Léopold Hugo se rebelle.pdf


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s’en alla à Marseille, trouva à s’embaucher dans une imprimerie et revint ensuite au pays,
apparemment plus vite qu’il ne l’aurait souhaité, à cause de difficultés non précisées dans la
note finale, rapportant dans ses bagages la copie du mémoire.
Car le manuscrit n’était qu’une copie du « MÉMOIRE Du Citoyen Guestard, chef de la
20ème demi-brigade de ligne AU PREMIER CONSUL de la république française ». Il est dit
en dernière page de cette copie qu’elle a été faite « à l’imprimerie d'Elisabetz Martin, à
Marseille, sur le Cours ». Après cette indication suivie du nom de l’auteur, le copiste a ajouté
une note en latin fort précieuse, dans laquelle il affirme s’appeler Bonaventure Michel Chalvet
et avoir « peint » ce manuscrit sous la dictée de son « maître A.». Bonaventure laisse ensuite
entendre que son patron, non seulement eut en main l’original du Mémoire de Guestard, mais
qu’il participa à sa rédaction : il le « prépara pour le chef de brigade Guestard (paratum Civi
Guestard, qui Erat Cum imperio in vinginti Cohorte) ». On doit plutôt penser que le copiste
eut accès à ce texte parce que son auteur, Guestard, qui stationnait alors à Aix après avoir
passé une année à Besançon et se préparait à embarquer pour la Corse, l’avait chargé
d’imprimer son mémoire avant de le présenter à Bonaparte, car ses accusateurs firent euxmêmes imprimer leurs libelles. Jugeant, quoiqu’il en soit, ce texte d’un grand intérêt, le
« maître » l’avait fait copier « à la dérobée » par l’un de ses employés, autrement dit à l’insu
de son auteur.
Ce texte semble avoir été écrit d’un jet. La sincère indignation de ce vieux militaire
transparaît à chaque ligne. Pourtant, plus il se défend, plus il apparaît qu’il était effectivement
coupable, de concussion sans doute, mais aussi d’un amour équivoque pour son tambourmajor, qu’il désirait ardemment habiller de façon magnifique. Lui-même dit d’ailleurs : « Si je
suis coupable, je ne le suis que d’un excès d’attachement à mon état et par une forte envie de
donner du lustre à la demi-brigade. J’ai cru que ce lustre, cet éclat dont j’étois ivre, pouvoit
être procuré aux militaires servans dans le corps par ceux rentrans dans leurs foyers. Les
libéralités de ces derniers ont été ma seule ressource. Mes mains sont pures ». Notre doute va
sourdre de derrière ces mots, si candides en apparence. Tout l’intérêt du texte tient alors dans
ce cumul d’aveux involontaires, éclairant au fur et à mesure les causes réelles et les détails de
cette « affaire des collets bleus » que l’on va lire, lancée et organisée par Léopold Hugo.
Bien qu’il ne relate qu’un incident mineur de la vie de Léopold Hugo, les détails et
renseignements qu’il contient non seulement sur la vie et le caractère du père de Victor Hugo