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Éditorial

Frontières inanimées,
avez-vous donc une âme ?

V

Pascal Gauchon

 Tout se passe
❝comme
si les

territoires
avaient conservé
le souvenir des
temps anciens et
des populations
qui les ont habités
autrefois  



ne représente plus que 0,3 % de la
population du pays ; les Turcs ne sont
que 0,2 % et même les Hongrois ne
dépassent pas les 7 % – ils ne sont majoritaires qu’au nord et à l’est de Brasov.

Iasi

Cluj

MOLDAVIE

TRANSYLVANIE

Brasov

Sibiu

JA

Timisoara

ROU
D

BANAT

VALACHIE

Bucarest
La Roumanie
en 1862

L’immense majorité des habitants sont
des Roumains orthodoxes, y compris
dans les territoires qui relevaient de
l’Autriche-Hongrie.
Le vote des minorités ne suffit donc
pas à expliquer le résultat final puisque
ces minorités n’existent presque plus.
Tout se passe comme si les territoires
avaient conservé le souvenir des temps
anciens et des populations qui les
ont habités autrefois. Le phénomène
est moins magique qu’il semble : il
existe des endroits faits pour conserver la mémoire des hommes, comme
Yves Lacoste nous le rappelle, ce sont
les cimetières (page 59). Avec eux, de
façon plus prosaïque, des montagnes et
des fleuves, des activités et des modes
de vie, des coutumes et des légendes.
Et des représentations, une façon de se
voir dans le monde qui dépend aussi du
lieu que l’on habite et des paysages que
l’on contemple.
Il n’existe pas plus de frontière morte
que de volcan définitivement éteint. La
lave de l’histoire s’agite dans les profondeurs et peut ressurgir au moindre
accident. C’est le rôle de Conflits que
de vous alerter sur cette tectonique de
la géopolitique. w

DOB

oici encore un éditorial sous
forme de cartes. Il est vrai que le
dossier de ce numéro est consacré aux frontières sans lesquelles il n’est
ni territoire ni carte.
Nous vous parlerons des frontières
naturelles, économiques, juridiques,
linguistiques, culturelles, des frontières
chaudes, froides ou même gelées… Ce
que nous n’avons pas rencontré, ce sont
des frontières mortes. La limite entre
Europe de l’Est et de l’Ouest s’est déplacée selon qu’elle séparait pays orthodoxes et catholiques, germains et slaves,
communistes et libéraux, elle a joué et
rejoué comme une ligne de faille, mais
elle n’a jamais totalement disparu (voir
page 56).
L’Europe orientale est-elle le musée
des frontières oubliées ? Les élections
présidentielles roumaines de novembre
2014 pourraient le faire croire. Tous les
sondages sauf un annonçaient la victoire facile du président sortant, le
social-démocrate Ponta. Il fut battu
par le libéral Klaus Iohannis. Là n’est
pas la surprise. Les instituts de sondage
locaux ont l’efficacité d’une boussole
qui indique avec constance le Sud – on
l’a vu encore en janvier dernier lors des
élections croates.
Regardez plutôt la carte du second
tour. Victor Ponta l’emporte dans les
anciennes provinces de Moldavie et de
Valachie qui ont formé le royaume de
Roumanie au xixe siècle, à l’exception
de Bucarest où il était arrivé en tête au
premier tour. Klaus Iohannis s’impose
en Transylvanie qui faisait partie de
l’Autriche-Hongrie jusqu’en 1918, dans
la Dobroudja acquise sur les Ottomans
en 1878 ainsi que parmi les membres
de la diaspora.
Klaus Iohannis est issu de la minorité allemande de Transylvanie. Mais
cette minorité, autrefois importante,

Constanta

Acquisitions ultérieures
conservées après 1945

Klaus
Iohannis 50-60 % 60-70 % >70 %

Victor
Ponta 50-60 % 60-70 %

CONFLITS 5