Dissertations physico théologiques .pdf



Nom original: Dissertations_physico-théologiques.pdfTitre: Dissertations physicothéologiques, touchant la conception de Jésus Christ dans le sein de la Vièrge Marie sa mère. Et sur un tableau de Jésus-Christ qu'on appelle la Sainte Face, & qu'on a voulu faire passer pour une image constellée. Par M. P......Auteur: Jean PIERQUIN

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D ISSERTATIONS.
àZ 234
PHYsIcoTHEoLoGIQUEs,
Touchant la

Conception

de Jefus Chrft

dans le Sein de la Vierge Marie
fa

AMere. .
-

i

--

-

Etfar un tableau de Jfs-Chrift qu'on
appelle la fainte Face, & qu'on a
voulu faire paffer pour une Image
conftellée.

-

AMSTERDAM ,

1742
-

7

/aae & Ozai 4

-

-

-

---

- --

--

--

-

-

-

-

--

--

-

---

--

-

* EPA3z rcrre NAva qvc1

/ /&oi des fiec/s,
innor /e/, invité / à /tonique
VOica soit

- afin /
-

4onneur et 7 4oire
cc4s a(s
Amen .. razor |

- - ----------------------

-

-

-

--

-----

DISSERTATIoN
PHYsIcoTHEoLoGIQUE,
Touchant laConceptionde Jéfus
Chrift dans le fein de la
Vierge Mariefa AMere,
'HoMME-DIEU eftun
excellent chef-d'œu

vre dugrand myftere

de la piété, fort au deffus de
l'efprit humain ; & il faut
avouer que nous ne fçau

rions percer toutes les om
bres de fa génération tem
porelle , comme nous ne
:

*

A 3 fçau

( 6)

fçaurions foutenir toutes les
lumieres de fa génération
éternelle ; de maniere qu'on

peut dire qu'il habite une
nuit auffi-bien qu'un jour
inacceffible.

Une ame tirée du néant,

lorfqu'elle eft verfée dans
fon corps ; une chair qui
prend fon origine de la maffe
corrompuë du premier hom
me , fans en contracter la
moindre fouillure ; le Verbe

éternel & immenfe, égal à
fon Pere & au S.Efprit, plus
- haut que les Cieux, affujeti
aux bornes du tems , & ref

ferré dans la petiteffe du
corps d'un enfant; l'étroite
UlIl1On

(7 )

union de cette ame immor

telle , de cette chair inno

cente,& du Verbe Divin, qui
ne font qu'une feule per
fonne fans confufion d'ef

fence , & qui demeurent
toujours dans leur nombre .

véritable, fans préjudicier à
l'unité perfonnelle ; toutes
ces chofes, disje , ne font

elles pas pour nous autant

d'énigmes ténébreufes, où
l'efprit humain ne peut rien
comprendre ?

Il ne faut donc pas s'éton
ner, fi on a vû prefque dans
tous les fiécles, des efprits té
méraires qui ont heurté à
cette pierre principale de
A4

l'An

(8)

l'Angle. Dans la crainte où
je fuis de tomber avec eux,

je confeffe que le Verbe*qui
ét01t

at

C077f71e7Cey77e/1t

a"UeC

Dieu, qui étoit Dieu , qui a été
fait chair , & a habité parmi
nous , montre un jour & une

nuitégalement fuïante.Auf

fi fans vouloir contempler
avec trop de curiofité les
grandeurs de Jefus-Chrift
dans le fein de fon Pere, ou
fes abaiffemens dans le fein

de Marie fa Mere , je me
contenterai d'examiner ici,

comment fon facré Corps a
été conçu par l'Opération du
Saint Efprit , & de quelle
* Joan. c. 1. v. 1. & feqq.
II021Il1Cre .

( 9)

maniere la fainte Vierge eft
devenuë fa Mere.

Les Théologiens con
viennent tous que Marie a

donné au faint Efprit, pour
former le Corps de Jefus, ce
que les autres femmes four
niffent dans la conception de
leurs enfans. La matiere qui

a fervi à former le Corps de Je
fus-Chrift dans le fein de la
fainte Vierge, eft , dit faint

Thomas , toute femblable à
celle que les autres femmes don
nent en la conception de leurs
enfans *. Et les Auteurs du
Cathé
* In conceptione Chrifti fuit fecundum
eonditionem nature quod eft natus exfœ
mina, fedfpra conditionen nature quod
A5
eft

( 1o)

Cathéchiſme du Concile de

Trente, éclairciſſent ainfice
est natus ex Virgine. Het naturalis con
ditio quod in generatione animalis fæ
mina materiam ministret , parte autem
maris fit principium attiram generationis,

fitut probat Philoſophus in lib. IV. de
Generat. animal. fæmina autem que
ex mare concipit, non est virgo , & ideo
ad ſuper naturalem modum generationis

Christi pertinet quod attivum principium
in generatione illa fuerit virtus fuperna
turalis dirina ; fed ad naturalem modum
generationis ejus pertinet quod ejus mate

ria de qua corpus ejus conceptum est, fir
conformis materie quam aliæ fæminæ ſub
miniſtrant ad conceptionem prolis. Hæc
autem materia, fecundum Philoſophum ,

in lib. de Generat. est fanguis mulie
ris, non quicumque , ſed perdučias ad
quandam ampliorem digestionem per vir
tutem generativam matris , ut fit materia
apta ad conceptum : ideo ex tali materia

fuit Christi corpus conceptum. S. Tho
mas, 3. Part. Quest. 3. ad 5.
principe

(11 )

principe Théologique; lorf
que nous croyons que le

Corps

de Jefus Chrift a été formé du
fang de la Vierge fa
mere , nous reconnoiflons par-là

très pur

qu'il participe à la Nature hu
maine ; puifque c'eft une chofe
commune aux corps de tous les
hommes d'être formés du fang
de leur mere (a).

Sur ce principe, nous exa
minerons d'abord, d'oùl'en

fant tire fon origine dans le
* Quod ex puriffimo Virginis matris
fanguine Chrifti corpus formatum credi
mus, ex eo naturam humanam agnofi
mus , cum illud omnium hominum corpo

ribus commune fit , ut ex matris fangui
ne formentur. Catechifm. Concil. Tri
dent. Part. I.
fein

( 12 )

fein de fa mere; quelle eft la
ftructure des germes hu
mains ; & comment l'hom
me en caufe la fécondité.

Nous n'emploierons que des

propofitions claires, liées ,
& dont l'enchaînement
nous conduira à la divine

Conception de Jefus-Chrift.

Voici quelle eft ma premiere

*
PREMIERE PROPOsITION .
Les femmes ont dans leurs en
trailles des œufs qui donnent

naiffance aux enfans dont elles
deviennent meres. Il s'agit de
fçavoir, fi les organes, dont
on parle, font pareils aux
organes des oifeaux; & c'eft
CC

( 13 )

ce qu'on entreprend de
prouver.
Cn trouve dans les oi

feaux, une efpece de grappe
formée par plufieurs boulet
tes d'un jaune pâle , affez
femblables à des grains de

raifins. C'eft cette grappe
qu'on a coutumede nommer

l'Ovaire, & l'on appelle æufs
tous les petits grains qui la
compofent. Les plus gros
de ces œufs paroiffent tou
jours à la circonference de
l'ovaire , &, outre leur tu

nique particuliere , ils ont
encore une enveloppe com

mune qui les attache à cet
ovaire. Ceci eft certain, & .
conn1

( 14 )

connu de tous ceux qui ont

examiné tant foit peu le
corps d'une Poule.
On trouve des organes
tous femblables dans les en

trailles des femmes. On y
trouve un amas de petites
" boules pleines d'une lymphe
claire, nette , un peu gluan

te , & qui repréfente affez
exactement un grapillon de

raifin par les filets qui les
affemblent , & qui les atta
chent. Ces filets font faits

enpartie par de petitesbran
ches d'arteres & de veines

qui s'y perdent, & quiypor
tent la nourriture néceflaire;

& les boulettes qu'ils affu
jettiffent,

|

( 1 5)

jettiffent , ont auffi , outre

l'enveloppe commune qui
les couvre, de petits calices
charnus, fouples, & fibreux,

dans lefquels elles font cha
cune enchaffées comme dans

desnichesparticulieres.Quoi
de plus femblable à l'ovaire
des oifeaux ?

De plus ces boulettes ont
toutes, comme l'œuf d'une
poule , des envelopes qui
leur fervent de rempart.

L'extérieure , épaiffe & fi
breufe, forme le chorion dans
le tems de la conception ;

& celle qui eft deffous, plus
mince & plus délicate , pro
duit l'amnios. On peut enco
-

re

( 16)

re ajouter , que fi les œufs
des oifeaux ont la coque dif
feremment peinte, ces bou
lettes, qu'on trouve égale
ment dans les animaux, font
auffi au dehors diverfement

colorées. Il n'eft pas moins

vrai que les Vaches ont ces
boulettes jaunes ; que les
brebis les ont rouges, &

qu'elles font cendrées dans
les autres animaux. Cette
diverfité extérieure s'obferve

encore plus aifément fur les
coeufs de quelques poiffons ;
mais une remarque plus in

téreffante, eft que la lymphe
renfermée dans le chorion

& dans l'amnios , eft com
-

-

1C

( 17 )

me la glaire d'un œuf crud ;
quand on l'approche du feu,
elle durcit, & devient par la
cuiffon exactement fembla
ble au blanc d'un œuf cuit.

On ne peut donc fe difpen
fer de les reconnoître pour
des œufs véritables.

Ces expreffions ne doi
vent furprendre que les ef
prits neufs qui ne fçavent
pas que les mots font arbi
traires , & font faits pour

communiquer nos idées le
plus exactement qu'il eft
poffible. Jean Vanhorne a
hazardé le premier ces mots
d'œufs , & d'ovaires, en par
lant de l'origine de l'homme,
B

&
-

( 18)

& cestermes, après avoir été
bien examinés par les Sça
vans, ont été adoptés par les
plus célébres Anatoniftes,

& marqués à leur coin : en
forte que Bartholin a fait fans
rien craindre un traité de

l'Ovaire , & Drelincourt un

livre qu'il a intitulé : Des
Oeufs des femmes.

Graafa crû que ces œufs
ne paroiffoient qu'après l'u
nion des fexes ; qu'on n'en
trouve point dans les Vier

ges ; & qu'ils ne font alors
que de petites bourfes vui
des & plates ; mais l'expé

rience détruit fa penfée : on
en voit un affez bon nom
bre

( 19 )

bre dans les petites filles
qu'on diffeque ; on en trou
ve même dans celles qui ne

font que de naître. Ils font,
difent Harvée & Verduc ,

auffi petits que des grains de
millet, & quelquefois fiim
perceptibles qu'on ne peut
les diftinguer fans microfco

pe. Si on les fait cuire à feu
lent, ajoute Drelincourt , ils
deviennent durs, blancs , &
fort femblables aux œufs des
Vers à foie : ils croiffent dans

les filles mariables, & Ker

kring affure que ces œufs
font alors de lagroffeur d'un
pois verd.
On convient pourtant
-

B2

que

(2o)

que les œufs feminins diffe
rent des œufs des oifeaux par
quelqu'une de leur parties
acceffoires. Ils ne font que

des petites veffies qui ferrent
une lymphe féconde , & les
œufs des oifeaux, outre cet

te peau fine & délicate qui
renferme le blanc & le jau
ne, ont encore une coquille
dure qui les couvre ; mais
on auroit , ce femble , tort

de chicaner fur une fi petite
difference.
Les oifeaux couvent hors

d'eux mêmes, & font obli

gés de quitter fouvent leur
nids, pour aller chercher la

nourriture qui leur eft pro
pre ;

( 21 )

pre ; il faut donc néceffaire
ment que

leurs œufs ayent

des coquilles fermes pour les
deffendre contre mille petits
animaux friands qui pour
roient les crever. De plus ,

fans cette précaution de la
Nature, comment le pouffin
- fe formeroit-il ? la chaleur

de la mere qui s'évaporeroit
aifément à travers une peau
trop mince & trop délicate ;

l'air froid qui faifiroit le ger
me , & qui brouilleroit l'é
bauche de la Nature, les ob

jets qui par leurs impreffions
violentes froifferoient les

tendres organes de fon

corps , toutes ces chofes,
dis-je,

( 22 )

dis-je, le détruiroient avant
que d'être entierement for
mé , & le feroient mourir

avant que de naître.
La même chofe n'eft

point à craindre pour les en
fans des Hommes ; comme
les femmes couvent leurs

œufs dans leur propres en
trailles, il n'eft pas befoin de
pareilles précautions , &
une enveloppe peu fléxible
ne ferviroit qu'à faire perir
l'enfant. On fçait que le

fang de la mere par une
transfufion continuelle ,

paffe dans le corps de fon
entant, & que les conduits
fou ples du nombril & la
douce

( 23 ) »

douce ofcillation du placen
- ta en font les refforts. C'eft

i

cette admirable méchanique
ui conferve la vie de l'en

* ; & l'on juge aifément
que fi l'œuf d'une femme
avoit une coque dure , &
auffi fragile que celle d'une
poule, cette transfufion fe
roit bientôt interrompue, &

dérangée.

-

Mais, direz vous, l'Hom

me, le Roi des Animaux,

& qui eft d'une taille fi ri
che , fortira-t'il d'un œuf

auffi petit qu'un grain de
raifin ? & pourquoi n'en for
tiroit il pas ? eft il exempt de
laregle commune ? les Tor
tUleS

( 24)

,

tuës de mer ont quinze cou
dées de long; cependant les
eeufs qui les contiennent ne
font pas plus gros qu'une
noix. Ces Crocodiles qu'on
voit dans les Indes, & qui

font figrands, qu'un homme
pourroit demeurer de bout
entre les deux machoires de

leur gueule béante , naif
fent d'un œuf qui n'eft pas
plus gros que celui d'une oïe.
Des graines beaucoup plus

petites que les œufs des fem
mes, ne laiffent pas de pouf
fer des arbres infiniment

plusgros, & plus élevés, que
les hommes les plus grands,

& les plus forts. Le grain de
Senevé,

( 25 )

Senevé , dit Jefus - Chrift ;

eft la plus petite de toutes les
femences ; mais lorfqu'il eft
cru, il eft plus grand que tous
les autres légumes , & il de
vient unarbre ; de forte que les
ofeaux du Ciel viennent fe re

poferfurfes branches 1. Il eft
encore vrai que les œufs des
oifeaux font plus gros , &

contiennent plus de blanc,
& de nourriture , à

*

tion, que les œufs des fem
mes. L'on a vû, vers le Cap
de Bonne-Efperance , des

oeufs d'Autruche, fi gros, &
1 Math. 13.32.
Mart. c. 4. 3 1.
Luc. C. I 3. V. 19,
C

-

( 26 )

fi pleins, qu'un feul fuffiroit
pour donner à manger à fept
hommes. La raifon de cette

difference eft facile à trou
ver. Les œufs des oifeaux

renferment , lorfqu'ils font

pondus , non feulement le
.germe d'où fort le petit oi
feau , mais encore le jaune,

qui doit le nourrir, jufqu'à

ce qu'il foit éclos : & c'eft
pour cela que ces œufs ne
groffiffent plus, & qu'ils ont
d'abord leur proportion na
turelle ; ceux des femmes
tout au contraire croiffent

toujours, jufqu'au terme de
la groffeffe. Quinze jours

après la conception, ils font
CQmme

( 27 )
eomme une cerife, dit Ker
:

Kring; aubout d'un mois, ils

:

deviennent, felon le témoi

gnage d'Harvée , de la grof
feur d'un œuf de Faifande ;
vers le troifiéme , fi l'on en
croit Diemerbroeck , ils font

gros comme l'œuf d'une
poule ; enfin , au quatriéme
mois ils furpaffent en grof
feur la pomme de Rambour;
& à la fin des neuf mois,
ces œufs font comme une
moïenne citroüille.L'enfant

qui y eft renfermé, déchire
par fes regimbemens les en
veloppes de fa prifon, de la
même maniere que le pou
let caffe avec fon bec la co
----

C2

quille

( 28 )

quille de l'œuf où il eft ren
fermé.

Il feroit donc inutile , &

fort incommode, que l'œuf
de la femme contint dès le

commencement de la grof
feffe toute la nourriture du

Fœtus, puifqu'il eft couvé
durant neuf mois dans les

flancs de fa mere, & qu'il y
reçoit l'aliment par une
transfufion continuelle , &

non interrompue. Cepen
dant , le peu de fuc nouri
cier que cet œuf contient,
quand il fe détache de l'o

vaire, y eft placé fort à pro
pos, parce que le nombril

de l'embrion ne pouffe pas
:

o

--

--

racine

( 29 )

racine d'abord , & que les
parties fines de cette lym

phe fervent à l'enfler , & à le
nourrir dans ces premiers

jours, où le placenta n'eft
point encore développé, ni
capable de communiquer à

l'enfant les efprits & le fang
de la mere. Voici quelle eft

ma feconde Propofition.
SECONDE PRoPOsITION.

C'eft par ces aufs que les fem
mes conçoivent , & rien en elles

œufs ne contribue à les
rendre fecondes.
Les femmes ne peuvent

que ces

devenir meres fans les œufs

dont on vient de parler, &

l'homme ne peut jamais naî
-

C3

tre

( 3o )

tre , qu'il ne forte de fon
germe, & de fes enveloppes,

comme le poulet fort de
l'œuf où il eft renfermé. Il

n'y a pour tous , dit le Sage *,
qu'une maniere d'entrer dans la

vie , & qu'une maniere

d'en

fortir ; & la premiere de
meure de l'homme , cette

créature fuperbe, qui ofe
partagerl'empire de la Terre
avec Dieu, n'eft qu'une bou
lette groffe comme un pois,

ou comme une petite cerife ;
cerife molle , & facile à

brifer. On en a des expé
riences journalieres , & qui
ne font malheureufement
* Sapient. c. 7. v. 5. & 6.
--

retfement

( 31 )

que trop fréquentes.

,

Mais , comme on fçait

rendre les poules ftériles en
leur retranchant leurs ovai

res, de même on fçait rendre

les femmes pour jamais in
fécondes , en leur ôtant les
leurs. Athenée nous affure

qu'Adramiris Roi des Ly

diens faifoit couper les plus
jolies femmes qui étoient en
fa puiffance , & qu'il s'en
fervoit au lieu d'Eunuques.
Hezychius , & Suidas difent

la même chofe de Gigés ; &
lVVey-

rapporte que Jean

Deheffe ayant trouvé fa fille
en adultere, fut tranfporté
d'une fi furieufe colere con
-

-

C4

tre

( 32 )

tre elle , que fur le champ ,
il lui arracha brutalement la

matrice & les ovaires, com

me il faifoit aux Truyes.Fe
lix Platerus,Anatomifte judi
cieux , & habile Praticien ,

ofe décider fur les expérien
ces qui réüffiffent dans les

bêtes, qu'on peut couper les
femmes; mais ce Docteur ne

paroît point avoir fait affez
de réflexion fur la cruauté &
fur les fuites de cette opération extraordinaire. Un

Chrétien, qui fait profeffion
de fuivre des maximes

plus

parfaites, doitêtre plus crain
tif & plus réfervé dans un
pareil danger, & à la veille
de

-

( 33 )

de commettre un fi grand
crime.

-

Mais, direz-vous , s'il eft

vrai que les femmes ne de
viennent meres que par la
feule fécondité des œufs

qu'elles ont dans leurs ovai
res , d'où leur vient cette

lymphe voluptueufe , qui
reffemble affez bien aublanc

d'un œuf crud ? la

réponfe

eft facile à trouver : cette

lymphe, difent Regnier de
Graaf, & M. Duverney ,
vient de leur proftrates qui

font placées autour de l'ure
thre , comme un trouffeau

de fibres mouvantes, & qui

font entrecoupées de foffet
tcs ,

( 34 )

tes,& de glandes conglome
rées. C'eft ce qu'avoit obfer
vé le Philofophe Hippon, il y

a plus de milleans*maisune
remarque décifive eft celle
du favant Thomas Bartholin ,

quia renouvellé cette décou
verte. Il obferve que les vaif
feaux excrétoires des proftra
tes, en certaines femmes ,
vont fe terminer abfolument

en dehors , par deux canaux
qu'on voit vifiblement , à
droite, & àgauche, aux deux
côtez de l'urethre. Ils ne

s'ouvrent que dans l'émo
tion, à caufe des fphincters
qui les ferment , & cette
* Plutarch. de placitis Philofoph. c. 5.
lymphe
-

( 35 )

lymphe fort prefque auffitôt
qu'elle a fait fentir la dou
ceur de fes flotstiedes, & on

doyans. Elle ne monte ja
mais dans la matrice ; elle

fort toujours en dehors , &

ne fert qu'à affaifonner le lit

nuptial , & le

rendre plus
agréable , & plus attrayant,

& point du tout à la fécon
dité.
Les Medecins Arabes af

fûrent que les Egyptiennes,
particulierement celles qui
font fujettes aux Landies, ont

d'ordinaire ces organes tail
lés de cette maniere , & l'on

trouve plufieurs Européen
nes ainfi conformées; celles
.

C1

( 36 )

ci font ardentes, & fort fé
condes ; mais leurs maris les

trouvent fales, malpropres,
& trop importunes. Des Au

teurs même ont prétendu
que la Sunamite de Salomon

étoit ainfi organifée , & il
femble que ce Roi tendre ,

& paffionné, le fuppofe dans
ces paroles du Cantique des

Cantiques , qui n'eft réelle
ment que fon épithalame ;
Ce qui fort de vous * , ô ma

belle, eft un Paradis plein de
pommes de Grenades,... c'eft


que fe trouve la fontaine des

jardins , & le puits des eaux
vivantes, qui coulent avec im
* Cantic.Cantic. 64. v. 13 , & 15
pétuofité
\

( 37 )

impétuofité du Liban.
- Tout le monde fait qu'il
y a dans la Grenade un bon

nombre de loges qui renfer
ment des grains proprement

rangés les uns contre les au
tres. Ces loges font chacu

ne de belle couleur, & plei
nes d'unjusagréable. De cé.
lébres Anatomiftes ont dé
couvert dans les organes des

femmes, un amas de glan
des entretiffues de fibres fou

ples, & mufculeufes. Ces
glandes ont desvaiffeaux ex

crétoires qui philtrent une
lymphe picquante , & ils
vont aboutir dans deux ré

fervoirs valvuleux. Ces ré
-

fervolrs

( 38 )

fervoirs fe déchargent au
tour de l'urethre, & avec une

figrande émotion , que Sap

p* , fi connue par fes liber
tés avec Phaon, appelloit ce
moment une courte , mais
raviffante fureur. Une chofe

certaine, c'eft que tous les
Médecins conviennent que
la lymphe de ces réfervoirs
n'eft point féconde, & Arif
tote, qui foûtient d'ailleurs
que le fang des regles eft la
fource de la propagation
des hommes, eft abandon

né de tous les fçavans.
- On ne peut, en effet, re
garder ce fang périodique ,
comme fefant partie des éle
-

-

mens

:

( 39 )

mensducorps humain, puif
qu'on fait le contraire.Le pe
tit embryon eft , dans le fein
de fa mere, comme untendre

pacquet de fibres infiniment
infinies,

: Géo

metre a fçavamefit rangées,
& difpofées en mille façons
differentes. On n'en peut
connoître ni le commence

ment , ni la fin , quoiqu'el
les forment par leurs con
tours, & leurs projections,
tous les vifceres, les muf

cles, & les os. Toutes les

parties qui compofent ce pe
tit corps, tirent uniquement

leur origine de l'œuf où il

repofe dans un merveilleux
raCCOurC1 .

( 4o ) .

raccourci, & le fang des re
gles contribue fi peuà fa for
mation organique , qu'on a

vû plufieurs femmes devenir
groffes, fans avoirjamais fçu

ce que c'étoit que regles.
Ce fang, lorfque le corps
de l'embryoneftdeveloppé,
peut contribuer par fes par
ties chyleufes, fubtiles , &

divifées par le placenta , à
le nourrir, & le faire croître ;

mais il ne peut jamais fervir

à le former, & fon corps ,
comme Ariftote l'a judicieu

fement remarqué*, doit être
d'abord, nourri , & augmen

té d'unfuc, qui ait les mêmes
*Ariftot.lib. 2. degener.animal. c.4.
taratieres ,

( 4r-)

caraéteres, & quifoit tout fm
blable àcelui dont il a étéformé »

c'eftà-dire , d'une lymphe
nourriciere, & balfamique ,
& non d'un fang rouge, &
groffier , dit Charleton. La
raifon qu'en donnent Har

vée & Diemerbroeck, c'eft que
- tout ce qui furvient au fœ

tus, lorfque fon corps fe dé
brouille, & fe développe ,
lui eft ajouté pour en aug
menter le volume , & par
conféquent doit être d'une
fubftance parfaitement fem
blable à celle dont il eft

compofé ; c'eft-à-dire , doit
lui être congenere. .
- Ils avoient tiré cette pen
D

fée

( 42 )

fée d'Alcmeon. Le fœtus dans

fes commencemens ne peut
faire aucune coction , difoit

ce Philofophe*;ilfaut donc
que fa nutrition & fon ac

croiffement fe faffent par
l'appofition de la feule ma
tiere feminale dans laquelle

il nage dans les tuniques qui
le renferment.

,

-

Les Stoïciens difoient que

l'embryon fefoit partie de la
mere , & qu'il étoit caché
dans fon germe ; qu'il étoit
durant les premiers jours

comme une éponge, & qu'il
attiroit de toutes parts fon
fuc nourricier ; qu'enfin fes
* Plutarch. de Patit philofcap. 16.
-

* --

bras ,

( 43 )

bras , & fes jambes fe déve

loppoient comme les bou
tons des fruits , & qu'ils
étoient d'abord découfus
commes les pattes d'une tau
pe, ou les bras, & les jam
bes d'une grenouille.
- Les fibres du corps de
l'enfant , quelles qu'elles

foient, dit M. Baglivi, font,
ou membraneufes, ou char
nues. Les membraneufes ti

rent toute leur origine du
cerveau , & de la dure & de

la pie-meres, dont elles font
des prolongemens ; les char
nues viennent toutes desten

dons , comme les tendons

viennent des os. Les premie
D2

res

( 44 )

res s'ébranlent avec le cer

veau , ce qu'on apperçoit
fenfiblement dans la tête des

enfans nouveau-nés, & des

perfonnes qu'on trépane ;
les fecondes ont le même

battement que le cœur, mais
toutes ont pris leur origine
dans l'œuf , où elles font
formées, & nulle ne vient

du fang, comme on le difoit
autrefois.

Mais àucun Auteur , que

je fache, ne s'exprime plus
nettement fur ce fujet que
M. Frederic Hoffmann dans

fa Médecine Rafonnée , dont
, M. Bruhier,Docteur en Mé
decine, nous a donné une
-

élégante

ry /r

( 45 )

-

élégante traduction. Ilypar
le de cette forte : la génération
n'eft qu'une efpece de nutrition ,

e

d'accroiffement , qui au

moyen dufucnourricier, étend
un petit corps organfé contenu

danslafemence. L'œuf, ajoute
ce favant homme , devenu

fécond, gonflé, & rarefié par
l'entrée de la femence, commen
ce à recevoir à traversfes pores

lymphe fubtile qui fert à fa
nourriture , jufqu'à ce que fa
1/7/6

membrane externe devienne con

" tinue aux pores de l'uterus, ou
fe colle àfa membrane interne.
Cet Auteur célébre ne fait

aucune mention du fangma
ternel ; & comment contri
bueroit

, ( 46 )

bueroit-il à la formation du
fœtus , puifqu'alors les tuni

ques de l'œuf ne font point
encore attachées à l'uterus,

& qu'aucun vaiffeau fanguin
ne communique avec elles ?

L'æufde la femme, dit encore

cet illuftre Auteur, a befoin
d'être mis en mouvement , e3

d'être fecondé, pour que la cha
leur douce, & l'aliment conve
nable que lui apportent les vaif

feaux de l'uterus le puffe nour
rir, & faire croître. Ce fuc
nourricier , benin , & gelati
neux de la mere, quife philtre à

travers la fubftance fpongieufe
de l'uterus , où il eft reçu par
l'arrierefaix, dontlesvaiffeaux
le

( 47 )

le portentjufqu'aufetus ; ce fuc
mourricier , & chyleux , eft
pompédespores des vaiffeaux de
la matrice , au moyen d'une
membrane veloutée très-mince ,

qui eft contigue au chorion ; &
des filets de cette membrane ve- .

loutée , il paffè dans la veine
ombilicale, qui le porte avec le
fangaufoie fetus. Cette vei
ne ombilicale fe termine dans le

finus de la veine porte, où ellefe
décharge du fang & du fuc

nourricier, qui,fans paffer par
le foie, & les ramificationsde la
veine porte, eft directement con
duit par un canal cilindrique ,
deffiné par M. Heifter , à la
veine cave , & delà au cœur.
C'cft

'( 48 )

C'eft de cet endroit que le

fang brifé,&affiné, s'infinue
dans toutes les parties de ce
tendre corps, y coule, & les

revêt d'une couleur plus ou
moins vermeille, & plus ou
moins vive, felon fes diffe

rentes projections, quoiqu'il
n'ait en rien contribué à leur

formation ; mais feulement

à leur parfait achevement.
Nous pourrions produire
une infinité d'autres témoi

gnages , qui feroient très
concluans; mais ceux-ci doi

vent fuffire. Nous ajoute

rons feulement que M. Na

both Profeffeur à Leipfic ,
prétend avoir découvert de
-

puis


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