172801 LdP CH09 .pdf



Nom original: 172801_LdP_CH09.pdf

Ce document au format PDF 1.6 a été généré par Adobe InDesign CS5.5 (7.5) / Adobe PDF Library 9.9, et a été envoyé sur fichier-pdf.fr le 09/01/2017 à 18:31, depuis l'adresse IP 78.213.x.x. La présente page de téléchargement du fichier a été vue 1833 fois.
Taille du document: 307 Ko (27 pages).
Confidentialité: fichier public


Aperçu du document


Chapitre

9

Le Proche et le Moyen-Orient,
un foyer de conflits depuis 1918
� MANUEL, PAGES 254-287

◗ Présentation de la question
• La mise en œuvre du nouveau programme soulève deux difficultés principales. Il faut présenter, dans un volume horaire réduit (six heures
environ), une synthèse cohérente des nombreux
conflits qui ont ensanglanté la région du MoyenOrient au XXe siècle. Il est par ailleurs indispensable d’appréhender l’histoire du conflit israéloarabe de manière équilibrée, en neutralisant les
tensions qu’il peut susciter en France, et ce, bien
au-delà des communautés juives et musulmanes.
Ce n’est pas toujours aisé, car la bibliographie
disponible en français est souvent orientée dans
un sens plutôt défavorable à Israël. Ce sont pourtant des historiens israéliens qui, en s’appuyant
sur les archives de leur pays, ont pu remettre en
cause certains mythes fondateurs de l’État d’Israël. Il est d’autant plus difficile d’historiciser le
conflit israélo-arabe que le souvenir des drames
intervenus dans le passé – la question des réfugiés palestiniens notamment – empêche toujours
l’établissement d’une paix durable. Georges
Corm a ainsi choisi d’introduire son essai sur Le
Proche-Orient éclaté par une réflexion sur les
conflits mémoriels : « Se sont cristallisées, pour
ce qui est de l’histoire du Proche-Orient, des visions totalement contradictoires, basées sur des
mémoires historiques conflictuelles et des revendications inconciliables de patrimoines civilisationnels ». On a par ailleurs assisté, poursuit
Georges Corm, à un retour du religieux dans les
trois grandes religions monothéistes au cours des
vingt-trente dernières années. « Plus qu’ailleurs
dans le monde, ce retour du religieux contribue
à aggraver les tensions au Proche-Orient, terre
de naissance des trois grands monothéismes ; ces
derniers, en effet, constituent le soubassement
essentiel de la vision prédominante de l’organisation du monde en civilisations susceptibles
de s’affronter avec violence ». Le rôle de l’historien est précisément de relativiser la part du fait
religieux dans le déclenchement des conflits du
Proche-Orient : dans ses origines comme dans
son déroulement, le conflit israélo-arabe n’est en
© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

rien une guerre de religion moderne.
• D’autant que les conflits au Moyen-Orient ne
se réduisent pas au seul conflit israélo-arabe.
L’intitulé du programme précise bien que l’espace comprend le Proche et le Moyen-Orient,
afin de lever toute ambiguïté sur l’aire géographique considérée. En réalité, la distinction entre
ces deux expressions n’est pas toujours très
claire. On rappelle à ce propos dans le manuel
(p. 258) que l’expression « Moyen-Orient » vient
de l’anglais « Middle East » : elle est employée
pour la première fois en 1902 par l’amiral américain Alfred T. Mahan dans un article sur « le
golfe Persique et les relations internationales »
publié dans The National Review. Elle désigne
selon lui « cette portion de la route de Suez
à l’Extrême-Orient qui s’étend entre Aden et
Singapour et dont le golfe Persique est un trait
saillant » : soit toutes les régions situées sur
la « route des Indes », qui commande alors la
défense de l’Empire britannique : « Le MoyenOrient, si je puis adopter un terme que je n’ai
encore jamais vu, aura besoin quelque jour de
son Malte autant que de son Gibraltar… La
Marine britannique devrait avoir les moyens de
concentrer des forces, si l’occasion s’en présente, autour d’Aden, de l’Inde et du Golfe ». Le
Moyen-Orient comprend ainsi l’Égypte, l’Asie
arabe, la Perse devenue l’Iran, le Pakistan, et sur
ses marges, la corne de l’Afrique (la Somalie)
et l’Afghanistan. Au sens strict, le Proche-Orient
correspond à ce que l’on appelait autrefois le
Levant, à savoir les régions situées sur les rives
orientales de la Méditerranée, de la Turquie à
l’Égypte. Mais en français, on parle souvent
indifféremment du Proche et du Moyen-Orient
pour désigner le même espace géographique.
• On a ainsi choisi à dessein d’ouvrir le chapitre
par deux photographies faisant référence non
pas aux guerres israélo-arabes, mais à l’enjeu
stratégique majeur que représente le pétrole
extrait au Moyen-Orient, et à la menace que les
conflits régionaux représentent pour la paix et la
sécurité internationales.
137 •

• Cinq grands repères permettent ensuite de
replacer l’histoire contemporaine du MoyenOrient dans la longue durée :
– La prise de Constantinople en 1453 vient rappeler qu’en 1914, les régions du Proche-Orient
sont placées depuis le XVe siècle sous l’autorité
des Turcs ottomans dont le souverain, le sultan,
exerce aussi la dignité religieuse de calife.
– Le débarquement de troupes françaises à
Beyrouth, en 1860, pour porter secours aux
chrétiens d’Orient, évoque le rôle de protectrice
que la France a longtemps revendiqué au Levant.
– L’inauguration du canal de Suez, en 1869  :
il a été construit par le Français Ferdinand de
Lesseps, mais d’emblée, la flotte britannique,
qui domine les mers, en a été la principale bénéficiaire. Le canal de Suez, et par conséquent
l’Égypte, jouent désormais un rôle essentiel
dans la défense de la « route des Indes ».
– La fondation de Degania, premier kibboutz en
Palestine en 1909, où est né le général Moshe
Dayan, le héros israélien de la guerre des SixJours : il permet de revenir brièvement sur la
naissance du sionisme en Europe au XIXe siècle
dans les milieux juifs ashkénazes de Russie.
Bien que laïc, le sionisme réactualise l’espérance
messianique d’un retour des juifs en Terre promise. Jusqu’au lendemain de la Seconde Guerre
mondiale, les immigrants juifs en Palestine sont
donc principalement des Européens, fuyant dès
la fin du XIXe siècle les persécutions dont ils
sont victimes sur le vieux continent. Ces juifs
originaires d’Europe, dont certains sont des
socialistes athées, sont totalement étrangers à la
société et à la culture arabo-musulmanes qu’ils
découvrent en Palestine. Mais il est essentiel de
souligner par ailleurs qu’à cette époque, juifs
et Arabes cohabitent pacifiquement depuis des
siècles au Moyen-Orient (85 000 juifs en Irak et
en Palestine en 1917, 60 000 en Égypte, 100 000
en Turquie) et au Maghreb (où la présence juive
est attestée bien avant la conquête arabe). Au
Maroc, les juifs sont même proportionnellement
plus nombreux à parler l’arabe que les musulmans, où beaucoup sont berbérophones (en
1960, 88 % des juifs marocains parlaient l’arabe
contre 64 % seulement de musulmans). L’un des
aspects du drame qui s’est joué après 1948 est
justement d’avoir rompu les liens traditionnels
entre les deux communautés, une grande par• 138

tie des juifs sépharades ayant été contraints au
départ.
– Enfin, l’entrée en guerre de l’Empire ottoman
aux côtés de l’Allemagne, en octobre 1914, est
l’événement décisif qui bouleverse la situation
politique établie depuis des siècles au MoyenOrient. Comme le montre la carte de la région
en 1914, les grandes puissances européennes, la
France, la Grande-Bretagne, la Russie et l’Italie
n’ont cessé, depuis la fin du XVIIIe siècle, date de
l’expédition d’Égypte, d’étendre leur influence
au détriment de l’Empire ottoman, en accaparant
ses territoires, en contrôlant ses finances et de
larges pans de son économie, en obtenant des
privilèges d’exterritorialité pour leurs ressortissants et leurs protégés. Dans ce contexte, les
dirigeants nationalistes jeunes-turcs ont choisi
de s’allier à l’Allemagne, qui n’avait pas d’ambitions coloniales dans la région. Ce choix s’est
avéré fatal pour l’Empire ottoman par la suite.
• Deux double pages cartes (pp. 258-261), ainsi
qu’un tableau récapitulatif des principales communautés religieuses du Moyen-Orient (p. 257),
donnent un aperçu géopolitique du MoyenOrient actuel. Elles doivent permettre aux élèves
de se défaire de quelques idées préconçues et
d’acquérir sur la région des notions élémentaires
et générales pour la compréhension des conflits.
Carrefour de civilisations, selon l’expression
consacrée, le Moyen-Orient abrite les lieux
saints des trois grandes religions monothéistes.
Mais, comme l’illustre le tableau de la page 257,
aucune de ces trois grandes religions ne forme
chacune un ensemble homogène. Les communautés ashkénazes et sépharades n’ont pas les
mêmes héritages historiques et culturels et, du
reste, l’intégration des communautés sépharades
dans le nouvel État d’Israël, longtemps dominé
par les élites politiques ashkénazes, ne s’est pas
faite sans difficulté. Les juifs orthodoxes ont,
quant à eux, longtemps dénoncé le sionisme
comme une idéologie athée. Chrétiens latins
et orthodoxes se sont longtemps affrontés pour
la garde des lieux saints, conflits intercommunautaires qui, instrumentalisés par la France et
la Russie furent, par exemple, à l’origine de la
guerre de Crimée (1853-1855). Les musulmans
sont également très divisés : le principal clivage
est bien sûr celui qui oppose les sunnites et les
chiites, clivage qui a pris une dimension poli© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

tique surtout depuis la révolution iranienne de
1979. Jusque là en effet, les chiites, qui ne sont
majoritaires qu’en Iran, demandaient surtout à
voir leurs droits de minorité religieuse reconnus.
Depuis 1979, l’Iran s’est appuyé sur les communautés chiites pour accroître son influence
dans la région, d’autant que les lieux saints du
chiisme sont principalement situés en Irak, avec
lequel l’Iran a un lourd contentieux frontalier.
Mais par ailleurs, l’islam wahhabite, prôné par
la dynastie des Saoud en Arabie, a longtemps
été perçu comme hérétique par les autres musulmans sunnites.
• On a également trop souvent tendance à
confondre le Moyen-Orient avec le monde arabomusulman. Indépendamment même du cas particulier d’Israël, il convient de rappeler que la
région a été dominée par les Turcs et que l’Iran,
autre grande puissance régionale, est de peuplement persan. À partir de la fin du XIXe siècle, le
nationalisme arabe s’est d’abord affirmé contre
les Turcs. Aujourd’hui encore, l’Iran représente
une menace tout aussi redoutable pour les monarchies pétrolières arabes du golfe Persique que
pour Israël, d’où le soutien qu’elles ont apporté
à l’Irak dans sa longue guerre contre le régime
islamique de Téhéran. Il n’est pas inutile de rappeler enfin que tous les Arabes ne sont pas musulmans, notamment au Liban ou en Palestine,
même si l’islam est pratiqué par 95 % des habitants de la région. Les précurseurs du nationalisme arabe furent aussi parfois des chrétiens,
comme Michel Aflak, l’un des fondateurs du
parti Baas.
• Le Moyen-Orient présente ainsi l’aspect
d’une mosaïque de peuples et de communautés
religieuses. L’une des causes principales de la
conflictualité dans la région provient de la non
correspondance entre le tracé des frontières nationales et celui des frontières ethniques ou religieuses. Deux cas de figure peuvent se présenter :
1. Les États voient leur unité minée ou fragilisée
par la coexistence de plusieurs minorités ethniques ou religieuses, le meilleur exemple étant
celui du Liban ou de l’Irak, longtemps dominé
par la minorité arabe sunnite et comprenant de
fortes communautés chiites et kurdes. C’est
aussi le cas d’Israël dans ses frontières d’avant
1967, puisque les Arabes qui sont restés en Israël
après 1948 sont des citoyens israéliens.
© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

2. Réciproquement, certains peuples se sont retrouvés divisés par la création de plusieurs États
après la dislocation de l’Empire ottoman : c’est
avant tout le cas de la nation arabe. Les Kurdes,
présents en Irak, en Iran et en Turquie, ont demandé à disposer d’un État dès le lendemain de
la Première Guerre mondiale. C’est enfin le cas
des Palestiniens, présents en Jordanie (la majorité de la population jordanienne se compose
de Palestiniens, réfugiés ou non), au Liban, en
Israël dans ses frontières de 1948, dans les territoires de l’Autorité palestinienne aujourd’hui
évacués en tout ou en partie par Israël, ou bien
encore dans les États arabes de la région du golfe
Persique.
• Le nationalisme palestinien ne s’est toutefois
que tardivement émancipé de la cause du nationalisme arabe en général. La Palestine, province
ottomane jusqu’en 1918, n’a jamais formé un
État ; le mot désigne depuis l’Antiquité une
entité géographique (le pays des Philistins : les
Romains ont ainsi renommé la province romaine
de Judée après l’une des révoltes juives qu’ils
avaient réprimées). Au lendemain de la Première
Guerre mondiale, les Arabes palestiniens ont
d’abord revendiqué leur indépendance par rapport à la Grande-Bretagne dans le cadre d’un
État arabe qui devait aussi comprendre la Syrie
et/ou la Transjordanie. C’est surtout après la
guerre des Six-Jours que s’affirme un mouvement national palestinien indépendant, personnifié par Yasser Arafat, dont le mouvement (le
Fatah) prend alors le contrôle de l’OLP. Mais là
encore, rien n’est simple, car le combat engagé
par l’OLP contre l’État d’Israël se double de
profondes rivalités avec les autres États arabes
de la région : l’expulsion des bases de l’OLP
de Jordanie en 1970 (« septembre noir ») aurait
fait près de 10 000 morts de source palestinienne
(3 500 selon les Jordaniens), soit plus de victimes que les deux Intifadas réunies.
• Le deuxième grand facteur d’instabilité dans la
région tient à l’inégale répartition des richesses
en eau et en hydrocarbures, que l’on peut étudier à partir de deux cartes sur l’or noir et l’or
bleu (pages 260-261). La gestion des ressources
hydrauliques est à l’origine de fortes tensions
entre la Turquie, l’Irak et la Syrie à propos du
débit du Tigre et de l’Euphrate, et entre les
États riverains du Jourdain (les rivalités entre
139 •

l’Égypte et le Soudan sur les eaux du Nil sont
aux marges du programme). Le pétrole a fait
la richesse des monarchies de la péninsule arabique (85 % du pétrole extrait au Moyen-Orient
vient de la région du golfe Persique, 65 % pour
la seule Arabie Saoudite) : peu peuplées, elles
ont fait appel à une immigration massive et elles
dépendent, comme l’a montré la première guerre
du Golfe, de la protection des puissances occidentales qui sont leurs principales clientes. En
revanche, l’Égypte, qui regroupe à elle seule le
tiers de la population arabe du Moyen-Orient, a
été bien moins nantie de ce point de vue.
• Enfin, l’ingérence des grandes puissances
constitue un dernier facteur d’instabilité politique dans la région : depuis la fin de la Seconde
Guerre mondiale surtout, les conflits du MoyenOrient peuvent en effet avoir des conséquences
économiques ou politiques dans le monde entier
(cours du pétrole, exportation du terrorisme,
prolifération nucléaire) ; ils présentent donc un
risque d’internationalisation bien plus élevé que
dans les autres parties du monde. Dès le début
du XXe  siècle, le pétrole représente un intérêt
stratégique important pour la marine de guerre
britannique, avant qu’il ne devienne vital, dans
les années 1950, pour l’approvisionnement
énergétique des pays occidentaux. Le MoyenOrient concentre plus de la moitié des réserves
mondiales de pétrole connues, plus du tiers des
réserves mondiales de gaz et le tiers des réserves
mondiales de phosphates.
• Tout au long du XXe siècle, les grandes puissances extérieures à la région n’ont cessé d’y
renforcer leur présence, parfois en instrumentalisant des conflits locaux afin d’y ménager leurs
intérêts. La France et la Grande-Bretagne ont
tracé des frontières qui sont restées longtemps
contestées (au Liban par la Syrie, au Koweït par
l’Irak par exemple). La crise de Suez, en 1956,
a permis aux Américains et aux Soviétiques
d’évincer définitivement les vieilles puissances
européennes de la région. En 1973, la guerre du
Kippour a menacé de dégénérer en affrontement
généralisé impliquant l’URSS et les États-Unis,
soutiens respectifs des pays arabes et d’Israël.
Toutefois, les conflits du Moyen-Orient ne relèvent pas simplement d’une logique de guerre
froide. On a trop souvent tendance à présenter
rétrospectivement l’État d’Israël comme un
• 140

pilier de l’impérialisme américain au MoyenOrient. Or, depuis 1945, les États-Unis se sont
avant tout appuyés sur l’Arabie saoudite et sur
l’Iran (jusqu’en 1979) pour étendre et préserver
leurs intérêts dans la région. En 1948, la création
de l’État d’Israël apparaît comme une défaite
de l’impérialisme britannique. Elle a donc été
reconnue également par l’URSS ; ce sont les
livraisons d’armes de la Tchécoslovaquie, un
satellite soviétique, qui ont permis à Israël de
sortir vainqueur de la première guerre israéloarabe de 1948-1949. Le principal allié militaire d’Israël a ensuite été la France, lorsqu’elle
affronte elle aussi le nationalisme arabe au
Maghreb, et ce jusqu’en 1967, lorsque le général
de Gaulle condamne l’attaque préventive israélienne et engage une politique de rapprochement
en direction du monde arabe. Si les États-Unis
deviennent par la suite les principaux soutiens
d’Israël et perdent celui de l’Iran, ils conservent
des relations privilégiées avec les États arabes
modérés, y compris l’Égypte. C’est pourquoi ils
sont aussi les seuls à pouvoir jouer un rôle efficace d’arbitrage dans les négociations de paix.
L’URSS n’a donc jamais été en mesure d’égaler
l’influence des États-Unis au Moyen-Orient, où
ces derniers ont déployé un dispositif militaire
impressionnant (voir carte p. 259). L’éviction de
l’URSS et la fin de la guerre froide n’ont d’ailleurs pas permis de faire régresser la conflictualité régionale : bien au contraire, de nouvelles
menaces sont apparues dans la période récente.

◗ Plan du chapitre
• Le temps imparti pour traiter le programme
impose de se démarquer d’un récit chronologique
détaillé. Mais un plan rigoureusement thématique
contraindrait à survoler l’ensemble du siècle à
plusieurs reprises et à multiplier les allusions
factuelles décontextualisées. On a donc opté
pour une périodisation permettant de replacer les
grands conflits du Moyen-Orient dans le contexte
historique qui leur donne sens. L’étude du conflit
israélo-arabe nous a paru justifier des analyses
plus approfondies : elle fait l’objet de pages de
cours distinctes pour chacune des périodes considérées. Cinq études sont insérées dans le chapitre
et permettent d’aborder des thèmes essentiels : le
pétrole, les rapports entre islam et politique, le
problème palestinien, les enjeux et les blocages
© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

du processus de paix, le conflit libanais (et ce, en
raison des liens historiques et culturels privilégiés
que la France entretient avec le Liban).
• On peut aisément distinguer trois phases
dans l’évolution des conflits au Moyen-Orient.
La chronologie retenue pour le nouveau programme permet désormais de bien montrer que
ces conflits trouvent en grande partie leur origine dans le règlement – ou l’absence de règlement – de la Première Guerre mondiale, et non
de la Seconde. La Première Guerre mondiale
provoque la dislocation de l’Empire ottoman
dont les Français et les Britanniques se partagent
les dépouilles sous formes de mandats. Mais dès
cette époque, les vieilles puissances coloniales
européennes sont confrontées à l’essor des nationalismes, turc, arabe et sioniste principalement.
• De 1949 à la fin des années 1970, c’est bien
le conflit israélo-arabe qui constitue un risque
de déstabilisation majeur, à une époque où les
approvisionnements en pétrole du Moyen-Orient
sont devenus vitaux pour les pays occidentaux.
La période est également marquée, après la
crise de Suez, par l’éviction des anciennes puissances européennes et l’implication croissante
de l’URSS et surtout des États-Unis, qui s’imposent comme les principaux médiateurs dans
les conflits du Proche-Orient.
• Depuis la fin des années 1970, l’islamisme a
pris le relais du nationalisme arabe dans l’opposition aux puissances occidentales et à Israël.
Au Liban comme dans les Territoires palestiniens, certains conflits se sont « islamisés » avec
l’essor de mouvements islamistes radicaux. De
nouvelles conflictualités sont apparues depuis
la fin de la guerre froide. En dépit des accords
négociés à Oslo, le processus de paix au ProcheOrient reste toujours dans l’impasse. Or, si le
conflit israélo-palestinien est loin d’être le seul
conflit menaçant les équilibres politiques dans la
région, aucune paix durable ne peut être envisagée au Moyen-Orient sans un règlement de ce
conflit. À la fin du chapitre, une étude s’efforce
de présenter de manière équilibrée le point de
vue des diverses parties prenantes dans le processus de paix.

© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

◗ Bibliographie
Atlas

J.-P. Chagnollaud, S.-A. Souiah, P. Blanc, Atlas
des Palestiniens : un peuple en quête d’un État,
Autrement, 2011.
F. Encel, A. Nicolas, Atlas géopolitique d’Israël :
les défis d’une démocratie en guerre, Autrement,
2012.
M. Guidère, L. Franjié, C. Levasseur, Atlas des
pays arabes : des révolutions à la démocratie ?,
Autrement, 2012.
T. Josseran, F. Louis, F. Pichon, Géopolitique du
Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord du Maroc
à l’Iran, PUF, 2012.
Y. Lacoste, Géopolitique : la longue histoire
d’aujourd’hui, Larousse, 2009 (rééd.).
A. Sellier, J. Sellier, A. Le Fur, Atlas des peuples
d’Orient : Moyen-Orient, Caucase, Asie centrale, La Découverte, 2004.
P. Vallaud, X. Baron, Atlas géostratégique du
Proche et du Moyen-Orient, Perrin, 2010.
Ouvrages généraux

V. Cloarec, H. Laurens, Le Moyen-Orient au
XXe siècle, Armand Colin, coll. U, 2003.
G. Corm, Histoire du Moyen-Orient : de l’Antiquité à nos jours, La Découverte, 2007.
A. Defay, Géopolitique du Proche-Orient, PUF,
coll. Que sais-je ?, 2011 (rééd.).
A. Dieckhoff, Le Conflit israélo-arabe, Armand
Colin, 2011.
A. Gresh, D. Vidal, Les 100 clés du ProcheOrient, Pluriel, 2011.
Ouvrages complémentaires

G. Corm, Le Proche-Orient éclaté 1956-2010,
Gallimard, coll. Folio Histoire, 2010.
A.-L. Dupont, C. Mayeur-Jaouen, C. Verdeil, Le
Moyen-Orient par les textes : XIXe-XXIe siècles,
Armand Colin, coll. U, 2011.
F. Encel, « Jérusalem : capitale frontière », dans
B. Giblin, Les Conflits dans le monde, Armand
Colin, 2011.
G. Kepel, Jihad, Gallimard, coll. Folio Actuel, 2003.
H. Laurens, L’Orient arabe : arabisme et islamisme
de 1798 à 1945, Armand Colin, coll. U, 2002 (rééd.).
H. Laurens, Paix et guerre au Moyen-Orient :
l’Orient arabe et le monde de 1945 à nos jours,
Armand Colin, 2005 (rééd.).
141 •

B. Morris, Victimes : histoire revisitée du conflit
arabo-sioniste, Éditions Complexe, 2003.
Périodiques

• La revue Questions internationales (La
Documentation française) a publié plusieurs
numéros sur le programme :
« Moyen-Orient : zone de conflits » (n° 1, épuisé),
« Le pétrole : ordre ou désordre mondial » (n° 2,
épuisé),
« Guerre et paix en Irak » (n° 16),
« Islam, islams », (n° 21),
« L’Iran » (n° 25),
« Israël » (n° 28).
• Plusieurs hors-série ou numéros spéciaux de la
revue L’Histoire :
« L’islam et le Coran. Un livre, une religion, des
empires » (Collections de l’Histoire n° 30, voir
notamment O. Roy, « Les trois âges de la révolution islamiste »),
« Israël-Palestine » (Collections de l’Histoire,
n° 39),

« De la Perse à l’Iran. Géopolitique d’une puissance régionale 
» (Collections de l’Histoire
n° 42),
« Méditerranée. Guerre et paix depuis 5 000
ans » (Collections de l’Histoire, n° 47),
« D’où viennent les révolutions arabes ? 150 ans
de combats politiques » (Collections de l’Histoire n° 52),
« Juifs et Arabes, Mille ans de cohabitation, cent
ans d’affrontement » (n° 243),
« Les guerres du pétrole » (n° 279),
« Les origines de la guerre d’Irak » (n° 308),
« Les chrétiens d’Orient » (n° 337).
• L’actualité du Moyen-Orient est régulièrement
couverte par la revue Moyen-Orient (voir par
exemple « Bilan géostratégique. Le monde arabe
en transition », n° 11, juillet-septembre 2011).
Filmographie

Otto Preminger, Exodus, 1960.
David Lean, Lawrence d’Arabie, 1962.
Eran Kolirin, La Visite de la fanfare, 2007.
Eran Riklis, Les Citronniers, 2008.

Commentaire des documents et réponses aux questions
1. Une région dominée par les grandes
puissances (1914-1945)

� MANUEL PAGES 262-263

Doc. 1. Le Moyen-Orient de 1918 à 1945

• Question. La Première Guerre mondiale entraîne la dislocation de l’Empire ottoman, qui
s’était engagé aux côtés des pays de l’Entente
en 1914. Le traité le concernant est signé dans
le salon de la manufacture de Sèvres, le 10 août
1920. L’Empire ottoman n’y est plus désigné que
sous le nom de Turquie, ce qui montre bien que
le traité constitue d’abord l’acte de dissolution
de l’Empire ottoman. Il entérine par ailleurs
ses pertes territoriales en Europe et en Asie. La
Turquie déclare renoncer à tous ses droits sur
• 142

l’Égypte, la Libye et le Hedjaz, elle reconnaît
également l’annexion de Chypre par la GrandeBretagne. Les Détroits doivent rester ouverts à
tous les bâtiments, de commerce ou de guerre, et
ce, en temps de guerre comme en temps de paix.
Le traité officialise le partage, entre la France
et la Grande-Bretagne, des territoires arabes de
l’ex-Empire en mandats de la SDN. La GrandeBretagne reçoit la Mésopotamie et la Palestine,
la France la Syrie, dont elle détache ensuite le
Liban.
Le traité de Sèvres provoque l’indignation en
Turquie, en raison principalement des concessions faites aux Grecs. La guerre a en effet provoqué une radicalisation du nationalisme turc,
dont le génocide des Arméniens de 1915 est la
© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

conséquence. Ce nationalisme turc est incarné
par Mustafa Kemal, qui obtient une révision
du traité de Sèvres à Lausanne en 1923 : outre
le règlement du conflit gréco-turque, il prévoit
la restitution à la Turquie de la région d’Alexandrette (revendiquée ensuite par la Syrie et qui ne
reviendra à la Turquie qu’en 1939). Les Turcs
continuent également de revendiquer la région
de Mossoul, à la frontière avec le futur État irakien (c’est par le traité d’Ankara, en 1926, que
la Turquie accepte de reconnaître la souveraineté
irakienne sur le vilayet de Mossoul). La zone des
Détroits est démilitarisée, mais non neutralisée.
Les Détroits sont libres de passage par mer et
par les airs, une zone de 15 à 20 km de large est
démilitarisée de part et d’autre du Bosphore, de
la mer de Marmara et des Dardanelles. Le traité
prévoit une clause de limitation du passage des
navires de guerre : l’application de cette clause
sera contrôlée par une commission internationale émanant de la SDN.
Mustafa Kemal fait de la Turquie un État laïque
inspiré du modèle de l’État-nation occidental.
Il abolit le sultanat et surtout le califat, la plus
haute dignité religieuse dans le monde musulman.
Symboliquement, il installe sa capitale à Ankara, au
cœur de l’Anatolie, aux dépens de Constantinople
qui devient officiellement Istanbul. Après 1925, le
régime kemalien est imité par Reza Khan en Perse,
pays qui devient l’Iran en 1935.
La Première Guerre mondiale voit également
l’affirmation des deux nationalismes, juif et
arabe. La Grande-Bretagne cherche à prendre
appui sur les dirigeants arabes modérés, en particulier sur les deux fils du souverain hachémite
du Hedjaz, Hussein : Fayçal, chassé de Syrie
par la France, devient roi d’Irak (1920-1933),
Abdallah prend le titre d’émir puis de roi de
Transjordanie (1921-1949 ; il devient roi de
Jordanie en 1949 jusqu’à son assassinat par un
Palestinien, en 1951). La Grande-Bretagne accorde également une indépendance formelle à
l’Irak dès 1932, premier État arabe à entrer à la
SDN, puis à l’Égypte en 1936. Par la déclaration
Balfour, la Grande-Bretagne a également promis au mouvement sioniste l’établissement d’un
foyer national juif en Palestine. L’augmentation
de l’immigration juive en Palestine provoque des
affrontements de plus en plus violents au lendemain de la guerre.
© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

Enfin, la Première Guerre mondiale révèle pour
la première fois l’importance stratégique des
puits de pétrole du Moyen-Orient pour ravitailler la marine de guerre et ces nouveaux engins
de combat baptisés précisément du nom de
« réservoirs » (tanks) (rappelons que dès lors,
en effet, les plus grandes batailles terrestres du
XXe siècle sont des batailles de chars).
Doc. 2. L’essor du nationalisme arabe

• Questions 1 et 2. En janvier 1919, Fayçal dirige l’une des trois délégations arabes envoyées
à Paris dans le cadre de la conférence de la paix
(à côté d’une délégation syrienne et d’une délégation libanaise). Il est le fils d’Hussein, émir
du Hedjaz, qui, avec l’appui des Britanniques,
a soulevé les tribus arabes contre l’Empire ottoman pendant la guerre. Fayçal est conseillé
par le célèbre colonel Lawrence (« Lawrence
d’Arabie »). En échange de leur participation à
la guerre contre les Turcs, les dirigeants nationalistes arabes attendent des alliés la création d’un
État arabe indépendant. Pour Fayçal, cet État
arabe comprendrait un vaste ensemble englobant
la Syrie, le Liban, la Palestine, l’Irak actuels, ainsi que la péninsule arabique, soit l’ensemble du
monde arabe du Moyen-Orient moins l’Égypte,
car celle-ci formait déjà une entité à part à
l’époque ottomane. Il est révélateur que Fayçal
fonde l’unité de la nation arabe sur la possession
d’une langue et d’une culture communes, et non
sur la religion islamique : les premiers nationalistes arabes furent aussi des chrétiens, comme
Michel Aflak, fondateur du parti Baas. Fayçal
appuie cette revendication sur le refus pluriséculaire des Arabes de se faire « absorber » par les
Turcs : en réalité, l’Empire ottoman n’a jamais
eu un tel projet d’assimilation (durant l’expédition d’Égypte de 1798, par exemple, le discours
de propagande de Bonaparte à destination des
Arabes n’avait guère été entendu). C’est surtout
depuis la fin du XIXe siècle que s’est affirmé un
nationalisme arabe ouvertement dirigé contre
l’Empire ottoman, à un moment où l’ottomanisme, à savoir une politique globalement respectueuse des minorités de l’Empire, tend à
céder la place à un nationalisme turc.
Fayçal évoque également les « principes généraux » énoncés par les États-Unis, et acceptés
par les « Alliés », à savoir les Français et les
Britanniques (rappelons que les États-Unis ne
143 •

sont pas alliés, mais « associés » à ces derniers
durant la guerre) 
: allusion transparente aux
14 points du président Wilson (voir doc. 1 p. 195
du manuel) et au principe du droit des peuples
à disposer d’eux-mêmes. Fayçal revendique
enfin pour son père la direction de ce nouvel
État : outre l’appui militaire qu’il a apporté aux
Britanniques, ce qui leur a permis de s’emparer de Jérusalem et de Damas, il invoque en sa
faveur le prestige de la famille des Hachémites
et sa qualité de chérif de La Mecque 
: les
Hachémites sont en effet issus d’une dynastie
prestigieuse descendant en droite ligne du prophète. Depuis le Xe  siècle jusqu’en 1924, les
chérifs de La Mecque, qui ont la garde des lieux
saints de l’islam, sont des Hachémites.
Ces revendications arabes n’ont que très partiellement abouti. Plusieurs États arabes se sont
créés dans l’entre-deux-guerres, consacrant la
division politique de la nation arabe jusqu’à nos
jours. Deux souverains hachémites, les deux fils
d’Hussein, ont été portés au pouvoir, grâce à
l’appui britannique, en Transjordanie et en Irak.
Mais les Britanniques n’ont jamais eu l’intention
d’inclure la Palestine dans un État arabe indépendant, estimant que cette région était indispensable à la défense de l’Égypte et du canal
de Suez. Par ailleurs, les Français ont cherché à
maintenir une tutelle sur leur mandat syrien : dès
1920, ils expulsent Fayçal de Syrie et créent une
entité libanaise, distincte du reste de la Syrie.
Les Arabes sont restés eux-mêmes très divisés :
ni les dirigeants nationalistes syriens, ni l’émir
wahhabite Ibn Saoud ne sont prêts à reconnaître
l’hégémonie des Hachémites sur la nation arabe.
En 1924, Ibn Saoud s’empare de La Mecque et
du Hedjaz et en chasse le roi Hussein.
Ajoutons que la région d’Alexandrette (le
« sandjak ») fut annexée par les Turcs en 1939 :
c’est alors un petit territoire de 5 000 km2,
mais qui a une grande importance stratégique
puisqu’Alexandrette est l’unique port d’Alep
et forme un nœud ferroviaire vers l’Anatolie,
Badgad, la Palestine et Médine. Y vivent un peu
plus de 200 000 habitants, dont 39 % de turcophones, une majorité d’arabophones et d’importantes communautés arménienne, kurde et juive.
Au lendemain de la Première Guerre mondiale,
l’unité politique du monde arabe était donc encore largement à faire.
• 144

Doc. 3. Le canal de Suez dans la Seconde
Guerre mondiale

• Question. Depuis le XIXe  siècle, le canal de
Suez représente un enjeu stratégique majeur pour
la suprématie britannique en Méditerranée et le
contrôle de la route des Indes. En mars 1941,
la Grande-Bretagne reste seule en guerre face
aux forces de l’Axe. L’invasion de la Grèce et
l’opération aéroportée de l’Allemagne en Crète
menacent la zone du canal de Suez et les approvisionnements en pétrole du golfe Persique. À
cette époque, les Britanniques parviennent à déloger les troupes de Vichy du Liban et de Syrie,
avec l’appui d’un contingent de la France libre
commandé par le général Catroux.
Mais le rappel de ces événements offre au général de Gaulle l’occasion d’insister plus globalement sur l’importance du canal de Suez pendant
la guerre : il fait en effet allusion rétrospectivement aux conséquences de l’invasion de l’URSS
par l’Allemagne en juin 1941. Comme le souligne le général de Gaulle, le canal de Suez
est doublement menacé : en Égypte même, par
l’envoi de l’Afrika Korps du maréchal Rommel,
épaulé par les troupes italiennes, en Cyrénaïque,
mais aussi en Asie Mineure, car la percée allemande en territoire soviétique fait craindre une
invasion du Moyen-Orient par le Caucase. L’Iran
est alors occupé conjointement par la GrandeBretagne et l’URSS jusqu’à la fin de la guerre.
Dès juin 1941, alors que les États-Unis ne sont
toujours pas entrés en guerre, des troupes américaines aident les Britanniques à sécuriser la
région. Le général de Gaulle rappelle également
que la possession du canal de Suez commande la
reconquête de toute l’Afrique du Nord et de la
Méditerranée (Italie et sud de la France). C’est
en effet au lendemain de la victoire du général
Montgomery sur les troupes italo-allemandes à
El-Alamein, en novembre 1942, que les Alliés
débarquent en Afrique du Nord (opération
Torch).
C’est en juillet 1939 que la Grande-Bretagne
forme le « théâtre d’opérations Moyen-Orient »,
intégrant l’Égypte, le Soudan, la Palestine, la
Transjordanie et Chypre, zone de commandement militaire étendue par la suite aux pays du
Golfe, à la Libye, à la corne de l’Afrique et aux
Balkans. André Laurens relève que l’expression
« Moyen-Orient » fait alors tomber en désuétude
© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

l’expression « Proche-Orient » dans les communiqués militaires des forces britanniques.

2. Juifs et Arabes en Palestine
(1917-1948)

� MANUEL PAGES 264-265

Doc. 1. La création de l’État d’Israël

• Question. En 1947, la Grande-Bretagne, qui
détient encore le mandat sur la Palestine, s’en
remet à l’ONU pour tenter de trouver une issue
négociée aux affrontements de plus en plus
violents entre juifs et Arabes. Depuis la fin du
XIXe siècle, le mouvement sioniste veut créer un
« État des juifs » en Palestine, titre de l’ouvrage
publié par Theodor Hertzl en 1896. En 1917, par
la déclaration Balfour, la Grande-Bretagne se
déclare favorable à la formation d’un « foyer national » juif en Palestine. Après 1945, la tragédie
de la Shoah renforce plus que jamais la revendication sioniste d’un État refuge pour les juifs
du monde entier. Les Arabes palestiniens revendiquent quant à eux le départ des Britanniques
et la formation d’un État arabe indépendant, au
sein duquel les juifs ne disposeraient que d’un
statut de minorité.
Les Britanniques ont échoué à mettre en place
un État binational au sein duquel puissent
coexister pacifiquement les deux communautés. Ils sont incapables de maintenir la paix
civile et essuient des attentats terroristes perpétrés par des groupes juifs extrémistes, l’Irgoun
et le groupe Stern (attentat contre l’hôtel King
David de Jérusalem en 1946, quartier général de
l’armée britannique). Ils s’en remettent à l’ONU,
qui décide la création en avril 1947 d’une commission d’enquête, l’UNSCOP (United Nations
Special Committee on Palestine). L’affaire de
l’Exodus conduit l’UNSCOP à se prononcer
unanimement sur la fin du mandat britannique en
Palestine. 8 membres sur 11 proposent le partage
de la Palestine en deux États, un arabe et un juif,
plus une tutelle internationale pour Jérusalem et
Bethléem. Les deux États formeraient une union
économique. La Grande-Bretagne assurerait la
transition pendant 2 ans et 150 000 juifs seraient
autorisés à immigrer. Entre-temps, la GrandeBretagne annonce le retrait de toutes ses troupes
en Palestine au plus tard pour le 1er août 1948.
Après d’ultimes tractations territoriales (les juifs
© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

devaient recevoir le Néguev, tandis que Jaffa
deviendrait une enclave arabe), l’ONU établit un
plan de partage : l’État juif occuperait 55 % de la
superficie du territoire palestinien (mais désertique dans toute sa partie méridionale), avec une
population de 500 000 Juifs et 400 000 Arabes.
Pour être adopté, le plan doit recevoir l’approbation des deux tiers des membres de l’ONU. Les
États-Unis font pression sur les petits États pour
qu’il soit voté (la Grèce notamment, qui se voit
menacée de perdre les subventions américaines).
La résolution n° 181 est finalement adoptée par
33 pays, à trois voix près donc, 13 contre (les
États arabes et musulmans) et 10 abstentions (la
Grande-Bretagne notamment). L’URSS et ses
satellites votent pour.
Les Arabes ont protesté qu’on leur fasse ainsi
payer le prix d’un génocide dont ils n’étaient pas
responsables et annoncent que le partage conduit
à la guerre. Dès septembre 1947, la Ligue arabe
décide la mise sur pied d’une armée de Libération
arabe. Dès 1947, la Haganah se prépare également à la guerre et devient, en 1948, Tsahal,
l’acronyme hébreu de Forces de défense d’Israël.
Le jour du retrait des troupes britanniques de
Palestine, Ben Gourion proclame la naissance
de l’État d’Israël, immédiatement reconnu à la
fois par les États-Unis et par l’URSS. Le nouvel
État est immédiatement attaqué par une coalition d’États arabes (la Syrie, la Transjordanie,
l’Égypte, le Liban et l’Irak, plus quelques
contingents envoyés par le Yémen et l’Arabie
saoudite). Contre toute attente, Israël parvient
à l’emporter en mars 1949, non grâce au soutien des États-Unis (qui ont décrété l’embargo
sur les ventes d’armes à destination des belligérants), mais grâce à la livraison d’armes par
la Tchécoslovaquie, un satellite soviétique. Les
armées arabes ont également manqué de cohésion face à des soldats israéliens mieux entraînés
et fortement motivés.
Israël a agrandi le territoire qui lui était initialement attribué par le plan de partage, territoire d’où
plusieurs centaines de milliers d’Arabes palestiniens ont été expulsés. Mais la Transjordanie s’est
également emparé de la Cisjordanie (y compris
Jérusalem-Est), qui est annexée (la Transjordanie
devient alors la Jordanie). L’Égypte occupe la
bande de Gaza où se sont établis de nombreux
camps de réfugiés palestiniens.
145 •

La fin des hostilités ne met pas un terme à l’état
de belligérance entre juifs et Arabes : seuls des
armistices sont signés à Rhodes, non des traités
de paix, à la suite de négociations bilatérales
entre Israël et ses différents adversaires, sous
l’égide de l’ONU. Ainsi, l’Égypte ne reconnaît
pas les annexions israéliennes et ferme l’accès
d’Israël à la mer Rouge (le détroit de Tiran).
L’Irak a même refusé de signer un armistice.
Les frontières d’Israël sont donc des frontières
de fait, qui n’ont pas été reconnues par les États
arabes du Moyen-Orient.
Doc. 2. La révolte des Arabes de Palestine
contre le mandat britannique

• Question. La révolte des Arabes palestiniens de
1936 a principalement un motif : le principe du
droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ne leur
a pas été appliqué au lendemain de la Première
Guerre mondiale. En vertu de ce principe, ils
exigent de la puissance mandataire, la GrandeBretagne, le droit à disposer d’un État, selon le
même processus appliqué par les Britanniques
en Irak et par les Français en Syrie et au Liban.
En effet, le statut de mandat implique que les
puissances qui en ont été chargées par la SDN
créent les conditions pour amener les peuples
concernés à prendre en main leurs propres affaires dans le cadre d’un État indépendant. Pour
les Arabes palestiniens, il ne peut y avoir qu’un
seul État en Palestine, le leur : ils exigent donc
de la Grande-Bretagne qu’elle revienne sur les
engagements de la déclaration Balfour et qu’elle
renonce à installer un foyer national juif, perçu
comme une menace pour l’identité arabe de
la Palestine. Le Haut Comité arabe prend soin
toutefois de préciser que le nouvel État arabe
de Palestine disposerait d’une représentation de
« toutes les composantes nationales » : les juifs
disposeraient donc d’une représentation minoritaire. C’est pourquoi le Haut Comité arabe exige
également l’arrêt de l’immigration juive et des
ventes de terres aux juifs. Le terme de « transfert » ne doit pas prêter à confusion : les terres
ont été achetées à leurs propriétaires arabes,
d’où une hausse du prix de la terre de 5 000 % en
Palestine entre 1910 et 1944 ! Le conflit arabosioniste a ici également des causes économiques
et sociales. L’étendue des terres possédées par
les juifs a doublé dans les années 1920 ; en 1945,
elle ne représente toutefois qu’un peu plus de
• 146

6 % de la superficie totale de la Palestine. Selon
Benny Morris, « c’est probablement un sentiment de culpabilité qui amena au moins certains
dirigeants arabes à se lancer dans des diatribes à
l’encontre du sionisme ».
On peut relever qu’à aucun moment dans le texte
n’interfèrent des arguments religieux, la référence à l’islam notamment.
La grande révolte arabe de 1936-1939 fut un
échec sanglant pour les dirigeants nationalistes
palestiniens. En 1939, le Livre blanc présenté
par les Britanniques leur donne pourtant en partie satisfaction : il prévoit une nouvelle réduction
de l’immigration juive à 75 000 personnes sur
cinq ans et une limitation des achats de terres
par les juifs. Il invalide par ailleurs les propositions de la Commission Peel, réunie en 1937, qui
avait envisagé pour la première fois un partage
de la Palestine en deux entités, juive et arabe. Le
Livre blanc de 1939 en revient à la solution d’un
État unitaire, qui accéderait à l’indépendance au
terme d’une période de transition durant laquelle
les Britanniques créeraient les conditions d’une
participation des deux communautés à la direction du pays.
Doc. 3. La déclaration Balfour

• Question. La déclaration de Lord Balfour,
ministre des Affaires étrangères de la GrandeBretagne, est adressée à Lord Rothschild, grand
banquier anglais, qui est alors l’un des dirigeants
du mouvement sioniste. En 1917, la Palestine
reste, avec la Mésopotamie, l’un des derniers
points vulnérables sur la « route des Indes ». Le
général Allenby est chargé de s’emparer de la
Palestine et de Jérusalem, prise le 9 décembre
1917. L’année précédente, les accords SykesPicot ont prévu un partage de la Palestine en
deux zones d’influence, britannique et française.
Dès 1914, Balfour avait noué des contacts avec
Chaïm Weizmann, dirigeant sioniste et par ailleurs chimiste réputé (il est l’inventeur d’un
nouveau procédé de fabrication d’explosifs ; il
deviendra le premier président de l’État hébreu,
en 1948). En 1917, il déclare officiellement
envisager favorablement l’établissement d’un
« foyer national » juif en Palestine. Il n’est pas
encore question d’un État, mais le terme de
« foyer » (home en anglais) reprenait une revendication émise avant la guerre par le mouvement
sioniste. Surtout, les sionistes obtiennent par ce
© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

document ce que Theodor Herzl avait toujours
recherché avant la guerre : la reconnaissance
officielle du mouvement sioniste par les grandes
puissances de l’époque. Herzl estimait en effet
que ce soutien international était un préalable indispensable à la formation d’un « État des juifs »
dans le futur. Certes, les Britanniques prennent
soin de préciser que la création de ce foyer
national ne doit pas porter préjudice aux droits
civils et religieux des collectivités non juives en
Palestine : mais les Arabes ne sont pas explicitement nommés.
On peut se demander pourquoi les Britanniques
prennent un tel engagement envers les sionistes,
alors qu’au même moment, ils appuient les revendications nationalistes arabes contre les Turcs. En
réalité, la déclaration Balfour n’est pas contradictoire avec le soutien apporté par la GrandeBretagne à la cause du nationalisme arabe. La
Grande-Bretagne espère ainsi influencer en sa
faveur, par le relais de l’opinion juive internationale, les États-Unis et la Russie en révolution, où
elle pense que les nationalistes juifs sont très influents. Comme l’écrit André Laurens, « la cause
sioniste apparaît alors comme un moyen idéal permettant de conjuguer un prétexte noble, la renaissance politique du peuple juif, avec les intérêts
bien compris de l’Empire britannique, puisque
les Britanniques ne peuvent qu’être les tuteurs
du foyer national juif à établir en Palestine ».
Elle offre également le moyen d’évincer définitivement les Français de la région. Enfin, les
Britanniques n’ont jamais eu l’intention d’inclure
la Palestine dans un futur État arabe indépendant.
La Grande-Bretagne n’est pas parvenue ensuite à
concilier les promesses ainsi faites aux Arabes et
aux juifs en Palestine.
Doc. 4. L’épopée de l’Exodus (1947)

• Question. L’affaire de l’Exodus suscite une
vive émotion dans l’opinion internationale parce
que ses passagers sont des juifs européens qui,
après avoir échappé à la barbarie nazie, veulent
immigrer en Palestine. Or la Grande-Bretagne
a pris des mesures drastiques pour empêcher
l’immigration clandestine dans la Palestine
mandataire : 12 000 réfugiés juifs sont internés
dans des camps à Chypre, qui affichent complet.
Les Britanniques procèdent au sabotage des
bateaux affrétés par la Haganah pour transporter les immigrants clandestins. En juillet 1947,
© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

la Haganah affrète un navire qu’elle rebaptise
Exodus 1947, qui manifeste l’aspiration des juifs
à retourner en Terre promise. Le navire appareille
dans le sud de la France, avec à son bord 4 500
réfugiés juifs. Quelques jours plus tard, le navire
est intercepté au large de Gaza et remorqué par
la marine britannique jusqu’au port de Haïfa.
Les passagers sont transbordés sur trois autres
navires et refoulés vers la France. Indignées, les
autorités françaises refusent de coopérer avec
leurs homologues anglais. L’Humanité dénonce
le sort infligé aux passagers de cet « Auschwitz
flottant ». Les Britanniques renvoient les passagers ayant refusé de débarquer jusqu’au port de
Hambourg, où ils sont débarqués manu militari.
La Grande-Bretagne s’est placée dans une situation intenable, en renvoyant des rescapés des
camps de la mort sur les lieux mêmes de leur
persécution, en Allemagne. Cette affaire achève
de discréditer la puissance mandataire : c’est
dans ce contexte que l’UNSCOP se prononce
unanimement en faveur de la fin du mandat britannique en Palestine.

3. Le conflit israélo-arabe (1949-1979)
� MANUEL PAGES 266-267

Doc. 1. Les Israéliens dans la vieille ville de
Jérusalem (1967)

• Question. Jérusalem est ville sainte à la fois
pour les juifs, les chrétiens et les musulmans
(voir chapitre 1). En 1947, le plan de partage
de l’ONU prévoit un statut international pour
Jérusalem et Bethléem. Le premier conflit israéloarabe invalide ce plan et consacre la division
de la ville en deux parties : en 1949, JérusalemOuest est annexée par Israël qui en fait la capitale du nouvel État hébreu (siège de la Knesset
et du gouvernement) ; cette décision n’a pas été
reconnue par la communauté internationale (la
plupart des ambassades, dont celle de la France
et des États-Unis, sont encore de nos jours
situées à Tel-Aviv). Jérusalem-Est, qui comprend la Vieille Ville et ses lieux saints, a aussi
été unilatéralement annexée par la Jordanie en
1950. Les négociations secrètes engagées entre
Israéliens et Jordaniens échouent après l’assassinat du roi Abdallah en 1951. Jusqu’en 1967,
les juifs n’ont plus accès au Mur occidental du
Temple (« mur des Lamentations »).
147 •

Lors de la guerre des Six-Jours, Israël s’empare
de Jérusalem-Est. La ville, réunifiée de facto
depuis 1967, est proclamée capitale « éternelle
et indivisible » de l’État d’Israël en 1980, décision condamnée la même année par les résolutions 476 et 478 de l’ONU. Les tensions n’ont
jamais cessé depuis, Israël menant une politique
active pour implanter des colons juifs dans de
nouveaux quartiers de la ville.
Doc. 2. La résolution 242 du Conseil de sécurité (22 novembre 1967)

• Question. La résolution 242 des Nations unies
reste aujourd’hui LE texte de référence d’une
solution négociée au conflit israélo-arabe. On
n’en retient souvent que le premier article (1, a) :
le texte exige le retrait des territoires occupés par
Israël à l’issue de la guerre des Six-Jours (Golan,
Sinaï, Gaza, Cisjordanie et Jérusalem-Est). Mais
l’ONU réclame aussi la reconnaissance de la
souveraineté de tous les États de la région : elle
engage ainsi les États arabes à reconnaître l’existence de l’État d’Israël, ce qu’aucun d’entre eux
n’avait encore accepté de faire après la signature
de l’armistice de Rhodes en 1949. Le texte ne
fait pas explicitement référence à la création d’un
État palestinien (la Cisjordanie a été annexée par
la Jordanie en 1950). Il est seulement vaguement
question d’un « juste règlement du problème des
réfugiés ». En souhaitant que la liberté de navigation dans les eaux internationales soit garantie,
l’ONU enjoint implicitement l’Égypte à rouvrir
le canal de Suez (qui restera fermé de 1967 à
1975), ainsi que le détroit de Tiran (la fermeture
de ce détroit, qui commande l’accès des navires
israéliens au golfe d’Aqaba, avait été à l’origine
du déclenchement de la guerre des Six-Jours).
L’ONU recommande enfin la création de zones
démilitarisées : il s’agit d’empêcher les incursions
de combattants palestiniens en territoire israélien,
qui s’étaient multipliées depuis les années 1950.
On relève que la version anglaise de la résolution
242 est plus ambiguë que la version française :
« from occupied territories » peut se comprendre
par retrait « de » ou « des » territoires occupés.
Après le retrait israélien du Sinaï, l’État hébreu
pourra arguer avoir respecté l’application de la
résolution 242, alors qu’il n’avait toujours pas
été reconnu par les États arabes, à l’exception
de l’Égypte d’Anouar el-Sadate. Il est évident
toutefois que, dans son esprit, la résolution 242
• 148

envisage le retrait de tous les territoires occupés,
y compris Jérusalem.
Doc. 3. La guerre des Six-Jours

• Question. À l’issue de la guerre des Six-Jours,
Israël conquiert le Golan sur la Syrie, la bande
de Gaza et le Sinaï sur l’Égypte, la Cisjordanie
et Jérusalem-Est sur la Jordanie. L’État hébreu
dispose désormais d’une profondeur stratégique
plus importante en cas d’attaque. L’occupation
du plateau du Golan lui confère le contrôle des
ressources en eau douce qui alimentent le lac de
Tibériade. Surtout, la guerre des Six-Jours bouleverse la situation des réfugiés palestiniens qui,
dans la bande de Gaza et en Cisjordanie, sont désormais placés sous un régime d’occupation militaire israélien. Enfin, Israël occupe JérusalemEst, conférant à sa victoire une grande portée
symbolique, les juifs pouvant de nouveau se
rendre au Mur occidental.
Doc. 4. Une paix fragile : les accords de Camp
David (mars 1979)
(Cérémonie officielle de signature des accords
devant la Maison-Blanche, 26 mars 1979.)

• Question. Les accords de Camp David ont
été salués comme une grande avancée en faveur de la paix. Pour la première fois, un dirigeant arabe accepte de reconnaître le droit pour
les juifs de disposer d’un État en Palestine. En
1977, Anouar el-Sadate accepte de se rendre en
Israël, et même à Jérusalem, pour y prononcer
un discours devant la Knesset. Menahem Begin
est, quant à lui, un ancien membre de l’Irgoun,
organisation ultra-nationaliste juive qui avait
organisé des attentats terroristes en Palestine
avant 1948. En échange de sa reconnaissance par
l’Égypte, Israël accepte de lui restituer le Sinaï
et de démanteler ses colonies.
En dépit de leur grande portée symbolique,
ces accords sont toutefois fort incomplets. Ils
ne règlent pas le problème palestinien : il n’est
que vaguement question d’un processus d’autonomie palestinienne, qui sombre rapidement
dans l’impasse. En dehors du Sinaï, il n’est pas
question pour Menahem Begin, qui dirige le
premier gouvernement de droite d’Israël depuis
sa création, de négocier la restitution d’autres
territoires en échange d’un accord de paix plus
global. Bien au contraire, la politique d’implantation de colonies juives dans les territoires pa© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

lestiniens est renforcée. De leur côté, les autres
États arabes dénoncent fermement les accords
de Camp David : l’Égypte est exclue de la Ligue
arabe et Anouar el-Sadate est assassiné au Caire
deux ans plus tard, en 1981, par des terroristes
appartenant au Jihad islamique égyptien.

◗ Étude
Le pétrole au Moyen-Orient, richesse ou
malédiction ?
� MANUEL, PAGES 268-269
Réponses aux questions

1. Le Moyen-Orient doit sa richesse à l’abondance
de son sous-sol en hydrocarbures, La région
renferme en effet plus de la moitié des réserves
mondiales de pétrole. En 2010, le Moyen-Orient
représente un peu moins d’un tiers de la production pétrolière mondiale. Comme l’illustre
le graphique 1 a, c’est à partir des années 1950
que la part du Moyen-Orient dans la production
mondiale de pétrole s’accroît fortement, parallèlement à l’accroissement des chiffres de production. Les pays industrialisés remplacent alors le
charbon par le pétrole à bas prix comme source
principale de leur énergie. Les États-Unis, euxmêmes gros producteurs de pétrole, économisent
leurs réserves en s’approvisionnant au MoyenOrient. Les pays occidentaux sont ainsi devenus
fortement dépendants du pétrole du MoyenOrient pour leur approvisionnement en énergie.
Depuis l’entre-deux-guerres, l’extraction, le
raffinage et la commercialisation du pétrole du
Moyen-Orient sont assurés par de grandes compagnies multinationales, dominées principalement par des intérêts anglo-saxons. Ces activités
leur assurent des bénéfices substantiels, même si,
après 1945, elles ont dû rétrocéder une part croissante des profits tirés de la production pétrolière
(« royalties ») aux États de la région.
2. En longue durée, les prix du pétrole ont fortement augmenté depuis les années 1960. En
1960, les pays producteurs de pétrole ont constitué un cartel, l’OPEP (Organisation des pays
producteurs de pétrole), afin d’obtenir un relèvement du prix facturé aux pays consommateurs.
Les monarchies pétrolières du Golfe se sont en
outre rassemblées au sein de l’Organisation des
pays arabes exportateurs de pétrole (OPAEP) en
1968.
© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

On relève ensuite sur la courbe les brusques flambées de prix consécutives aux conflits dans la région, qui peuvent avoir des répercussions, réelles
ou supposées, sur l’approvisionnement des pays
occidentaux (ainsi durant la crise de Suez, ou
lors des deux guerres du Golfe). Chaque conflit
engendre ainsi des comportements spéculatifs,
qui font grimper le prix du pétrole sur le marché libre. Les conflits du Moyen-Orient ont ainsi
provoqué deux « chocs pétroliers » : en 1973, lors
de la guerre du Kippour, les pays arabes exportateurs de pétrole décident de réduire la production
de 5 % et décrètent un embargo sur les pays soutenant Israël, les États-Unis au premier chef. Cette
décision provoque un quadruplement du prix du
pétrole brut. Ce sont dès lors les pays producteurs
qui parviennent à imposer leur prix aux grandes
compagnies pétrolières, les majors. En 1979, la
révolution iranienne est à l’origine d’un second
choc pétrolier, en raison du déclenchement de
la guerre Iran-Irak qui implique deux gros pays
producteurs et perturbe la circulation des navires
dans le golfe (40 % du commerce mondial de
pétrole transite par le détroit d’Ormuz).
Dans les années 1980, les pays consommateurs
se sont efforcés de réduire leur dépendance énergétique vis-à-vis des exportations de pétrole du
Moyen-Orient : par des économies d’énergie,
l’extraction du pétrole off-shore (Alaska, mer
du Nord) ou le développement de nouvelles
sources d’énergie comme le nucléaire. Les divisions entre pays producteurs au sein de l’OPEP,
au sein de laquelle l’Arabie saoudite s’attache à
ménager les intérêts américains, ont accentué la
tendance à la baisse, au point de provoquer un
« contre-choc » pétrolier. On note toutefois que
les prix sont repartis en forte hausse depuis la fin
des années 1990, principalement en raison de la
forte croissance des pays émergents (en 2003, la
Chine a dépassé le Japon comme 2e importateur
mondial d’énergie).
Les deux chocs pétroliers ont entraîné dans l’ensemble des pays industrialisés un fort ralentissement de la croissance économique. La hausse du
prix du pétrole n’est toutefois pas la seule cause
de la crise économique des années 1970 : elle
n’est que le symptôme d’une crise plus générale
qui a contraint les pays occidentaux à repenser
des mécanismes de croissance fondés depuis la
guerre sur le bas prix de l’énergie.
149 •

3. L’importance stratégique des gisements de
pétrole du Moyen-Orient est apparue dès la
Première Guerre mondiale : le pétrole, principalement utilisé au XIXe siècle pour l’éclairage,
est désormais indispensable à la propulsion des
navires (substitution du fuel au charbon), des
véhicules et des blindés. Les États-Unis n’ayant
pas ratifié les traités de paix, notamment ceux
qui concernent le statut des territoires de l’exEmpire ottoman, il a fallu renégocier le partage
de ces territoires dans les années 1920, d’autant
que sont alors découverts d’imposants gisements
en Irak.
Les accords sont négociés en Écosse en 1928 dans
le château d’Achnacarry entre les « sept sœurs »,
à savoir les majors anglo-saxonnes qui constituent le cartel du pétrole : la Standard Oil of New
Jersey, la Royal Dutch Shell, l’Anglo-Persian Oil
Company (qui devient l’Anglo-Iranian, puis la
British Petroleum ou BP ; la Perse était jusque là
la seule région productrice de pétrole du MoyenOrient), ainsi que quatre autres compagnies américaines (Mobil, Texaco, Gulf Oil et Standard Oil
of California). Les majors s’entendent d’abord
sur l’exploitation du pétrole irakien : la Turkish
Petroleum Company, fondée en 1911 à cette fin,
est remplacée par l’Iraq Petroleum Company, un
consortium comprenant les compagnies américaines, la Shell et l’Anglo-Persian. La France
obtient son entrée dans ce consortium : c’est à
cette fin qu’est créée la Compagnie française des
Pétroles (qui deviendra Total par la suite). Une
part de 5 % est accordée au financier arménien
Calouste Gulbenkian (« Monsieur 5 % »), l’un des
pionniers de la prospection pétrolière au MoyenOrient (il vend ses parts dans les gisements de
Mossoul en échange d’une part de 5 % dans l’Iraq
Petroleum Company).
Un autre accord dit de la ligne rouge étend les
dispositions adoptées sur l’Irak à l’ensemble des
anciens territoires ottomans : les compagnies
s’engagent à exploiter en commun les nouveaux
gisements découverts, dans le cadre du consortium formé par l’Iraq Petroleum Company. À
l’extérieur du périmètre délimité par la ligne
rouge, la prospection reste libre.
Enfin, toujours en 1928, les sept sœurs ont négocié un accord de cartel : elles s’entendent pour
fixer le prix mondial du pétrole en référence au
prix du pétrole extrait dans le golfe du Mexique,
• 150

le plus cher, ajouté au prix du transport. Les
compagnies fixent également des quotas qui
leur permettent de se partager les marchés de
consommation.
Ces accords ne sont toutefois pas respectés par
les compagnies américaines non signataires,
qui, par la suite, exploiteront pour leur propre
compte le pétrole saoudien.
L’auteur de l’article, Ihsân al-Jabrî, est, avec
Chékib Arslan, le fondateur de La Nation arabe
en 1930, revue en langue française éditée à
Genève, qui devient l’un des principaux organes
du nationalisme arabe. Il dénonce le pillage colonial des ressources de l’Irak, à la tête duquel
les Britanniques avaient placé le roi Fayçal, l’un
des fils du chérif de La Mecque Hussein. En
1930, un accord anglo-irakien prévoit d’accorder l’indépendance à l’Irak. Mais pour al-Jabrî,
cette indépendance ne peut être que formelle,
puisque les accords de 1928 placent d’emblée le
futur État arabe sous l’étroite tutelle économique
des compagnies pétrolières occidentales.
4. En 1951, le Premier ministre iranien
Mossadegh entre en conflit avec le shah : il
nationalise l’Anglo-Iranian Oil Company. La
plainte déposée par la Grande-Bretagne auprès
de la Cour internationale de justice est déboutée
en 1952. Pour résister aux pressions occidentales, Mossadegh se rapproche de l’URSS. En
pleine guerre froide, les Américains s’inquiètent
de voir l’Iran basculer dans l’orbite soviétique.
C’est pourquoi ils cherchent dès cette époque
à prendre le relais de la Grande-Bretagne au
Moyen-Orient. Le texte rappelle que l’Iran est
devenu l’un des principaux États producteurs
de pétrole de la région. Il est situé dans la région stratégiquement ultra-sensible du golfe
Persique. L’Iran avait été conjointement occupé
par l’URSS et la Grande-Bretagne pendant la
Seconde Guerre mondiale et Staline avait tardé à évacuer le pays après la défaite de l’Axe.
Pour les Soviétiques, le contrôle de l’Iran leur
donnerait un accès aux « mers chaudes ». Ce
contrôle constituerait une menace pour les intérêts occidentaux au Moyen-Orient, de la Turquie
(membre de l’OTAN) au Pakistan. C’est au vu
de ce rapport qu’en 1953, les États-Unis, avec
l’appui des Britanniques, renversent le gouvernement Mossadegh par un coup d’État organisé
par la CIA.
© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

5. Dès la période de l’entre-deux-guerres, les
États-Unis entendent bien exercer au MoyenOrient un rôle à la mesure de la grande puissance économique et navale qu’ils sont devenus.
Ils participent ainsi activement au partage de
l’exploitation des gisements de pétrole négocié à Achnacarry en 1928. L’Arabie saoudite
devient dans les années 1930 une chasse gardée des compagnies pétrolières américaines,
qui forment l’ARAMCO en 1944. Durant la
Seconde Guerre mondiale, la crainte que l’Allemagne nazie mette la main sur le pétrole du
Moyen-Orient via le Caucase amène les Alliés
à accélérer le débarquement de leurs troupes en
Afrique du Nord. Au retour de Yalta en 1945, le
président Roosevelt rencontre le roi Ibn Saoud
à bord du navire de guerre américain Quincy.
L’Arabie saoudite devient ainsi l’un des principaux points d’appui des États-Unis au MoyenOrient. L’ARAMCO négocie pour la première
fois avec un pays producteur de la région, l’Arabie saoudite, un partage à égalité – fifty-fifty –
des profits pétroliers. À partir des années 1950,
l’une des priorités américaines est d’endiguer
la progression soviétique au Moyen-Orient. En
1953, les services secrets américains renversent
le gouvernement Mossadegh en Iran, gros pays
producteur qui devient à son tour un allié des
États-Unis. Cependant, la présence des ÉtatsUnis dans la région ne vise pas seulement à
garantir la sécurité de leurs approvisionnements
et les intérêts de leurs majors : c’est aussi pour
préserver la stabilité d’une région devenue vitale
pour l’ensemble des pays se réclamant de l’économie de marché.
6. L’enjeu pétrolier constitue un double facteur d’internationalisation des conflits du
Moyen-Orient :
• Il amène les grandes puissances à accroître
leur influence dans la région et cette intervention est en partie la cause d’un certain nombre de
conflits, en Palestine dans l’entre-deux-guerres,
comme en Irak plus récemment.
• Certains conflits ont des répercussions directes
sur l’économie mondiale, en raison de la menace
qu’ils font peser sur les exportations de pétrole :
c’est notamment le cas lors des événements qui
ont déclenché les deux chocs pétroliers de 1973
et de 1979.
© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

4. Le Moyen-Orient dans les relations
internationales depuis 1979

� MANUEL PAGES 270-271

Doc. 1. L’Irak : un État à reconstruire

• Question. Comme d’autres États du MoyenOrient, l’Irak est composé de plusieurs communautés ethniques ou religieuses : les Arabes sunnites dans le centre du pays, notamment autour
de la capitale Bagdad (18 %), les Kurdes sunnites
(18 %), regroupés au nord dans la région riche
en pétrole de Mossoul, les Arabes chiites dans
le sud du pays. À partir de 1958, date du coup
d’État qui renverse la monarchie hachémite, la
cohésion du pays a été maintenue par la dictature
du parti Baas, qui s’appuie sur la minorité arabe
sunnite. Saddam Hussein n’a pas hésité à employer des armes chimiques contre les Kurdes.
De 1980 à 1988, il s’engage dans une longue
guerre avec l’Iran, en raison de l’influence que
ce dernier peut exercer auprès des chiites irakiens. Les principaux lieux saints du chiisme se
situent en effet en Irak (voir carte p. 258). La cohésion du pays a volé en éclats au lendemain de
la seconde guerre du Golfe en 2003. Le renversement de la dictature de Saddam Hussein a fait
place à de violents affrontements entre sunnites
et chiites. Quant aux Kurdes, ils se sont placés
depuis 1991 sous la protection des États-Unis.
Après la chute de Saddam Hussein, ils se sont
vus reconnaître une très large autonomie par la
Constitution fédérale, qui leur accorde le droit
d’avoir leur propre armée, leur drapeau, leur parlement, ainsi que des représentations diplomatiques à l’étranger. La communautarisation du
système politique fragilise ainsi l’État irakien,
même si le recul de la violence a permis aux
États-Unis d’évacuer leurs derniers soldats du
pays à la fin de l’année 2011.
Doc. 2. La guerre en Irak (2003)

• Question. Comme souvent dans le discours politique américain, la guerre engagée entre l’Irak
en 2003 est justifiée en termes manichéens : les
États-Unis sont les défenseurs du Bien contre le
Mal, incarné durant la guerre froide par l’URSS
et dorénavant par le terrorisme islamiste, responsable des attentats du 11 septembre 2001, dans
lesquels ont péri plusieurs milliers de personnes.
Le président Bush avance deux motifs principaux à la guerre lancée contre le régime de
151 •

Saddam Hussein : l’Irak est accusé d’avoir
servi de base arrière au terrorisme d’Al-Qaida
et d’avoir cherché à se constituer un arsenal
d’armes de destruction massive, chimiques et
nucléaires. Le président américain cherche à se
justifier d’avoir mené cette opération sans l’aval
de l’ONU, contrairement à celle qui avait été
engagée en 1991 pour libérer le Koweït envahi
par l’Irak. En parlant de « coalition de pays », le
président Bush fait allusion à l’appui que lui a
apporté le Royaume-Uni dans ce conflit. En évoquant les « difficultés » et les « problèmes » du
peuple irakien, il minimise le chaos dans lequel
l’intervention américaine, mal préparée, a plongé le pays : il considère que c’est le prix à payer
pour l’instauration de la démocratie. Il estime
enfin que le renversement du régime de Saddam
Hussein, qui s’était doté d’une puissante armée
(parfois présentée, à tort, comme la quatrième du
monde), a éliminé l’une des principales menaces
pour la paix et la sécurité du Moyen-Orient dans
son ensemble.
La guerre en Irak a en effet permis d’éliminer
l’une des dictatures les plus sanglantes de la planète. Toutefois, les États-Unis n’ont jamais pu
apporter la preuve que l’Irak aurait soutenu les
terroristes d’Al-Qaida. Le parti Baas est un parti
nationaliste laïque, dont l’idéologie est aux antipodes de celle qui inspire les mouvements islamistes. Dans sa longue guerre contre l’Iran, en
1980-1988, l’Irak était apparu bien au contraire
comme le principal adversaire du seul pays où
une révolution islamique a pu triompher. Par ailleurs, aucune enquête n’a pu retrouver la trace
de la présence d’armes de destruction massive
en Irak à la veille de l’intervention américaine de
2003. Tout indique au contraire que la puissance
militaire irakienne avait été fortement entamée
depuis la défaite irakienne essuyée lors de la première guerre du Golfe.

par 189 pays, dont l’Iran. En 2006, les pays occidentaux soupçonnent l’Iran d’utiliser ses installations nucléaires civiles à des fins militaires.
Le Conseil de sécurité a ainsi mandaté l’AIEA
pour enquêter sur le terrain. L’Iran est appelé
à coopérer avec les enquêteurs de l’AIEA, afin
qu’ils puissent vérifier la nature pacifique des
installations nucléaires iraniennes. Le Conseil
de sécurité déclare privilégier la recherche d’une
« 
solution diplomatique négociée 
». Depuis
2006, la mauvaise volonté de l’Iran à coopérer
d’une part, les investigations de l’AIEA d’autre
part, ont amené le Conseil de sécurité à envisager des sanctions. L’accession de l’Iran au statut
de puissance nucléaire risquerait en effet d’accélérer la prolifération nucléaire et les risques
d’instabilité dans l’ensemble de la région. L’Iran
ne représente pas seulement une menace pour
Israël, dont la possession de l’arme nucléaire
est un secret de polichinelle, mais aussi pour les
États arabes de la région. Pour autant, même en
Israël, les partisans de sanctions sévères allant
jusqu’à une éventuelle intervention militaire
contre l’Iran ne font pas l’unanimité.

Doc. 3. La menace nucléaire iranienne

Islam et politique au Moyen-Orient

• Question. L’Agence internationale de l’énergie
atomique a été créée en 1957, sous l’égide de
l’ONU, afin de lutter contre la prolifération des
armes nucléaires. Elle remet un rapport annuel à
l’Assemblée générale de l’ONU et peut diligenter certaines enquêtes à la demande du Conseil
de sécurité. Depuis 1968, l’AIEA est chargée
de superviser l’application du Traité sur la nonprolifération des armes nucléaires (TNP), ratifié
• 152

Doc. 4. Le « printemps arabe » : une chance
pour la paix ?
(Manifestation sur la place Tahrir au Caire, le 8 avril
2011.)

• Question. Les manifestants égyptiens de la
place Tahrir affichent leur solidarité envers les
autres peuples arabes en lutte contre la dictature de leur pays : celle de Bachar el-Assad en
Syrie et celle d’Ali Abdallah Saleh au Yémen.
Contrairement à l’Égypte, ces deux pays ont
basculé dans une guerre civile restée jusqu’ici
sans issue (en dépit du retrait du président Saleh
au Yémen).

◗ Étude
� MANUEL, PAGES 272-273
Réponses aux questions

1. Jusqu’aux années 1960, la diffusion de l’islamisme est principalement à mettre à l’actif du
mouvement des Frères musulmans, association
fondée en Égypte par Hassan al-Bannâ en 1928.
Le mouvement se radicalise dans l’opposition au
régime nassérien. Dans les années 1960, Sayyid
© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

Qotb est en prison quand il écrit ses ouvrages qui
demeurent jusqu’à nos jours une référence pour
les islamistes, toutes tendances confondues. Il est
pendu en 1966. L’extrait proposé de Jalons sur le
chemin (1964) permet de bien mettre en évidence
l’un des thèmes majeurs de l’idéologie islamiste.
Selon Qotb, le monde moderne en est revenu au
stade où il en était avant la révélation du Coran :
une « jahiliyya », terme arabe qui veut dire ignorance, traduit ici par « société de l’ignorance antéislamique » ; le terme désigne en effet, dans le
Coran, l’état dans lequel vivaient les Arabes avant
la révélation de Mohammed. Ce monde moderne,
qui tourne le dos aux valeurs et à l’enseignement
de l’islam, comprend bien sûr les « sociétés communistes », qui professent un matérialisme athée,
les sociétés polythéistes d’Asie et les sociétés
occidentales (« juives et chrétiennes 
»). Mais
Sayyid Qotb considère que les sociétés musulmanes constituent elle aussi une « jahiliyya », car,
bien qu’elles « prétendent être musulmanes […],
elles ne sont pas au service de Dieu l’unique dans
l’organisation de la vie ».
Comme le souligne Gilles Kepel dans Jihad,
l’islamisme opère une « révolution culturelle »
par rapport au nationalisme. Pour les dirigeants
nationalistes formés à l’école européenne (en
Turquie comme dans les pays arabes), l’accession à l’indépendance devait marquer une rupture avec le passé. Cette rupture serait le prélude
à la modernisation de la société musulmane.
Pour les idéologues islamistes, au contraire,
l’histoire moderne des pays musulmans depuis
les indépendances est dévalorisée. Comme les
Arabes à la veille de la prédication du prophète,
les musulmans ignorent l’islam, ils sacrifient à
ces nouvelles idoles que sont le parti, le socialisme ou la nation.
Pour les islamistes comme S. Qotb, l’action menée par les dirigeants nationalistes arabes depuis
l’indépendance est doublement condamnable :
qu’ils se tournent vers le modèle libéral ou le
modèle socialiste pour accélérer la modernisation de leur pays, ils sapent les fondements de
la société musulmane ; le nationalisme contribue
également à exacerber les divisions entre les
États musulmans. En conséquence, l’islamisme
prône l’application intégrale de la loi islamique,
la Charia, dans tous les domaines de la vie
sociale. Seul ce retour à la Charia permettra
© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

de recréer l’Umma, la communauté originelle
et idéale des croyants, par-delà les divisions
nationales.
Le texte de Qotb fait apparaître un dernier point
essentiel : une société authentiquement musulmane ne reverra pas le jour « avant que ne se
forme une communauté d’hommes décidés à
servir Dieu ». Comme l’indique également G.
Kepel, Qotb s’adresse aux jeunes gens nés après
l’accession des pays musulmans à l’indépendance, qui deviennent très nombreux à cette
époque en raison de la croissance démographique. Ces jeunes sont aussi davantage scolarisés et sont plus citadins que leurs parents. Qotb
prophétise ainsi l’émergence d’une « nouvelle
génération coranique », qui pourra bâtir une
nouvelle communauté islamique sur les ruines
du nationalisme. Qotb choisit de s’adresser de
manière privilégiée à ce jeune public en adoptant un style simple et dépouillé, accessible à
un vaste public populaire, contrairement à la
rhétorique compliquée des oulémas. « Qotb se
met à la portée de ses lecteurs en s’emparant de
ce vecteur de communication qu’est la langue
écrite moderne pour en faire l’outil de sa prédication » (G. Kepel), exactement comme ensuite
les groupes islamistes se saisiront de l’Internet.
2. Fondé en 1987, le réseau islamiste radical
Al-Qaida prône la guerre sainte (jihad) contre
l’Occident, accusé de livrer une nouvelle croisade contre l’islam (« les envahisseurs juifs
et croisés »), mais aussi contre les dirigeants
musulmans, qualifiés d’apostats, qui acceptent
de négocier « une solution pacifique et démocratique » aux conflits dans lesquels ils sont
impliqués. L’affiche de propagande représente
Oussama Ben Laden en croisé des temps modernes, vêtu de l’habit traditionnel porté dans le
monde arabe : une longue robe blanche (taoub,
ou dishdash, ou gandoura) et coiffé d’un keffieh
(selon un hadith du prophète, « Dieu aime les
vêtements blancs »). L’arrière-plan de l’affiche
évoque la première guerre sainte livrée par Ben
Laden en Afghanistan contre l’URSS : à cheval,
armé d’un fusil d’assaut Kalachnikov et, en bas à
gauche, d’un lance-missile américain Stinger, le
chef d’Al-Qaida combat l’aviation et les blindés
soviétiques.
Après l’évacuation de l’Afghanistan par l’armée
soviétique, Al-Qaida s’est retourné contre ses
153 •

anciens alliés américains. La guerre sainte prend
dès lors la forme d’attentats terroristes visant
les Occidentaux partout dans le monde, y compris sur le sol américain, le 11 septembre 2001.
Comme S. Qotb dans les années 1960, Ben
Laden s’adresse en priorité à la jeunesse musulmane, en révolte contre les dictatures ou les oligarchies au pouvoir, accusées de pactiser avec
les Occidentaux. Il vise en particulier les gouvernements égyptiens et jordaniens, ainsi que
les dirigeants de l’OLP qui, comme Mahmoud
Abbas, ont accepté de reconnaître l’État d’Israël et de négocier avec lui. Le texte fait allusion à l’implication du réseau Al-Qaida dans
les affrontements qui se déroulent en Irak après
l’intervention américaine de 2003. Il dénonce
le gouvernement de Hamid Karzaï qui, avec le
soutien des occidentaux, combat les talibans en
Afghanistan. Ce sont enfin les principes mêmes
de la démocratie libérale qui sont considérés
comme contraires à « la loi de Dieu ».
3. En organisant une conférence sur « le monde
sans le sionisme » en 2005, le président iranien
Mahmoud Ahmadinejad veut placer son pays
à la pointe de la lutte contre l’État d’Israël. À
travers le sionisme, ce n’est pas seulement la
politique de tel ou tel gouvernement israélien
qui est visée, mais l’existence même de l’État
d’Israël, qui résulte du projet sioniste. Certes,
il est apparu récemment que M. Ahmadinejad
n’avait pas parlé de « rayer Israël de la carte »,
selon pourtant la traduction du persan à l’anglais
proposée par l’agence de presse officielle iranienne. Le président iranien se serait contenté de
citer l’ayatollah Khomeiny : « L’imam a annoncé
que le régime occupant Jérusalem devait disparaître de la page du temps », allusion au fait que,
comme le régime du shah ou le régime soviétique, l’État d’Israël n’était pas forcément éternel… Quoi qu’il en soit, le président iranien n’a
jamais officiellement démenti par la suite avoir
envisagé la destruction de l’État d’Israël.
Il est également peu contestable que l’antisionisme est utilisé comme une forme déguisée et réactualisée d’antisémitisme. En 2006,
M. Ahmadinejad organise une nouvelle conférence sur « la réalité de l’Holocauste », à l’occasion de laquelle il qualifie la Shoah de « mythe »
et accueille des individus connus pour leurs opinions négationnistes.
• 154

Cette propagande antisioniste vise à étendre
l’influence de l’Iran, qui n’est pas un pays arabe,
auprès des populations arabes où l’hostilité à l’encontre d’Israël fait office de dénominateur commun. L’Iran apporte ainsi son appui à des mouvements islamistes comme le Hamas palestinien ou
le Hezbollah libanais. La République islamique
cherche aussi à renforcer son influence au sein
des minorités chiites des États arabes du Golfe,
où l’Iran est perçu comme une menace depuis la
révolution de 1979. Enfin, l’antisionisme du président iranien répond aussi probablement à des
considérations de politique intérieure, dans la lutte
qui oppose les « durs » et les « modérés » du régime
de Téhéran face aux États-Unis et à leurs alliés.
4. L’Organisation de la conférence islamique est
fondée en 1969 à l’instigation de l’Arabie saoudite, afin de contrecarrer l’audience du nationalisme nassérien au Moyen-Orient. C’est ainsi au
nom de l’islam, non plus de la nation arabe, que
sa charte revendique la création d’un État palestinien, avec pour capitale Jérusalem, troisième
lieu saint de l’islam (art. 7).
La Charte de l’Organisation de la conférence
islamique lui assigne pour but de renforcer la
cohésion du monde musulman (art. 1.1), la défense de l’islam (art. 1.12), l’action humanitaire
et l’assistance des populations les plus fragiles
(art. 1.14). À la différence des mouvements islamistes radicaux, la Charte prône toutefois la tolérance et le dialogue entre les religions : elle se
réfère explicitement à un islam « modéré » (art.
1.11 et 12). Elle dénonce clairement le recours
au terrorisme et appelle les États à coopérer
entre eux pour le combattre (art. 1.18). Enfin, la
Charte islamique déclare respecter les principes
de la Charte des Nations unies (art. 2.1), et plus
généralement les principes fondateurs de la démocratie : les droits humains, les libertés fondamentales et l’État de droit (art. 2.7).
Dans bon nombre d’États toutefois, ces principes démocratiques sont loin d’être respectés,
qu’il s’agisse de la liberté de la presse et d’opinion, voire de la tolérance envers les communautés non musulmanes. Le statut des femmes
demeure souvent très inégalitaire dans de nombreux pays du Moyen-Orient : qu’il s’agisse de
leur accès à l’instruction, de leur place dans
la famille et dans la société, où la ségrégation
hommes-femmes est de rigueur.
© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

5. L’appel au jihad lancé par les islamistes radicaux compromet les efforts entrepris par les
dirigeants arabes modérés pour dégager une
solution négociée aux conflits du Moyen-Orient,
en particulier sur le dossier palestinien. Les
attentats terroristes perpétrés par les groupes
islamistes alimentent en Israël les surenchères
sécuritaires des partisans d’une politique de
force. La propagande anti-israélienne de l’Iran
et son manque de transparence dans le domaine
nucléaire contribuent également à dégrader le
climat international au Moyen-Orient. L’écho
rencontré par les islamistes radicaux auprès de
la jeunesse déshéritée peut déstabiliser des États
dont les assises nationales demeurent fragiles.
Toutefois, l’islamisme ne se réduit pas à sa composante radicale, même si l’on peut redouter
qu’en Égypte par exemple, le printemps arabe
n’amène à remettre en cause la paix conclue en
1978 avec Israël.

5. Le processus de paix israélopalestinien (1979-2011)

� MANUEL PAGES 274-275

Doc. 1. Israël et les territoires palestiniens
en 2011

• Question. En 1993, les accords d’Oslo prévoient la création d’une Autorité palestinienne
sur Gaza et une partie de la Cisjordanie. En
2005, Israël s’est retiré de la bande de Gaza et y
a démantelé ses colonies. Tel n’est pas le cas en
Cisjordanie, où trois zones ont été distinguées :
– une zone A : elle est placée en principe sous
l’entière responsabilité de l’Autorité palestinienne, notamment en ce qui concerne le maintien de l’ordre. Elle comprend les principales
agglomérations de Jénine, Ramallah, Naplouse
ou Bethléem, soit environ 20 % de la population.
– une zone B : elle est placée sous responsabilité
partagée de l’Autorité Palestinienne (l’administration) et d’Israël (la sécurité).
– une zone C : elle reste placée sous contrôle
israélien, en particulier pour assurer la sécurité
des nombreuses colonies juives dispersées en
Cisjordanie
Les territoires contrôlés par l’Autorité palestinienne sont donc très morcelés, d’où leur aspect
en « peau de léopard » sur la carte. Pour certains, c’est la preuve que les dirigeants israéliens
© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

mettent tout en œuvre pour empêcher la création
à terme d’un État palestinien qui soit viable.
D’autant que la politique d’implantations juives a
été poursuivie en Cisjordanie, la question des colonies ayant été soigneusement écartée des négociations d’Oslo. À cela s’ajoute la décision prise
par Israël d’édifier une « barrière de séparation »
pour empêcher les attentats-suicides sur son territoire : le tracé de cette barrière s’étend parfois
au-delà de la ligne verte de 1949, ce qui témoigne
de l’intention de conserver à terme les implantations juives en Cisjordanie et d’en annexer environ 10 % du territoire. Côté israélien, le maintien
d’une forte présence israélienne en Cisjordanie
et la construction du mur de séparation sont justifiés par des impératifs de sécurité. Pour Israël, le
passage éventuel de l’Autorité palestinienne à un
État palestinien dépend fondamentalement de sa
capacité à tenir sa population et à faire cesser les
attaques en territoire israélien.
Les accords d’Oslo n’ont pas permis non plus
de régler la question du statut de Jérusalem,
ainsi que celle des réfugiés palestiniens (voir
p. 278-279).
Doc. 2. La Charte du Hamas (août 1988)

• Question. Comme pour l’OLP en 1968, l’objectif du Hamas est d’aboutir par la lutte armée
à la destruction de l’État d’Israël. Pour l’OLP
cependant, la lutte contre Israël est présentée
comme un mouvement de libération nationale,
qui se revendique du nationalisme arabe. Le
Hamas se présente lui comme un mouvement
islamiste, agissant au nom de principes politicoreligieux. Les initiatives de paix sont jugées
contraire aux intérêts de l’islam. En prônant le
jihad contre Israël, le Hamas condamne l’évolution de l’OLP qui, sous l’impulsion de Yasser
Arafat, a reconnu l’existence de l’État d’Israël
et accepté de négocier avec lui. En Palestine
comme dans d’autres pays du Moyen-Orient,
l’islamisme a pris le relais du nationalisme
arabe, en particulier dans les catégories les plus
jeunes de la population.
Doc. 3. L’Intifada : les Palestiniens en révolte
(Dessin de l’un des enfants pris en charge par le
Centre de traitement des troubles psychologiques
de Gaza, 10 janvier 2005.)

• Question. Ce dessin d’enfant représente
l’Intifada telle qu’elle est vécue du côté des
155 •

Palestiniens : un affrontement inégal entre une
armée régulière dotée d’armes modernes (des
blindés à droite du dessin) et de jeunes manifestants aux visages masqués pour ne pas être
reconnus, armés de simples frondes : allusion à
la « guerre des pierres ». L’un d’entre eux brandit
le drapeau palestinien. Le décor est celui d’une
guérilla urbaine : des immeubles à l’arrière-plan,
un affrontement dans un terrain vague, où des
pneus ont été incendiés. Ces affrontements font
des victimes civiles : en bas à gauche du dessin,
un homme porte le corps d’un enfant blessé.
Du côté israélien, on ferait cependant valoir que
Tsahal ne fait bien souvent que riposter aux
tirs de roquettes ou aux attentats-suicides qui
font aussi de nombreuses victimes civiles dans
la population israélienne. Les autorités israéliennes accusent par ailleurs le Hamas de disperser sciemment ses combattants au milieu des
populations civiles.
Quoi qu’il en soit, un tel dessin, diffusé par une
agence de presse, montre comment l’image d’Israël s’est renversée dans l’opinion internationale
depuis le déclenchement de la première Intifada,
en 1987 : jusqu’à la guerre de Six-Jours, c’est
Israël qui faisait figure de David dans son affrontement avec les pays arabes, tous coalisés contre
lui. Désormais, c’est le sort des Palestiniens qui
suscite la sympathie d’une partie de l’opinion
publique internationale, la force étant désormais
du côté de l’État hébreu.
Doc. 4. La « feuille de route » (2003)

• Question. La feuille de route, élaborée en
2003 par la communauté internationale, vise à
relancer le processus d’Oslo et à créer les conditions progressives d’une paix définitive entre
Israéliens et Palestiniens. Pour cela, elle prévoit
qu’Israël obtienne des garanties pour sa sécurité : les Palestiniens doivent ainsi renoncer sans
condition à toute forme de violence, et ce, avant
même que les négociations aient abouti. De son
côté, Israël doit aider l’Autorité palestinienne à
s’imposer auprès de sa population, en apportant
la preuve concrète que la négociation est préférable à la violence : Israël doit donc « normaliser
la vie des Palestiniens », c’est-à-dire améliorer
leur situation économique et sociale, précarisée
par le bouclage récurrent des territoires. Surtout,
la feuille de route engage Israël à geler sa politique d’implantations juives en Cisjordanie et à
• 156

Jérusalem-Est. Il lui est enfin demandé, dans la
phase II, d’accepter, avant la conclusion d’un
accord définitif, la formation d’un État palestinien indépendant, doté de réels attributs de souveraineté (l’Autorité palestinienne ne dispose
pas d’une armée par exemple, mais seulement
de forces de maintien de l’ordre).
La feuille de route reste pour l’heure lettre
morte : une partie des Palestiniens, derrière
le Hamas, n’a pas renoncé à la violence. Les
Israéliens ont repris leur politique d’implantations et condamné la proclamation de la création
d’un État palestinien par Mahmoud Abbas, en
2012.

◗ Étude
L’évolution du problème palestinien
depuis 1948
� MANUEL, PAGES 276-277
Réponses aux questions

1. Les réfugiés palestiniens résident principale­ment :
– dans les territoires occupés par Israël après
1967 et administrés partiellement par l’Autorité
palestinienne depuis les accords d’Oslo, dans la
bande de Gaza et en Cisjordanie ;
– dans les pays voisins d’Israël, en Jordanie et
au Liban. Une partie de ces réfugiés vit dans
les camps gérés par l’UNRWA, organisme des
Nations unies créé en 1948. Le nombre de ces
réfugiés, qui comprend aussi les enfants des
familles des réfugiés de 1948, s’est considérablement accru du fait de la forte croissance
démographique : le taux de fécondité par femme
palestinienne est l’un des plus élevés au monde,
8 en Cisjordanie, 9 à Gaza. La population croît
ainsi au rythme de 5 % par an.
2. On relève d’emblée la signification très différente que revêt naturellement la guerre de 1948
pour les Israéliens et les Palestiniens. Dans la
version israélienne, la guerre de 1948 est présentée comme une guerre d’indépendance, qui
consacre l’idéal sioniste d’un retour des juifs
en terre promise, au lendemain d’un génocide
qui a conduit à l’extermination de 6 millions de
juifs européens. Dans la version palestinienne, la
guerre de 1948 est la Nakba, la « Catastrophe »,
puisque des centaines de milliers de réfugiés
© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

palestiniens ont dû quitter leur terre et que le
peuple palestinien a été privé depuis du droit de
posséder un État en Palestine.
Pour les mêmes raisons, la participation des États
arabes dans cette guerre est envisagée de manière
très différente. Dans la version israélienne, la
création de l’État d’Israël a été arrachée de haute
lutte contre les pays arabes agresseurs. Dans le
texte palestinien, les pays arabes sont accusés
d’avoir sacrifié la cause palestinienne sur l’autel
de leurs propres intérêts nationaux. La fin du
texte fait allusion à l’annexion de la Cisjordanie
par la Jordanie, dont le roi Abdallah est assassiné
deux ans plus tard par un Palestinien.
Mais on relève certains points de convergence
sur la question des expulsions. La version israélienne – dont il faut rappeler qu’elle a été rédigée par des enseignants pacifistes qui ne sont pas
représentatifs de l’opinion israélienne dans son
ensemble – prend en compte les travaux effectués ces dernières années par les « nouveaux
historiens » israéliens, comme Benny Morris
par exemple. Ces recherches, fondées sur les
archives israéliennes et occidentales, ont remis
en cause la thèse officielle d’Israël, qui a été
longtemps de nier les expulsions et d’affirmer
que les Arabes palestiniens avaient fui volontairement ou y avaient été incités par les États
arabes. Les responsables arabes ont au contraire
prétendu que ces expulsions avaient fait partie
d’un plan prémédité, en particulier dans le cadre
du plan Daleth, lancé en avril 1948 pour sécuriser les frontières du nouvel État juif institué par
l’ONU, en prévision de l’attaque fort probable
des pays arabes.
Le texte israélien évoque donc lui aussi, comme
le texte palestinien, les expulsions d’Arabes
palestiniens, en reprenant l’argumentation nuancée des « nouveaux historiens ». Au début de la
guerre, la plupart des départs ont été volontaires.
C’est ensuite, dans le cadre de la prévention de
l’attaque arabe, qu’il y a eu des expulsions intentionnelles : la version israélienne admet donc la
responsabilité des dirigeants sionistes dans ces
expulsions, ainsi que leur volonté de réduire
au maximum l’effectif de la minorité arabe qui
continuerait de vivre dans les frontières du nouvel État juif. Mais, « tous les Arabes ne furent
pas chassés, et il n’y eut pas d’instructions officielles dans ce sens ». Comme a pu l’établir en
© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

effet l’historien Benny Morris, il y a bien eu « des
expulsions brutales » et un « harcèlement délibéré » pour contraindre les populations arabes
au départ, d’abord dans le cadre du plan Daleth,
puis au lendemain de l’invasion des armées
arabes. « De toute évidence, conclut B. Morris,
Ben Gourion voulait que demeurent à l’intérieur
de l’État juif le moins d’Arabes possible. Mais
il n’y avait toujours pas de politique systématique d’expulsion ». On relève cependant que la
version palestinienne évoque les massacres de
civils palestiniens, comme celui de Deir Yassine,
(massacres également mentionnés dans le texte
israélien dans un passage non reproduit dans le
manuel), en omettant de rappeler cependant les
massacres également perpétrés par des Arabes
contre des civils juifs.
Enfin, les deux versions s’accordent pour rappeler qu’au lendemain de la guerre, les réfugiés
furent systématiquement empêchés de revenir chez eux, les autorités israéliennes effaçant
toutes les traces d’une présence arabe antérieure.
La version israélienne rappelle toutefois que ce
sont entre autres les nombreuses infiltrations de
terroristes en Israël qui ont fait capoter toutes les
négociations, donc la possibilité du retour d’au
moins une partie des réfugiés : elle renvoie finalement dos-à-dos les Arabes, qui ont continué
d’avoir recours à la violence, et les dirigeants israéliens, qui y ont répondu par des opérations punitives. Ici encore, Benny Morris rappelle qu’en
effet, « les documents israéliens et occidentaux
révèlent qu’entre la fin de l’année 1948 et le mois
de juillet 1952, plusieurs occasions de paix entre
Israël et certains de ses voisins arabes se présentèrent effectivement » Elles ne furent pas mises
à profit, en tout cas pas autant qu’elles auraient
pu l’être, « parce qu’Israël ne se montra jamais
disposé à transiger pour la paix, et que les dirigeants arabes se sentaient trop faibles et menacés
par leur propre peuple ainsi que par leurs voisins
pour tenter ou même envisager la paix, à moins
qu’elle n’implique de réelles concessions de la
part d’Israël ». Si Israël avait été plus accommodant, les dirigeants arabes auraient-ils accepté la
paix ? Morris se dit incapable de répondre à la
question. De même, à supposer qu’un traité ait
été conclu, aurait-il été durable ? Seule certitude :
des propositions de paix ont bien été formulées,
mais chaque partie a trouvé alors plus profitable
157 •

de les écarter. « Aucun des dirigeants, dans un
camp comme dans l’autre, ne se montra à la hauteur de la situation, ni capable de saisir comme il
se devait les occasions offertes ».
Au total, 700 000 Arabes palestiniens se sont
enfuis ou ont été expulsés des régions intégrées dans l’État juif. À la fin de la guerre de
1948-1949, moins de la moitié des Palestiniens
habitent encore chez eux. On rappellera cependant que la guerre de 1948, comme la crise de
Suez ensuite (1956), n’ont pas été non plus sans
conséquence pour les communautés juives dispersées dans les pays arabes : des centaines de
milliers de juifs du Moyen-Orient et du Maghreb
ont été à leur tour contraints au départ, pour un
grand nombre vers Israël (seuls les juifs d’Algérie ont massivement opté pour la France après
1962). De nos jours, il n’y a plus que l’Iran et la
Turquie, deux pays non arabes qui comptent une
communauté juive importante (respectivement
40 000 et 25 000 personnes en 2000). Hormis ces
deux pays, il n’y a plus aujourd’hui que 8 000
juifs vivant dans un pays musulman.
3. Selon la Charte de l’OLP, un Palestinien est
à la fois un habitant ou un ex-habitant de la
Palestine d’avant 1947 et/ou une personne née
d’un père palestinien, lui-même né en Palestine
ou hors de Palestine. La citoyenneté palestinienne serait ainsi fondée sur le droit du sol et
le droit du sang. Le futur État palestinien que
l’OLP entend construire a donc pour vocation de
rassembler la diaspora palestinienne dans toutes
ses composantes.
La Charte de l’OLP prévoit que les juifs pourront eux aussi accéder à la citoyenneté du nouvel État palestinien, ce qui laisse entendre qu’il
sera laïque. Toutefois, elle ne serait accordée
qu’aux seuls juifs résidant en Palestine avant
« l’invasion sioniste » : implicitement, cela signifie qu’une immense majorité de juifs, qui ont
immigré depuis la fin du XIXe siècle, serait alors
expulsée de Palestine.
4. La Charte de l’OLP revendique à plusieurs
reprises la « libération de la Palestine ». Elle affirme clairement que la lutte armée est la seule
manière d’y parvenir. Selon l’OLP, il ne peut y
avoir deux États, juif et arabe, en Palestine. On a
vu par ailleurs qu’en vertu de l’article 6, seul un
petit nombre de juifs pourraient devenir citoyens
de l’État palestinien.
• 158

La fin de la guerre froide a privé l’OLP de
l’appui que les Soviétiques lui avaient apporté.
Yasser Arafat a ainsi modéré les positions de son
Organisation. En visite officielle en France, en
1989, il déclare ainsi « caduque » (en employant
ce mot en français) la Charte de l’OLP. C’est
une manière de reconnaître l’existence de l’État
d’Israël, ce qui a permis d’ouvrir des négociations directes entre Israéliens et Palestiniens.
Cette position est aujourd’hui celle de l’Autorité
palestinienne, mais elle est violemment contestée par le Hamas.
5. La Charte de l’OLP appelle l’ensemble du
monde arabe à se solidariser avec la cause palestinienne. Elle place le mouvement national
palestinien à l’avant-garde du combat destiné à
réaliser l’unité arabe. Mais les pays arabes sont
eux-mêmes très divisés et le soutien apporté aux
Palestiniens n’est souvent qu’un moyen de masquer leurs divisions profondes et de servir leurs
intérêts propres. C’est ce que rappelle amèrement
le récit palestinien de la guerre de 1948 (doc. 5) :
les Arabes n’ont pas su préserver leur unité face
à Israël et on a vu que la Jordanie avait profité de
l’occasion pour annexer une partie du territoire
palestinien. À l’époque où est rédigée la Charte
de l’OLP, le mouvement national palestinien
cherche précisément à s’affranchir de la tutelle
des États arabes, sous l’impulsion de Yasser
Arafat. Deux ans plus tard, en septembre 1970,
l’OLP est pour cette raison expulsée de Jordanie
au terme de violents affrontements qui font des
milliers de morts.
6. L’ampleur du taux de chômage dans les
Territoires palestiniens révèle la dégradation
de la situation économique et sociale, depuis la
deuxième Intifada et la rupture entre l’Autorité
palestinienne et le Hamas, qui a pris le contrôle
de Gaza. Depuis la fin des années 1990, le taux
de chômage a grimpé d’environ 10 % à 30 %
des actifs. À Gaza, il a même approché les 40 %
et se maintient à un niveau plus élevé qu’en
Cisjordanie. Les attentats-suicides et les tirs de
roquettes opérés par le Hamas depuis la bande de
Gaza ont amené les dirigeants israéliens à boucler régulièrement les territoires palestiniens,
empêchant leurs habitants de venir travailler
en Israël. L’érection d’une « barrière de séparation » perturbe également les échanges entre les
différentes enclaves arabes de l’Autorité pales© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

tinienne en Cisjordanie. Les ressources sont par
ailleurs insuffisantes pour absorber la très forte
croissance démographique dans les territoires.
7. Le conflit israélo-arabe a provoqué le départ
de centaines de milliers de réfugiés palestiniens.
Le peuple palestinien est toujours en quête d’un
État. La reconnaissance de l’État d’Israël par
l’OLP lui a toutefois permis d’obtenir des avancées significatives dans la reconnaissance de ses
droits politiques. Depuis la fin des années 1990
cependant, le blocage du processus de paix et les
surenchères du Hamas voient les affrontements
entre Arabes et Israéliens se poursuivre, au prix
d’une dégradation de la situation économique et
sociale dans les Territoires palestiniens.

◗ Étude
Quelle paix entre Israéliens et Palestiniens ?
� MANUEL, PAGES 278-279
Réponses aux questions

1. Cette photographie immortalise la poignée de
main qui scelle les débuts de la réconciliation
entre deux adversaires irréductibles, l’ancien
chef d’état-major israélien durant la guerre des
Six-Jours, devenu Premier ministre, Yitzhak
Rabin (doc. 1 p. 267), et le chef charismatique
de l’OLP, Yasser Arafat, perçu jusque là comme
un terroriste en Israël. Ce geste symbolise une
double reconnaissance : celle de l’OLP comme
représentant légitime du peuple palestinien par
Israël, et celle de l’existence de l’État d’Israël
par l’OLP. Il vaut à ces deux hommes, ainsi qu’à
Shimon Peres, l’obtention du prix Nobel de la
paix en 1994. Yitzhak Rabin, assassiné par un
extrémiste israélien en 1995, l’a payé de sa vie.
2. Elie Barnavi comme Elias Sanbar sont tous
deux favorables au processus de paix israélopalestinien 
: la reconnaissance mutuelle de
l’OLP et de l’État d’Israël a marqué une étape
décisive dans l’évolution récente du conflit israélo-palestinien. Ils regrettent cependant tous
deux l’imprécision de ces accords sur le calendrier et le contenu des négociations : les litiges
les plus délicats ont été délibérément écartés, à
savoir le statut de Jérusalem, les colonies juives
et les réfugiés palestiniens.
Mais c’est également sur ce point que les deux
hommes se séparent : Elias Sanbar estime que
© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

ces questions n’auraient pas dû être écartées au
départ, même pour faciliter la conclusion des accords d’Oslo. Car elles ont constitué des bombes
à retardement : l’Autorité palestinienne s’est trouvée d’emblée en difficulté face à la poursuite des
implantations juives dans les territoires. Face aux
surenchères du Hamas et des opposants palestiniens au processus de paix, Yasser Arafat a durci
sa position en relançant la question des réfugiés,
ce qui a bloqué durablement le processus de paix.
Elie Barnavi estime qu’à défaut de trancher sur
les questions les plus « explosives » à Oslo, il
aurait fallu s’engager par un calendrier précis à
ce qu’elles le soient un peu plus tard. Il ajoute
qu’Israéliens et Palestiniens auraient dû prendre
des engagements plus contraignants, sous le
contrôle de la communauté internationale. Elie
Barnavi pense sûrement ici à la « feuille de
route » élaborée en 2003 (voir doc. 4 p. 275),
qui a tenté de combler les lacunes du processus d’Oslo. En fin de compte, les ambiguïtés
ou l’imprécision des accords d’Oslo ont été
instrumentalisées par ceux qui n’ont jamais eu
l’intention d’en respecter l’esprit : les partisans
de la poursuite de la colonisation côté israélien,
les adversaires de l’existence d’un État juif en
Palestine côté palestinien.
Comme Elie Barnavi (issu de la gauche israélienne), le Premier ministre de droite Benjamin
Netanyahu met l’échec des accords d’Oslo au
compte de l’extrémisme, mais seulement de
celui des islamistes. B. Netanyahu évoque ainsi
la prise du pouvoir par le Hamas à Gaza, ainsi
que l’influence grandissante du Hezbollah au
Liban et des Frères musulmans en Égypte : tous
ces mouvements, rappelle-t-il, « ne s’opposent
pas aux politiques d’Israël, mais à l’existence
d’Israël » : manière de dire que toute concession
éventuelle du gouvernement israélien ne servirait à rien face à des interlocuteurs qui n’ont pas
l’intention de négocier quoi que ce soit.
Le chef du gouvernement se défend ainsi d’être
jugé responsable du blocage du processus de
paix. Il rappelle qu’Israël, par le passé, a bien
rendu ou évacué certains territoires, en particulier Gaza et le Sud-Liban ; la sécurité d’Israël
n’en est pas mieux assurée pour autant et les
islamistes radicaux ont fini par l’emporter sur
les modérés. Il estime enfin qu’Israël ne peut pas
prendre le risque de placer sa sécurité entre les
159 •

mains de forces internationales, qui ne sont pas
montrées particulièrement efficaces jusqu’ici.
Pour B. Netanyahu, la sécurité d’Israël prime
donc la reprise de négociations, par ailleurs difficiles, voire inextricables, sur Jérusalem, les
réfugiés et les colonies.
3. Dans son célèbre discours à l’université alAzhar du Caire adressé au monde musulman,
le président Obama a longuement abordé la
question palestinienne. Il a voulu justifier le rôle
d’arbitre que jouent les États-Unis dans le processus de paix, alors qu’ils sont souvent perçus
comme unilatéralement pro-israéliens au sein de
l’opinion arabo-musulmane. Dans un discours
qui se veut équilibré, il appelle ainsi Palestiniens
et Israéliens à faire des concessions mutuelles.
L’Autorité palestinienne doit se montrer davantage en mesure de gouverner efficacement, autrement dit de s’affranchir des luttes de clans et
de la corruption, afin d’apporter la preuve auprès du peuple palestinien que la poursuite du
processus de paix est préférable à la reprise des
hostilités envers Israël. Le président américain
ne désespère pas non plus d’amener le Hamas,
qui dirige désormais Gaza, à prendre ses responsabilités en renonçant à son tour à la violence
et en reconnaissant l’existence de l’État d’Israël.
Le président Obama enjoint les Israéliens, de
leur côté, à renoncer à poursuivre la colonisation
juive dans les territoires : il y voit clairement le
principal obstacle à la reprise des négociations.
Par ailleurs, il demande aux Israéliens de soutenir la tâche difficile de l’Autorité palestinienne :
la crédibilité de ses dirigeants auprès du peuple
palestinien dépend en grande partie de leur capacité à améliorer la situation économique et les
conditions de vie, qui se sont dégradées depuis
la fin des années 1990. Barack Obama évoque
ainsi la crise humanitaire qui sévit à Gaza, du
fait du blocus israélien (ripostant aux tirs de roquettes du Hamas sur Israël). Il retourne enfin
l’argument souvent employé par les dirigeants
israéliens, qui justifient au nom de la sécurité
d’Israël la poursuite de la colonisation et le
bouclage des Territoires palestiniens : pour le
président américain, en rendant plus difficile la
vie des Palestiniens, ces mesures ne peuvent que
faire le jeu de l’extrémisme et du terrorisme.
4. Fondé en 1978, le mouvement « La Paix
maintenant » se veut le porte-parole des paci• 160

fistes israéliens. Ces derniers, très minoritaires
en Israël, manifestent contre la poursuite de la
colonisation dans les Territoires palestiniens, qui
constitue l’un des principaux facteurs de blocage
du processus de paix. Entre 1968 et 2006, le
nombre de colons juifs installés en Cisjordanie
est passé de 5 000 à 230 000, auxquels s’ajoutent
180 000 personnes installées à Jérusalem-Est.
Ces militants pacifistes protestent également
contre l’influence des partis religieux, qui soutiennent vigoureusement la colonisation, financée par les crédits du gouvernement : ces partis
religieux sont eux aussi très minoritaires, mais
leur soutien est souvent indispensable à la formation d’une majorité gouvernementale à la
Knesset.
En brandissant un drapeau israélien et un drapeau palestinien, les manifestants expriment
par un symbole fort leur aspiration à ce que
Palestiniens et Israéliens puissent chacun vivre
en paix dans leur État respectif, aux frontières
sûres et reconnues.
5. Les principaux obstacles à l’instauration d’une
paix durable entre Israéliens et Palestiniens sont
au nombre de trois :
– Le statut de Jérusalem, revendiquée comme
capitale par les deux peuples.
– La colonisation juive : à l’origine, les premières
implantations juives dans les territoires alors occupés par Israël ont été justifiées par un besoin
de sécurité. De fait, l’État hébreu a démantelé
les colonies, parfois manu militari contre les
colons qui y résidaient, dans les territoires qu’il
a restitués, à savoir le Sinaï et Gaza. Mais pour
une partie de la droite israélienne comme pour
les partis religieux, les implantations sont destinées à pérenniser la présence juive sur au moins
une partie de la Cisjordanie. À l’heure où ces
lignes sont écrites, la question d’un gel éventuel
des implantations juives, ou d’une partie d’entre
elles, continue de bloquer les négociations.
– Les réfugiés palestiniens : pour les Palestiniens,
le droit au retour des Palestiniens expulsés
en 1948 est une question de principe. Pour les
Israéliens, cette revendication est un moyen détourné de continuer à nier l’existence de l’État
d’Israël, puisqu’en raison de la forte croissance
démographique de la population palestinienne,
les Arabes deviendraient majoritaires au sein de
l’État hébreu.
© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

◗ Étude
La question libanaise et ses répercussions
internationales
� MANUEL, PAGES 280-281
Réponses aux questions

1. La cohésion nationale du Liban est fragile,
du fait de la coexistence de nombreux groupes
confessionnels : les liens claniques et communautaires y limitent fortement l’emprise de
l’État sur la société, surtout lorsque les communautés sont bien ancrées sur un territoire donné
(cas des Druzes dans la montagne libanaise par
exemple). Ni les chrétiens, ni les musulmans ne
forment des communautés homogènes. Les institutions libanaises reposent sur le Pacte national
établi en 1943, qui prévoit un partage du pouvoir
entre chrétiens maronites, sunnites et chiites. Cet
équilibre a été partiellement remis en cause par
l’évolution démographique (légèrement majoritaires lors de la création du Liban par la France,
les chrétiens sont ainsi devenus minoritaires),
mais surtout par l’ingérence des États qui soutiennent tel ou tel groupe en fonction de leurs
intérêts respectifs (la Syrie, Israël et plus récemment l’Iran).
2. C’est après avoir été expulsée de Jordanie en
1970 (« septembre noir ») que l’OLP, emmenée
par Yasser Arafat, se replie au Liban. L’arrivée
des combattants palestiniens au Liban, où existaient déjà de nombreux camps de réfugiés
depuis 1948, remet en cause le fragile équilibre entre les diverses communautés du pays.
Les Druzes de Kamal Joumblatt s’allient aux
Palestiniens et s’opposent aux milices chrétiennes. En 1975, le Liban plonge dans la guerre
civile, qui s’amplifie en raison de l’ingérence de
la Syrie et d’Israël dans le conflit libanais. Le
Liban devient ainsi l’un des théâtres extérieurs
du conflit israélo-palestinien. En 1982, Israël
lance l’opération « Paix en Galilée » afin de
déloger l’OLP du Liban. Yasser Arafat est alors
contraint de quitter Beyrouth pour Tunis. C’est
dans ce contexte que se produit le massacre d’un
millier de Palestiniens des camps de Sabra et
de Chatila, par des membres des milices chrétiennes, alliées des Israéliens. Devant l’émotion
suscitée par ce massacre dans l’opinion publique
israélienne, une commission d’enquête a été
confiée à un membre de la Cour suprême d’Is© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

raël (la commission Kahane), qui a conclu à la
responsabilité indirecte des autorités militaires
israéliennes qui, alors que les camps palestiniens
étaient sous leur contrôle, ont laissé s’introduire des phalangistes chrétiens. Le rapport de
la commission a contraint le premier ministre,
M. Begin, à démissionner.
Le conflit libanais, comme le conflit israélopalestinien, s’est lui aussi « islamisé » dans la
période récente, avec la création du parti chiite
Hezbollah, en 1982. Comme le Hamas palestinien, le Hezbollah refuse de reconnaître le droit
à l’existence de l’État d’Israël, qualifié pour cette
raison d’« entité sioniste ». L’État d’Israël est
présenté comme une entité complètement étrangère à la région, réduite à son identité arabomusulmane, et comme une création de toute
pièce de l’impérialisme occidental : il s’agit bien
entendu d’un anachronisme complet quand on
sait que la création de l’État d’Israël marque
d’abord la défaite de l’impérialisme britannique.
Pour le Hezbollah, Israël est une puissance coloniale qui constitue l’avant-poste de l’Occident
pour établir son hégémonie sur l’ensemble du
Moyen-Orient. Israël est jugé seul responsable
des guerres qui ont ensanglanté la région, la
Charte du Hezbollah omettant les nombreux
conflits qui, dans la région, n’ont aucun rapport
avec le conflit israélo-arabe. Le soutien apporté
à la cause palestinienne permet ainsi aux islamistes du Hezbollah de reprendre le flambeau
anti-impérialiste naguère brandi par les nationalistes arabes.
3. L’accord de Taëf est un accord de réconciliation nationale qui tente de mettre un terme à la
guerre civile que connaît le Liban depuis 1975.
Le « Document d’entente nationale » prévoit ainsi un rééquilibrage des pouvoirs entre les représentants des différentes communautés confessionnelles, l’élection d’un nouveau président
de la République et la formation d’un gouvernement d’union nationale. Ce gouvernement
reçoit la mission de restaurer la souveraineté de
l’État libanais sur l’ensemble de son territoire. Il
s’agit notamment d’obtenir le retrait de l’armée
israélienne du Sud-Liban, qu’elle occupe depuis
1978.
En revanche, l’accord prévoit le maintien des
forces armées syriennes, au nom des « relations
fraternelles qui lient la Syrie au Liban ». Elles
161 •

assisteront l’État libanais au cours d’une période
qui, en principe, ne doit pas excéder deux ans :
en réalité, l’accord prévoit, au terme de ces deux
ans, un « redéploiement » de l’armée syrienne
dans la plaine de la Bekaa. L’accord de Taëf établit une sorte de tutelle de la Syrie sur le Liban,
la Syrie se faisant la gardienne de l’entente
nationale (« l’entente entre ses fils ») et de la
souveraineté du Liban. C’est pourquoi l’accord
de Taëf a été dénoncé comme pro-syrien par le
général chrétien Michel Aoun, qui voulait alors
restaurer l’autorité de l’État libanais en transcendant les clivages confessionnels. Il est toutefois
contraint par les forces syriennes de se réfugier
à l’ambassade de France, puis de s’exiler, en
octobre 1990.
4. Trois éléments principaux ont conduit à l’internationalisation du conflit libanais :
– La Syrie n’a jamais accepté la partition du
Liban par la France, considérant le Liban comme
partie intégrante d’une grande Syrie. D’autant
que la France, puissance mandataire, a opté pour
la création d’un Grand Liban, débordant largement les régions où les chrétiens constituaient
la grande majorité de la population. Dès 1976,
la Syrie occupe la plaine de la Bekaa. L’accord
de Taëf officialise cette présence de l’armée
syrienne, qui n’évacue le pays qu’en 2005, au
lendemain de l’attentat qui a coûté la vie au
Premier ministre libanais Rafic Hariri (probablement commandité par la Syrie, mais l’enquête
n’a toujours pas abouti).
– Le repli des bases de l’OLP au Liban après
1970 amène Israël à intervenir dès 1978 au SudLiban. Le Conseil de sécurité de l’ONU dépêche
l’envoi de la FINUL (Force intérimaire des
Nations unies au Liban), qui permet d’obtenir le
retrait israélien, à l’exception d’une zone tampon de 10 km à la frontière. Soutenu par les milices chrétiennes (rebaptisées Forces libanaises)
de Bachir Gemayel, Israël déclenche l’opération
Paix en Galilée en 1982. L’objectif est de neutraliser les bases de l’OLP au Liban et d’en déloger
la Syrie. L’armée israélienne parvient jusqu’à
Beyrouth. En août 1982, les combattants palestiniens sont évacués sous la protection d’une
force d’interposition composée de soldats américains, français et italiens. L’opération Paix en
Galilée se solde finalement par un fiasco pour
Israël. Son armée s’enlise au Liban. Le combat
• 162

des Palestiniens contre Israël est repris par les
milices chiites Amal et le Hezbollah, qu’Israël
affronte sans succès en 2006.
– La période récente est marquée par les progrès
de l’islamisme, le Hezbollah étant fortement
soutenu par l’Iran.
5. On retrouve au Liban la plupart des facteurs
de conflictualité du Moyen-Orient :
– La difficile coexistence de groupes ethniques
ou confessionnels qui mine la cohésion nationale et affaiblit l’autorité de l’État.
– La non-reconnaissance ou la contestation des
frontières du pays : par la Syrie, mais aussi par
Israël où certains projets sionistes ambitionnent
de porter la frontière nord d’Israël jusqu’au
fleuve Litani.
– La non résolution du problème palestinien, qui
a fini par « s’exporter » en territoire libanais.
– La progression de mouvements islamistes qui
refusent toute négociation avec Israël et justifient le recours au terrorisme.

◗ BAC
Étude critique de document
Étudier un document autobiographique
� MANUEL, PAGES 284-285
RÉPONSES AUX QUESTIONS des encadrés

Sujet : La Palestine, un foyer de conflit depuis
la fin de la Première Guerre mondiale.

1. En 1975, aucun dirigeant arabe n’a encore
reconnu l’existence de l’État d’Israël. La guerre
de Kippour a eu lieu deux ans auparavant.
2. Il s’agit de la première guerre israélo-arabe.
L’État d’Israël a été proclamé la veille.
3. Les termes employés peuvent être qualifiés de méprisants : motivations « ridicules »,
dirigeants « désespérément primitifs dans leurs
raisonnements ».
4. Cette référence au sionisme permet de rappeler que l’immigration juive est bien plus ancienne que l’État d’Israël.
5. Voir la note 3 du texte, page 284.

BAC BLANC
Sujet : La Palestine, genèse d’un conflit.

Ce document permet d’évoquer la situation de la
Palestine avant la création de l’État d’Israël. Le
premier ennemi pour les Arabes est bien l’occu© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

pant britannique. Les cris de « À bas la résolution Balfour ! » montrent que les Arabes ne sont
pas dupes des promesses des Anglais. Le futur
royaume arabe indépendant prévu n’inclue en
effet pas la Palestine. Les grèves dont il est question dans ce texte marquent le début d’un mouvement de révolte qui s’étend jusqu’en 1939.
Les Arabes de Palestine réclament la fin du
mandat britannique, mais aussi la fin de la colonisation juive. Ces juifs sont considérés comme
un « autre occupant » et l’enfant qu’est Georges
Habache a conscience qu’il sera « dangereux ».
Mais les Arabes à cette époque sont « davantage
préoccupés par les Britanniques ». L’auteur fait
aussi la distinction, entre les juifs « ostensiblement sionistes » et les autres, avec qui les relations sont « parfois même, bonnes ».

◗ BAC BLANC
Étude critique de documents
� MANUEL, PAGE 286

Sujet : L’islamisme en Iran.

L’islamisme émerge dans un contexte de guerre
froide. Il se caractérise notamment par son refus
de s’aligner, « ni Est, ni Ouest ». Il s’agit là du
« slogan fondamental de la révolution islamiste »
selon Khomeiny. La banderole du document 2,
empruntant à la signalétique routière, le traduit
en image. Ces deux camps sont également impies. Il s’agit de mener contre eux une guerre
sainte, un « jihad ».
Une autre caractéristique de l’islamisme visible ici est l’opposition radicale au sionisme,
« cellule maligne et cancérigène ». Khomeiny
annonce son « soutien sans limites » à la lutte
contre Israël dans ce discours de 1987. La photographie du document 2 montre que ce soutien
était déjà explicite et acquis en 1979, dès le
début de la révolution iranienne. On y voit des
manifestants brandir le portrait de Yasser Arafat,
chef de l’OLP depuis 1969.
Bien qu’en 1987 la guerre Iran-Irak fasse encore
rage, Khomeiny s’adresse dans ce discours de manière univoque à tous les musulmans. À l’occasion
du pèlerinage à La Mecque, il insiste sur l’unité de
l’Umma qu’il s’agit d’étendre afin de connaître « la
liberté ». L’appel à la lutte armée est clair. La possibilité du martyre aussi, qui annonce les méthodes
terroristes (attentats-suicides notamment) qui se
développent dans les années qui suivent.
© Nathan. Histoire Terminales L/ES Le Quintrec, 2012

◗ BAC BLANC
� MANUEL, PAGE 287

• Composition
Sujet 1 : Juifs et Arabes en Palestine du
lendemain de la Première Guerre mondiale à
nos jours.

Proposition de plan :
I. Les origines du conflit israélo-arabe (1917-1948).
II. Le conflit israélo-arabe pendant la guerre
froide (1949-1989).
III. Le processus de paix israélo-palestinien
entre avancées et impasses depuis 1990.
Sujet 2 : Les conflits au Proche et MoyenOrient de 1945 à nos jours.

Proposition de plan :
I. Le conflit israélo-arabe (1945-1979).
II. Les autres sources de conflictualité depuis
1979.
III. Le processus de paix israélo-palestinien depuis 1979.
• Étude critique de document
Sujet : Le conflit libanais au Proche-Orient.

Françoise Demulder est, pour ce cliché, la première femme à recevoir la plus haute récompense du photojournalisme : le prix World Press
photo de l’année. Cette photographie est prise en
1976, un an après le début de la guerre civile au
Liban. Ce pays, créé par la France en 1922, fait
cohabiter diverses communautés. L’équilibre est
fragile et l’arrivée de l’OLP en 1970 le rompt.
La Quarantaine est un quartier pauvre du nordest de Beyrouth. Le massacre que les milices
chrétiennes y perpétuent contre les Palestiniens
qui y sont réfugiés depuis 1948 est un exemple
de la violence que subissent les populations pendant cette guerre civile. Deux jours plus tard,
les milices palestiniennes, en représailles, massacrent plusieurs centaines de chrétiens dans la
ville de Damour, à 20 km environ au sud de la
capitale. En septembre 1982, à Sabra et Chatila,
les phalangistes se rendent coupables d’un massacre qui reste, davantage que la Quarantaine
encore, le symbole des exactions commises pendant la guerre du Liban.
163 •




Télécharger le fichier (PDF)

172801_LdP_CH09.pdf (PDF, 307 Ko)

Télécharger
Formats alternatifs: ZIP







Documents similaires


synthese mo
voyagedemisiecleextrait 2
bourguiba et israel
les origines du conflit israelo palestinien 1
tract pour la manif du 29 novembre 2015 2
usurpation de la palestine

Sur le même sujet..