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ACTUALITÉ

ChRONOLOGIE
janvier-février 2014
La chronologie est rédigée par Hadrien Desuin,
Pascal Gauchon et Jean-Baptiste Noé.

Obama et Cuba
Le pari de la normalisation

1er décembre. Moldavie

Lors des élections législatives, les partis
pro-européens emportent la majorité des
sièges ce qui permet aux médias de parler
de leur victoire alors qu’ils n’ont obtenu que
45 % des voix. Par ailleurs, la Transnistrie et la
Gagaouzie prorusses n’ont pas participé au
scrutin. Une situation bloquée qui n’est pas
sans rappeler celle de l’Ukraine.

1er décembre. Russie

En visite à Ankara avec laquelle il veut
renforcer ses liens, le président Vladimir
Poutine renonce à la construction du
gazoduc South Stream qui devait passer
sous la mer Noire et approvisionner l’Europe.
L’investissement devenait moins rentable en
période de baisse des prix de l’énergie.

1er décembre. Espace

L’Agence spatiale européenne (ESA)
concurrencé par Space X, cherche à relancer
sa compétitivité. Le programme Ariane 6
est décidé ; il devrait accroître les capacités
d’emport de la fusée européenne.

6 décembre. Russie

De retour du Kazakhstan, François Hollande
s’arrête à Moscou pour rencontrer Vladimir
Poutine. La diplomatie française s’efforce de
faire retomber la tension entre les deux pays.

9 décembre. États-Unis

Le Sénat publie un rapport de 500 pages
sur l’usage de la torture par la CIA pendant
les années 2000. Le monde s’indigne
tardivement, alors qu’il s’agissait d’un secret
de polichinelle.

11 décembre. Inde

Le président Poutine rend visite au Premier
ministre indien Modi. La coopération dans le
nucléaire et l’armement sera renforcée.

14 décembre. Japon

Le Premier ministre Shinzo Abe remporte
nettement les élections législatives qu’il avait
provoquées. Avec son allié, le parti Nouveau
Komeito, il conserve les deux tiers des sièges
à la chambre basse ce qui lui laisse les mains
libres. Mais l’abstention dépasse les 47 %, ce
qui montre une certaine lassitude de l’opinion.

14 décembre. Turquie

27 journalistes accusés d’atteinte à la
sûreté de l’État sont arrêtés. L’opposition parle
d’un « coup d’État légal ».

6 CONFLITS

Frédéric Munier
Agrégé d’histoire, enseignant en
géopolitique en classes préparatoires
ECS au lycée Saint-Louis, Paris

A

«

ujourd’hui, les États-Unis
d’Amérique ont décidé de
changer la nature de leurs
relations avec le peuple de Cuba. Ce
changement est le plus important depuis
50 ans dans notre politique. Nous en finirons avec une approche dépassée qui a,
pendant des décennies, échoué à faire
valoir nos intérêts. À la place, nous commencerons à normaliser les relations
entre les deux pays. » Voilà comment,
le 17 décembre dernier, le président
Obama a annoncé au peuple américain que son pays allait modifier radicalement une politique qui datait de la
guerre froide.
L’embargo américain remontait à 1962 ;
punitif, il répondait à des nationalisations
d’entreprises américaines décrétées par
le jeune État castriste. Concrètement, le
président américain a demandé au Secrétaire d’État Kerry de rétablir des relations
diplomatiques entre les deux pays. Surtout, les États-Unis vont encourager les
liens commerciaux en direction de Cuba
mais aussi les flux d’informations et les
envois de fonds.
Les motivations du président américain sont multiples.
D’abord il met fin à une forme d’anomalie historique : en 1996 déjà, la CIA
considérait que Cuba n’était plus une
menace. En 2009, lors d’un sommet de
l’OEA (Organisation des États américains), les pays latino-américains avaient
demandé unanimement la levée des
sanctions pesant sur l’île ainsi que sa
réintégration dans une association d’où
elle avait été exclue en 1962.
Pour commenter sa décision, Obama
évoque « la liberté et l’ouverture » (freedom and openess). Il reconnaît l’échec
d’un embargo qui était destiné à faire
tomber Castro, mais il maintient le but

Un régime aux abois ?

de voir évoluer le régime dans le sens des
intérêts américains par d’autres voies. Ce
changement de stratégie témoigne de ce
que Suzanne Nossel a nommé le « smart
power » : l’articulation intelligente du
« soft » et du « hard power ». Pour Barack
Obama, le véritable ennemi est l’État islamique contre lequel il lutte militairement,
voire la Russie contre laquelle, à l’inverse,
il renforce les sanctions. Vis-à-vis de
Cuba, il table désormais sur la diffusion,
à long terme, des valeurs américaines ; la
circulation des idées, le tourisme, l’ouverture de l’île aux capitaux étrangers
devraient avoir plus d’effet qu’un embargo dont les premières victimes étaient les
Cubains eux-mêmes qui désormais pourraient bien voir dans les États-Unis un
libérateur plus qu’un oppresseur.
Enfin, Obama s’adresse aux électeurs
américains originaires de Cuba. Les plus
jeunes souhaiteraient pouvoir découvrir la terre de leurs parents. Et si beaucoup parmi les plus anciens estiment
que la décision d’Obama est une trahison, ils souhaiteraient pouvoir prendre
leur retraite sur l’île. Le pari d’Obama
est que le soft power agira là où le hard
power a échoué. w