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Magnette: "Nous avions tout pour être de grands producteurs d'éoliennes"
Christophe De Caevel Journaliste Trends­Tendances
11/01/17 à 09:30 ­ Mise à jour à 09:41
Source: Trends­Tendances
Paul Magnette veut que le gouvernement wallon soit plus attentif aux retombées économiques
locales de ses options politiques. Le plan "Acheter wallon" va bien plus loin que la promotion des
circuits courts.

Paul Magnette © Belga
Ce n'était pas un défi. Mais peut­être une manière de tourner la page de 2016. L'acronyme Ceta
n'a pas été prononcé une seule fois au cours de la première grande interview du ministre­président
wallon Paul Magnette (PS) en 2017. L'entretien s'est focalisé sur l'économie wallonne, sa
croissance pataugeante et son chômage structurel.

TRENDS­TENDANCES. Après deux ans et demi de
gouvernement Magnette, la croissance économique wallonne
reste en dessous de la moyenne belge. Et cela se poursuivra

en 2017, selon l'Iweps, l'Institut wallon de prospective et de
statistiques. N'est­ce pas inquiétant ?
PAUL MAGNETTE. On peut toujours regarder les chiffres sur une année ou deux mais cela reste
trop conjoncturel pour en tirer des leçons claires. Si j'élargis à la décennie écoulée, c'est­à­dire sur
la période du Plan Marshall, la croissance wallonne a raccroché le rythme de la croissance belge
et européenne. Evidemment, nous aimerions aller plus vite.
Il y a trois phases dans le redressement wallon. La première, c'est 1995­2005, après la réforme de
l'Etat qui fait de la Belgique un Etat fédéral et octroie de fortes compétences économiques aux
Régions. L'essentiel de l'effort est alors porté sur les infrastructures et le soutien financier, car il y
avait un gros problème d'accès au crédit pour les entreprises.
La deuxième, c'est 2005­2015, la phase de la mise en place du Plan Marshall. Avec des succès
incontestables : les entreprises des pôles de compétitivité ont connu une croissance de 60 % en
huit ans. Aujourd'hui, nous entrons dans une troisième phase durant laquelle nous devons
intensifier la croissance endogène et tirer davantage de bénéfices secondaires de la croissance.
C'est le débat sur le " Acheter wallon ".

En matière d'innovation, le Plan Marshall n'est­il pas tout de
même une déception ?
Non, de vraies inventions sont sorties des projets des pôles de compétitivité dans les
biotechnologies, dans les technologies de l'image, dans la mécanique de précision...

Mais elles ne sont pas encore en phase industrielle...
Certaines le sont, mais sans doute que nous ne les vendons pas suffisamment. Nous allons
publier les 100 innovations les plus marquantes issues du Plan Marshall. Cela étant, nous nous
inscrivons effectivement dans un temps long. Dans son excellent livre The Entrepreneurial State,
Mariana Mazzucato montre que le délai moyen entre le lancement d'un programme de recherche
et la phase industrielle est de 15 ans. Nous avons déjà des concrétisations après 10 ans, nous
sommes dans un mouvement plutôt rapide.

N'aurait­on pas pu mettre à profit ces 10 ans pour repérer les
chaînons manquants dans le tissu économique wallon ? On
va seulement lancer une étude approfondie sur le sujet.
Il y a 10 ans, la priorité était de préserver la compétitivité des grands secteurs. Il ne fallait pas
seulement accompagner les entreprises en difficulté, comme par le passé, mais construire avec
elles une politique d'anticipation. Cette stratégie d'innovation, qui était avant­gardiste au début des
années 2000, a permis à ces secteurs de faire un bond en avant.

Préparer une taxe sur les robots, ce n'est pas vraiment de la
stratégie d'innovation...
Il ne s'agit pas de taxer aveuglément les robots. On a d'ailleurs toujours, d'une manière ou d'une
autre, taxé les machines. La taxe sur la force motrice est l'une des ressources des communes. Le
ministre Christophe Lacroix (Budget et Finances) pose la question suivante : qu'est­ce que ça
apporte à la société que vous fassiez vos courses au supermarché avec une petite zapette et qu'il
n'y ait pratiquement plus de caissières ? Ça ne crée pas d'emploi, ça ne crée pas de valeur mais

ça réduit les coûts et augmente les dividendes. Décider de taxer ces zapettes et d'affecter la
recette au soutien à l'économie numérique, je pense, oui, que cela va dans le sens de l'intérêt
collectif.

L'exécutif distingue ainsi les innovations d'intérêt collectif et
les autres. Est­ce bien son rôle ?
Le but n'est pas de taxer tous les robots. A terme, il faudra toutefois réfléchir à la base taxable.
Dans une industrie 4.0, avec de plus en plus de robots et de moins en moins de travailleurs, il faut
pouvoir continuer à financer les droits sociaux, en Wallonie, en Belgique et ailleurs.
Nous avons eu un débat avec les opérateurs télécoms sur la taxe pylônes. Elle sera convertie en
investissements. Nous avons besoin de ces investissements pour faire de la Wallonie une giga­
région. Finalement, c'est mieux que de percevoir une taxe et puis de subsidier les investissements.
Sans la taxe pylônes, nous n'aurions pas eu cette négociation, elle a donc été utile.

Venons à cette troisième phase du redressement, celle du "
Acheter wallon ". Pourquoi les chaînes de valeur sont­elles si
courtes ? Pourquoi les entreprises n'achètent­elles pas
suffisamment wallon ?
Nous avons des secteurs matures mais qui n'ont pas encore les marchés suffisants. Je songe aux
nouvelles technologies de l'information par exemple, il y a plein de petites trouvailles wallonnes,
des applications nouvelles, etc. Ces entreprises n'ont pas encore la masse critique suffisante pour
gagner des marchés à l'international. Pour elles, le levier principal sera souvent la commande
publique. C'est quand même un peu rageant de constater que les autorités publiques utilisent des
solutions informatiques inventées aux Etats­Unis ; que nous avons investi des millions dans les
énergies renouvelables et que l'essentiel des panneaux photovoltaïques sont importés, que les
éoliennes sont fabriquées en Allemagne ou au Danemark.

Avons­nous manqué d'anticipation à l'époque ?
A l'époque, c'est vrai, on ne s'est pas préoccupé des retombées économiques locales du soutien
aux énergies renouvelables. Nous avions tout pour être producteurs d'éoliennes, nous avions les
fonderies, l'électromécanique, les facultés polytechniques. Mais on ne l'a pas fait. Quand nous
avons décidé de soutenir massivement les énergies renouvelables, le marché était déjà mature. Il
n'était plus possible de créer la filière et de concurrencer les entreprises installées. Beaucoup
d'argent a été dépensé ­ avec une finalité juste, j'insiste ­ mais sans guère d'impact sur la
croissance endogène.

Votre défi est donc de ne pas reproduire la même erreur...
Oui. Et cela vaut dans tous les domaines. Je sors d'une réunion avec l'administration des routes.
Nous supprimons tous les panneaux rétro­éclairés parce qu'ils consomment beaucoup et sont
difficiles à entretenir. Mais aussi parce qu'aucune boîte wallonne ne les produit. Nous optons
désormais pour des panneaux routiers qui peuvent être fabriqués en Wallonie. Cela reste des
marchés publics mais nous choisissons volontairement une technologie susceptible d'entraîner
des retombées économiques locales. Tous les pays qui ont une politique industrielle efficace font
cela, nous devons intégrer ce réflexe.

Comment transmettre ce réflexe aux entreprises qui, elles
aussi, passent beaucoup de commandes ?
Je ne leur jette pas la pierre. Il y a malheureusement beaucoup de chaînes dans lesquelles un ou
plusieurs importants maillons de valeur n'existent pas chez nous.

N'était­ce pas un des problèmes de Caterpillar ?
Oui et non. Caterpillar avait de nombreux sous­traitants et a donc eu un impact incontestable sur
l'économie locale. Mais elle n'avait aucune stratégie de type Plan Marshall : pas de recherche ici,
pas de participation aux pôles de compétitivité. C'est vraiment dommage. Caterpillar produit des
engins à moteur, les émissions et la consommation de carburant vont jouer un rôle croissant et, en
dépit de nombreuses sollicitations, y compris de ma part, ils n'ont intégré aucun programme de
recherche. Le centre de recherche en aéronautique est pourtant à deux pas de chez eux à
Gosselies... Ce modèle­là, celui d'une manufacture qui n'est pas en même temps un centre de
recherche, est devenu extrêmement vulnérable. En ce sens, le Plan Marshall, c'est l'anti­
Caterpillar.

On revient toujours à ce Plan Marshall. Est­ce vraiment la
panacée pour vous ?
C'est un élément important. Mais nous avons surtout un accompagnement des entreprises sur
toute la chaîne avec les invest, la SRIW, les pôles de compétitivité, les intercommunales de
développement, les incubateurs, les aides à l'innovation, l'Awex etc. Aujourd'hui, celui qui a une
idée, il peut trouver partout, de la Wallonie picarde jusqu'à Verviers, les structures d'aide utiles
pour tester, financer et développer son idée.

Vous nous décrivez là une économie très étatisée...
Pas étatisée mais une économie à accompagnement public fort. Interrogez l'Union wallonne des
entreprises, je ne pense pas que vous y trouverez beaucoup de monde pour regretter ce paysage
institutionnel qui accompagne la vie des entreprises.
Quelles économies s'en sortent le mieux ? Celles où l'Etat joue un rôle fort, comme l'Allemagne et
les Etats­Unis. Je reviens au livre de Mariana Mazzucato, elle montre que l'iPhone n'existerait pas
sans la recherche publique fondamentale, essentiellement dans les domaines militaire et spatial.

Nous avons évoqué le " Acheter wallon " des pouvoirs
publics et des entreprises. Pour les consommateurs, il y a
les circuits courts, les produits locaux. C'est sympathique
mais cela peut­il vraiment tout révolutionner ?
C'est plus structurant qu'on ne le pense. Aujourd'hui, il n'y a plus une seule enseigne de la grande
distribution qui n'essaie pas de s'inscrire, elle aussi, dans une logique de promotion des produits
locaux. C'est parce qu'il y a eu, avant cela, des projets­éclaireurs que nous pouvons voir
aujourd'hui une dynamique plus générale de relocalisation de la consommation.
Je cite souvent l'exemple de ce jeune Carolo qui a créé P4P. Il avait constaté que les grandes
boîtes de la région achetaient leurs emballages à l'étranger ou en Flandre. Pourquoi ne pas
fabriquer ces emballages ici ? Il a investi dans le matériel ­ avec l'aide des outils publics ­ et deux
ans plus tard P4P emploie 15 personnes. Il a réussi à réincorporer ce travail dans le tissu wallon.

Cela renoue avec l'histoire car nous avons une belle tradition dans l'imprimerie. Ce réflexe­là est
en train de prendre en Wallonie. Il doit être amplifié mais il est bien réel.

Si dans quelques années, ce jeune homme revend sa société
avec une belle plus­value, celle­ci doit­elle être taxée ?
Ça dépend de ce qu'il fait de l'argent. Immuniser les fonds réinjectés dans l'économie serait, je
pense, une réflexion intéressante à retenir dans le cadre d'une taxation des plus­values.

Votre gouvernement se réjouit régulièrement de la baisse du
chômage. Celle­ci n'empêche toutefois pas le taux d'emploi
de stagner désespérement 10 points en dessous de celui de
la Flandre. Un constat d'échec ?
C'est une tendance générale en Europe et, vous avez raison, c'est préoccupant. J'ai demandé des
études pour comprendre comment il se fait que le chômage baisse depuis 29 mois consécutifs
tandis que le taux d'emploi reste stable. L'ancien Premier ministre français Michel Rocard le disait :
si vous additionnez les allocations de chômage, les revenus d'insertion, les indemnités de maladie
ou d'invalidité et les travailleurs pauvres, partout, cela fait 20 %. La seule chose qui change d'un
pays à l'autre, c'est la ventilation entre ces catégories. En Allemagne, il y a moins de chômage
mais il y a beaucoup de travailleurs pauvres. Aux Pays­Bas, il y a plus de gens sur l'invalidité.

On peut nuancer et contextualiser mais il y a quand même un
problème spécifique à la Wallonie : le chômage de longue
durée...
Ça aussi, ça change : le recul est le plus fort parmi les chômeurs de longue durée. Sur la dernière
année, il est de 6,8 % pour les personnes qui comptent un à deux ans de chômage et de 7,1 %
pour ceux qui ont plus de deux ans de chômage. Ce fameux chômage structurel se réduit, c'est
une très bonne nouvelle.
Notre plus grosse difficulté aujourd'hui concerne les jeunes. Celui qui a occupé un emploi a de
vraies chances d'en retrouver un autre. En revanche, celui qui n'est jamais entré sur le marché du
travail a beaucoup de mal à décrocher un premier emploi. C'est pour cela que nous avons mis en
place des politiques d'accompagnement dès le premier jour. Le taux d'insertion dans les six mois
est passé de 53,4 % en 2013 à 57 % aujourd'hui. C'est quand même une évolution significative.

Il y a ce paradoxe du chômage élevé avec métiers en pénurie
: peut­on envisager de se montrer plus coercitif et de lier le
maintien des droits à l'obligation de se former pour ces
métiers ?
Vous n'imaginez pas à quel point c'est déjà coercitif : rendez­vous réguliers, formations
obligatoires, sanctions, etc. Ce qui est vrai, c'est que nous avons un problème d'orientation.
Beaucoup de métiers ne paraissent pas assez attractifs.
PROFIL
• Ministre­président de la Wallonie et bourgmestre de Charleroi

• Après avoir étudié les sciences politiques et la construction européenne à l'ULB (1989­94), il s'est
spécialisé en histoire des idées politiques à l'Université de Cambridge (1994­95).
• En 2007, Paul Magnette devient ministre de la Santé, de l'Action sociale et de l'Egalité des
chances au sein du Gouvernement wallon.
• Fin décembre 2007, Paul Magnette est nommé ministre fédéral du Climat et de l'Energie en
charge de l'Environnement, du Développement durable et de la Protection des consommateurs
sous Verhofstadt III ainsi que sous Leterme I et II et Van Rompuy I.
• En décembre 2011, Paul Magnette est nommé ministre des Entreprises publiques, de la
Politique scientifique, de la Coopération au développement, chargé des Grandes villes.
• En janvier 2013, il devient bourgmeste de Charleroi. A cette même date, il est élu président
faisant fonction du Parti socialiste.

Si ces métiers sont nécessaires à la collectivité, ne peut­on
pas obliger les personnes sans emploi à se tourner vers eux
?
Croyez­vous que nous aurons une économie efficace si les gens ne font pas un métier qui leur
convient et dans lequel ils s'épanouissent ? Croyez­vous que les travailleurs seront productifs s'ils
exercent un métier à contre­coeur ?
En revanche, on peut leur faire découvrir des métiers auxquels ils ne penseraient peut­être pas
spontanément. Le psychiatre français Boris Cyrulnik recommande de ne pas basculer trop vite
vers une formation professionnalisante, de prendre le temps de voyager, d'expérimenter, de rêver.
Nous voyons le gâchis énorme de ces jeunes mal orientés, qui échouent dans leurs études
supérieures et perdent confiance en eux. C'est pourquoi nous avons beaucoup investi dans les
cités des métiers (Liège, Namur et Charleroi) pour que les jeunes de 18 ans puissent tester des
métiers, faire des stages et, sans doute, accrocheront­ils à quelque chose. Après, quand vous
aimez ce que vous faites, la formation va toute seule.

Un peu de politique politicienne. Qu'est­ce qui a pris les
présidents du PS, du cdH et du MR de remettre en cause le
décret sur le décumul ?
Je ne pense pas qu'ils aient voulu le remettre en cause. Le débat ne porte pas sur le décumul
mais sur les critères. Nous avions retenu celui des 25 % des élus de chaque groupe politique,
ayant le meilleur taux de pénétration (nombre de voix de préférence par rapport aux nombre
d'électeurs de la circonscription, Ndlr). Ne faudrait­il pas plutôt prendre en considération la taille de
la commune ? Cela ne serait­il pas un critère plus logique et plus compréhensible par les électeurs
? C'est de cela que discutaient les présidents de parti.

Vous êtes bourgmestre d'une grande ville. Estimez­vous que,
quand on occupe une telle fonction, on ne peut pas en même
temps être député ?
Je plaide effectivement pour un critère de population, mais avec un seuil plus bas que celui de
50.000 habitants, retenu par les présidents de parti (cela n'aurait concerné que neuf communes,
Ndlr). Dans les plus petites communes, le bourgmestre et les échevins ne gagnent pas la moitié du
salaire d'un député et exercent souvent une autre profession. Que l'on puisse être député et
bourgmestre, comme on est médecin et bourgmestre, ça ne me choque pas. Les fonctions

municipales sont les dernières fonctions publiques dans lesquelles les citoyens ont encore
confiance, c'est utile pour un parlement d'avoir des municipalistes en son sein.

Ne faudrait­il pas revoir ce statut étrange de " bourgmestre
empêché " ? Personne n'est dupe du fait que vous êtes le
vrai bourgmestre de Charleroi...
Je suis bourgmestre empêché et je n'utilise aucun des artifices pour contourner cela : je ne mets
jamais les pieds en collège, même au titre d'expert ou je ne sais quoi ; je ne participe à aucune
réunion opérationnelle ; Françoise Daspremont est " bourgmestre faisant fonction " et pas "
échevine déléguée à la fonction maïorale " comme cela existe dans certaines communes. Bien
sûr, je continue à suivre les grands dossiers de ma région comme n'importe quel homme ou
femme politique.
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"Le Plan Marshall, c'est l'anti­Caterpillar."

Pourquoi faut­il alors rester bourgmestre en titre ?
Parce que les cycles électoraux sont ce qu'ils sont. Que se passe­t­il si j'ai démissionné du mandat
local et que le gouvernement tombe ? Sur 262 bourgmestres en Wallonie, peu deviendront
ministres en cours de mandat. On peut leur permettre de se mettre en congé de leur mandat local
pendant cette période, comme c'est d'ailleurs la règle dans la fonction publique.

Le PTB grimpe dans les intentions de vote au point de
devenir potentiellement le troisième parti wallon. Comment
expliquer une telle ascension ?
Une lame de fond de crise traverse toute la social­démocratie européenne : aux Pays­Bas, en
Allemagne, en France, en Italie... l'extrême gauche dépasse les 10 % et dans certains cas
devance le parti socialiste. Il faut ajouter à cela un climat anti­élite sur lequel surfe totalement le
PTB. Il joue également sur une politisation négative. Je le vois sur le terrain local : le PTB est
contre tout changement. Vous changez un règlement de parking ou les horaires d'ouverture d'une
piscine, ils font une pétition contre.
Enfin, il ne faut pas nier la construction médiatique et le talent de communication de Raoul
Hedebouw. Mais qui a­t­il derrière la liste Hedebouw ? Qui connaît les noms des deux députés
wallons du PTB ?

Cette poussée du PTB ne va­t­elle pas rendre
incontournables les alliances PS­MR ­ soit l'eau et le feu, si
l'on suit les débats parlementaires actuels ?
Je crois surtout que cela peut conduire à l'ingouvernabilité du pays. Selon les derniers sondages, il
n'y aurait même pas de majorité PS­MR. Enfin, si on suit les critères du MR, une majorité
francophone n'est pas nécessaire. Et il n'y aurait pas non plus de majorité en Wallonie pour
l'Olivier (PS, cdH et Ecolo).

Pourriez­vous former alors une majorité avec le PTB ?

La question ne se pose pas comme cela. Raoul Hedebouw a dit lui­même, dans un excès de
sincérité qu'il essaie de gommer depuis, qu'il n'irait pas au pouvoir avant 15 ans. Ils ont deux ou
trois slogans qui fonctionnent bien dans l'opinion mais ils n'ont pas de programme de
gouvernement. Raoul Hedebouw sait qu'il a besoin de ces 15 ans pour passer d'un parti marxiste­
léniniste à un parti de gauche de gouvernement, avec tout le personnel politique nécessaire. Dire,
comme le fait le PTB, qu'on est prêt à monter dans un gouvernement quand les traités européens
auront été changés, c'est un peu comme le boxeur qui dit " je monterai sur le ring quand l'autre
sera KO ".
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