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Lori Saint-Martin
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Editions Antipodes | « Nouvelles Questions Féministes »
2011/2 Vol. 30 | pages 76 à 91
ISSN 0248-4951
ISBN 9782889010707
Article disponible en ligne à l'adresse :
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------http://www.cairn.info/revue-nouvelles-questions-feministes-2011-2-page-76.htm
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Pour citer cet article :
-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Lori Saint-Martin, « « L’amitié, c’est mieux que la famille ». Rapports amicaux entre
femmes dans le roman québécois », Nouvelles Questions Féministes 2011/2 (Vol.
30), p. 76-91.
DOI 10.3917/nqf.302.0076
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« L’AMITIÉ, C’EST MIEUX QUE LA FAMILLE ». RAPPORTS AMICAUX
ENTRE FEMMES DANS LE ROMAN QUÉBÉCOIS

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Lori Saint-Martin

«L’absence d’intimité féminine en littérature est, en partie, le résultat de la
perspective masculine», écrit Louise Bernikow (1980: 5). De même, l’histoire
de l’amitié s’est écrite au masculin, et la philosophie en fait également
l’apanage des hommes 2. En littérature, la romance hétérosexuelle – la
quête, pour la protagoniste, d’un mari qui assurera son ascension sociale
(Miller, 1980) – a longtemps dominé les romans centrés sur une héroïne.
La critique retient davantage cette quête que les amitiés entre femmes,
apparentées entre elles ou non, qu’on voit par exemple chez Jane Austen
ou Charlotte Brontë. Chercher, sous l’intrigue hétérosexuelle ou lovée en
elle, une autre histoire, celle de l’amitié féminine, s’interroger sur l’importance qu’elle a pour les femmes, c’est lire à contre-courant. Le présent article
montrera que l’amitié entre femmes, acceptée ou rejetée, est un motif
constant du roman féminin québécois depuis ses débuts au XIXe siècle et
qu’elle offre une clé de lecture singulière.
Ont été retenus des romans où se fait jour une tension entre amitié au
féminin et marriage plot (romance hétérosexuelle), romans fondés donc
sur l’articulation/opposition entre amour hétérosexuel et lien émotif fort
avec une autre femme. Il serait certes impossible de brosser un tableau
complet des amitiés féminines sans traiter des romans lesbiens, qui leur
accordent une place prépondérante. Les écrits de Marie-Claire Blais, de
Nicole Brossard et de Jovette Marchessault, entre autres, offriraient un terrain d’exploration fécond, mais le présent article se limite, pour des raisons
d’espace et d’unité, à des romans à l’imagination hétérosexuelle, dominés à
une exception près, celle de Francine Noël, par le marriage plot. S’y
observe en effet une hésitation entre rapport amoureux hétérosexuel et
amitié féminine qui donne à ces œuvres leur dynamique particulière.
L’analyse aura pour but non pas de privilégier l’amour hétérosexuel ou
1. Cette citation est tirée de Myriam première,
roman de Francine Noël étudié plus bas (1983:
127).

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2. Voir Raymond (1986), Faderman (1981) et
Audet (2000).

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«L’amitié, c’est mieux
que la famille» 1
Rapports amicaux
entre femmes
dans le roman québécois

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«L’amitié, c’est mieux que la famille»
Rapports amicaux entre femmes dans le roman québécois
Lori Saint-Martin

encore l’amitié entre femmes comme «solution» romanesque, mais bien
d’analyser les tensions narratives liées à ce balancement et la résolution
imaginaire proposée.
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Il s’agira d’abord de voir ce que les théoriciennes et philosophes féministes ont dit de l’amitié entre femmes. On fera ensuite le point sur les études
féministes de l’amitié en littérature, avant d’aborder les romans. Dans
Angéline de Montbrun, reconnu comme le premier roman psychologique
québécois (1881), l’amitié entre femmes est vivifiante mais condamnée à
disparaître. Dans Le Survenant, roman de Germaine Guèvremont paru en
1945, l’amitié féminine survit à l’amour et aide à consoler de sa perte; la
Florentine de Bonheur d’occasion, roman de Gabrielle Roy publié la même
année, méprise les femmes et dédaigne leur amitié. Trois romans d’Anne
Hébert, Les chambres de bois (1958), Kamouraska (1970) et Les fous de
Bassan (1982), décrivent la fascination de l’amitié entre femmes mais la
subordonnent aux relations avec les hommes. Dans la fiction immédiatement contemporaine, l’œuvre de Francine Noël est tout entière axée sur
cette question. Maryse (1983) et Myriam première (1987) mettent l’héroïne
éponyme et ses deux grandes amies au centre d’une solidarité féministe
plus vaste qui disparaît toutefois dans le dernier tome de la trilogie,
La conjuration des bâtards (1999). Nous avons tous découvert l’Amérique
(1990) présente une protagoniste partagée entre un grand nombre
d’amants et une amitié féminine exclusive. Enfin, À ciel ouvert (2007) de
Nelly Arcan met en scène une rivalité passionnée entre deux femmes
acharnées à gagner l’amour du même homme.
Ainsi, on se trouve en présence de configurations mouvantes et d’ambivalences suggestives. La figure de l’amitié féminine dans la fiction romanesque permet d’explorer d’importantes questions féministes: la prétendue
rivalité entre femmes, la solidarité et la sororité possibles, les alliances de
plaisir ou de résistance.

L’amitié entre femmes comme résistance au patriarcat
D’Aristote à Foucault en passant par Montaigne, Kant et Nietzsche, les
hommes ont forgé une vision tronquée de l’amitié, fondée sur l’honneur et
la droiture, qui excluait les femmes, censées être dépourvues de ces qualités (Abel, 1983: 116). Les traces des grandes amitiés féminines ont été
gommées de l’histoire. Les théoriciennes féministes de l’amitié entre
femmes s’entendent sur les effets dévastateurs de cette vision et font la
lumière sur les rapports intimes entre femmes du passé. Car sans cette
tradition, comment trouver son «woman-identified self» (Raymond, 1986: 4),
comment échapper à une logique, que Raymond appelle « l’hétéroréalité »
(7), où seuls les hommes semblent apporter le salut?
L’amitié entre les femmes est donc à la fois la grande sacrifiée de l’ordre
patriarcal et un puissant instrument de résistance. Moyen d’échapper aux

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Et la littérature dans tout cela? Là encore, la critique traditionnelle a
renforcé le mythe de l’inévitable rivalité féminine. Pour Virginia Woolf
(2002: 81), un roman qui renferme cette simple phrase «Chloe liked Olivia »
porte en lui un pouvoir de renouvellement considérable. La quête d’un
mari imprime à la fiction traditionnelle son mouvement narratif, aux
dépens d’autres questions comme l’amitié (Abel, 1983: 414); seuls deux
dénouements sont possibles, le mariage ou la mort de l’héroïne (Miller,
1980). Toutefois, Janet Todd (1980) a montré l’abondance de réflexions sur
l’amitié entre femmes dans les romans français et britanniques du
XVIIIe siècle; Pierre Fauchéry (1972) étudie des héroïnes partagées entre
réalisation de soi et obligations familiales et sociales liées à la féminité. Les
romans plus récents, dans la mouvance du féminisme moderne, insistent
davantage sur la quête de soi, notamment par le biais de l’amitié. Voyons
en particulier comment, dans le roman québécois, se décline l’amitié entre
femmes.
Comme les œuvres étudiées ici sont peu connues du public européen, il
convient de dire quelques mots de leur statut institutionnel et de leur réception. Les romans de Conan, Guèvremont, Roy et Hébert sont considérés
comme de grands classiques et ont fait l’objet de nombreuses études critiques. Bonheur d’occasion, Le Survenant, Kamouraska et Les fous de Bassan
ont tous été portés à l’écran; les trois premiers figurent sur une liste, établie
par sondage auprès de nombreux critiques et enseignants, des 25 œuvres
essentielles de la littérature québécoise 3 ; Maryse et Les Fous de Bassan
apparaissent sur la liste des 100 œuvres essentielles. Bonheur d’occasion a
remporté le prix Fémina en 1947 et Les fous de Bassan, en 1982; Kamouraska a valu à Anne Hébert le Prix des libraires en 1971. Anne Hébert a
publié toute son œuvre aux Éditions du Seuil et certains romans de Francine
Noël ont paru chez Actes Sud. Nelly Arcan a également publié au Seuil.
Avant de se donner la mort en 2009 à 36 ans, elle a publié quatre romans
qui ont déjà donné lieu à des études critiques.

3. Voir Chartier (2004: 9-25).

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rôles patriarcaux pour penser autrement l’identité (Audet, 2000: 12), elle
aide les femmes à s’aimer elles-mêmes et entre elles, de manière à renforcer leur autonomie, valider leurs perceptions et leur donner une force et
une confiance en elles qui leur permet de «rester debout» (Bernikow, 1980:
144). La «gyn-affection», définie comme «attirance, influence et mouvement entre femmes», installe l’amitié au cœur d’une «visée, d’une passion et d’une politique féministes» (Raymond, 1986: 9). «Mouvement»
entend ici dynamisme, autonomie, capacité créatrice et action collective.

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«L’amitié, c’est mieux que la famille»
Rapports amicaux entre femmes dans le roman québécois
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Angéline de Montbrun raconte un parcours pris entre amitié et amour. La
très sage héroïne, jeune fille pure, obéissante et entièrement dévouée à son
père – les orphelines de mère abondent dans le roman québécois 4 – doit
en principe épouser Maurice, au terme d’une fréquentation décrite au
moyen d’un échange de lettres entre Angéline, Maurice et, avant tout, la
sœur de celui-ci, Mina, grande amie d’Angéline. Mais à peine l’idylle
nouée, des événements violents surgissent pour la rompre: le père meurt
dans un accident de chasse, la belle Angéline, défigurée par une chute,
renonce à épouser Maurice de crainte qu’il ne s’unisse à elle que par pitié.
Mina est une jeune femme indépendante de fortune et d’esprit,
coquette, moqueuse, irrévérencieuse, qui prend plaisir à multiplier les soupirants et à commenter, ironique, les intrigues amoureuses des autres.
Étonnamment moderne, son discours introduit une note discordante au
sein de cet univers dominé par un père aimant mais austère, incarnation
d’une société catholique qui prêche le renoncement et le devoir 5. Mais
l’espace de dissidence ainsi ouvert sera éphémère: Mina ne songe bientôt
plus qu’à favoriser le mariage de son frère avec Angélina et tombe amoureuse du père de son amie, allant, pour lui plaire, jusqu’à renier sa vie
antérieure. Après la mort de M. de Montbrun, Mina se fera religieuse, choisissant ainsi une autre destinée féminine traditionnelle, l’union avec Dieu.
Dans ce roman, l’amitié entre Angéline et Mina est à la fois première
– elle apparaît très tôt dans le livre et survit à la mort et à la trahison des
hommes – et seconde, subordonnée à la romance hétérosexuelle. Ce roman
valorise l’amitié féminine tout en la subordonnant aux trajets traditionnels
qui attendent les femmes: mariage et maternité ou vie religieuse 6. Dans
l’atmosphère d’inceste qui imprègne tout le roman – certains critiques
l’ont lu comme l’exposé d’une folle passion entre père et fille –, on peut se
demander si le désir d’Angéline pour le frère de Mina et celui de Mina pour
le père d’Angéline ne masquent pas une attirance, une passion entre elles.

Le Survenant et Bonheur d’occasion, l’amitié vécue ou refusée
Parus tous deux en 1945, Le Survenant et Bonheur d’occasion ont souvent
été opposés. Le premier, avec sa suite, Marie-Didace (1947), consigne, dans
4. Marianne Hirsch (1989) note également l’omniprésence d’héroïnes orphelines de mère dans le
roman anglo-américain et lie cet état à un rejet du
rôle maternel traditionnel. De manière plus générale, une orpheline est en quelque sorte défavorisée
socialement puisqu’elle ne peut compter sur personne pour assurer sa subsistance et lui conférer
un statut, mais elle est également, par la force des
choses, plus autonome.

5. Comme dans certains romans épistolaires européens du XVIIIe siècle, dont Clarissa ou Julie ou La
Nouvelle Héloïse, l’amie de l’héroïne critique la
norme sociale que reconduit par ailleurs le texte.
6. Pour une lecture approfondie de ce roman, voir
Smart (1988).

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Angéline de Montbrun, une œuvre pionnière

…pendant un an il t’a donné son cœur. Il t’a pas appauvrie? T’as rien à regretter?
Et tu regrettes tout! Sois plus raisonnable que ça […] Abandonne-le, Angélina.
Sans quoi, tu connaîtras jamais une minute de tranquillité. (Guèvremont,
1992a: 205)
Cette scène frappe par la confiance que ces deux femmes se font: sans
réserve, sans pudeur, elles se parlent à cœur ouvert. Marie-Amanda possède non seulement une fine intuition des rapports humains, mais aussi
une connaissance aimante de son amie, y compris de ses faiblesses et de
ses lubies. Elle enseigne à Angélina de ne pas rester «penchée sur [s]on
mal, comme une plante morte» (Guèvremont, 1992a: 206), en lui rappelant
sa valeur de femme libre, qui existe sans l’amour d’un homme, et ses plaisirs d’avant, dont son superbe jardin et l’amitié elle-même.
L’amitié entre femmes a donc un pouvoir vivifiant considérable. Cela
dit, elle n’est pas sans nuages puisque Marie-Amanda, cette jeune mère
attentive aux chagrins des autres, ne trouve personne pour écouter les
siens. Par ailleurs, la rivalité entre femmes est parfois vive dans cet univers
rural traditionnel, comme en témoignent autant l’inquiétude d’Angélina à
l’apparition d’autres jeunes femmes que l’âpre lutte entre Phonsine, la bru
de Didace, et la nouvelle femme de celui-ci. Et Angélina se rend bien
compte des limites de l’amitié entre femmes dans une société où compte
plus que tout leur rapport aux hommes:
7. Pour Patricia Smart, l’amitié entre ces deux
femmes annonce «une vision féminine nouvelle
dans le texte québécois, vision où l’ancienne

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opposition entre possession et jouissance se
réconcilie paradoxalement dans le partage, le don
et la dépense» (1988: 171-172).

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une narration tendre mais lucide, la disparition du mode de vie campagnard ancestral. Didace, patriarche vieillissant, veuf depuis peu, a un seul
fils, Amable, maladif et peu apte à prendre sa relève; après quatre ans de
mariage, Amable et sa femme, Alphonsine, sont toujours sans enfant.
Arrive alors un mystérieux étranger, le «Survenant» du titre. Une relation
privilégiée se noue entre lui et Angélina Desmarais, une femme de 30 ans
qui a refusé de nombreux prétendants attirés par la belle terre dont elle
héritera à la mort de son père. Ce refus du mariage de raison dans une
société traditionnelle où une femme seule n’est rien témoigne déjà d’une
grande indépendance de la part d’Angélina, tout comme son choix du Survenant, qui ne peut lui offrir ni rang social ni possessions matérielles, mais
qui éveille chez elle désir et amour. Comme il l’avait toujours annoncé, le
Survenant finira par repartir, laissant Angélina inconsolable. C’est alors
qu’intervient la vieille amitié entre Angélina et Marie-Amanda, fille de
Didace et mère de nombreux enfants; c’est Marie-Amanda qui trouvera les
mots propres à apaiser le cœur d’Angélina 7. Marie-Amanda est dépeinte
comme une femme-phare, «haute, lumineuse et fidèle, toute blanche de
clarté» (Guèvremont, 1992a: 203). Guide, confidente, elle écoute Angélina
et pleure avec elle, puis lui conseille d’accepter généreusement la volonté
du Survenant:

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«L’amitié, c’est mieux que la famille»
Rapports amicaux entre femmes dans le roman québécois
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Malgré les bornes à l’intérieur desquelles on la confine, l’amitié entre
femmes se transmet et se transforme. Angélina console à son tour Phonsine de l’absence de son mari en empruntant un langage inspiré de celui de
Marie-Amanda (Guèvremont, 1992a: 128). Avare de nature, elle offre
pourtant à Phonsine l’un de ses plus beaux géraniums et l’entoure d’attentions pour lui faire oublier son chagrin. À la mort du couple Beauchemin,
elle adopte la petite Marie-Didace, devenant mère à son tour. Surtout,
demeure l’image de deux femmes liées par leur affection réciproque et
agrandies par elle:
Marie-Amanda la rejoignit sur la route. Silencieuses, elles allaient du pas calme
des femmes qui ont à soi du temps et de l’espace. La neige tombait toujours et
brouillait à mesure l’empreinte de leurs pieds, sur le sol blanchi. (Guèvremont
1992b: 77-78)
Dans les limites de la société campagnarde traditionnelle que dépeint
le roman, on se trouve en présence de l’amitié décrite par Janice Raymond
comme un idéal féministe, l’amitié des «cœurs pensants» (Raymond, 1986:
223), liant émotions et raison.
Tout autre est la vision des rapports entre femmes dépeinte dans Bonheur d’occasion de Gabrielle Roy, chronique d’une famille établie dans un
quartier ouvrier de Montréal sur fond de Seconde Guerre mondiale. Le
roman est centré en partie sur un triangle amoureux classique. Florentine
Lacasse, jeune serveuse, aime Jean Lévesque, qui flirte sans suite avec elle,
mais ne songe qu’à la réussite sociale et économique. Enceinte de lui, Florentine se rabat sur Emmanuel, un ami de Jean qui l’aime sincèrement et
qu’elle convainc de l’épouser en lui cachant son histoire avec Jean (une
grossesse illégitime, à cette époque, aurait constitué un grand scandale).
Au cœur du roman, on trouve donc une romance hétérosexuelle traditionnelle, une femme frivole et manipulatrice, mais dont le peu de marge
de manœuvre sociale justifie en partie les actions désespérées. Une scène
privilégiée du roman fait pourtant entrevoir une amitié féminine agissante.
Marguerite, une jeune compagne de travail de Florentine, devine son état
et offre de l’aider. Par amitié, Marguerite passera outre à l’opprobre social
réservé aux mères célibataires:
Et elle fut étonnée de n’éprouver aucun sentiment de mépris. Elle avait pourtant
jusque-là porté sur l’amour hors du mariage un jugement plein de sévérité et de
dédain […] Et voici que, n’apercevant que des ruines sur le chemin que parcourait Florentine, elle éprouvait surtout le désir de la couvrir, de la protéger. (Roy,
1993: 279)

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Et puis, on change. L’une mariée à l’Île de Grâce, l’autre, fille au Chenal du
Moine, certes elles se retrouveraient toujours avec plaisir, mais elles n’avaient
plus la même vie. (Guèvremont, 1992b: 226)

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Elle pouvait bien faire la généreuse, celle-là ! Personne ne l’avait aimée […]
C’était par curiosité sans doute qu’elle se montrait si bien disposée. Et pour
mieux la calomnier ensuite. Les femmes ! pensait-elle avec mépris. Et d’ailleurs,
est-ce qu’une femme peut aider une autre femme? (Roy, 1993: 282)
Florentine est aussi disposée à discréditer l’autre femme qu’à prêter
aux hommes des qualités magiques; le contact avec les femmes est au
mieux inutile, au pire dangereux. Et comme Florentine prête de la valeur
aux femmes dans la mesure où elles plaisent aux hommes, Marguerite est
disqualifiée («[p]ersonne ne l’avait aimée»), jugée «folle et sotte» (Roy,
1993: 280). En effet, Florentine est convaincue que le salut ne peut lui
venir que des hommes; la découverte de sa grossesse et du départ de Jean
éveille en elle «un indicible mépris pour sa condition de femme, une inimitié envers elle-même qui la déroutait» (Roy, 1993: 263). Un mot clé de tous
ces extraits est celui de «mépris»: si Marguerite ne méprise pas Florentine,
celle-ci méprise Marguerite, méprise l’ensemble des femmes et se méprise
elle-même. C’est cette haine de soi et des autres femmes qui asservit
Florentine au regard des hommes et l’empêche d’accepter l’amitié de Marguerite. Comme le suggère Patricia Smart (1988), le moment n’était pas
venu, dans le roman québécois, pour une telle amitié entre femmes, dont le
pouvoir de renouveau aurait été immense cependant; on imagine en effet
mal deux femmes (ou une seule) élevant un·e enfant illégitime dans le
Québec catholique de l’époque. Cela dit, Bonheur d’occasion en fait miroiter
la promesse tout en diagnostiquant lucidement un mal: la dépendance des
femmes envers le regard des hommes.
Ainsi, dans ces deux romans de 1945, l’amitié féminine, subordonnée
à l’intrigue hétérosexuelle, recèle néanmoins de grandes promesses. Réalisées, elles permettent, comme chez Guèvremont, réconfort et consolation,
aide pour surmonter la perte et reprendre la vie, plus riche et plus forte
d’avoir connu l’amour. Refusées, comme chez Roy, elles esquissent néanmoins un espoir, une voie que Florentine ne suit pas mais que Marguerite,
courageuse et dévouée, lui ouvre.

Anne Hébert, amour, manipulation et rivalité
Les romans d’Anne Hébert réservent une large place à des héroïnes fortes,
passionnées et en rupture avec les valeurs traditionnelles. Mais leur quête,

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La détresse d’une autre femme pousse Marguerite à offrir le meilleur
d’elle-même, une aide matérielle, un soutien indéfectible, une complicité
agissante: «Nous serons ensemble, Florentine. Je te le promets. Et je te
défendrai, va» (Roy, 1993: 280). Mais Florentine, loin d’être touchée par
l’offre courageuse de Marguerite, est horrifiée d’avoir été démasquée et juge
déplacée cette franchise. Elle qui n’a jamais eu d’amies de son âge, «imaginant qu’elles étaient envieuses d’elle, prêtes à lui jouer un mauvais tour»
(Roy, 1993: 275), nie tout en bloc et se désolidarise de Marguerite en pensée:

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plutôt solitaire, échoue la plupart du temps ou encore aboutit à un nouvel
enfermement conjugal. La Catherine des Chambres de bois (1958) échappe
à un premier mariage aliénant grâce à des alliances complexes et ambiguës
avec la sœur de son mari et avec la bonne qui la soigne lorsqu’elle tombe
malade, mais aussitôt guérie, elle se marie avec un nouvel homme plus
doux et plus complice mais non moins patriarcal que le premier. Ces amitiés féminines jouent donc un rôle dans son cheminement, puis disparaissent à jamais. Dans Kamouraska, Élisabeth, jeune fille de grande
famille, épouse Antoine Tassy, un homme de son rang qui se révèle violent
et infidèle, et tombe amoureuse, peu après, d’un ami de cet homme.
Ensemble, ils décideront d’éliminer le mari gênant. C’est alors que surgit
dans le texte la figure énigmatique d’Aurélie Caron, femme de milieu
populaire qui a fasciné Élisabeth durant leur jeunesse partagée, en raison
de sa liberté, de sa sexualité assumée et de sa connaissance des choses de
la vie et de la mort. Élisabeth voudrait bien suivre Aurélie dans les rues et
l’écouter lui parler des garçons, mais par crainte d’être punie, elle s’éloigne
d’elle et se pare des atours d’une jeune fille à marier:
…il faut que je rentre, ou je serai privée du bal chez le Gouverneur. […] Adieu
Aurélie. Si jamais je te rencontre, je ne te reconnaîtrai pas, mauvaise compagne,
mauvaise rencontre. Ma mère m’a promis un collier de perles, pour aller au bal
du Gouverneur. Mon âme pour un collier de perles. Et les garçons, Aurélie?
Et les… (Hébert, 1970: 63-64)
On le voit, il s’agit non pas d’une amitié fondée sur la réciprocité mais
d’une fascination trouble. Par cupidité et mondanité, Élisabeth renonce à
sa relation avec Aurélie. Puis, jeune mariée, elle prend Aurélie à son service et, à force de séduction, la convainc d’empoisonner Antoine Tassy à
sa place. Envoûtée, Aurélie accepte, mais échoue dans sa mission. Après le
meurtre d’Antoine par l’amant d’Élisabeth et le procès qui s’ensuit, Élisabeth est innocentée pour sauver l’honneur des grandes familles, et Aurélie
écope d’une lourde peine de prison. On voit ici comment peuvent jouer,
entre femmes, à la fois l’obsession – Élisabeth, jeune fille, voudrait être
Aurélie et celle-ci, plus tard, s’enchante de son reflet dans le miroir, vêtue
des riches robes d’Élisabeth –, la manipulation et la trahison. La domination masculine comme la différence de classe sociale condamnent également Aurélie à la défaite aux mains d’Élisabeth.
Les fous de Bassan offre un tableau contrasté des relations entre femmes. En son cœur figure une romance hétérosexuelle, celle de la passion
amoureuse que vouent deux cousines, Nora et Olivia Atkins, au beau Stevens Brown. Les deux jeunes filles seront assassinées par la suite, vraisemblablement par Stevens. Mais avant même leur meurtre, les cousines,
amies et complices de toujours, sont perdues l’une pour l’autre. Nora
raconte ainsi la fin de la complicité entre celles qui ont été «sœurs siamoises depuis l’enfance» (Hébert, 1982: 121):

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«L’amitié, c’est mieux que la famille»
Rapports amicaux entre femmes dans le roman québécois
Lori Saint-Martin

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Ici encore, l’intrigue hétérosexuelle détruit l’amitié et prive les jeunes
femmes d’un appui sûr. Par ailleurs, des sœurs jumelles d’une étonnante
complicité ont recouvert les murs de la maison du pasteur, oncle des cousines assassinées, d’une grande fresque qui dépeint les événements liés au
crime et que tous préféreraient oublier. Les femmes sont donc complices
entre elles et porteuses d’une certaine force de subversion, mais avec des
conséquences parfois ambiguës; ces liens ont tendance à rappeler le passé
plutôt qu’à rendre plus vivable le présent. De plus, les relations intimes
entre femmes sont en général réservées à l’enfance (Les fous de Bassan,
Kamouraska) ou interviennent de façon ponctuelle dans le trajet de
l’héroïne (Les chambres de bois). Serait-ce pour cette raison que la révolte
des héroïnes tourne souvent court?

Francine Noël, grandeurs et misères de l’amitié entre femmes
L’œuvre de Francine Noël offre l’exemple d’une éthique de vie fondée sur
l’amitié entre femmes 8. Noël a écrit une trilogie romanesque, formé de
Maryse, de Myriam première et de La conjuration des bâtards, centrée
autour d’une jeune universitaire, dramaturge à ses heures, qu’elle suit, avec
ses amours et ses amitiés, de ses 20 ans, en 1970, jusqu’à sa mort violente
à la fin des années 1990. Un autre roman, intitulé Nous avons tous découvert l’Amérique, met en scène Fatima Gagné, qui navigue entre de multiples amants et son unique amie, Amélia. L’œuvre de Noël offre une vision
à la fois réaliste et, par moments, utopique de l’amitié des femmes, mais en
même temps, de puissantes apories minent cette vision.
Au début du roman éponyme, Maryse est une jeune étudiante en littérature. Issue d’un milieu populaire, elle s’identifie fortement à Florentine
Lacasse, la protagoniste de Bonheur d’occasion, et de nombreuses scènes
de son amour naissant avec Michel Paradis évoquent en effet la dépendance et la vulnérabilité de Florentine 9. Mais, à la différence de l’héroïne
de Gabrielle Roy, Maryse nouera de solides liens d’amitié qui la sauveront.
Bien que le roman s’ouvre au moment où Maryse fait la connaissance de
Michel et se clôt au moment de leur séparation définitive, il dépeint surtout l’évolution intellectuelle d’une jeune femme et l’éclosion de solides

8. À propos du roman québécois contemporain,
Alexandra Jarque (1991) parle d’un «roman des
copines», dans lequel la sociabilité est fondée sur
l’amitié plutôt que sur la logique familiale ou

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amoureuse; elle prend l’œuvre de Noël comme
exemplaire de cette tendance.
9. Pour l’étude de ces ressemblances, voir Nutting
(1993).

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Il a suffi d’un seul regard posé sur nous deux ensemble, comme sur une seule
personne, du fond de l’église, par un garçon insolent, pour que rien ne soit plus
jamais comme avant entre nous. […] «C’est moi qu’il regarde! Non, non, c’est
moi!» Mieux qu’aucune parole de rupture ces petits mots ordinaires nous
opposent et nous séparent à jamais. (Hébert, 1982: 121-122)

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«L’amitié, c’est mieux que la famille»
Rapports amicaux entre femmes dans le roman québécois
Lori Saint-Martin

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Au centre du roman se trouvent donc deux amies de Maryse, MarieLyre Flouée, qu’on appellera, et le détail est significatif, MLF, et MarieThérèse, dite Marité. Les prénoms similaires sont la manifestation extérieure de profondes affinités fondées sur l’admiration et la confiance
réciproques. Au duo Maryse-Marité se greffe sans heurts MLF, actrice et
militante, qui, à sa première apparition dans le texte, ravit Maryse en disant
trouver Freud «suspect» (Noël, 1983: 51) à cause de sa théorie de l’envie du
pénis. Le roman rapporte longuement leurs conversations à deux et à trois,
dans lesquelles elles puisent plaisir, force, encouragements et savoirs
variés 11. C’est grâce à leur soutien que Maryse, qui rêve au début du roman
de devenir «Madame Maryse Paradis» (Noël, 1983: 46), peut se détacher
peu à peu de cet homme qui s’indigne de «l’état de sujétion scandaleux»
(Noël, 1983: 336) des femmes du tiers-monde tout en se comportant
comme une brute avec Maryse. Celle-ci, qui doute d’elle-même au point de
tomber souvent dans la détestation de soi, apprend à s’apprécier grâce à la
compagnie des femmes. L’amitié offre donc aux femmes le moyen de se
définir elles-mêmes (Abel, 1983: 416) dans un cadre protégé qui permet un
ancrage solide dans le monde plus vaste (Raymond, 1986: 153).
En effet, l’amitié entre femmes déborde ici de la sphère intime pour
engendrer une action collective. Avocate, Marité représente les femmes
victimes de violence et MLF multiplie les lettres aux journaux et les appels
pour dénoncer l’absence de services en français, le racisme ou d’autres
injustices. Maryse, que les grands discours abstraits de Michel et de ses
amis laissent perplexe, se politise grâce aux explications de Marité. S’il se
trouve quelques femmes pour trôner parmi les révolutionnaires de taverne
dont fait partie Michel Paradis, fières d’être admises parmi eux et capables
de tenir le même langage, la véritable action politique, pour Maryse et ses
amies, est quotidienne et terre à terre. Vers la fin du roman, une scène
réunit Maryse, ses amies et d’autres femmes en lutte:
Elles marchaient depuis longtemps déjà. […] Maryse voyait toutes ces femmes
réunies pour la même raison, des femmes de tous les âges : il y avait là MarieLyre, Louise et Marité qui avaient aidé à l’organisation de la marche, il y avait
Gervaise, Ginette, Nicole, Norma, Rose, Lisette, Mélissa, Odette, Louise, Lise,
Monique Laviolette. […] Il y avait toutes les autres que Maryse connaissait de
vue seulement ou pas du tout, et parmi lesquelles elle marchait, portée par leur
mouvement. Toutes ces femmes réclamaient l’avortement libre et gratuit. (Noël,
1983: 384)
10. Le roman traite aussi des relations de Maryse
avec François Ladouceur, que Maryse appelle «sa
meilleure amie» (Noël, 1983: 177).

11. Voir Dansereau (1996) pour une étude du
bavardage comme forme de résistance féminine.

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amitiés féminines 10. Importante encore, mais plutôt comme signe de l’aliénation de Maryse, la romance hétérosexuelle est loin d’occuper toute la
place.

Enfin, c’est l’amitié qui permet à Maryse de trouver sa propre voie
d’engagement collectif, à savoir l’écriture théâtrale. Alors qu’au début, elle
n’écrit que de tous petits textes qu’elle déchire aussitôt, honteuse, elle
découvrira peu à peu sa voix avec la complicité de Marie-Lyre, avec qui
elle passe un mois au bord de la mer à écrire et à jouer les textes que
Maryse écrit. Maryse voit en MLF non pas une muse, comme le suggère
celle-ci 12, mais «son égale, sa répondante», sa «paire» (Noël, 1983: 413).
Sa première pièce met en scène une femme de ménage et d’autres vies de
femmes obscures à tirer « de l’oubli et du silence » (Noël, 1983 : 414) 13.
Dans Myriam première, Maryse est devenue une dramaturge à succès. Sa
conscience féministe s’élargit encore pour englober aussi bien l’histoire des
femmes des quartiers ouvriers de Montréal que les femmes du monde, et
notamment les Latino-Américaines. Le roman dont elle conçoit le projet à
la fin de Myriam première racontera la vie de deux prostituées, l’une à
Montréal, l’autre à Managua: «Le texte sera fait de la correspondance des
prostituées et ces lettres étranges formeront un pont au-dessus de l’Amérique de Reagan» (Noël, 1987: 500). Plus foisonnant encore que Maryse, ce
roman demeure centré sur la solidarité entre femmes de milieux, d’époques
et de pays différents.
En rupture avec les deux premiers, le troisième roman de la trilogie,
La conjuration des bâtards, sonne le glas de l’amitié. Une grande partie de
son action se déroule pendant un sommet altermondialiste qui se déroule à
Mexico et que Maryse et son nouveau compagnon Laurent ont contribué à
organiser. Si un grand réseau de résistance au néolibéralisme prend forme
et crée l’espoir d’un ordre social plus juste, l’idéal de l’amitié entre femmes
s’étiole. MLF est morte, apprend-on au début du roman, du cancer du sein,
et il n’est plus question d’elle. Marité, devenue députée, disparaît également du texte. Et Maryse elle-même, toujours énergique et pleine d’énergie créatrice, mourra à la fin du roman dans un attentat qui met également
fin au sommet. Avec sa disparition, c’est une amitié de trente ans qui
s’éteint.
12. Maryse récuse ce terme, lié à ses yeux à la
subordination d’une femme par un homme.

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13. Pour une exploration des liens entre la question de la liberté et celle de la création littéraire au
féminin, voir Barrett (2000).

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Ce qui a manqué aux femmes des romans vus plus haut, le sentiment
d’être liée aux autres femmes et de vouloir s’amuser et lutter à leurs côtés,
existe pleinement ici. Ces femmes qui marchent, qui se rassemblent pour
revendiquer et pour changer le monde, que cette cause soit la leur ou non
(Maryse désespère, car elle se croit stérile, ce qui ne l’empêche pas de
manifester avec les autres), se donnent un dynamisme qui «libère et favorise le mouvement en tous genres» (Raymond, 1986: 41). Si ce roman, et
davantage encore Myriam première qui lui fera suite, reconnaît également
l’existence de conflits entre femmes – MLF en viendra aux coups avec
une autre actrice à cause de ses commentaires fielleux –, les alliances personnelles et politiques dominent.

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«L’amitié, c’est mieux que la famille»
Rapports amicaux entre femmes dans le roman québécois
Lori Saint-Martin

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Un autre roman de Francine Noël, Nous avons tous découvert l’Amérique, offre de nouveau une vision pessimiste de l’amitié entre femmes en
réinstaurant, et ce n’est pas une coïncidence, la prédominance de l’intrigue
hétérosexuelle aux dépens de l’amitié. La principale narratrice est Fatima
Gagné, qui multiple les liaisons avec les hommes mais fuit l’exclusivité.
Alors qu’elle cumule les partenaires sexuels, Fatima n’a qu’une amie, Amélia Malaise. Traductrice de métier, Amélia traverse les frontières linguistiques et nationales et cherche à faire connaître les auteures latino-américaines. Fatima décrit longuement leurs conversations, insistant sur la
confiance mutuelle, la capacité à se deviner à demi-mot, la générosité et
l’admiration réciproque.
Mais un coup dur sera porté à leur amitié lorsque Fatima nouera une
liaison plus sérieuse avec Louis, l’homme marié que, avant elle, Amélia
avait aimé, puis quitté par excès d’amour (il donne un faux nom et Fatima
met du temps à comprendre qu’il s’agit du même homme). Dès lors, même
si Amélia et Fatima demeurent proches, leur parfaite complicité est rompue. Du fait d’avoir aimé le même homme, elles sont à la fois rapprochées 14 et durablement éloignées l’une de l’autre. Partie en Europe, Amélia
envoie à Fatima une lettre dans laquelle elle avoue sa souffrance, puis se
dit prête à accepter la nouvelle situation: «Sans doute étions-nous destinées à partager beaucoup de choses, toi et moi, les mêmes expériences, les
mêmes émotions» (Noël, 1992: 216). En principe, donc, cette lettre
annonce le retour à leur complicité totale. Mais l’avion dans lequel Amélia
revient vers le Québec s’écrasera au-dessus de l’océan. Disparaît donc
l’amitié entre femmes ainsi que la traduction de Délia Febrero sur laquelle
travaillait Amélia. Un cercle de femmes qui s’agrandissait sans cesse dans
Maryse et Myriam première s’est refermé désormais autour du couple hétérosexuel. Récit de l’enterrement de l’amour-amitié entre femmes au profit
d’un lien durable sinon exclusif avec un homme, mais aussi récit de la
perte la plus douloureuse de toutes, celle d’une intimité unique et irremplaçable entre femmes, l’histoire de la disparition d’Amélia Malaise crée en
effet un malaise considérable à la lecture (Saint-Martin, 1993).
En somme, chez Francine Noël, l’amitié des femmes est une valeur
centrale. Ses personnages vivent avec les hommes des rapports amoureux
qu’elles veulent égalitaires mais valorisent tout autant les rapports amicaux, qu’elles jugent «mieux que la famille» (Noël, 1987: 127) puisqu’ils
sont librement choisis et consentis. Sans passer sous silence les conflits,
Francine Noël privilégie le pouvoir libérateur de l’amitié entre femmes, qui
débouche, pour les trois amies, sur une action féministe. Mais la fin de la
trilogie de Maryse et celle de Nous avons tous découvert l’Amérique révèlent
l’essoufflement, voire l’effritement de cet idéal et la disparition de l’engagement féministe direct. Vieillissement des amies, déclin du féminisme
14. Fatima commente la situation ainsi: «Je porte
déjà ses vêtements, et voilà qui j’hérite de ses
anciens amants» (Noël, 1992: 126).

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À ciel ouvert, la rivalité féminine reconduite
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Publié en 2007, À ciel ouvert témoigne de la persistance de schémas de
rapports de rivalité entre les femmes. Nelly Arcan y relate l’histoire de
deux femmes d’une trentaine d’années, Julie et Rose, respectivement documentariste et styliste de mode, liées entre elles par une âpre concurrence
pour un même homme, Charles, photographe de mode obsédé par la pornographie. Julie enlève Charles à Rose, puis ils se séparent à leur tour, et
Rose trame une vengeance qui aura pour résultat la mort de Charles.
Entre Rose et Julie, on ne peut absolument pas parler d’amitié, mais
des liens secrets et intimes se tissent malgré tout entre elles. Au premier
contact, elles se reconnaissent comme des semblables et donc comme des
rivales; chacune devine les signes même infimes des nombreuses chirurgies esthétiques subies par l’autre. Si elles sont à ce point obnubilées par
leur propre beauté, c’est moins par narcissisme que par la conviction
intime qu’elles partagent, à savoir que seuls les hommes peuvent leur
conférer une quelconque valeur (suivant la version moderne du marriage
plot, l’union légale n’est pas importante mais la valorisation sociale et
intime vient tout de même de l’homme). Dans une version extrême de ce
qu’Ilana Löwy (2006) appelle l’«homme dans la tête», instance de jugement
masculin souvent intériorisé par les femmes, selon elle, même de nos jours,
Charles a tiré chacune de ces femmes du néant, le temps qu’a duré leur
relation: «Il était devenu le Regard qui englobait tous les autres, il était
l’Œil dans lequel elle se tenait» (Arcan, 2007: 142).
Dans une telle optique, les femmes ne peuvent que se détester entre
elles. Rose a une grande théorie sur le surplus inquiétant de femmes et sur
«la guerre que ce surplus créait» (Arcan, 2007: 29); pour Julie, «chaque
femme était finalement la salope d’une autre femme» (Arcan, 2007: 29).
Rose et Julie ne cessent de modifier leur corps pour séduire Charles, la première en faisant refaire son sexe pour lui donner l’apparence d’appartenir
à une toute jeune fille, la seconde en pratiquant sur son corps des entailles
qui excitent follement son amant.
Paradoxalement, pour ces femmes qui n’existent que tant qu’un amant
leur confère de la valeur, les hommes exercent en eux-mêmes un faible attrait
alors que les femmes les fascinent puisqu’il leur faut constamment se
mesurer à elles. Pour Bernikow, l’histoire de Cendrillon, surtout dans la
version des frères Grimm, serait l’archétype des relations patriarcales
entre femmes. Bernikow souligne particulièrement le moment où, pour
qu’elles puissent enfiler le chausson qui identifie la bien-aimée du prince,

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organisé, montée de l’individualisme, pessimisme fin-de-siècle? Demeure
toutefois en mémoire l’image d’une «lignée de femmes primordiales, originelles, essentielles les unes pour les autres» (Audet, 2000: 119), source de
beauté, de vie et de résistance.

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«L’amitié, c’est mieux que la famille»
Rapports amicaux entre femmes dans le roman québécois
Lori Saint-Martin

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l’une des belles-sœurs se coupe l’orteil, l’autre le talon. Les multiples chirurgies esthétiques chez Nelly Arcan jouent le même rôle, chacune se mutilant pour devenir la plus belle et gagner le prince, Charles. Et si une nuit,
dans un bar, les deux femmes se montrent «complices, allumeuses» (Arcan,
2007: 100) et que Julie embrasse Rose sur la bouche, il n’y va que d’une
«comédie lesbienne» (Arcan, 2007: 102) destinée au public masculin du
bar, et surtout à Charles.
Vers la fin du roman, Rose, pour reconquérir Charles et «piétiner»
(Arcan, 2007: 241) Julie, propose à celle-ci un shooting de mode sur le toit
de l’immeuble de luxe où habitent les trois. Aussitôt après avoir vu la
vulve refaite de Rose, Charles tombe du toit et se tue, comme si, littéralement, le sexe féminin était fatal. Mais pourquoi est-ce Charles qui meurt
et non, comme on s’attendait tout au long du roman, l’une des rivales? Sa
mort détruit en tout cas les deux femmes qui dépendent, pour leur existence même, de son regard. Peut-être aussi Rose et Julie n’existent-elles
pas assez, en tant qu’êtres autonomes, pour vivre, et donc pour pouvoir
mourir.
La solitude et la dépendance dans lesquelles vivent les personnages
féminins d’Arcan rappellent la situation de Florentine dans Bonheur
d’occasion, l’offre généreuse de Marguerite en moins. En effet, on dirait
que la situation des femmes, leur positionnement à l’égard de l’amour,
n’ont pas changé depuis 1945: même haine de soi et mépris des autres
femmes, même survalorisation des hommes, même conviction de ne pas
exister en dehors d’eux. Le sombre roman de Nelly Arcan rappelle l’attrait
qu’exerce encore, pour nombre de femmes, la romance hétérosexuelle. Estil même justifié ici de parler d’un univers post-féministe, comme on le fait
souvent de nos jours pour signifier à tort que le combat des femmes aurait
atteint ses objectifs, alors que tout se passe chez Arcan comme si le féminisme n’avait jamais existé? À moins que le propos ne consiste à dénoncer
indirectement, par l’hyperbole, le décalage entre l’autonomie désormais
pensable des femmes et un univers où priment beauté et jeunesse et où
elles sont encore subordonnées au jugement masculin? Nulle trace ici, en
tout cas, du «mouvement» que Raymond (1986: 41) associe aux alliances
entre femmes; Rose et Julie sont prises dans un statisme mortifère. En fait,
ce sont les femmes les moins capables d’amitié avec leurs semblables qui
en auraient le plus besoin; ce qu’elles ont en commun, la quête de
l’homme, les transforme en ennemies obnubilées par leur image, victimes
et créatrices de jeux de miroirs qui se révèlent mortels autant pour ellesmêmes que pour les hommes.

Conclusion
Comme le dit Raymond (1986), à repenser de manière critique l’économie
patriarcale des relations entre les femmes, on crée une «contre-mémoire»
(25) où seraient de nouveau présents les liens amoureux et amicaux entre

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L’amitié possède-t-elle, selon le roman québécois au féminin, cette
«immense force de désagrégation des structures patriarcales» que lui attribue
Élaine Audet (2000: 217)? C’est là, sans doute, qu’apparaissent les limites
que pose à l’amitié entre femmes l’économie hétérosexuelle. Énergies divisées, déchirements internes, persistance de la rivalité sont autant de signes
d’un malaise. Dans la plupart des romans étudiés ici, l’amitié s’efface
devant l’intrigue amoureuse, parfois tout «naturellement» (mais cette subordination même est signe d’une hiérarchisation sociale qui privilégie les
rapports hétérosexuels), parfois avec violence. Chez Gabrielle Roy ou, plus
près de nous, Nelly Arcan, l’amitié n’est même pas envisagée comme une
possibilité viable. Et même chez Francine Noël, grande chroniqueuse de
l’amitié des femmes, la mort fauche les amies et laisse intacts les rapports
conjugaux.
À la lecture de ces romans, toutefois, il apparaît que, malgré les
embûches, l’amitié entre femmes apporte aux personnages consolation,
force de résistance, ou plaisirs intimes et quotidiens selon le cas. Prisée par
la plupart des personnages féminins, l’amitié entre femmes possède un
grand potentiel à la fois d’attraction et de transformation personnelle et
sociale. Accorder la priorité à l’amie, dans ces textes, c’est échapper au seul
statut de mère-épouse, vivre un lien chaleureux, marqué par la réciprocité.
C’est, dans le meilleur des cas, s’éloigner d’un scénario de rivalité et d’hostilité envers son sexe, voire fonder sur cette amitié un modèle politique de
solidarité féministe. C’est, enfin, se choisir en choisissant l’autre qui est
aussi la même.
n

15. Comme le montre Terry Castle (1993), les personnages lesbiens apparaissent partout dans la fic-

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tion, mais à la manière d’un fantôme, d’une apparition persistante et redoutée.

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les femmes du passé, dont les traces ont été soigneusement effacées. En
littérature, on pourrait parler d’une «contre-lecture» puisque, avant l’avènement du féminisme moderne, l’histoire de l’amitié entre femmes était
passée sous silence par les critiques littéraires 15.

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«L’amitié, c’est mieux que la famille»
Rapports amicaux entre femmes dans le roman québécois
Lori Saint-Martin

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Audet, Élaine (2000). Le cœur pensant. Courtepointe de l’amitié entre femmes. Montréal: Le
Loup de Gouttière.
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Barrett, Caroline (2000). «La vieille fille et l’écritoire: célibat, division sexuelle et écriture dans
Maryse et Myriam première». In Joubert, Lucie et
Annette Hayward (Éds), La vieille fille, lectures
d’un personnage (pp. 131-153). Montréal: Triptyque.
Bernikow, Louise (1980). Among Women. New
York: Colophon Books.
Castle, Terry (1993). The Apparitional Lesbian:
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Löwy, Ilana (2006). L’emprise du genre. Masculinité, féminité, inégalité. Paris: La Dispute.
Miller, Nancy K. (1980). The Heroine’s Text: Readings in the French and English Novel: 17221782. New York: Columbia University Press.
Noël, Francine (1983). Maryse. Montréal: VLB.
Noël, Francine (1987). Myriam première. Montréal: VLB.

Chartier, Daniel (2004). Le guide de la culture au
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Noël, Francine (1992 [1re éd. 1990]). Nous avons
tous découvert l’Amérique. Montréal/Arles:
Paris/Actes Sud.

Conan, Laure (2002 [1re éd. 1881]). Angéline de
Montbrun. Montréal: Boréal compact.

Noël, Francine (2000). La conjuration des bâtards.
Montréal: Leméac.

Dansereau, Estelle (1996). «Lieu de plaisir, lieu de
pouvoir: le bavardage comme contre-discours
dans le roman féministe québécois». Voix et images,
21 (3), 429-451.

Nutting, Stéphanie (1993). «Bonheur d’occasion
et Maryse: lectures croisées, lecture en ronds».
Voix et images, 18 (2), 253-263.

Faderman, Lillian (1981). Surpassing the Love of
Men: Romantic Friendship and Love Between
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NQF Vol. 30, No 2 / 2011 |

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