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LÉOPOLD HUGO DANS L’AFFAIRE DES COLLETS BLEUS,
D’APRÈS LE MÉMOIRE DU CITOYEN GUESTARD

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Découverte d’un manuscrit

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C’est en venant photographier de très beaux meubles anciens dans un grenier des HautesAlpes que j’ai découvert ce texte il y a près de quarante ans. Émergeant d’un poussiéreux bricà-brac, le manuscrit traînait sur un coffre portant la date de 1720, dans une maison vieille de
trois ou quatre siècles, située dans un hameau perché à 1550 mètres d’altitude, dans une
région montagneuse frontalière de l’Italie où j’ai résidé pendant dix ans. Voyant qu’il datait
l’an XI de la République, je priai mon voisin de me le prêter, le temps de le lire. Je compris
rapidement qu’il avait été rédigé par un militaire accusé de concussion, mais mon attention
s’éveilla tout à fait lorsque je lus le nom de son accusateur : Léopold Hugo. Ce texte m’avait
alors immédiatement frappée par son style direct et son intérêt documentaire, mais je n’avais
pu à l’époque que le recopier soigneusement sur ma vieille machine à écrire “Underwood
1911” avant de le rendre à son propriétaire qui ne l’avait probablement pas lu. Mais son
ancêtre avait eu l’original en main. Le trouvant sans doute fort intéressant, il l’avait fait copier
par l’un de ses employés, alors que tous deux travaillaient dans une imprimerie à Marseille.
Pour comprendre comment un texte imprimé à Marseille a pu parvenir dans ces montagnes,
il est nécessaire de dire deux mots des coutumes très particulières des paysans des HautesAlpes. Longtemps avant que l’école soit obligatoire, les habitants de ces régions exigeaient de
tous leurs enfants qu’ils apprennent à lire, écrire et compter auprès d’un instituteur recruté
chaque année par la communauté et rétribué à ses frais. Cet effort remarquable pour l’époque
fut sans doute facilité par les privilèges accordés dès 1343 aux Briançonnais par une Grande
Charte des Libertés, privilèges qui ne furent abolis qu’en 1790. Traditionnellement aussi, les
jeunes gens de ce pays partaient travailler en Provence ou à Lyon pendant quelques années
pour se faire un pécule avant de se marier. L’éducation de ces villageois leur permettait de
trouver en ville un travail bien rémunéré. Ainsi fit certainement l’ancêtre de mon voisin : il