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géopo-tourisme

mixtes (Lower East Side, Astoria, Flatbush, Williamsburg).
La ville est en recomposition permanente. Avec Chicago, New York a été la
première ville à gratte-ciel. À cause du
coût du terrain à Manhattan, on a détruit
constamment pour reconstruire en hauteur, si bien que le profil de la ville changeait à chaque génération. Édifiées sur
l’emplacement de « Little Syria », quartier
arabe chrétien de la fin du xixe, les tours
jumelles du World Trade Center, achevées en 1973, étaient destinées à devenir le symbole visible de la ville avant
d’être détruites par les attaques du 11
septembre 2001. Aujourd’hui, ce rôle est
tenu à nouveau par le Chrysler Building
et l’Empire State Building qui datent de
1930 et 1931. Mais les villes à gratte-ciel
ne sont plus une rareté dans le monde
et plusieurs dépassent le nouveau One
World Trade Center construit sur l’emplacement des anciennes Twin Towers et
achevé en 2014. La gare de Pennsylvanie
a été démolie en 1965 en dépit des protestations. Le quartier du port de South
Street a été transformé en attraction touristique sans mémoire des lieux.
Plus que dans l’architecture, à part les
édifices religieux qui ont subsisté (dans
les années 1980, il y avait une boîte de nuit
dans une ancienne église, aujourd’hui
occupée par des commerces de vêtements
et d’alimentation), c’est dans les lieux de
mémoire (monuments, musées) que l’on
retrouve des traces du passé new-yorkais.

La skyline de Manhattan brille la nuit de
toutes les couleurs. La ville du futur ?

Ils commémorent l’indépendance américaine (Federal Hall où Washington a été
élu président en 1789), la guerre civile du
point de vue nordiste (le monument de
Grant à Manhattan, Grand Army Plaza
à Brooklyn), les ethnies immigrées (tout
quartier ethnique a ses fêtes, ses lieux de
culte, son centre culturel, son mémorial,
son musée, son jour de l’indépendance
ou de la constitution). Il y a des statues
de Jeanne d’Arc (1915) et de Golda Meir
(1984), de Garibaldi (1888), de Gandhi
(1986) et de Martin Luther King (1970),
de Moïse, Socrate, Aristote et Confucius,
et cinq de Christophe Colomb (la première en 1892, la dernière en 1941). Plus
récemment, ils commémorent aussi différentes catégories de victimes, en particulier de la colonisation, de l’esclavage et
de l’Holocauste. Le site du World Trade
Center est devenu en 2014 un parc commémoratif, assorti d’un musée, au-dessus du charnier des 1 115 victimes non
identifiées.

Little Italy en 1900. Il ne reste plus que quelques centaines d’habitants d’origine italienne dans le quartier
qui a été absorbé par Chinatown.

82 CONFLITS

Le salut par la finance ?
New York a connu son grand siècle au
xxe siècle. Elle n’est plus aujourd’hui « la
plus grande ville et le centre de l’univers ».
Sa métropole est au 8e rang mondial. Elle
est tournée vers l’Europe et les Amériques
à l’heure de l’orientation vers l’Asie-Pacifique. Les villes d’Asie et du ProcheOrient la concurrencent par le nombre
d’habitants, par la verticalité vertigineuse,
ou par l’attraction touristique, et la Californie par le pouvoir culturel et l’innovation technologique. Elle n’est plus une
métropole industrielle, ni le premier port
de la planète (elle reste le premier port
américain de la côte est), ni le premier
aéroport, ni l’arsenal du monde qu’elle
fut pendant la Seconde Guerre mondiale
pour les navires de guerre (la base militaire de Governors Island a été transformée en Parc national en 2003).
Il reste à New York la richesse de ses
élites (70 des 400 plus grandes fortunes
du pays, dont l’ancien maire Bloomberg),
une fonction commerciale, une influence
culturelle et médiatique, le tourisme, le
divertissement, la mode et l’art moderne.
Il lui reste surtout le pouvoir financier
(la bourse de Wall Street depuis 1817, la
branche principale de la Banque fédérale
depuis 1914). Et un dynamisme fondé sur
l’espoir de la promotion et de l’enrichissement individuels de tout être humain
quelle que soit son origine.
Elle n’a pas d’équivalent au plan
mondial, parce qu’elle est à la fois une
ville d’immigration multiethnique
(aujourd’hui planétaire) continue depuis
ses origines, une ville à population sans
cesse renouvelée sans ethnie majoritaire,
une très grande ville dénuée de fonction
politique nationale, et qu’elle continue
de fasciner le monde. De ce fait, elle est,
non pas un modèle de ville-monde, mais
simplement la ville-monde. w