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HARCÈLEMENT SEXUEL ET TRAUMATISME PSYCHIQUE : ASPECTS
CLINIQUES ET PSYCHOPATHOLOGIQUES
L’Esprit du temps | « Champ psy »
2015/2 N° 68 | pages 141 à 160

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ISSN 2260-2100
ISBN 978284953244
Article disponible en ligne à l'adresse :
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------http://www.cairn.info/revue-champ-psy-2015-2-page-141.htm
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Pour citer cet article :
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Khadija Chahraoui, « Harcèlement sexuel et traumatisme psychique : aspects
cliniques et psychopathologiques », Champ psy 2015/2 (N° 68), p. 141-160.
DOI 10.3917/cpsy.068.0141
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Khadija Chahraoui

Khadija Chahraoui

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l

inTRODuCTiOn

es dimensions cliniques et psychopathologiques du harcèlement sexuel au travail, en particulier les séquelles
psychotraumatiques, ont été peu développées par les psychologues ou les cliniciens de manière générale (S. lepastier & J.
F Allilaire, 2004 ; R. Chakroun, 2012), alors que nous rencontrons fréquemment des femmes victimes en souffrance dans
nos consultations en service de Psychiatrie. Sur la base de
nombreux suivis cliniques, nous ferons l’hypothèse que ce
manque de reconnaissance clinique peut participer à renforcer
les aspects invisibles et insidieux du traumatisme et à accentuer le vécu de stigmatisation des victimes.
l’importance des violences sexuelles au travail a été soulignée par certaines études ; celle de Thomassin et al en 2009
indique que 22 % des salariées de Seine-Saint-Denis auraient
été victimes d’harcèlement sexuel sur leur lieu de travail et
plus de la moitié (56 %) de harcèlement sexiste, d’agression
sexuelle ou de viol au cours de l’année écoulée. l’enquête plus
récente réalisée par l’iFOP en 20142, montre que 20 % des
femmes actives expriment avoir été confrontées à une situation de harcèlement sexuel au cours de leur vie professionnelle
(gestes et propos à connotation sexuelle sans le consentement
de la personne, chantage sexuel); seulement trois cas sur dix

Khadija Chahraoui – Professeure de Psychopathologie clinique, université de
Bourgogne. Pôle AAFE. Esplanade Erasme. 21000 Dijon. France.
Khadija.Chahraoui@u-bourgogne.fr
Champ Psy, 2015, n° 68, 141-160.

1. Enquête sur le harcèlement sexuel au travail,
réalisée par l’ iFOP du 15
au 24 janvier 2014, pour
le compte du défenseur
des droits : www.defenseurdesdroits.fr.

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Harcèlement sexuel
et traumatisme psychique :
aspects cliniques
et psychopathologiques

CHAMP PSY

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seraient rapportés à l’employeur et près de 30 % des victimes
n’en parleraient à personne.
C’est précisément sur cette dimension du silence que nous
souhaitons insister car elle constitue un élément central dans
la compréhension des conséquences cliniques et psychopathologiques du harcèlement sexuel et du processus de stigmatisation des femmes victimes. Chez elles, la grande difficulté à
évoquer la violence sexuelle subie est associée à de profonds
affects de honte et de culpabilité qui annihilent toute estime de
soi et se traduisent par un véritable effondrement dépressif. le
silence contribue au processus insidieux et invisible du
stigmate. C’est pourquoi le fait de reconnaitre et comprendre
les dimensions du harcèlement sexuel traumatique et de son
processus psychopathologique participe d’un véritable enjeu
thérapeutique.
Dans le cadre de ce numéro consacré à la notion de stigmate,
nous avons ainsi voulu mettre d’une part l’accent sur cette
marque invisible d’une atteinte traumatique indicible dont les
effets pathogènes continuent d’agir sur le psychisme et l’équilibre du sujet longtemps après l’évènement. D’autre part, il
s’agira aussi de comprendre la notion de stigmate dans ses interrelations entre le social et le psychique, comme le propose
Alberto Eiguer (2013); ainsi le stigmate est aussi ce qui, lors
d’une interaction, affecte l’identité du sujet (E. Goffman, 1963)
en créant une réaction de rejet et de marginalisation déclenchant
souffrance, culpabilité et/ou honte chez celui qui le porte, et
mépris chez l’autre (A. Eiguer, 2013). nous souhaitons faire un
parallèle ici avec la notion de traumatisme intentionnel et
relationnel dans le harcèlement sexuel où l’agresseur exerce une
emprise à la fois psychique et sociale sur la victime dans une
intention de nuire, ce qui marque profondément le sujet sur le
long terme. Ces traumas relationnels se traduisent par des
atteintes narcissiques graves qui ont des effets de désorganisation de la personnalité qu’il importe en tant que thérapeute de
reconnaître pour pouvoir en déconstruire les processus pathogènes. Pour le clinicien, il s’agira en premier lieu d’éviter la
répétition de la stigmatisation en renvoyant ces problématiques
psychopathologiques consécutives au harcèlement sexuel
uniquement à des troubles de la personnalité antérieure, ce qui a
généralement pour effets d’accentuer le vécu de détresse et de
culpabilité chez ces patientes. nous développerons ici ces différents points en les illustrant par un suivi clinique.

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lOi ET DÉFiniTiOn Du HARCèlEMEnT SEXuEl

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Depuis longtemps, la question du harcèlement sexuel au
travail a été au centre de nombreux combats de groupes
féministes (C. le Magueresse, 2014) qui ont assimilé cette
forme de violence sexuelle à la volonté de maintenir un rapport
de domination sociale entre hommes et femmes, mais aussi
entre patrons et employés. Plusieurs travaux sociologiques et
historiques ont ainsi été consacrés à ces questions anciennes
(C. le Magueresse, 2014) comme ceux de Marie-Victoire
louis (1994) qui en souligne les différentes manifestations au
19e siècle dans de nombreux secteurs professionnels en les
référant à un véritable « droit de cuissage ». Elle y décrit les
abus de pouvoir des employeurs et l’absence totale de reconnaissance des violences sexuelles par la société pour des
femmes meurtries dans leur corps, parfois engrossées, et
vouées souvent au silence et à la stigmatisation.
les textes de loi sur le harcèlement sexuel sont la conséquence de l’action de différents groupes féministes en Europe,
en particulier l’AVFT (Association Européenne contre la
violence faite aux femmes dans le travail (S. lepastier & J. F
Allilaire, 2004; S. Cromer, 1994; C. le Magueresse, 2014) qui
a permis une première reconnaissance juridique de ces délits
en 1992. Ce premier texte de loi fut modifié plusieurs fois
avant d’être abrogé en mai 2012, ce qui créa par ailleurs un
vide juridique de quelques semaines au cours duquel on
observa l’annulation de nombreux dossiers déposés par des
victimes (C. le Magueresse, 2014). une nouvelle loi parue en
aout 2012 (lOi n° 2012-954 du 6 aout 2012) visait à définir
de manière plus explicite les éléments constitutifs du harcèlement sexuel. Dans cette version, selon l’article 222-33: « i- le
harcèlement sexuel est le fait d’imposer à une personne, de
façon répétée, des propos ou comportements à connotation
sexuelle qui soit portent atteinte à sa dignité en raison de leur
caractère dégradant ou humiliant, soit créent à son encontre
une situation intimidante, hostile ou offensante. ii. Est assimilé
au harcèlement sexuel le fait, même non répété, d’user de toute
forme de pression grave dans le but réel ou apparent d’obtenir
un acte de nature sexuelle, que celui-ci soit recherché au profit
de l’auteur des faits ou au profit d’un tiers ». Des sanctions
correspondent à ces délits (2 ans d’emprisonnement et 30 000
euros d’amende) et sont alourdies quand les faits sont commis

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HARCÈLEMENT SEXUEL ET TRAUMATISME PSYCHIQUE :
ASPECTS CLINIQUES ET PSYCHOPATHOLOGIQUES

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par une personne qui abuse de « l’autorité que lui confèrent ses
fonctions (personne détenant un pouvoir hiérarchique)».
Au-delà de ces perspectives historiques, sociales et
juridiques du harcèlement sexuel qui doivent être reconnues
par tout intervenant impliqué dans la prise en charge des
victimes, il est aussi nécessaire d’intégrer la dimension
psychologique et morale du harcèlement développée à partir
des travaux importants de M. F. Hirigoyen (1998) afin de bien
comprendre les décompensations psychopathologiques qui
peuvent faire suite à ces agressions. S. lepastier & J. F.
Allilaire (2004) définissent ainsi le harcèlement sexuel comme
« une conduite faite de gestes et de propos tenus par un
homme, le plus souvent sur le lieu de travail, vis-à-vis d’une
femme en position de subordination hiérarchique afin de
l’amener, grâce à cette contrainte morale, à des relations ou
plus généralement à des actes sexuels incomplets ». Bien que
les situations de harcèlement au travail ne se limitent pas à
cette configuration duelle et verticale et peuvent être multiples
comme le montre de nombreux travaux (M. F. Hirigoyen,
2014), nous insisterons dans ce texte uniquement sur cette
situation que nous rencontrons le plus souvent en clinique. ici,
le harcèlement sexuel ne se limite pas à une attitude de séduction de la personne en position hiérarchique, mais c’est le fait
que la victime n’est pas en mesure de s’y opposer, ce qui met
en évidence l’existence d’une contrainte morale forte. la
relation de harcèlement sexuel est donc une relation asymétrique et non réciproque, il ne s’agit pas d’un jeu de séduction
mutuelle et la connotation sexuelle des actes ne porte que sur la
forme, car la finalité psychologique reste du domaine de la
contrainte morale et de la relation d’emprise, l’objectif est
d’anéantir le désir de l’autre et de le réduire au statut d’objet.
le harcèlement sexuel peut ainsi être assimilé à un véritable
viol sur le plan psychique, par ses effets de contrainte exercée
sur la personne et par sa dimension intrusive sur le plan
psychique. En effet, le traumatisme qui en résulte se traduit par
une véritable effraction psychique avec des phénomènes intrusifs qui sont relatés par les patientes (envahissement par des
images (par exemple le visage de l’agresseur) et par les paroles
humiliantes qui résonnent sans cesse intérieurement). Ce type
de traumatisme peut se développer à la suite d’une violence
unique ou bien de sollicitations répétées dans le temps qui ont
les mêmes effets pathogènes qu’une seule agression massive

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(S. lepastier & J. F. Allilaire, 2004)).
De cette situation paradoxale aux nombreux enjeux à la fois
psychiques et réels, en particulier avec le chantage à l’emploi,
certaines femmes peuvent se retrouver dans une véritable
impasse, avec un risque dépressif et de passage à l’acte suicidaire qui a principalement pour fonction de mettre fin à leurs
souffrances et d’échapper à cette relation d’emprise.

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PSYCHOPATHOlOGiE Du HARCèlEMEnT SEXuEl
TRAuMATiQuE
lES TROuBlES PSYCHOPATHOlOGiQuES

les décompensations psychopathologiques qui apparaissent à la suite d’une situation de harcèlement sexuel ont
souvent été associées par les cliniciens à une fragilité individuelle ou à des troubles de la personnalité antérieure. la
personnalité hystérique a ainsi souvent été décrite pour les
victimes comme une forme de vulnérabilité (S. lepastier & J.
F. Allilaire (2004) où les enjeux de séduction entrent en conflit
chez le sujet harcelé avec une sexualité refoulée, inhibée ou
interdite. la propension à se déclarer victime a elle été mise
en lien avec plusieurs notions comme celles de syndrome
d’échec ou encore de composante masochiste de la personnalité (J. Audet & J. F. Katz, 1999). Parfois il est aussi question,
de manière implicite, d’inférer la situation de harcèlement
sexuel à une séduction féminine excessive ou encore d’assimiler les plaintes à des mensonges pour tirer profit de
l’employeur, ce qui peut constituer par ailleurs une réalité dans
des contextes spécifiques (S. lepastier & J. F. Allilaire (2004),
mais cela ne doit pas être confondue avec le processus du
harcèlement sexuel traumatique.
Expliquer les conséquences cliniques et psychopathologiques du harcèlement sexuel en référence uniquement aux
troubles antérieurs ou aux conduites supposées de la personne
revient à nier le traumatisme vécu et a pour effets d’augmenter
le sentiment de culpabilité de ces femmes dans la mesure où
ces différents diagnostics considèrent qu’elles sont à l’origine
du problème. il s’agit là d’une forme de traumatisme second,
où ces victimes sont à nouveau stigmatisées comme elles ont
pu l’être sur le lieu du travail, le harceleur les accusant souvent
d’être à l’origine de la situation.

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HARCÈLEMENT SEXUEL ET TRAUMATISME PSYCHIQUE :
ASPECTS CLINIQUES ET PSYCHOPATHOLOGIQUES

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les conséquences cliniques du harcèlement sexuel relèvent
principalement de troubles psychotraumatiques, dépressifs et
d’atteintes somatiques parfois graves (K. Chahraoui, 2014; S.
lepastier & J. F. Allilaire, 2004; M Hirigoyen, 1998) qui
peuvent survenir chez des personnes sans antécédents psychiatriques notoires.
les états de stress post-traumatiques s’installent plutôt
progressivement, ils apparaissent de manière pernicieuse en
lien avec la répétition des humiliations (E. J. Chauvel, 2008).
il faut insister sur l’aspect répétitif et quotidien de ces traumatismes et de leurs effets cumulatifs qui sont particulièrement
marqués sur le long terme. la symptomatologie psychotraumatique se manifeste par un syndrome de répétition avec
reviviscence des scènes d’agression verbale, d’humiliation et
de brimades qui reviennent en boucle dans les pensées, sous
plusieurs formes (ruminations mentales, souvenirs intrusifs,
échos permanents des paroles insultantes…). les troubles du
sommeil sont présents avec des insomnies ou des crises
d’angoisses nocturnes, accompagnés de cauchemars et de
réveils en sueurs. Des symptômes phobiques se développent,
comme des crises de panique sur le trajet du travail, ou
certaines manifestations proches de l’agoraphobie où les
victimes refusent de sortir et s’enferment chez elles, terrorisées
par l’éventualité de rencontrer le harceleur dans la rue. Toutes
les scènes de reviviscence sont vécues dans une grande
détresse psychique (peur, impuissance) accompagnée de
nombreux troubles neurovégétatifs (tachycardies, sueurs,
tremblements, boule œsophagienne…).
les aspects d’altération de la personnalité consécutifs au
traumatisme doivent être notés et décrits, car ils sont généralement peu connus. le traumatisme psychique entraine
pourtant des effets de désorganisation profonde de la personnalité (K. Chahraoui, 2014) accompagnés de sentiments de
rupture existentielle et d’étrangeté par rapport à soi et à autrui.
S. Ferenczi (1919), un des premiers, avait noté la dimension de régression narcissique qui peut faire suite au trauma,
ce dernier provoque une grave blessure du Moi et de l’amour
propre et a pour effet un retrait de la libido sur le Moi. la
régression narcissique, l’attitude de détresse et de dépendance
parfois infantile de ces patients ne sont pas le reflet d’une
personnalité antérieure, mais bien les effets de désorganisation
liés au traumatisme vécu. les personnes victimes de harcèle-

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ment sexuel traumatique présentent de graves atteintes sur le
plan narcissique, le sentiment d’humiliation et de honte sont
extrêmes, ce qui les empêche souvent de verbaliser et
d’exprimer ce qui est arrivé.
l’état dépressif est majeur avec une atteinte forte de l’intégrité psychique avec perte d’estime de soi, sentiments
d’impuissance, d’échec et de tristesse allant jusqu’à la confusion des repères. la dépression est généralement profonde, elle
est marquée par un véritable effondrement psychique, avec
dévalorisation de soi, perte de confiance en autrui, idées suicidaires, inhibition et dégout pour la sexualité, forte culpabilité.
le vécu de harcèlement conduit à un repli sur soi très important, les femmes victimes s’isolent sur le plan professionnel
puis social et familial avec des sentiments de honte et d’incompréhension des autres.
Enfin les atteintes somatiques peuvent être inquiétantes
avec amaigrissement, anorexie, désorganisations psychosomatiques avec la fréquence des troubles de la sphère gynécologique (aménorrhée, métrorragies) soulignées déjà par S.
lepastier & J. F. Allilaire (2004).
Au-delà des symptômes physiques et psychiques, le harcèlement sexuel peut engendrer de lourdes conséquences
sociales et professionnelles avec la perte d’emploi (démission
ou licenciement) ou la mise en longue maladie liée à l’état
dépressif généralement durable.
lE TRAuMATiSME RElATiOnnEl

le harcèlement sexuel traumatique s’apparente à un
traumatisme relationnel dont nous pouvons souligner un
certain nombre de dimensions spécifiques.
Dans un premier temps, il est essentiel d’insister sur
l’aspect répétitif et cumulatif des brimades et des humiliations
qui ont des effets délétères sur le long terme. l’importance du
caractère quantitatif doit être notée avec la répétition quotidienne de traumatismes même bénins qui ont des effets
d’accumulation dans le temps et entraînent des troubles particulièrement marqués. il s’agit ici des tentatives de séduction,
du manque de respect, des comportements humiliants qui sont
réitérés dans le temps, avec généralement une montée en
puissance qui installe progressivement chez le sujet un climat

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HARCÈLEMENT SEXUEL ET TRAUMATISME PSYCHIQUE :
ASPECTS CLINIQUES ET PSYCHOPATHOLOGIQUES

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de malaise et de peur grandissants (M. Grenier-Pezé, 2005)
jusqu’au moment où la personne ne parvient plus à faire face à
ces multiples attaques. Ce processus pour M. Grenier-Pezé
(2005) vise une véritable réédition et destruction psychique de
la personne par l’aspect répétitif des vexations et des injonctions paradoxales qui ont valeur d’effraction et suspendent tout
travail de la pensée chez le sujet victime.
il existe aussi une dimension logique et paradoxale dans le
traumatisme relationnel ; en effet, il y a une impossibilité pour
le sujet de répondre aux attaques en raison des contraintes
sociales (figure hiérarchique, peur de prendre l’emploi), et la
dimension agressive est retournée sur la victime elle-même
avec une auto-accusation et un sentiment de honte. le harceleur peut tirer profit de cette attitude pour rejeter la responsabilité sur la victime (S. lepastier & J. F. Allilaire, 2004). les
patientes que nous rencontrons décrivent ainsi une situation de
véritable impasse sur le plan professionnel et personnel. Elles
ne peuvent et ne veulent pas démissionner, elles ne peuvent
pas évoquer leur agression dans leur entreprise, par peur de ne
pas être crue, mais aussi par manque de soutien des collègues
craignant souvent des représailles ou une peur de perdre leur
emploi, elles ne peuvent pas en parler au sein de leur famille
par honte, culpabilité, et par crainte de susciter une réaction
trop violente de la part de leur conjoint. Cette absence d’issue
à ce contexte problématique suscite une grave crise psychique
et un état d’isolement ; le geste suicidaire peut apparaître à ces
moments-là comme une délivrance par rapport à cette situation hautement paradoxale.
le harcèlement sexuel traumatique peut s’apparenter à un
véritable traumatisme intentionnel comme l’a fort bien décrit
F. Sironi (1999) à propos des situations de torture. Celui-ci se
définit comme un ensemble d’actes délibérément provoqués
par un humain ou un système sur un sujet donné, ou sur un
groupe d’individus (F. Sironi, 1999). il s’agit là de « processus
spécifiques » induits par des systèmes persécuteurs dans le but
de provoquer des destructions psychologiques et des déculturations. Certains de ces processus peuvent être retrouvés de
manière similaire dans le cas du harcèlement sexuel traumatique. En effet, pour M. Grenier-Pezé (2001), ce dernier peut
s’apparenter à une technique de destruction visant de manière
délibérée la décompensation du sujet afin d’obtenir sa réédition émotionnelle à des fins économiques ou de jouissance

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personnelle (M. Grenier-Pezé, 2001). les dimensions de nonsens et d’injonctions paradoxales altèrent le rapport au réel
chez le sujet et l’empêchent de maitriser la situation sur un
plan intellectuel, ce qui provoque de graves effets de désaffiliation par rapport au groupe (M. Grenier-Pezé, 2001). il y a
dans ces traumas relationnels une intention de nuire qui doit
être resituée dans le cas du harcèlement sexuel ou moral au
travail à des contextes organisationnels qui comportent sans
doute une permissivité dans les abus de pouvoir (P. Molinier,
1998; E. Grebot, 2007). En effet, ce point mérite une attention,
car la lecture de ces phénomènes ne doit pas seulement être
individuelle et intra-psychique mais aussi relever d’une
compréhension dynamique prenant en compte les aspects
d’organisation et de rapports au travail dans toute leur
complexité (organisation de travail et liens hiérarchiques par
exemple). C. Dejours montre ainsi (2010) que la vulnérabilité
des victimes doit sans doute être liée à la diminution des possibilités défensives en particulier au niveau de la perte des stratégies collectives protectrices ou l’individualisme prime de plus
en plus dans nos sociétés.
la question du pouvoir et du rapport de domination d’un
sujet sur l’autre implique d’intégrer un point de vue psychologique et une compréhension autour de la notion d’emprise
(M.F. Hirigoyen, 1998). On peut en effet assimiler la relation
de harcèlement à une relation d’emprise que R. Dorey (1981)
définissait comme une véritable atteinte portée à l’autre, réduit
à un objet dans une suppression de toute altérité et de toute
différence. la relation d’emprise se caractérise selon trois
dimensions ou étapes d’après R. Dorey (1981) : 1) l’appropriation par la dépossession de l’autre par une forme de
violence et d’empiètement qui est infligée à l’autre sur son
domaine privé et sa liberté. 2) la domination intellectuelle et
morale de type tyrannique exercée sur l’individu qui est ainsi
maintenu dans un état de subjugation, de soumission et de
dépendance. 3) l’empreinte gravée sur l’autre qui constitue la
dernière étape de la relation d’emprise et peut se caractériser
par des marques corporelles (sévices, viols). Si R. Dorey
(1981) souligne que ce sont les problématiques perverses et
obsessionnelles qui sont les deux modalités exemplaires de
l’établissement du lien d’emprise, d’autres auteurs mentionnent que dans le cas du harcèlement, cette relation pervertie au
pouvoir ne se situe pas seulement entre un pervers et une

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victime, mais elle pose la question du pouvoir : elle vise à
rappeler comme l’indique E. Grebot (2007) qui a le pouvoir
ou qui veut le pouvoir. En effet, le harceleur est dans 90% des
cas, selon l’étude de J. l. Viaux & J. l. Bernaud (2001) un
responsable hiérarchique, on ne peut ignorer cette réalité qui a
de lourdes conséquences dans la compréhension de ces phénomènes.
Enfin, on peut aussi comprendre la notion de traumatisme
relationnel en référence aux travaux de S. Ferenczi (1933)
autour de la « confusion de langue entre les adultes et l’enfant
» à propos des traumas sexuels et plus précisément des séductions par l’adulte envers l’enfant. Ferenczi en montre les
atteintes narcissiques graves et insiste sur l’origine externe et
réelle de ces traumatismes qui ont de lourdes et immédiates
conséquences au niveau du Moi. Ces traumatismes annihilent
toute possibilité de réaction chez les enfants victimes, agissent
comme des anesthésiques, arrêtent toute espèce d’activité
psychique, maintiennent chez les victimes un clivage de la
personnalité, provoquent l’anéantissement du sentiment de soi
et conduisent l’enfant à une identification à l’agresseur avec
une introjection du sentiment de culpabilité de ce dernier.
la situation de harcèlement sexuel peut réactiver une
relation imaginaire et inconsciente entre un enfant et un adulte,
d’où l’intérêt du modèle de S. Ferenczi. En effet la relation à
une figure hiérarchique peut réveiller une position infantile du
sujet qui peut rappeler le rapport de dépendance de l’enfant par
rapport à l’adulte. C’est à ce niveau que peuvent se situer les
points de vulnérabilité du sujet, car la manière dont il pourra
se dégager de cette relation de dépendance et d’emprise
dépend de la façon dont il a pu régler ses conflits infantiles.
Ces derniers peuvent être réactivés et ressurgir lors de la situation présente, n’étant plus contenus par les défenses
habituelles. les suivis cliniques nous montrent en effet
comment l’agression actuelle réactive des traumatismes passés
qui demandent alors à être élaborés. il nous semble important
de ne pas référer ces aspects de reviviscence des traumas
passés à des étiologies causales et rétrospectives commodes
pour expliquer le problème actuel. En effet, tout événement
passé fait continuellement l’objet d’une réélaboration tout au
long de la vie qui permet l’adaptation des sujets à des situations nouvelles. il s’agit d’une réécriture de l’histoire comme
une tentative de mise en sens nécessaire pour mieux

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comprendre le présent. En cela les théories narratives (P.
Ricœur, 1990) sont particulièrement pertinentes pour
comprendre ces retours du passé lors d’événements traumatiques majeurs, et nous permettent de penser qu’ils participent
davantage d’une réintroduction de cohérence, de réorganisation et de signification pour réintégrer un événement qui vient
faire rupture dans la chaine de sens (K. Chahraoui, 2014).
CAS CliniQuE

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Aline, 40 ans, mariée et mère de trois enfants, est hospitalisée pour un état dépressif sévère après une tentative de
suicide. Son état est jugé particulièrement inquiétant par les
psychiatres qui suspectent un trouble de la personnalité hystérique avec dépendance affective. Elle présente un état d’amaigrissement très important avec apathie, repli sur soi, idées
suicidaires persistantes et une attitude très régressive de dépendance aux soignants et à l’hôpital qu’elle ne veut pas quitter.
Elle est adressée à notre consultation de psychotraumatisme
pour une prise en charge psychothérapeutique, car il existe,
semble-t-il un contexte de harcèlement sexuel au travail.
Au premier entretien, Aline apparaît comme profondément
abattue, effondrée et elle exprime sa détresse par de gros
sanglots envahissants. Son discours est à la fois confus et
détaché, presque inauthentique avec une dimension de désirabilité très forte envers le clinicien à qui elle offre une théorie
« prêt-à-porter » : « si je suis déprimée, c’est parce que je suis
quelqu’un de fragile depuis longtemps, ce n’est pas ma
première dépression, j’ai été une enfant maltraitée, mon père
était alcoolique… mes parents se battaient, mon père était
violent… ».
Cette première présentation en faux-self, m’amène à
adopter une écoute un peu plus flottante, attentive à la forme
de son récit et non au contenu afin de mieux comprendre et
accéder à l’organisation de sa vie intérieure. Mon attention est
également portée sur l’analyse du contre-transfert si importante dans la compréhension des dimensions psychotraumatiques. D’un point de vue formel, son discours se présente
comme une véritable hémorragie et comme un flot de paroles
continues et monocordes qui me submerge et me laisse peu
de place pour intervenir. la profusion de détails factuels sur

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HARCÈLEMENT SEXUEL ET TRAUMATISME PSYCHIQUE :
ASPECTS CLINIQUES ET PSYCHOPATHOLOGIQUES

CHAMP PSY

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les différents épisodes de sa vie est présentée de manière
chaotique et dans un véritable désordre chronologique. Ses
sanglots apparaissent comme des expressions somatiques
détachées du vécu psychique et l’on perçoit rapidement chez
Aline un profond sentiment de vide intérieur et une désorganisation sévère de la pensée. l’origine traumatique de ce qui
apparait ici comme une effraction interne majeure avec éclatement des défenses et des enveloppes psychiques ne fait alors
aucun doute et c’est l’hypothèse avec laquelle j’ai travaillé
avec cette patiente. En effet, Aline a bien subi une agression
sexuelle et un contexte de harcèlement traumatiques au travail
qu’elle ne pourra confier que plusieurs semaines après le début
de la psychothérapie.
Au cours de ce premier entretien, elle évoque pourtant une
agression sexuelle passée sur le lieu de son travail alors qu’elle
n’avait que 22 ans. Elle était secrétaire et son patron à l’époque
la surchargeait de travail ce qui l’obligeait souvent à terminer
tard et il en profitait alors pour lui faire des avances de manière
répétée. un soir, où elle se retrouve seule face à lui, il tente de
l’agresser sexuellement, mais elle se débat et le gifle. le lendemain, elle en informe son supérieur hiérarchique, mais ce
dernier la dissuade de déposer plainte à cause des conséquences négatives que cela pourrait entrainer pour l’entreprise
et il lui assure que son chef serait muté. Aline se tait, mais en
garde un profond ressentiment puis elle finit par démissionner.
Depuis ce premier événement, elle décrit une humeur dépressive constante et un sentiment de malaise intérieur qui l’amènent à consulter un psychiatre à plusieurs reprises.
Au cours des premiers entretiens, nous apprenons aussi
qu’Aline vit un contexte familial douloureux, en effet son père
est hospitalisé suite à un accident vasculaire cérébral, ce qui
occasionne une très forte angoisse qui l’empêche de lui rendre
visite. l’évocation des liens avec son père et de ses problèmes
de santé constitue au cours des premières séances thérapeutiques l’objet de nombreuses associations et d’un récit douloureux et ambivalent à l’égard de l’image paternelle. En effet,
elle évoque au cours de son enfance, le climat de violences
conjugales régnant dans sa famille avec un père souvent alcoolisé et une mère passive et déprimée. les relations familiales
s’étaient tout de même améliorées avec le temps et le père était
devenu selon elle plus disponible et moins violent. Ce premier
travail associatif et d’élaboration psychique autour des mouve-

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ments ambivalents d’Aline lui permit de rétablir les liens avec
son père dans la réalité et elle peut enfin lui rendre visite à
l’hôpital.
Trois mois après le début de la psychothérapie, l’expression et le dégagement de cette première problématique
familiale douloureuse, permet enfin l’accès au traumatisme
actuel ; une agression sexuelle subie trois semaines avant son
hospitalisation en psychiatrie. C’est à une séance où elle
évoque les problèmes de sexualité avec son mari, elle avoue
en effet ne plus avoir aucune relation intime avec son conjoint,
que nous parvenons à relier ces difficultés au traumatisme
présent. Très gênée, elle m’en fait d’abord un récit très superficiel avant d’éviter à nouveau le sujet, mais mon attitude
active et mon soutien dans la narration et l’écoute de cet événement traumatique, lui permettent de s’exprimer plus volontiers.
Plusieurs semaines de suivi ont été nécessaires à partir de ce
moment pour recouvrer complètement la mémoire, chaque
nouvelle séance permettant en effet de reconstituer cet épisode,
mais aussi son contexte de survenue. Elle était en déplacement
professionnel avec plusieurs membres de son équipe et son
patron quand ce dernier tenta d’abuser d’elle avec la complicité d’un autre collègue. Elle fait le récit d’une scène de grande
violence : une tentative de fellation forcée, au cours de laquelle
elle se débat et parvient à échapper à ses agresseurs. Elle se
réfugie dans les toilettes et reste prostrée et recroquevillée
plusieurs heures dans un climat de confusion totale. Elle ne
savait plus qui elle était, où elle allait et elle erre encore
plusieurs heures avant de rentrer chez elle tard le soir dans un
état de dissociation psychique complète. Elle ne peut raconter
les faits à son mari par peur d’une réaction violente et c’est
seulement quelques jours plus tard qu’elle tente d’en parler
dans son entreprise, mais elle perçoit dans le regard de ses
responsables une certaine suspicion. Elle se sent jugée, peutêtre ment-elle ? Peut-être était-ce elle qui avait tenté de
séduire ? Elle ne dispose d’aucune preuve des faits dans leur
réalité et sa parole n’a aucune importance face à son patron
soutenu par ses collègues ; Aline se tait alors, envahie par une
terrible honte. De plus, cet événement s’étant produit pendant
le changement de loi de 2012, cela créait un vide juridique de
quelques semaines, empêchant Aline de déposer plainte. Elle
ne peut donc se défendre et faire reconnaitre cette agression
sexuelle qui était l’aboutissement d’une longue série d’humi-

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ASPECTS CLINIQUES ET PSYCHOPATHOLOGIQUES

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liations répétées de la part de son patron ; plaisanteries salaces,
remarques sur son habillement, harcèlement sexuel, frôlements, tentatives de contacts. Aline exprime son intense culpabilité ; peut-être était-ce elle qui était trop féminine ? Au cours
de l’avancée de la psychothérapie, elle évoque de profonds
affects de haine à l’égard de son patron avec l’apparition de
fantasmes de meurtre à son encontre. Des idées obsédantes de
« le planter avec un couteau » l’envahissent avec une peur de
passer à l’acte. Ces affects très violents ont pu être longuement
exprimés et élaborés au cours du travail thérapeutique.
le suivi d’Aline a été long, difficile, l’analyse transféro/
contre-transférentielles, dans ses rapports de dépendance a été
nécessaire, mais elle a pu se reconstruire après deux années et
demie de psychothérapie qui lui ont permis de retrouver une
confiance dans sa vie personnelle, familiale et professionnelle.
À la fin de ce suivi, son état s’était fortement amélioré et elle
avait réussi un concours dans la fonction publique, tournant
ainsi la page à cette douloureuse et traumatique expérience.
DiSCuSSiOn

nous avons voulu illustrer avec cette observation clinique,
les conséquences du harcèlement sexuel traumatique en particulier sur le plan de la désorganisation profonde de la personnalité. il s’agit pour le clinicien de pouvoir observer, écouter
puis comprendre ces processus traumatiques spécifiques qui
ne sont pas toujours directement observables, surtout quand le
sujet tait l’agression sexuelle subie. Ainsi, l’écoute décentrée
par rapport au contenu du discours et l’attention privilégiée
pour les formes et l’organisation du récit permet de rendre
compte et d’avoir accès à ces désorganisations traumatiques et
tout particulièrement aux dimensions d’effraction de l’appareil psychique. Chez Aline, la décompensation psychopathologique brutale, les aspects de confusion dans son récit, la
désorganisation temporelle et chronologique dans la narration
des faits, le discours « hémorragique » traduisant un véritable
éclatement des défenses et la rupture des enveloppes
psychiques, la dimension de clivage entre les affects et la
pensée, la régression narcissique et le rapport de dépendance
presque infantile aux soignants montraient à l’évidence
l’empreinte d’un traumatisme psychique majeur qu’il était

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essentiel d’identifier.
Ce que nous voulons souligner ici est l’attention que doit
porter le clinicien aux dimensions formelles du discours et aux
aspects de désorganisation de la pensée chez le patient, qui
constituent des traces du stigmate et du traumatisme psychique
majeur face au silence et au non-dit exprimés sur le plan du
contenu du discours. Ainsi l’état de sidération et de dissociation psychique si caractéristique du vécu traumatique est
présent dans le récit d’Aline à travers : la rupture de l’unité
psychique au moment du trauma, l’altération de la conscience,
de la perception du temps, du lieu et de soi qui entraîne une
impression d’irréalité. Cet état empêche toute possibilité de
mise en sens, de compréhension et fonctionne comme une
réaction d’effroi qui stoppe toute activité associative et élaborative, celle-ci devant nécessairement passer par des actes de
langage.
le silence est une marque de ce processus invisible et
insidieux du stigmate et spécifiquement une marque du
traumatisme relationnel ; on peut le comprendre comme une
injonction donnée par l’agresseur ou le système le représentant. Ainsi chez Aline, l’interdiction de parler est présente dès
la première agression sexuelle pour ne pas pénaliser l’entreprise. le silence marque la peur, empreinte de l’agresseur, de
ne pas être entendue, crue, et comble du destin et de l’ironie
pour cette patiente, c’est la société tout entière qui lui refuse
toute reconnaissance par la suspension provisoire de la loi ; si
le délit n’est pas reconnu et jugé alors c’est elle la fautive. En
toute logique, cela devrait être l’agresseur qui devrait éprouver
la honte et la culpabilité, mais ici c’est la victime par identification et introjection de la culpabilité de l’agresseur. la culpabilité majeure qui se développe alors est impossible à contenir
par sa violence interne et ce qu’elle peut éventuellement
réactiver de souffrances antérieures non résolues. Alors pour
échapper à cette violence à la fois interne et externe, Aline finit
par commettre un passage à l’acte, la tentative de suicide qui
vient mettre fin à ce qui relève d’un non-sens total et d’une
véritable impasse psychique.
le silence, c’est aussi ce sentiment de honte, impossible à
verbaliser, qui est associé à l’agression sexuelle ; Aline se sent
salie, humiliée, se vit comme un véritable « déchet », elle n’est
plus rien, n’existe plus, la mort pour elle est préférable à cet
état de déchéance dans lequel elle se retrouve. la honte est un

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affect majeur que l’on retrouve chez la plupart des victimes
ayant subi des traumatismes intentionnels (camps de concentration, tortures, viols etc.) (F. Sironi, 1999; B. Goguikian &
al, 2010) et elle comprend toujours cette impression d’avoir
été salie et déshumanisée. Toutes les expériences déshumanisantes comportent cette dimension de honte qui a à voir avec
l’humiliation, l’indignité, l’abjection (A. Ciccone & A. Ferrant,
2009), avec une souffrance extrême qui se situe avant tout dans
le lien à l’autre et dans l’intersubjectivité.
la honte a toujours pour corolaire le secret, le silence, qui
permet, on peut en faire l’hypothèse, de protéger le sujet en
refermant l’enveloppe psychique qui a été effractée et éviter
ainsi l’éclatement. Mais il s’agit d’une défense qui finit par être
inopérante tant la souffrance intérieure est grande et le passage
à l’acte suicidaire, pour y mettre fin, représente un véritable
risque. la honte est en lien avec le fait d’avoir été dénié dans
son identité et rejeté, ce qui rejoint bien une des dimensions
centrales du stigmate. Elle comporte d’après A. Ciccone et A.
Ferrant (2009), une dimension très narcissique, en touchant les
fondements mêmes de l’identité du sujet et de son rapport à
autrui. Elle apparaît ainsi comme la conséquence d’une
violence humiliante et sociale. On peut se demander dans
quelle mesure la notion de «honte blanche», décrite par J.
Furtos & C. laval (1998) dans les situations de grande précarité sociale où le sujet disparaît du regard d’autrui, ne pourrait
pas s’appliquer chez la personne victime de harcèlement
sexuel traumatique. On observe en effet chez ces patientes, une
disparition progressive des différentes dimensions de leur
identité : identités professionnelle, de femme, de mère et
d’épouse. il s’agit d’un véritable effacement de soi-même au
regard d’autrui. l’identité de ces victimes est ainsi profondément atteinte, elles pensent qu’elles n’ont plus aucune valeur,
et se décrivent avec des termes très péjoratifs, celui de
« déchets » revient souvent dans leur discours ; elles semblent
incorporer ici par identification toute la destructivité du harceleur en retournant toute la dimension agressive contre elle.
Dans ce sens l’apparition, au cours de la psychothérapie, de
fantasmes de meurtre chez notre patiente ne relève pas seulement de la pathologie et de signes négatifs même s’ils déclenchent une angoisse importante. ils constituent avant tout une
évolution dynamique intéressante où la violence contenue peut
enfin se retourner contre l’image du patron. l’analyse contre-

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transférentielle de cette dynamique émotionnelle est ici nécessaire pour pouvoir supporter ces affects de haine et de violence
afin de ne pas en être bouleversé soi-même et de bien
comprendre ce mouvement psychique salutaire pour le sujet.
Si la honte est un affect profondément identitaire et porté
sur l’extérieur, la culpabilité représente davantage un mouvement psychique interne (A. Ciccone & A. Ferrant, 2009). Chez
ces femmes victimes, cet affect est aussi central, elles se
sentent responsables de la situation ; fautives ? Ont-elles
provoqué ? Sont-elles coupables d’avoir succombé ? De ne pas
avoir fait ce qu’il fallait pour éviter les situations ambigües ?
là aussi on peut déceler les traces d’un mouvement d’introjection et d’identification à l’agresseur qui les considère
comme responsables de ce qui arrive. nous faisons également
l’hypothèse que la culpabilité chez Aline a été l’origine d’un
refoulement massif des scènes traumatiques, ce qui l’a sans
doute protégé d’une désorganisation psychique plus grave
encore. Mais ce qui est refoulé réapparait ici sous forme de
symptômes invalidants et c’est un véritable travail de reconstitution du souvenir qui a été nécessaire à mener avec cette
patiente. On perçoit combien, dans ce type de traumatisme
intentionnel, le travail de remémoration doit être réalisé
progressivement, en effet il s’agit d’abord de restaurer les
enveloppes et les contenants psychiques effractés, par la mise
en place d’une véritable relation de confiance, par l’écoute
sensible des émotions et par la reconnaissance du traumatisme
vécu dans l’ici et maintenant (K. Chahraoui, 2014). il s’agit
avant de verbaliser le traumatisme, de panser les plaies, de
réconforter l’identité blessée et d’apporter un nouveau regard
de considération sur ces femmes meurtries dans leur intimité.
la restauration du lien et la reconnaissance du trauma participent d’un véritable enjeu thérapeutique pour permettre la
reconstruction de ces sujets et l’élaboration du traumatisme.
la question de la réactivation des traumas passés mérite
une attention dans ce type de problématique. Chez Aline,
l’absence de reconnaissance de la première agression sexuelle
est réactivée dans une dimension d’après-coup où elle est
confrontée une deuxième fois à une situation très semblable où
l’entreprise semble « liguée » contre elle avec une impossibilité à faire reconnaitre à nouveau le délit. il s’agit de bien
prendre en compte cette dimension d’après-coup qui donne
toute sa force à l’impact du traumatisme actuel avec une résur-

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gence des affects et de la détresse antérieure non reconnue qui
se combine au vécu présent. Par ailleurs, de nombreuses études
montrent que le harcèlement sexuel vécu de façon précoce
dans la carrière professionnelle engendre davantage de mouvements dépressifs au cours de la vie (J. n. Houle, 2011).
Enfin, on perçoit aussi chez Aline comment la relation
hiérarchique problématique réactive un lien ambivalent et de
dépendance à la figure paternelle. Chez Aline, comme chez de
nombreuses patientes, il peut exister une superposition inconsciente qui est opérée entre l’image du patron haïe et celle d’un
parent ; en effet la colère envers la figure hiérarchique peut
réactiver une colère passée non résolue. Par ailleurs, l’agression traumatique peut rappeler une violence déjà connue sous
une autre forme dans le passé, comme c’est le cas chez Aline.
Ce sont ces aspects de réactivation et de redondance entre
problématique réelle et passée qui signe les plus grands
contextes de vulnérabilité psychique, car le réel vient faire
écho à une expérience personnelle douloureuse qui semblait
résolue, mais qui se retrouve projetée au-devant de la scène
psychique par l’effraction traumatique. Chez Aline, ce qui a
été réactivé, c’est le climat de violences familiales dans
l’enfance avec une relation à la fois très ambivalente et très
dépendante au père. il est intéressant de noter que dans le
processus thérapeutique, c’est la possibilité d’élaboration de
cette relation problématique au père qui a permis l’accès au
traumatisme actuel et aux composantes de la sexualité. Si la
question du trauma trouve son origine dans le réel du contexte
du harcèlement traumatique, on comprend aussi qu’à travers
ces aspects de reviviscence, le sujet tente de donner un sens
individuel qui inclut la perception et la représentation de l’événement en fonction d’un vécu antérieur. Ces femmes se
demandent souvent pourquoi l’histoire se répète ainsi pour elle
ce qui accentue leur vécu de culpabilité et il est important de
donner toute sa place aux effets du traumatisme réel et actuel
afin de leur permettre de retrouver un rôle actif pour pouvoir
s’adapter et se défendre.

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COnCluSiOn

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Pour conclure, le harcèlement sexuel traumatique participe
d’un véritable processus de destruction de la personne, qui
s’apparente aux effets des traumatismes intentionnels et
relationnel. les conséquences de ces traumas sont particulièrement perceptibles au niveau de la désorganisation de la
personnalité et de la pensée avec des aspects de régression
narcissique et de dépendance majeures. la relation de harcèlement peut aussi réactiver des dimensions imaginaires et
fantasmatiques rappelant une position infantile de dépendance
dont il est important de tenir compte du point de vue thérapeutique. Pour ces femmes victimes, la question du regard de
l’autre est primordiale, elles se sentent salies, humiliées et
présentent d’intenses sentiments de culpabilité ; c’est la reconnaissance du traumatisme et de son processus qui leur permet
de modifier la vision qu’elles ont d’elles même et de déconstruire les effets du traumatisme intentionnel. le changement
et l’amélioration thérapeutique impliquent nécessairement ce
regard nouveau et bienveillant du clinicien qui permet à ces
sujets de se réinscrire dans le lien intersubjectif, de se reconstruire dans l’altérité afin de panser les blessures identitaires.
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