot même si il est plus détaillé tout en
n’atteignant pas un degré d’exactitude comme le daguerréotype.
Dans son rapport de juillet 1839, Arago insiste sur la précision du daguerréotype et sur ces
effets, il y voit un instrument de mesure de la lumière, il y voit aussi un outil, une aide précieuse
pour les égyptologues. Bayard va alors prendre contact avec l'académie des beaux arts (qui elle
aussi a été écartée par l'académie des sciences). L'académie des beaux arts rend un rapport le 2
novembre 1839 : « avantage appréciable et unique de fixé sur papier ». Les deux académies, Beaux
Arts et Sciences vont s’opposer sur le procédé de Bayard.
On a donc une opposition entre 2 hommes, entre 2 académies mais aussi entre 2 techniques
(le daguerréotype et le positif direct). Cette opposition permet de comprendre la double identité de
la photographie depuis son invention, elle est partagée entre la science et le beau, le document et la
création esthétique, l'industrie et l'art.

CHAPITRE 2 : LES DÉBUTS D’UNE INDUSTRIE
I) le développement du portrait ou la daguerréotypomanie
Dés 1841 on a donc 2 procédés de photographie : d'un
coté le daguerréotype sur plaque de métal et de l'autre le
calotype sur papier. C'est le daguerréotype qui va connaître le
plus grand succès car l’image qu’il donne est plus précise et
fiable. Il faut aussi dire que son inscription dans le domaine
public va permettre de nombreuses améliorations. Arago a
insisté sur l'exploitation scientifique que pouvait connaître le
daguerréotype. Mais c'est sur le plan commercial que va se
jouer le succès de la photographie. Elle va se développer à
travers l'industrie du portrait. John Herschel (1792-1871)
invente le terme photographie en 1839, et à partir de 1850
cela devient un terme courant. La production de portrait à
usage privé est un secteur qui va se développer vers 1840 et
qui va connaitre un énorme succès grâce aux progrès du
temps de pose. En effet vers 1840 le temps de pose peut
durer plus d'une heure et très rapidement le temps de pose
va se réduire jusqu’{ arriver en 1841 où il est inferieur à une
minute. Au mois de mai 1840 Peter Voigtländer (18121878) construit un objectif qui a était dessiné par Joseph Max Petzval (1807-1891). Cet objectif est
préparé à partir de 4 lentilles achromatiques (c'est-à-dire laissant passer la lumière blanche sans la
décomposer), cet objectif est 16 fois plus lumineux que le ménisque utilisé par Daguerre. Le temps
de pose va être ainsi réduit grâce à cet objectif et de ce fait le portrait va connaitre un véritable
essor entrainant la création d’une nouvelle profession apparaît : portraitiste. Les ateliers les plus
importants de Paris vont produire prés d'un millier de plaques par an. En raison de ce succès le prix
des daguerréotypes ne va cesser de baisser.
01- Appareil Peter Voigtländer avec objectif de Petzval
(1841)

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De gauche à droite : 02 - Adolphe Humbert de Molard - Petite fille assise (vers 1845), daguerréotype/ 03 - Anonyme - Une famille (vers 1850),
daguerréotype / 04 - Anonyme - Portrait de femme post-mortem (vers 1850), daguerréotype

Suite au succès du daguerréotype de
nombreux photographes vont ouvrir leur atelier,
d’autre, au contraire vont pratiquer la photographie
de manière amateurisme tel qu’Adolf Humbert de
Molard (1800-1874). Rapidement le daguerréotype
devient un objet familier, il va se retrouver dans de
nombreux intérieurs bourgeois. Le développement
de cette pratique va de pair avec une standardisation
du portrait. La photo va ainsi permettre à de
nombreuses familles de conserver le souvenir d'un
membre de la famille. De plus c’est une solution
beaucoup moins cher que le portrait peint ou le
masque
mortuaire,
et
certains ateliers vont se spécialiser dans les portraits post
mortem, qui devient un genre à part entière.
Le succès du daguerréotype entraine de nombreuses
critiques de la part des artistes peintres mais aussi de la part
des dessinateurs qui voit beaucoup de concurrence dans la
photographie. Cela donne lieu à de multiples caricatures tel
que la Daguerréotypomanie (vogue du daguerréotype ayant
envahi Paris puis l'Europe en 1839) de Théodore Maurisset
(1803-1860) ou encore Nouveau procédés employé pour
obtenir des pauses gracieuses, dessin d'Honoré Daumier
(1808-1879). Cette caricature appartient à la série des
croquis parisiens. Dans cette caricature on peut voir un
couple de bourgeois assis sur des chaises, qui sont un
anachronisme du fait qu’elles étaient utilisées dans les
premiers temps de l’invention.
06 - Honoré Daumier - Nouveau procédé employé pour obtenir
des poses gracieuses (1856, dessin

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05 - Théodore Maurisset - La Daguerréotypomanie
(1839), gravure

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II) L'atelier photographique
L’invention photographique va susciter l'inventivité de nombreux chercheurs. En mars 1851
un britannique Frederick Scott Archer (1813-1857) publie un manuel du procédé photographique
au collodion.
Procédé de Frederick Scott Archer :
Une solution de nitrocellulose est mélangée à de l'alcool et de l'éther (on parle aussi
de coton poudre qui est utilisé en tant que pansement depuis 1848), on obtient une
substance poisseuse qui a une qualité, elle adhère au verre. On met du nitrate d'argent dans
la solution poisseuse, puis on la dispose sur du verre. Après exposition à la lumière, on
obtient un négatif sur verre. Et ce nouveau procédé, nécessite un temps de pose inferieur à
celui du daguerréotype. Mais l'opérateur dispose de moins d'un quart d'heure pour réaliser
ce procédé.
En 1854, le collodion va être amélioré et devient l'ambrotype. La plaque de verre va être
sous exposée puis blanchi à l'acide nitrique qui va révéler l'image. Cette image est unique comme le
daguerréotype, ce nouveau procédé va supplanter le daguerréotype car elle est moins couteuse plus
simple d'utilisation. A savoir qu’{ Paris entre 1848 et 1860 le nombre d'ateliers photographiques
est multiplié par 4, en 1860 on en compte 207.

07 - André Disdéri - Prince Lobkowitz - (1858), tirage à l’albumine argentique d'après une plaque de verre

Un autre photographe de l’époque, André Adolf Eugene Disdéri (1818-1889), met au
point un appareil photographique qui est muni de plusieurs objectifs et d'un porte-plaque
coulissant en 1854. Grâce à ce nouvel appareil, il invente la carte de visite photographique : il
s'agit de la production de 4, 6 ou 8 vues sur une même plaque et durant une seule et même
séance de pose. Les images obtenues sont de petite taille ce qui va réduire le cout de
production et qui va entrainer un réel succès. La photographie va donc être de plus en plus
accessible. Le succès du portrait carte se fait a partir de 1858 lorsque Disdéri diffuse des images de
la famille impérial.
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Procédé d’Evrard :
En 1850 Louis-Désiré Blanquart Evrard (1802-1872) invente une technique de tirage
sur papier albuminé (le papier enduit de blanc d’œuf salé est rendu sensible par du nitrate
d’argent).Après séchage, le tirage s’effectue par noircissement direct. L’image positive
s’obtient par contact avec le négatif, dans un châssis-presse.
Son utilisation plus aisée et son faible coût de production permettent son industrialisation.
De plus d’un point de vue esthétique, le papier albuminé donne { l'image un aspect satiné, très
doux. La technique du papier albuminé va être principalement utilisée pour la création des cartes
de visite. La mode de la carte de visite va perdurer jusqu’{ la fin du XIXème siècle, (de 1864 à 1866 :
1,2 milliard de carte de visite sont vendues). Inventions de Disdéri et celle d’Evrard sont un
véritable succès financier.

De gauche à droite : 08 - Félix Nadar - Autoportrait (1853), dessin/ 9 - Félix Nadar - Panthéon Nadar (1854), lithographie/ 10 - Félix Nadar - Le
studio du 35 rue des Capucines (vers 1861), photographie

Gaspard Félix Tournachon plus connu sous le pseudo de Nadar (1820-1910) est un artiste
appartenant à la Bohême. Il commença sa carrière en tant que caricaturiste. Dés 1851, ce dernier va
mettre en place un projet de lithographie dans lequel il utilise pour la 1ère fois la photographie par
nécessité documentaire mais finalement il abandonna le projet.
Dés la fin de 1853, Nadar va ouvrir un atelier avec son frère, à Paris. Il souhaite conserver
l’exclusivité du nom Nadar, mais son frère ne le voit pas de cette façon, il va donc entrer en procès
avec lui. La justice le met d’abord en tort, en préférant opter pour un litige commercial au lieu
d’envenimer l’affaire. En 1856, Nadar écrit { la Société Française de Photographie afin qu’elle
fasse en sorte que le Salon des beaux arts soit un salon ouvert à la photographie. En 1857 il gagne
son procés contre son frère, mais il faut attendre 1859 pour que la S.F.P obtienne que sa troisième
exposition ait lieue dans un espace situé à coté du Salon des Beaux Arts. (A savoir qu’en 1844, le
daguerréotype avait était exposé comme produit de l’industrie.)
L’atelier de Nadar fonctionne comme une entreprise, les employés ne travaillent pas encore
à la chaine, mais il existe différents secteurs dans l’atelier. Les photos produites de manière
industrielle conservent une certaine qualité. Les photos possèdent une certaine sobriété, qui
devient en quelque sorte la marque de fabrique de Nadar. Cette extrême sobriété permet de fixer le
regard sur le modèle et son expression. On pourrait penser que les similitudes dans ces photos
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Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
mettent en avant en quelque sorte une standardisation des œuvres de Nadar. Dans ses mémoires,
Nadar parle du coté industriel dans sa production photographique et met en avant les contraintes
sur la photographie de la demande commerciale.

De gauche à droite : 11 - Félix Nadar - Sarah Bernhardt (1864), portrait photographique/ 12 - Félix Nadar - Victor Hugo (1878),
portrait photographique / 13 - Félix Nadar - Gustave Eiffel (1888), portrait photographique

III) Contre la standardisation photographique

15 - Gustave Le Gray - Porte Narbonnaise, Carcassonne
(1851), tirage sur papier salé d'après négatif sur papier
ciré sec






Gustave Le Gray (1820-1884) élève de Paul
Delaroche (1797-1856), peintre académique, envoie 9
épreuves photographiques sur papier au Salon des
Beaux arts en 1850. Ces épreuves seront acceptées dans
la section lithographique puis finalement, le jury
reviendra sur sa décision et décidera de refuser ses
photos.
En 1851, on assiste à la création de la Société
Héliographique qui a pour ambition de donner ses
lettres de noblesse à la photographie. En 1854, la S.H
devient la S.F.P. Parmi les fondateurs de cette société on
trouve Gustave Le Gray et Hippolyte Bayard. Le premier
objectif de cette société est de diffuser une revue
hebdomadaire consacrée à l’évolution de la
photographie. Le premier numéro de cette revue voit le
jour en février 1851.
Cette même année, la commission des
monuments historiques met en place une mission
héliographique qui a pour but de faire l’inventaire des
monuments en France ; 5 photographes seront appelés :

H. Bayard sera envoyé en Nomandie
G. Le Gray envoyé en Touraine et en Aquitaine avec Auguste Mestral
E. Baldus envoyé à Fontainebleau, en Bourgogne et dans le Dauphiné
H. Le Seq envoyé en Champagne, Alsace et Lorraine.
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Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
Le programme couvre 47 départements et va visiter 120 sites historiques. Cette mission
héliographique va donner lieu { la production de plus d’un millier de planches photographiques.
Procédé de Gustave Le Gray :
Le procédé de papier ciré sec inventé par
Gustave Le Gray au cours de cette mission
héliographique consiste à cirer un papier avant
l’exposition. Les négatifs obtenus sont plus fin dans
le détail et plus résistants ; ils peuvent être
également préparés { l’avance. L’avantage principal
de cette technique pour l’époque est la possibilité
de prendre plus de 30 prises de vue en une seule
journée. Il a un autre avantage qui est le grand
nombre de teinte de papier.

14 - Gustave Le Gray - cloître de l'abbatiale Saint-Pierre,
Moissac (1851), épreuve sur papier salé à partir d'un
négatif papier ciré sec

En 1851, on assiste { l’ouverture du Cristal
Palace (dans lequel se tiendra la 1ère exposition universelle). Dans ce contexte industriel, parmi les
24 nations présentes, 6 ont choisi de montrer dans leurs pavillons des photographies. C’est le cas de
la France qui va être représentée par des œuvres de G. Le Gray, H. Bayard et Blanquart-Evrard.
Cette exposition va entrainer un premier changement dans la perception de la photographie. Le
regard sur cette dernière va s’affiner, un premier regard formaliste va être posé sur les clichés.

De gauche à droite : 16 - Gustave Le Gray - Étude de tronc, forêt de Fontainebleau (vers 1855-1857), épreuve à l’albumine argentique / 17 Gustave Le Gray - Étude de troncs, forêt de Fontainebleau (vers 1855-1857), épreuve à l’albumine argentique

En 1854, la S.H devient la S.F.P. Cette dernière va se baser sur un modèle anglais, la
Photographic Society qui a été créée le 20 janvier 1853 et qui a reçu le patronage honorifique de
la reine Victoria et du Prince Albert. La S.F.P va chercher à organiser des expositions auxquelles va
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Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
participer notamment Gustave Le Gray. Ce dernier va continuer ses expériences photographiques
notamment dans la forêt de Fontainebleau. A l’époque le site de Fontainebleau est un site où de
nombreux peintres s’entrainent, notamment les peintres de l’école de Barbizon (exemple des
peintres : Jean François Millet, Théodore Rousseau). Gustave Le Gray va s’inspirer de ces
derniers tout en conservant son médium et va réaliser différentes études sur des arbres. Il
réalisera quelques années plus tard, des marines.
« Au XIXème qui dit précision dit science, qui dit allusion dit art. »
« La beauté consiste dans le sacrifice de certains détails de manière { produire une mise { l’effet
quelque fois jusqu’au sublime de l’art ». G. Le Gray

De gauche à droite : 18 - Gustave Le Gray - Brick au clair de lune (1856), tirage albuminé/ 19 - Gustave Le Gray - Grande Vague
(1857), épreuve sur papier albuminé montée sur carton

Les marines de G. Le Gray, furent qualifiés de « meilleures » photos de l’époque grâce au fait
que G. Le Gray ait réussi à fixer le mouvement des flots et des nuages. Cela consiste { l’époque en
une vraie prouesse technique. Dans ses photos marines, G. Le Gray est dans une magnification de la
nature, il joue sur le scintillement des flots et la luminosité du soleil caché derrière les nuages. Le
spectateur de l’époque voit des « tableaux enchantés » dans les clichés de G. Le Gray. Le Gray fut
également l’inventeur du photomontage, du fait qu’il utilisa deux négatifs sur verre pour le
tirage de la photo Grande vague (1857). Dans ses photos G. Le Gray tente de donner un aspect
artistique mais les premiers à le contester sont les peintres qui jugent ses photos comme le résultat
d’une prouesse technique plutôt qu’un travail artistique.

IV) Le regard des peintres et des poètes :

De gauche à droite : 20 - Léon Riesener - Eugène Delacroix (1842), daguerréotype/ 21 - Félix Nadar - Eugène Delacroix (1858), portrait
photographique/ 22 - Félix Nadar - Charles Baudelaire au fauteuil (avant mars 1855), épreuve unique sur papier salé à partir d'un négatif
détruit

13

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
Eugène Delacroix (1798-1853), membre fondateur de la Socitété Héliographique, qui
naquit en 1851. Ce dernier aura un véritable intérêt pour la « machine à voir ». Pour lui, la
photographie ne saurait être un véritable art, elle serait plutôt un instrument au service de l’œil (un
outil qui va permettre de pallier les faiblesses de l’organe humain). L’art ne saurait être une
reproduction fidèle de la réalité, l’art est l’expression de l’esprit. Delacroix critique cette tentative
de substitution de la peinture par la photographie. Charles Baudelaire (1821-1867) critiqua lui
aussi le procédé industrielle de la photographie et il dit : « Cela tombe sous le sens que l’industrie
faisant irruption dans l’art en devient la plus mortelle ennemie et la confusion des fonctions
empêchent qu’aucunes soient bien remplies ». Le devenir de l’art prendra une tournure que
Baudelaire ne souhaitait pas.
En 1860, G. Le Gray publie un manifeste : L’art du photographe ainsi que Disdéri : L’art de la
photographie. Une polémique va naitre au sein du monde de l’art, une polémique qui sera marquée
par une pétition signée par plusieurs peintres (Jean Auguste Dominique Ingres (1780-1867),
Pierre Puvidechavannes (1824-1898)). Dans cette pétition les peintres indiquent que les
épreuves photographiques ne peuvent être le fruit de l’intelligence et de la tradition, elles ne
peuvent donc pas appartenir { l’art. Pour ces peintres la photographie doit rester à sa place, c'est-àdire rester un outil. Ils mettent en avant la primauté du dessin et de la peinture sur la photographie.
Il existe un domaine où la photographie sera toujours un outil, ce domaine est la science.

CHAPITRE 3 : AU SERVICE DES SCIENCES
En tant que technique de reproduction précise, la
photographie supplante tous les autres moyens de
représentations (le dessin, l’estampe ou le moulage). La
photographie apparait comme un médium objectif, elle suppose
que l’on peut rendre compte du réel en dehors de la subjectivité
humaine. Le réel comprit comme un invariant qui est donné en
soi. Au fil du temps la photographie va être considérée comme un
pur document, un instrument capable d’enregistrer le monde
extérieur. Ce processus rejoint l’idéal scientifique de l’époque qui
voit dans la nature quelque chose de connaissable et de
mesurable
grâce
à
l’observation directe.
La photographie est
une empreinte photosensible
d’une chose existante, et { ce
01 - Jean-Bernard Léon Foucault - Levure de
titre, elle est moins marquée
bière (1844), daguerréotype
par l’erreur que la main. Ce qui
amène au raisonnement suivant : c’est donc le principe de la
ressemblance par contact qui confère à la photographie sa
validité devant le champ scientifique. Le dispositif
photographique convertit à chaque fois une énergie lumineuse
en une énergie chimique. C’est le rapport entre la lumière et les
sels d’argent qui permet d’établir une continuité de matières
entre les choses et leurs images. La photographie participe à la
croyance en un progrès qui consiste à mieux comprendre et
maitriser la nature.
14

02 - Auguste Bertsch - Volvox globator vivants
(vers 1853-1857), tirage sur papier albuminé

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
La photographie va être employée principalement dans le domaine des sciences naturelles :
l’astronomie, la botanique, la zoologie mais aussi par la médecine. L’engouement pour la
photographie va se faire également par la vulgarisation de la science (créations de muséums
d’histoire naturelle, expositions universelles, jardins botaniques…)

I) Micro et astro photographie :
Selon F. Arago, le microscope inventé au
XVIIIème et qui pouvait déjà aider à la
compréhension du vivant devait être couplé avec la
photographie. Ainsi on assiste au couplage entre le
microscope et le daguerréotype. Le daguerréotype
permet d’accroitre la précision du microscope car il
fixe les cellules données.
La microphotographie va alors naitre. Elle
verra le jour avec Alfred Donné (1801-1878)
professeur libre de microscopie à la Faculté de
médecine de Paris, et Léon Foucault (1819-1868),
assistant de Donné. Pour son cours, Foucault réalisa
des projections sur écran de préparations
microscopiques, puis des micro-daguerréotypes.
Dans ce type de photographie, les retouches
vont persistés jusqu'en 1880. Ces retouches ont
pour effet d’accentuer la définition de l’image mais
aussi de gommer les imperfections du négatif.
03 - John Adam Whipple et George Philip Bond - La Lune
(1851), photographie astronomique

La photographie va aussi être utilisée dans
l’astronomie, cette dernière s’appuyant non
seulement sur l’observation mais aussi sur des
calculs mathématiques. En 1847, John Adam
Whipple (1822-1891) et George Philip Bond
(1825-1865) chercheront à obtenir des clichés
stellaires. Le cliché de la lune obtenu ci contre reçu
le prix d’excellence technique { cause de deux
difficultés : la nuit et le mouvement de la nuit.
En 1865, Lewis Rutherfurd (1816-1892),
va
faire
appelle
à
des
photographies
stéréoscopiques (photographies qui donnent
l’impression du relief). Ce procédé met en avant
l’importance de la vision binoculaire dans la
perception du relief. Dans ce cliché, Rutherfurd
utilisa deux appareils qui vont enregistrer l’image {
plusieurs mois d’intervalle.
04 - Lewis Rutherfurd - La Lune (1865), tirage albuminé
d'après négatif au collodion

15

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
Procédé du stéréoscope :
La stéréoscopie (du grec stéréo- : solide, -scope :
vision) est l'ensemble des techniques mises en œuvre
pour reproduire une perception du relief à partir de
deux images planes.
Elle est née pratiquement en même temps que la
photographie et elle se base sur le fait que la
perception humaine du relief se forme dans le cerveau
lorsqu'il reconstitue une seule image à partir de la
perception des deux images planes et différentes
provenant de chaque œil. Il existe, pour réaliser ces
images, aussi bien que pour les observer, une grande
variété de moyens, à la description desquels plusieurs
05 - Stéréoscope pliant fabriqué en Angleterre
(1853)

centaines de livres ont
été consacrés.
En 1883, Andrew Ainslee Common (1841-1903)
obtient un cliché de la nébuleuse d’Orion en utilisant une
nouvelle technique contenant du gélatinobromure d’argent.
Procédé d’Andrew Ainslee Common :
Procédé sec contrairement au collodion ayant le
double avantage d'être très rapide et simple d'emploi, les
négatifs pouvant être préparés à l'avance et utilisés secs.
La sensibilité de ce procédé va être considérablement
améliorée. En 1878, le temps de pose atteint un 25ème de
seconde. Cette technique va apparaitre comme une
révolution dans le domaine de l’astronomie permettant de
résoudre de nombreux problèmes tel que le faible
éclairement ou le fait que les photographies soient prises
la nuit.

06 - Andrew Ainslee Common - La Nébuleuse
d'Orion (1883), astrophotographie au
gélatinobromure d’argent

II) L’oBservation physionomique :
Le domaine de la recherche médicale va également faire appel à la photographie.
Guillaume-Benjamin Duchenne de Boulogne (1806-1875) fut un pionner dans
l’électrophysiologie musculaire. Il utilisa le courant alternatif pour stimuler un seul vaisseau
musculaire. Guillaume-Benjamin Duchenne de Boulogne va créer une série photographique
intitulé : Mécanisme de la physionomie humaine avec le frère cadet de Nadar. « La contraction
combinée des peauciers et des sourciliers associée { l’abaissement volontaire de la mâchoire
inférieure. Effroi mêlé de douleur, torture. »
L’enjeu de cette série est de codifier les expressions faciales afin de les classer et de les
rapporter { des pathologies. L’idée est de mettre en place une typologie des expressions. On
suppose que les passions humaines peuvent être mesurées avec la photographie.

16

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010

De gauche à droite : 07 - Guillaume Benjamin Duchenne de Boulogne - Le Mécanisme de la physionomie humaine (1855-1856)/ 08 - Guillaume
Benjamin Duchenne de Boulogne - Le Mécanisme de la physionomie humaine (1862)/ 09 - Albert Londe - Clin d'œil hystérique (1889)

Duchenne de Boulogne reprend les principes de la physiognomonie. (Association d’un trait
de caractère { un trait physique). En 1862, il expose ses photographies { l’exposition internationale
de Londres et publie cette même année un ouvrage qui se veut à la fois scientifique et artistique. Il
s’inscrit dans la lignée de Charles Le Brun (1619-1690).

10 - Séance de bertillonnage à la Préfecture de police de
Paris (1893)

La photographie va être également employée
dans le traitement des aliénés. Dans les années 1880,
Albert Londe (1858-1917) directeur du service
photographique de la Salpetrière, utilise la photographie
comme outil permettant de mettre en avant et d’analyser
certaines pathologies. La photographie devient alors une
preuve de la pathologie, mais pour que la preuve soit
valide il faut que des règles soient mises en places. Ainsi
Albert Londe va demander à ses sujets de se tenir de face
devant l’objectif, devant un fond blanc. Les
photographies ne prennent en compte que le buste de la
personne et permettent de mettre en avant les
symptômes et de ce fait classer la pathologie.

La photographie va connaitre une autre application, elle sera utiliser dans le domaine de la
justice. En effet, Alphonse Bertillon (1853-1914), considéré comme le père de la photographie
judiciaire, direction du service photographique de la préfecture de Paris va mettre au point
l’anthropométrie signalétique en 1872. Cette dernière constitue en une analyse descriptive de la
figure humaine afin de pouvoir reconnaitre tout individu ensuite. En effet la photographie est
accompagné de 12 mensurations distinctives (taille, mains, longueur des oreilles, longueurs des
pieds…). Toutes ses mesures provenant de la biométrie font qu’il n’y est plus que 1 chance sur
286 000 000 de correspondance entre deux individus. La photographie judiciaire va donc
permettre une individualisation du sujet. Les séances de bertillonnage durant lesquelles Alphonse
Bertillon réalise les photographies judiciaires respectent un ordre très strict. Une photographie de
profil et une de face sont toujours effectués, le sujet est placé sur une chaise face { l’objectif. Cette
17

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
uniformité dans la prise des photographies a pour but d’éliminer tout facteur de variabilité (toutes
dimensions contingentes, subjectives).

De gauche à droite : 11 - Portrait de Francis Galton, photographies anthropométriques prises par Bertillon / 12 - Francis Galton - Composite
photograph (The Jewish Type) (sans date)

Dans cette perspective d’identification, Francis
Galton (1822-1911), cousin de Darwin, va utiliser la
photographie comme un outil scientifique afin de mettre en
place différentes typologies et statistiques. En effet Galton
croyait en la théorie évolutionniste (toutes les sociétés
seraient engagées sur la même voie, vers une seule et
unique fin, la « civilisation » européenne des savants
évolutionnistes eux-mêmes étant comprise comme le point
d'aboutissement du mouvement. Les différences qu'on
observait néanmoins entre des groupes humains
contemporains furent alors expliquées par des progressions
plus ou moins rapides sur une même trajectoire. Les
sociétés extra-européennes étaient ainsi considérées
uniquement en tant que témoins primitifs de stades
13 - Etienne Jules Marey - L'oiseau en vol avec corset
(1878)

antérieurs à
celui atteint par la « civilisation » par excellence,
occidentale, technique et scientifique (Source :
Wikipédia)). Francis Galton dans ses travaux va
créer des images génériques référençant certaines
catégories humaines (exemple : les juifs). Francis
Galton dans ses travaux va entrainer la naissance de
l’eugénisme. (L'étymologie du mot « eugénisme »
est
grecque :
eu
(« bien »)
et
gennaô
(« engendrer »), ce qui signifie littéralement « bien
naître ». Ce néologisme a été utilisé pour la
première fois en 1883 par le britannique Francis
Galton, par le biais d'Erasmus Darwin. La
18

14 - Edweard Muybridge - Étude de la course d'un cheval (1878)

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
préoccupation de Galton pour l’amélioration de l’espèce humaine précède néanmoins largement
l’invention de ce terme. [ la fin des années 1850, la lecture de L'Origine des espèces de son cousin
Charles Darwin renforce sa conviction sélectionniste. En 1869, dans Hereditary Genius, une étude
consacrée au génie des grands hommes britanniques, il conclut à son caractère héréditaire. Il lui
paraît alors nécessaire de maintenir les lignées des grands hommes de la nation par une
organisation rationnelle des mariages, une discipline qu’il désigne sous le nom de « viriculture ». En
1883, Galton publie Inquiries into human faculty and its development : la viriculture y devient
l’eugénisme que Galton considère comme la « science de l’amélioration des lignées » et qu’il entend
appliquer aux êtres humains sur le modèle de l’élevage sélectif des animaux (Source : Wikipédia)).
Etienne Jules Marey (1830-1904) fut
considéré à son époque comme un touche-àtout atypique, il fut un pionnier de la
photographie et un précurseur du cinéma. D’un
point de vue photographique il étudie les
organismes vivants : la physiologie. Il étudie
surtout leur rôle, leur fonctionnement, leur
organisation. Il cherche à décrire les
mouvements des corps aussi bien internes
qu’externes. L’enjeu des expériences d’Etienne
Jules Marey est de comprendre l’évolution du
mouvement dans le temps. En 1878, Etienne
Jules Marey, publie un livre : « La méthode
graphique dans
les
sciences
expérimentales et principalement en physiologie et en médecine ».
15 - Etienne Jules Marey - Course du cheval Lassalle (1878)

La même année, le 14 décembre 1878, un article parait
dans « La Nature » (un hebdomadaire de vulgarisation
scientifique). L’article s’intitule : « Les allures du cheval
représentées par la photographie instantanée ». Le directeur y
présente les travaux d’un
photographe
angloaméricain Edweard
Muybridge (1830-1915). Ce
dernier
à
réaliser
des
photographies séquentielles
présentant un cheval au galop.
Ces dernières sont des
épreuves sur papier à partir 16 - Edweard Muybridge - Étude du saut d'un
cheval (vers 1879)
d’un négatif verre au collodion.
prises à la demande de Lilinde Stanford (1824-1893), ancien
gouverneur de l’état de Californie. Ce dernier avait été intéressé
par les figures d’un cheval au trot qui avait été inspirées { Marey
par sa méthode photographique. En 1874, Marey avait déjà
tenté une expérience similaire sur la course du cheval. Marey
17 - Edweard Muybridge - Étude du saut d'un
avait fixé des balles en caoutchouc sous les sabots du cheval, et
cheval (vers 1879)
lorsque les pattes de l’animal touchée le sol, les balles étaient
19

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
écrasées et évacuer de l’air. Des mesures étaient alors prises par une machine. Le graphe de Marey
amené à la conclusion suivante lors du galop il y a un moment où le cheval avait les « quatre fers en
l’air » (aucune des pattes ne touchaient le sol).
Edweard Muybridge a donc voulu vérifier cette conclusion. Ce dernier utilisa alors la
photographique comme preuve. En juin 1878 il se rend au ranch de L.Stanford et reprend un
dispositif qu’il avait utilisé précédemment afin de créer des photographies séquentielles. Cette
méthode avait déjà été utilisée en 1874 par un astronome, Jules Janssen (1824-1907), pour
représenter le passage de Vénus devant le Soleil. (A savoir que cette tentative avait échouée). Dans
le cas d’Edweard Muybridge, 12 appareils sont disposés autour de la piste afin de faire ressortir le
mouvement de l’animal. Edweard Muybridge, n’est pas très satisfait du résultat, il trouve que le
résultat manque de netteté. Cela est du au fait qu’{ l’époque on utilise encore la technique du
collodion humide. Edweard Muybridge va continuer ses études sur le mouvement, il met au point
en 1879, un appareil, le zoopraxicops (un des premiers systèmes de projection de l’image animée).
Cette invention va être immédiatement présentée en Europe, pendant deux ans. C’est durant cette
présentation qu’Edweard Muybridge va rencontrer Etienne Jules Marey.
Ce dernier va souhaiter la création
d’un fusil photographique afin de
poursuivre ses recherches. Entre janvier et
février 1882, il crée ce fusil photographique
et le présente alors { l’Académie des
Sciences. Dans le cadre de cette
présentation il précise que c’est le canon du
fusil
qui
contient
un
objectif
photographique. En arrière est monté sur la
crosse, on trouve la culasse cylindrique
dans laquelle se trouve un mouvement
d’horlogerie. Quand on presse la détente
du fusil, le rouage se met en place et
plusieurs photographies peuvent alors être
prises. Le fusil permet de prendre 12
clichés à une vitesse de 1/720ème de seconde.

18 - Etienne Jules Marey - Fusil photographique (1882)

C’est la technique du gélatinobromure
d’argent qui permet cette nouvelle
rapidité.
Marey
n’est
pas
complètement satisfait de son
invention, il trouve que ses images
sont trop petites et illisibles. Il va
alors tenter de résoudre ces
problèmes techniques et va alors
mettre au point un nouveau système
qui est présentée également à
l’Académie des Sciences.
Ce nouveau procédé est la
19 - Etienne Jules Marey - Analyse chronophotographique de la marche (1883)
caméra chronophotographique à
plaque fixe. Cette caméra est en fait une chambre obscure classique équipée d’un disque tournant
et d’un obturateur { fenêtre variable (il peut être élargit ou resserré). Le temps de pose est donc
variable et la vitesse de rotation devient variable.
20

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
Pour continuer ses expériences,
il va s’installer dans un hangar. En
1882, Marey va demander à son
nouveau
préparateur,
George
Demenÿ (1850-1919) d’aller acheter
un costume en collant noir tel qu’en
utilisaient les clowns { l’époque et
également des gants de la même
couleur et des chaussures sans talons.
L’idée est de photographier un sujet
qui va être habillé de la sorte devant
une tenture noire. (Sujet quasiment
20 - Etienne Jules Marey - Décomposition d'un saut humain (1886), chronophotographie
invisible, absorbé par l’écran de tenture
noire). Sur ce costume de clown noir,
Etienne Jules Marey, va y ajouter des lignes et des points brillants blancs le longs des membres et au
niveau des articulations. Il obtient alors des trajectoires squelettiques à la faveur du déplacement
du personnage devant ce décor à fond noir. L’image est quasiment abstraite et se rapproche d’un
des premiers clichés de Marey.
La chronophotographie va connaitre d’autres usages, elle va servir dans le domaine de la
balistique, dans l’entrainement des soldats et aussi dans l’entrainement des gymnastes modernes.
La photographie fait plus qu’enregistrer le réel, elle révèle aussi une réalité qui ne peut être
observée autrement. Marey va encore chercher à perfectionner sa machine, en 1888, il met au point
la chronophotographie sur bande de papier sensible et mobile. La plaque fixe utilisée depuis 1882,
est remplacée par une bande en papier de gélatinobromure d’argent qui va dérouler dans la
chambre noire. En 1889, le papier étant jugé trop fragile, sera remplacé par une pellicule de
celluloïd mobile. (6 années avant la naissance du cinématographe).

21 - Etienne Jules Marey - Chronophotographie du vol d'un canard (sans date)

21

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
Chapitre 4 : Entre Légitimité artistique et Amateurisme
I) Une approche littéraire
En 1857, { Manchester lors d’une exposition intitulée « Art Tresours », prés de 600 épreuves
photographiques sont présentées { coté de peinture et d’œuvres d’art. A l’époque l’aristocratie
victorienne apprécie les tableaux vivants (recomposition en peinture de chefs d’œuvres de
l’histoire de l’art) ce qui facilite le succès de la photographie.

De gauche à droite : 01 - Oscar Rejlander - The two ways of life (1857), tableau vivant/ 02 - Raphaël - L'École d'Athènes (1509-1510)

Oscar Rejlander (1813-1875) peintre d’origine
suédoise qui a étudié { l’académie de peinture et de
sculpture de Rome, et qui vivait de la copie de portraits de
maitre ancien, va réaliser, arriver à Londres, de véritables
tableaux photographiques qui rentrent dans le cadre de
l’allégorie. Ces derniers sont porteurs de différents
messages et de symboles. Le succès de ses œuvres tient
aux performances techniques mises en place par
Rejlander. Dans ses autres œuvres, Rejlander va reprendre
des sujets littéraires qui vont permettre un anoblissement
de la photographie.

03 - Oscar Rejlander - The Head of John the Baptist in a
charger (1856)

Henry Peach Robinson (1830-1901) photographe qui va recourir au photomontage
(combinaison de négatifs). Il va s’inspirer d’un poème éponyme « The Lady of Shalott », de la
légende arthurienne mais aussi de peintures de Millet afin de réaliser le photomontage ci dessous.

De gauche à droite : 04 - Henry Peach Robinson - The lady of Shalott (1861)/ 05 - John Everett Millais - Ophélie (1852)

22

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
Toutes ses œuvres vont entrainer une controverse malgré le grand succès commercial. Ainsi
dans son ouvrage de 1862, Disdéri, L’art de la photographie, considère cette production comme un
art impossible du fait que ce type d’œuvre rejette l’un des fondements principaux de la
photographie, le réalisme. A la même époque d’autres photographes vont proposer des œuvres qui
restent antinaturaliste mais qui n’ont pas le même degré d’irrationalité. C’est le cas de Lewis
Carroll (1832-1898).

De gauche à droite : 06 - Lewis Carroll - Edith Mary Liddell, Lorina Charlotte Liddell, Alice Pleasance Liddell (1858), tirage sur papier
albuminé/07 - Lewis Carroll - Alice Liddell (1858)

II) Le Pictorialisme
Henry Peach Robinson, dans un de ses livres, met en avant l’idée que les photographes ne
doivent pas rechercher l’exactitude visuelle. Ils ne doivent pas se limiter { des prises de vues
littérales. Il propose en opposition, de reprendre les codes propres aux arts du dessin, c'est-à-dire,
que selon lui, il va s’agir de penser l’image mécanique en fonction de catégories de l’art. La
photographie en tant que composition, en tant que puissance expressive des lignes, qu’équilibre des
valeurs. Cette proposition va se concrétiser dans une esthétique du pittoresque, une esthétique qui
ne va pas échapper { l’anecdote, et va subir la scène de genre. Elle va vite être supplantée dans le
début des années 1890, par le naturalisme photographie qui va en quelques sortes prolonger cette
esthétique.
Peter Henry Emerson (1856-1936), leader du naturalisme photographique, très connu
pour ses portfolios de la vie paysanne anglo-saxonne, affirme que le naturalisme photographique
n’est pas le réalisme documentaire. Il chercher { redonner la primauté { l’expérience visuelle,
finalement il se place dans la ligne de l’impressionnisme, apparu en France en 1874. Dans son livre
paru en 1889, il mettra en avant le but du naturalisme photographique : donner une impression de
nature aussi semblable que possible que celle faite sur la rétine de l’œil humain. Et pour cela il y a
recourt au flou pour retranscrire la perception humaine. Les contours des personnages ne se
détachent pas de leur environnement, on assiste { l’abandon des lignes graphiques dans le
naturalisme photographique. Les personnages participent de ce fait à une ambiance générale. La
photographie est alors pensée dans le style des masses et des valeurs et n’est plus pensée dans
l’exactitude. Le but étant de trouver une harmonie dans l’image. Dans ses photographies, Peter
Henry Emerson refuse tous effets qui viendrai faire défaut au but du naturalisme photographie. La
photographie en plein air se développant plus vite que le naturalisme photographique, ce dernier
commencera à décliner petit à petit.

23

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010

De gauche à droite : 08 - Peter Henry Emerson - The Poacher - A Hare in View (1888), photogravure/ 09 - Peter
Henry Emerson - Gathering Water Lilies (vers 1885), photogravure

George Davidson (1854-1930) fut un photographe qui continua dans la lignée de
l’esthétique du floue donnant à ses photographies un flou très doux en utilisant une machine, le
sténopé, produit de la révolution industrielle. Le paradoxe du naturalisme photographique est d’un
coté une thématique des sujets naturels renvoyant à la tradition et au passé, mais les images
tradionnalistes sont produites par un outil produit par la révolution industrielle.
Le pictorialisme naquit en
Angleterre par des anglais amoureux
de leur folklore. En France le
pictorialisme se rapproche du picturale
et donc de ce fait de la peinture. Le
pictorialisme s’intéresse donc de ce fait
aux effets plastiques de la peinture. Les
aberrations optiques qui ont étaient
recherchées par les photographes
pictorialistes, ne sont pas les seuls
moyens utilisés par ses derniers. Ils
vont au contraire multiplier les
expérimentations aussi bien au niveau
du tirage des photographies qu’au
niveau des interventions directes sur
les négatifs.
Robert Demachy (1856-1936),
10 - George Davidson - The Onion field (1890)
directeur du bulletin du photoclub
(qui changera de nom en 1903 et deviendra la revue de photographie), mais aussi photographe qui
inventa une nouvelle technique pour ses photographies : le tirage à la gomme bi chromatique. A
cette époque la création de revue photographique est associée en général à la création de club de
photographes amateurs qui vont contribuer à la reconnaissance artistique de la photographie.

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Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010

De gauche à droite : 11 - Robert Demachy - Lutte (1904) tirage à la gomme bi chromatique/ 12 - Robert Demachy - Étude de nu drapé (vers 1907)
tirage à l’huile

Procédé de Robert Demachy :
Il suffit de mélanger dans une solution de gomme arabique, du pigment non gras ou de
l'aquarelle en tube, de sensibiliser avec une solution saturée du bichromate de potassium
(9 %), de coucher ce mélange sur une feuille de papier préalablement gélatinée, après
séchage à l'ombre, d'insoler par contact sous un négatif (sous UV naturels ou lampe), de
dépouiller dans une cuvette d'eau à 20 °C et à intervenir éventuellement avec un pinceau ou
une pissette d'eau pour moduler le résultat final.
En 1898, Robert Demachy s’associera avec Alfred Maskell pour éditer un livre expliquant les
techniques de la photographie pictorialiste. Le but étant d’aller { l’encontre de la photographie
industrielle.
La photographie pictorialiste estompe les contours des formes, la masse de ces dernières va
se mêler au fond de la photographie. A cela s’ajoute un aspect granuleux et brossé des
photographies. Le coté brossé des photographies provient d’une technique appelée « retouche au
burin » par Robert Demachy. Les images redeviennent uniques, cette unicité étant à la base même
du daguerréotype, on voit bien ici un retour au passé pour s’opposer { l’industrialisation. Les
artistes vont alors préférer la facture au sujet des photographies.
Le pictorialiste va petit { petit s’arrêter en France du fait d’une certaine stagnation des
artistes de ce mouvement. En effet la répétition des nombreux sujets va mettre un frein à leur essor.
En revanche le pictorialiste va connaitre un autre essor aux États-Unis et son nouveau centre de
gravité sera New York.

25

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
Edward Steichen (1879 – 1973) photographe qui va chercher { apparaitre en tant qu’artiste
exclusivement. En effet il va se représenter en tant que peintre dans une photographie qui
emprunte tout ses effets visuels à la peinture. Il va de ce fait se proposer pour réaliser une œuvre
digne d’un tableau, où l’image qu’il montre de lui appartiendra { l’ordre de l’aptique. Cette image
n’engage pas simplement l’œil mais elle engage l’ensemble des sens, créant ainsi une atmosphère et
ayant une dimension charnelle très appuyée en raison de ses effets de matières.
« Steichen crée un monde à lui basé sur des choses réelles traduites en rêves. » Sydney Allan, 1903,
Camerawork.

De gauche à droite: 13 - Edward Steichen - Self-portrait with brush and palette (1902)/ 14 - Edward Steichen - Balzac toward the light,
midnight (vers 1908) photogravure tirée de Camerawork N°34/35

La revue Camerawork, dirigée par Alfred Stieglitz (1864-1946), est la revue du pictorialiste
aux Etats-Unis. Alfred Stieglitz va prendre la tête du pictorialiste américain à la fin des années 1990,
et qui se réunit autour d’un club, le cameraclub de New York. En 1902, il va fonder le groupe Photo
Sécession, puis la revue Camerawork, dont l’ambition est de diffuser des photographies tout en
s’inscrivant dans un style très esthétique. Cette revue est très luxueuse, elle cherche à sublimer les
photos lors de leurs reproductions. Le groupe Photo Sécession va, quant à lui, ouvrir une gallérie en
1905, « 291 ». Dans cette gallérie, tout à était pensé pour mettre en valeur les clichés.

De gauche à droite : 15 - Alfred Stieglitz - Torse (1909) photogravure/ 16 - Alfred Stieglitz - Experiment 27 (1909)

26

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
III) La photographie amateur :
Il semble nécessaire de faire la distinction entre deux
types d’amateurs : l’amateur connoisseur (photographie
artisanale) et l’amateur dilettante. Le premier pratique sa
passion avec assiduité et possède un niveau technique et
d’expertise identique voir supérieur aux photographes
professionnels. L’amateur dilettante est quant { lui exemplaire
de la démonstration photographique. Ce développement de
l’amateurisme sera rendu possible grâce { l’utilisation du
gélatinobromure d’argent dans la photographie. En effet ce
dernier permet de libérer le photographe des contraintes de la
pose. La pratique photographique devient plus évidente et plus
facile, ce qui permet aux photographes de sortir plus souvent
de leur studio. Ces derniers vont alors pouvoir faire des photos
sur le vif avec des personnages mouvants sans avoir recourt
nécessairement { l’utilisation d’un trépied. Les manufactures
d’appareils photographiques vont proposer également des
17- Publicité pour un appareil à main (1887)

appareils de plus petites dimensions ayant un impact certains
sur la facilité d’accès { la photographie.
On voit notamment à cette époque la
naissance des appareils à mains.
La production industrielle de
plaque par certaines industries va de
pair avec la création du gélatinobromure
d’argent et notamment la stabilité des
émulsions.
Cette
révolution
eut
notamment lieu aux États Unis,
principalement dans l’entreprise de
George Eastman (1854-1932) qui
dépose son premier brevet en 1879 pour
une nouvelle machine utilisant le
gélatinobromure d’argent. En septembre
18 - Album publicitaire pour les appareils Kodak (vers 1900)
1888, il lance son appareil, le kodak,

19 - Anonyme - Saut (vers 1885), épreuve gélatinoargentique

27

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
appareil de taille réduite, assez léger et surtout déjà munie des plaques sensibles. L’entreprise
kodak, va prendre en charge toutes les étapes de la photographie. Ils mirent notamment un slogan
en avant : « You press the button, we do the rest ». En 1888, 13000 appareils kodak furent vendus.
Cette énorme succès continuera et entraina la création d’un marché de masse pour la photographie.
C’est la simplicité du maniement de l’appareil qui est { l’origine de cette réussite commerciale. Ici,
on se trouve face au simple plaisir de l’enregistrement. La photographie devient de ce fait un loisir
qui se réduit au simple plaisir de la capture d’image.

De gauche à droite : 20 - Jacques-Henri Lartigue - André Haguet dit Dédé mon cousin, Rouzat (1911), épreuve argentique d’après négatif sur verre/ 21 Jacques-Henri Lartigue - Course de voitures, Papa à 80 km heure (1913), épreuve argentique d’après négatif sur verre

Jacques Henri Lartigue (1894-1986), commence en amateur la photographie avec
l’appareil de son père. A partir de 1904, il va systématiser cette pratique en prenant en
photographie ses expériences d’enfant ainsi que sa vie de tout les jours et notamment ses sorties
familiales. L’idée étant de témoigné de la vie quotidienne tout en donnant une place prépondérante
aux thèmes mobiles. Les photographies de Lartigue nous entrainent dans la déformation
photographique. Ses photographies constituent un véritable témoignage de l’époque, notamment la
photographie où l’on peut voir le père du photographe en voiture, cette dernière met en évidence la
modernité grandissante de l’époque.
Filippo Tommaso Marinetti (1876-1944), contemporain de Lartigue, fer de lance du
futurisme, exposa ses idées en ce qui concerne une nouvelle esthétique de la vitesse et de la
modernité industrielle dans un manifeste qui parait en 1909 dans le Figaro. Selon lui, en effet, « La
splendeur du monde s'est enrichie d'une beauté nouvelle : la beauté de la vitesse. Une automobile de
course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l'haleine explosive... Une automobile
rugissante, qui a l'air de courir sur de la mitraille, est plus belle que la Victoire de Samothrace. » . On a
ici l’idée qu’{ l’art traditionnel, l’art du passé, doivent se substituer les objets industrielles.
Marinetti et Lartigue se rejoignent dans la vitesse qui est l’esthétique de la modernité, entrainant
l’œil vers le changement, attirant l’œil vers un monde en perpétuel évolution.

28

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
Chapitre 5 : de la modernité
I) Un ART Expérimental :
Au début du XXème siècle, la photographie va affirmer son propre langage. Ce médium va
s’inscrire dés lors dans la culture urbaine et industrielle qui se développe { la même époque. Les
images témoignent alors de cette modernité en témoignant leur autonomie. Elles travaillent sur
leur caractère spécifique tout en rendant compte de l’évolution des sociétés occidentales qui sont
prises entres les utopies d’une monde meilleur et les dures oppositions idéologiques.
La photographie devient un art expérimental du fait qu’elle transgresse les codes visuels
déjà existant, transgressant ainsi la culture académique dans le but de créer de nouveau langage. De
ce point de vue, la photographie va entretenir un
dialogue constant avec les arts plastiques, qui sont
marqués en ce début du XXème siècle, par l’émergence
des avants gardes. Ces derniers désirant inventer de
nouveaux procédés de création. La notion d’avantgarde provient du domaine militaire, elle évoque les
éclaireurs qui devancent le gros des troupes. Si on
utilise cette idée dans le domaine artistique, c’est
dans l’idée que les artistes sont { la pointe de leur
temps présent. Ils anticipent de ce fait sur le devenir
du monde, en se tournant vers un avenir qui est
synonyme d’inconnu. Il y a donc une scission qui
s’opère entre les avant-gardes et les conservateurs
des codes académiques.
En 1916, un photographe, Alvin Langdon
Coburn (1882-1966), publie un article qui s’appelle
le futur de la photographie pictorialiste dans lequel il
affirme la nécessité de devenir moderne. Il introduit
également un terme dans cet article, « abstract
photography » : idée qui prend le contrepied de la
fonction descriptive du médium photographique. Il
01 - Alvin Langdon Coburn - Vortographie d'Ezra Pound (1917),
ne s’agit donc plus de capter avec précision les
épreuve gélantinoargentique
apparences du monde, mais plutôt de le transformer.
Il invente le vortoscope, machine composé de trois miroirs qui sont réunis en un triangle agissant
de ce fait comme un prisme (ils vont démultiplier l’image).
En 1917, il réalise 18 vortographies qui seront présentées au Caméra Club de Londres. Avec
ses vortographies, Coburn participe au mouvement anglais, le vorticisme. Ce mouvement existant
entre 1914 et 1917, proche du cubisme et du futurisme, privilégie la représentation du mouvement.
C’est en quelque sorte une adaptation anglaise du cubisme et du futurisme. C’est Ezra Pound
(1885-1972) qui qualifiera ce mouvement en pensant au vortex qui selon lui correspondait au point
maximum d’énergie et représentant en mécanique la plus grande efficacité. Il semble nécessaire de
noter qu’{ cette époque, les avants gardes s’intéressent fortement aux sciences. La photographie va
alors abandonner l’idée de reproduction du réel, mais va bien au contraire produire du réel. Il y a de
ce fait une libération du médium photographique, il n’y a plus d’intervention picturale sur le motif,
l’image ne fait que découler de la prise de vue. Le réel est interprété par le vortoscope.

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Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010

De gauche à droite : 02 - Christian Schad - Sans titre (1927), schadographie (appellation de 1936), photogramme / 03 - Lazslo
Moholy-Nagy - Sans titre (1925-1926), photogramme (épreuve gélatinoargentique)

Les premières expérimentations sont formalistes, en effet elles ne font que privilégier la
forme par rapport au rendu. Alvin Langdon Coburn sera la premier photographe { s’aventurer du
coté de l’inobjectivité. D’autres artistes vont emprunter cette voie abstraite, notamment Christian
Schad (1894-1982) qui côtoie le groupe Dada à Zurich lors de la première guerre mondiale. En
1919, il va pratiquer la technique du photogramme, technique qui réactive les dessins
photogéniques de Henry Fox Talbot, qui ne font pas appel { un appareil photographique. L’idée
étant d’obtenir des empruntes lumineuses d’objets.
Les objets utilisés par Schad, sont généralement des objets de rebus, des morceaux de
papiers, des journaux, des bouts de ficelles… De plus elles sont sans titre, l’idée étant de produire de
nouvelles formes sans nom. On ne cherche pas à reconnaitre une forme ou un objet, le but est de
créer du nouveau en faisant appel au hasard.
Dans le même registre, on peut citer un artiste hongrois Làzslo Moholy-Nagy (1895-1946)
qui va développer cette technique dans une école, le Bauhaus, précisément lorsque cette école fut
installée à Weimar en 1923. Cette école, le Bauhaus, souhaite faire la jonction entre l’industrie et la
production artistique. Le but étant de produire un homme
nouveau, une nouvelle culture, une nouvelle civilisation. La
photographie devient pleinement une technique abstraite,
c'est-à-dire que dans le cas présent elle ne signifie rien
d’autre qu’elle-même, c’est une manière de souligner
l’autonomie de la photographie. Dans cette perspective, le
photogramme apparait pour L. Moholy-Nagy, le degré zéro
de la photographie (la base de la création optique). Pour lui
le photogramme est une mise en forme de la lumière directe.
« La lumière est pratiquement saisie dans on
rayonnement immédiat, fluctuant et oscillant ». L. MoholyNagy
Dans son travail L. Moholy-Nagy, va insister sur la
dimension immatérielle de ses créations, cette immatérialité
va intéresser les artistes tout simplement parce qu’elle
s’oppose au matériel du peintre. On arrive alors à saisir
toute les potentialités optique du médium et notamment la
palette des tonalités, la photographie va être en quelque
sorte une peinture à la lumière. A partir de 1924, L. Moholy- 04 - Lazslo Moholy-Nagy - Vue de la radio à Berlin en
hiver (1928), épreuve gélatinoargentique
Nagy, va commencer à travailler avec une chambre noire. Ce
30

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
qui l’intéresse se sont les textures des objets (opaque, transparent, diaphane), l’idée étant de varier
indéfiniment les possibilités. Il va de plus faire appel à des techniques de masquage des objets, afin
d’obtenir des images uniques, tels que les anciens daguerréotypes. L’idée de produire un nouveau
regard sur le monde est mise en avant par l’artiste hongrois.
Une exposition eut lieue en 1929 à Stuttgart : « Film
und Foto », cette dernière mettra en avant l’attachement des
avants gardistes à ce nouveau regard sur le monde. Dans
l’affiche ci contre, on peut voir un opérateur tenant un
appareil photo. Le cadrage en contre plongée est particulier
pour l’époque, le corps de l’opérateur met en avant une
imposante oblique qui créer une image insolite. Les
photographes de cette nouvelle vision vont délaisser cette
vision du nombril au profit de nouvelles images. Dans ce
contexte le photographe va découvrir la réalité plus qu’il ne
l’enregistre, le photographe produit le réel.
Laszlo M. Nagy va exprimer une opposition touchant
la photographie { l’époque : « Nous devons tenter d’exploiter
{ des fins productives les appareils qui jusqu’alors n’avaient
été utilisé qu’{ des fins reproductives ». Dans cette opposition,
on retrouve une autre opposition entre l’activité et la
passivité du photographe. Cette nouvelle vision va accorder
07 - Affiche de l'exposition Film und Foto (1929)
une accordance particulière aux effets visuelles, en effet les
photographes vont utiliser les gros plans, la perspective appuyée ou encore la vue en contre
plongée. Le but étant de donner { l’image une dimension plastique.
L’un des acteurs de cette nouvelle vision, est un artiste russe, Alexandre Rodtchenko
(1891-1956). Ce dernier abandonnera la peinture en 1921 pour se consacrer pleinement à la
photographie trois ans après. Dans ce passage d’un médium { un autre se joue le passage { la
modernité de la société de l’époque. Dans son travail photographique, l’artiste va contester de
manière radicale la perspective centrale qui est utilisé depuis le XVème siècle. En effet cette dernière
assigne au spectateur une position située dans un espace homogène et continue. Cet espace unitaire
et parcourable de façon mentale par le spectateur peut aussi être qualifié de statique car ne faisant
preuve que d’un seul point de vue. Dans les photographies de Rodtchenko, en accentuant le point de
vue on assiste au passage d’un espace statique { un espace dynamique. Cette espace dynamique
s’observe { travers de nombreux points qui répondent { des schémas géométriques, répétitifs, des
schémas qui produisent un rythme. Par exemple, la vue en contre plongée permet une répétition du
motif, donnant à cette dernière une forme plastique qui s’allonge vers l’infinie en s’appuyant sur la
diagonale. D’autres cadrages vont permettre de créer des raccourcis entrainant des aspects de
rapidité dans les photographies.
Un théoricien, Ossip Brik (1888-1945), expliquera que le rôle de l’appareil photographique
et de la caméra n’est pas d’imiter l’œil humain mais de voir et de fixer ce que l’œil humain ne voit
pas d’ordinaire. L’ambition de cette photographie est donc d’élargir le champ visuel ordinaire. Les
artistes de la nouvelle vision en s’engageant dans le ce passage { la modernité rejoignent en
quelque sorte le domaine scientifique de l’époque.. Seulement cette modernité n’est pas acceptée
par tous, elle connait même de fortes critiques, notamment en URSS où elle n’est pas forcément
perçue de manière bienveillante.
31

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
Dans le contexte politique de l’époque, la Russie connait une prise de pouvoir des bolcheviks
amenant { la création de l’URSS et { l’accession au pouvoir de Staline qui va mettre en place un
régime totalitaire. Les artistes conservateurs russes prônent un langage artistique jugé accessible
aux masses, c'est-à-dire un langage issu de la tradition qui n’est autre que le réalisme académique.
De l’autre coté, les artistes d’avant-gardes, considèrent que l’URSS doit produire une nouvelle
culture, un nouveau vocabulaire artistique. Cette tension entre les conservateurs et les avant
gardistes sera visible notamment en 1931, lors d’une exposition intitulée « Octobre » auquel
participe Alexandre Rodtchenko. Cette exposition sera très mal accueillie, voici un discours paru
dans un journal { l’époque : « Les camarades du groupe Octobre possèdent parfaitement la technique
photographique mais les questions de composition, de facture, d’angles de vues et d’inclinaisons entre
les plans commencent { jouer chez eux un rôle prépondérant, tout cela témoigne d’une très nette
déviation formaliste et d’un manque de sensibilité politique ». On assiste ainsi à une opposition entre
autonomie de l’image et un langage artistique accessible à tous.
En dehors de l’URSS, en Allemagne et aux USA, cette opposition entre modernité et réalisme
photographique n’existe pas. Cela est due au fait que ces deux pays vont développer une esthétique
du document.

De gauche à droite : 05 - Aleksander Rodchenko - Balcons (1925), épreuve argentique /06 - Aleksander Rodchenko - Place du théâtre (1929), épreuve
argentique

II) Une esthétique du document :
Cette esthétique du document sera visible dans un ouvrage qui parait en 1928 et qui a pour
titre « Die Welt ist schön» (Le Monde est Beau). Ce live écrit par Albert Renger-Patzsch (1897-1966)
est consacré à la simple description du monde environnent. Ce livre procède par une approche
encyclopédique, du fait que Ranger Patzsch y regroupe tous un tas de sujets divers. Dans les
photographies présentes on assiste { une décontextualisation des objets. L’absence de volonté de
production de nouvelle vision nous place aux antipodes de la volonté de Rodtchenko.
Le médium photographie s’efface devant le motif et le photographe lui-même s’efface au
profit du motif. En effet il n’y a pas de marque personnel, il n’y a pas de style. On retrouve donc ici
une dimension de photographie objective. L’idée que la photographie est neutre et de ce fait qu’elle
doit rendre du réel tel qu’il est. Dans son livre Albert Renger-Patzsch écrivit : « Laissons l’art aux
artistes et essayons par les moyens de la photographie de créer des photographies qui tiennent
seulement par leurs qualités photographiques ». Le photographe doit selon lui ne faire que de la
photographie.
On assiste à cette époque { l’émergence d’un nouveau mouvement artistique en Allemagne,
la Nouvelle Objectivité (Neue Sachlichkeit). Ce mouvement refuse l’expressivité du photographe qui
n’est perçut que comme un simple technicien. La vision proposée par ce mouvement est considérer
comme une fuite face à la réalité politique et sociale.
32

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010

De gauche à droite : 08 - Albert Renger-Patzsch - Fers à repasser pour la fabrication de chaussures (1926), épreuve argentique / 09 - Albert RengerPatzsch - Tête de vipère (vers 1927), épreuve argentique

Cette dimension sociale n’est pas complètement écartée, en effet on la retrouve dans le
travail d’August Sander (1876-1964). Ce dernier va produire des portraits commerciaux qui
répondent à un certain nombre de caractéristiques visuelles, dont la répétition va faire style. Dans
ses photographies, il utilise un dispositif strict lors de la création de ces dernières. En fait il ne
cherche pas du tout l’illusion du naturel domestique. Il y substitue une procédure, { chaque fois les
modèles posent de face, le plus souvent { l’extérieur et sont souvent vus en pied et ils présentent
une certaine rigueur, une certaine fixité. A partir des années
1920, Sander va sortir de ce cadre commercial, tout
simplement par ce qu’il va concevoir le projet de réaliser un
portrait de la société allemande de l’époque. Et pour cela il
va regrouper toutes les catégories sociaux-professionnelles
existantes. Il s’agit d’un projet qui { pour titre : « Les
hommes du XXème siècle ». En 1925, il note qu’il veut réaliser
une coupe de la société contemporaine et pour cela il utilise
une photographie claire, pure et absolue. La clarté à un
rapport certain avec la connaissance et de ce fait avec la
conscience (projet d’humanisation du XVIIIème siècle). Il a ici
une idée de transparence qui rejoint cet idéal de
connaissance. Le projet de Sander rejoint également cet
idéal. Et pour cela les photographies de Sander doivent faire
abstraction de toute ambigüité et faire preuve de clarté.
D’un point de vue général, le photographe doit s’effacer vis
à vis du modèle. Bien sur il choisit le cadrage, le décor sauf
que la personne photographiée compose aussi son image.
On assiste donc à un échange entre le modèle et le
photographe. La plupart du temps, le résultat final montre
que le modèle regarde en direction du photographe, et se
présente de face par rapport aux spectateurs et apparait
33

10 - August Sander - Fiancés paysans (vers 1914),
épreuve argentique

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
concentrée, il a une présence véritable. Le but de cette série photographique est de mettre en avant
les spécificités morphologiques et vestimentaires des modèles. Le travail conceptuel de Sander
utilise la série, en se basant sur la typologie il se rapproche bel et bien du domaine de la
commercialisation. L’emploi de la série permettant notamment d’accentuer la lisibilité de l’image.

De gauche à droite : 11 - August Sander - Artiste de cirque (1926-1932), épreuve argentique/ 12 - August Sander - Maître pâtissier (vers 1928), épreuve
argentique / 13 - August Sander - Greffier (1932), épreuve argentique

Cette dimension sérielle va être retrouvée aux USA dans un projet de la FSA (Farm Security
Administration) qui se développe entre 1935 et 1943. Cette agence, qui appartient au domaine de
l’information, fut créé durant la période du New Deal. Ce programme de cette division de
l’information est plutôt flou. En effet ce programme
fait appel à des photographes notamment Walker
Evans (1903-1975) qui s’intéressent particulièrement
à la culture vernaculaire. L’idée étant de créer des
archives au sujet des caractéristiques urbaines et
architecturales de la ville d’Atlanta. Pour cela Walker
Evans travaille avec une chambre de grand format, ce
qui l’intéresse particulièrement se sont les affiches de
cinéma qui sont visibles sur les palissades de la ville.
Dans son travail on voit bel est bien qu’il respecte tout
les aspects de l’esthétique documentaire, par exemple
la photo ci contre est claire, ordonnée, le point de vue
est frontal. On voit ainsi une minutie descriptive,
14 - Walker Evans - Maisons et affiches à Atlanta (Géorgie)
engageant
du coté de la neutralité le point de vue.
(1936), épreuve argentique
Dans son travail photographique, Walker Evans
procède à une économie des moyens qui correspond à une esthétique à part entière, sauf que cette
esthétique correspond à une écriture qui reste impersonnelle où le photographe ne se met pas en
34

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
avant, il reste en retrait par rapport à son sujet. Il y a donc absence de signature visuelle tout
simplement parce que Walker Evans s’inscrit dans le domaine du patrimoine. Le projet étant
d’enregistrer pour l’avenir les traces d’un présent voué { disparaitre. On peut même dire que le
projet est d’enregistrer pour l’avenir les traces d’un présent déj{ considérer comme passé. Il ne
s’agit pas plus de faire de belles photographies. Ce projet comporte un 2ème volet qui est un volet de
témoignage social. Ainsi Walker Evans va s’immerger dans la vie de différents citoyens américains,
notamment les plus démunis qui furent les plus sévèrement touchés lors de la crise de 1929. Il va
réaliser ainsi un véritable reportage en vivant au contact des ses modèles.

De gauche à droite : 15 - Walker Evans - Coin de cuisine dans la maison des Burroughs (1936), épreuve argentique/ 16 - Walker Evans Famille de fermiers, Hale County (Alabama) (1936), épreuve argentique

Femme aveugle, NY, photogravure de 1916, Paul Strand
(1890-1976), portrait frontal en gros plan prise dans les rues de
New York.
Paul Strand (1890-1976), l’image a cette dimension
d’immédiateté. On est confronté { une réalité directe. Antipode
du pictorialiste. On est à un document « brute », elle s’inscrit
dans le registre de la photographie pure. C’est la photographie
que défend Alfred Stieglitz. Cette photographie pure est
essentiellement descriptive. Le cliché n’est pas pris pour
soulever des questionnements, il ne fait que mettre en avant des
images crues, pures. « La Straight Photography » met en avant
une littéralité visuelle qui passe par la netteté de l’image qui
participe à cette franchise, à cette crudité.
III) Le photojournalisme :
17 - Paul Strand - Femme aveugle (1916)

35

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
La
naissance
du
photojournalisme a lieu durant
l’entre deux guerres, et cette
naissance est liée { l’essor et au
succès de la presse illustrée mais
surtout
du
reportage
photographique. La presse en effet
est apparu très tôt, elle suit
quasiment
l’invention
de
la
photographie. Le premier magazine
illustré : The Illustrated London
News, 1842. Il est suivit par
l’Illustration, version française, qui
est publiée pour la première fois en
mars 1843. En juillet 1943, en Allemagne, l’Illustrierte Zeitung. Dans un premier temps, elle ne
correspond pas { la recherche journalistique. Elle n’a que pour but la diffusion des nouvelles. C’est
l’Allemagne qui connaitra la première réussite dans ce domaine avec le Berliner Illustrierte Zeitung,
fondé en 1891. Ce succès ce voit { travers le nombre de tirage, 5 millions d’exemplaires (tout les
illustrés allemands). Nombre de lecteurs : 20 millions, soit 1 allemand sur 2. En France, entre 1918
et 1939, on voit 350 nouveaux périodiques naissent. Ces 350 décident de donner une place
prépondérante { l’image.
Match (1926), Vu (1928) et qui est dirigé par Lucien Vogel (1886-1954). Le reportage
apparait, et entraine un véritable changement dans le rapporte texte/image. Habituellement les
clichés illustrés un texte, mais lors de l’entre deux guerres, le récit va être créé de lui-même par les
images et non plus par le texte. Les images gagnent de ce fait en autonomie, elle n’est plus asservie
au texte. On assiste alors à la naissance de séquences de photographies.
Repartage Photographie, 1 avril 1931, Vu : Reportage sur Charlie Chaplin. Le travail précis
de la maquette qui alterne image et texte. Les images constituent des découpes dynamiques au
niveau de la maquette. Elles sont dynamiques du fait de l’alternance des formes. Cette organisation
permet d’animer la maquette. Les photographies sont utilisés { bord perdu (sans liserais, sans
cadre) ce qui permet une intégration au sein même de la maquette. Ces photoreportages vont
entrainer
le
développement
du
photojournalisme. Ce dernier est aussi dû
{ l’évolution technique des appareils.
Certains
de
ces
derniers
vont
révolutionner la prise de vue sur le vif, en
1924 : l’ermanox, appareil { plaque de
verres qui sont de petites dimensions. Ce
dernier est connu car il possède un objectif
très lumineux. Le Leica qui est crée en
1925 et qui est inventé par Oskar Barnack
(1879-1936), premier appareil qui utilise
des rouleaux de film de 35 mm. Il y a alors
la possibilité de faire plusieurs clichés (36
photographies à la suite).
Cela va entrainer un changement
dans la pratique, matériel plus léger, plus
pratique, prise de vue plus rapide. C’est
36

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
l’appareil moderne par excellence, ile st mobile, rapide. Il permet une adéquation entre l’œil et la
main.
Banquet au quai d’Orsay, Erich Salomon
(1886-1944), 1931, photo { l’ermanox. Ce dernier
permet de prendre des photos sur le vif et en
pleine discrétion. Dans le cas présent il s’est
infiltré au sein du Ministères des affaires
étrangères, et il surprend le ministre de l’époque,
Aristide Briand (1842-1932).
Salomon est un photoreporter qui couvre
les événements politiques, il est l’archétype du
photoreporter qui va apparaitre dans l’entre deux
guerres. Le photoreporter, tient du journaliste, de
l’artiste, du sportif et un expérimentateur.
Le photoreporter va devenir mythique dans
le cadre de la guerre d’Espagne. Ce dernier va devenir en quelque sorte un globetrotteur. Une
esthétique va se mettre en place.
Robert Capa (1913-1954), l’un des plus célèbres de cette carrière de photojournaliste. C’est
un photographe américain, d’origine hongroise (Endre Ernö Friedman). Il est envoyé en aout 1936
en Espagne pour couvrir la guerre civile qui a lieu, par l’hebdomadaire Vu qui consacre un numéro
spécial sur cette guerre. Dans ce numéro, Lucien Vogel prend ouvertement parti pour les
Républicains. Cet engagement va être de courte de durée, car fin 1936, le magazine est racheté.
Une double page qui présente en haut à gauche le
cliché le plus célèbre du conflit espagnol. Capa a
photographié un soldat républicain au moment ou il est
fauché par une balle.
Dimension lyrique donné par la légende : « Le
jarret vif, la poitrine au vent, fusil au poing, il dévale la
pente …. Soudain l’essor est brisé … la terre natale ». Dans
ce reportage, tout les éléments de l’esthétique sont
présent : proximité avec le sujet qui montre la volonté de
témoigner de la part du photoreporter ; l’instantanéité qui
souligne le vérisme du document qui passe par l’arrêt du
mouvement ; le caractère tragique de la situation qui a
pour effet de témoigner de l’intégrité du photoreporter.
L’esthétique du photoreportage s’appuie sur la croyance
en une possibilité à capter à la fois un moment
exceptionnel et fugitif. On est dans le registre de la
modernité et de la vitesse.
Regards, 10 décembre 1936, robert capa, capitale
crucifiée, Madrid bombardée par la Phalange De Franco.
Regards est le magazine illustré du parti communiste
français dont le premier numéro est sorti en 1933. Cette
dernière va connaitre un énorme succès durant l’entre
deux guerres. Cette dernière est engagée politiquement. On quitte le domaine de la neutralité
journalistique, on est dés { présente dans le domaine de l’engagement. Le but de ce numéro est de
montrer les horreurs de la guerre et de les dénoncer dans le but d’alerter l’opinion publique. Pour
37

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
cela on fait appel à des reportages spectaculaires et sentimentaux. Une place prépondérante est
donnée l’image. Ces dernières sont spatialisées dans la maquette, le but étant d’améliorer l’efficacité
visuelle.
Les articles sont acheminés par voiture ou
par avion, également par téléphone quand s’est
possible. Pour les photographies, ont fait appel
au bélinographe, d’Édouard Belin (1876-1963).
Cette machine permet la transmission des images
par fils, par radiotélégraphie. A partir de 1933, le
bélinographe est transportable dans une valise.
Collectif de 5 photographes Espagnols,
Mayo qui va également couvrir la guerre civile
espagnole. Ce reportage est paru en 1938 dans la
Revue Match. Ce reportage met en avant les
photoreporters eux-mêmes et les dangers de leur
travail. Il y a une assistance sur la bravoure de
ces derniers. Le photographe est partie prenant
de l’action. C’est son expérience qui fait l’objet du
récit. C’est un personnage indépendant. Ce
dernier pour assurer son autonomie, va créer des
agences photographiques de presse. Keystone
(1925, à Paris), Dephot (1928, en Allemagne),
Magnum (1947, au USA). Cette dernière réunit
Henri Cartier Bresson (1908-2004), Robert Capa,
George Roger (1908-1995), David Seymour
(1911-1956), William Vandivert (1912-1992).
Ces derniers sont propriétaires de leurs clichés même s’ils travaillent pour une revue. Il a respect
de leur propriété. Le photoreporter est un homme de progrès qui s’inscrit bien dans cette
modernité de l’entre deux guerres, il est service de l’information dans la perspective d’une meilleur
compréhension du monde.

CHAPITRE VI : HUMANISE FRANCAIS, NOUVELLE PHOTOGRAPHIE
AMÉRICAINE, OBJECTIVITÉ ALLEMANDE
I) Le réalisme poétique en France
Le courant humaniste se manifeste en France entre les années 30 et 60. (Le front Populaire
de 1936 et le Mouvement de mai 68). Il est difficile de définir la photo humaniste, mais il néanmoins
possible de souligner le fait que les photographes qui sont sous cette étiquette partagent
généralement un intérêt pour la figure humaine et la relation que celle-ci entretient avec son milieu.
La plupart des ces photographes posent un regard bienveillant sur le monde qui a pour but de
témoigner de la dignité de chaque individu. C’est donc une photographie qui est aux antipodes de
toutes expérimentations plastiques. Elle accorde une place toute particulière aux scènes de la vie
quotidienne. Elle se place { mie chemin entre le constat documentaire et de l’empathie idéaliste. Le
photographe est proche de son sujet, afin que le spectateur le soit également. Le mouvement
humaniste est international, comme le pictorialiste, mais c’est véritablement en France qu’il connait
38

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
son essor. Il s’ancre dans ce moment
de l’après guerre qui est marqué par
la reconstruction de l’Europe grâce {
l’aide américaine (Plan Marshall) mais
c’est aussi la période du baby boom
qui souligne le retour de la joie de
vivre. Les photographes humanistes
vont traduire ce mouvement culturel
dans leurs clichés. Ils vont traduire les
bonheurs simples de l’existence et ils
vont
s’intéresser
tout
particulièrement au milieu populaire.
La photographie humaniste est une
ode au genre humaine.
En 1945, la création de l’ONU
et de l’UNESCO, en 1946 : l’OMS et
l’UNICEF, et en 1947 la déclaration internationale des droits de l’homme est promulguée.
Cette photographie humaniste s’inscrit dans la rue, qui est un véritable lieu de vie. Les
photographes humanistes sont des flâneurs, des solitaires qui arpentent la ville. Ils vont s’intéresser
aux quartiers de Paris. Il recherche les petites choses insignifiantes mais infiniment précieuses
(Henri Miller). On est face { une poésie de la banalité qui s’appuie la encore, sur une vision fugitive.
Elle est { l’écoute d’une beauté éphémère.
Paris, bouquiniste, tirage argentique de 1964.
Jacques Darche (1922-1965), ce dernier
est surtout connu pour avoir connu en 1947, le
club français du livre, il en sera le directeur
jusqu’en 1955. La photographie humaniste a le
gout pour les anecdotes souriantes, les petites
gestes qui font la trame de la vie journalière.
Finalement la photo humaniste produit des
fragments existentiels, des illuminations
poétiques recherchées par les photographes lors
de leurs ballades dans la ville.
Deux écoliers à l’Odéon, tirage argentique
Ilse Bing (1899-1998) photographe
allemande qui va faire de nombreux séjours à
paris. Elle utilise un appareil un peu vétuste, un
roleiflex. Elle met en avant une poésie de la rue,
du pittoresque.
Les photographes humanistes montrent
un monde sans phare, un monde authentique,
très loin de la séduction esthétique. Le but est
d’être le plus « fidèle » possible à la réalité pour
39

Introduction { l’Histoire de la Photographie 2010
capter des scènes d’une certaines fraicheurs.
Tirage argentique
Édouard Boubat (1923-1999), saisir
des instants volés. L’ambition est d’être dans
un sujet très pudique.

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