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Allergies poils chats .pdf



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L’ALLERGIE

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AUX POILS DE CHATS
L’allergie au chat est une maladie fréquente chez l’homme, difficile à
traiter et dont la prévention la plus efficace est l’éviction des allergènes,
donc la suppression des contacts avec les félins. Elle se manifeste par des
signes cliniques de gravité variable, pas forcément avec le premier chat.

6 I SUPPLÉMENT ASV I N° 103 I OCTOBRE 2016

Par Élodie Goffart
Docteur vétérinaire, praticienne
dans l’Essonne.

Q

u’elle concerne le praticien, l’auxiliaire
ou un client, le problème de l’allergie au
chat est souvent soulevé dans les cliniques vétérinaires. Véritable maladie
professionnelle dramatique pour le personnel soignant, elle se révèle problématique quand elle touche un client et
que la question de l’abandon de l’animal est posée. Environ 25 % de la population française serait concernée par l’allergie aux
chats, de manière plus ou moins grave, loin devant
celle aux chiens ou aux chevaux.

Une réaction au deuxième contact
Pour développer une allergie, le sujet doit avoir été
exposé au moins deux fois à la substance ou particule en cause (l’allergène). Au cours de la première
exposition, il se sensibilise à l’allergène. Pendant
cette phase, il ne présente aucun symptôme. Mais
son organisme fabrique des anticorps de type immunoglobuline E (IgE) qui vont se fixer sur les mastocytes (famille de cellules appartenant aux globules
blancs) et rester en attente jusqu’au prochain
contact avec l’allergène.
Au deuxième contact avec le même allergène, le
sujet allergique manifeste des symptômes qui font
suite à la dégranulation des mastocytes et à la libération d’histamine (médiateur chimique dans la réponse allergique). Un même allergène peut entraîner
des symptômes différents chez deux individus, mais
également lors de deux épisodes chez une même
personne.

Des chats plus allergisants que d’autres
Contrairement à l’idée reçue, l’allergie dite “au chat”
n’est pas une allergie à ses poils ! Ce sont des protéines sécrétées par les glandes salivaires et sudoripares de l’animal qui sont responsables de la réaction d’hypersensibilité (dite de type I ou immédiate).
Huit glycoprotéines ont été identifiées. Celle qui présente le potentiel allergisant le plus élevé est appelée
Fel d1.
Tous les chats ne présentent pas le même taux d’allergène, qui serait produite en quantité plus importante par les mâles que par les femelles. Certaines
personnes pourront donc avoir eu un chat pendant
longtemps sans manifester de troubles majeurs,
mais en présenter, à leur grande surprise, lors de
l’accueil à la maison d’un nouveau chat, en plus ou
après le décès du premier.

De la conjonctivite au choc anaphylactique
Les organes cibles de la réaction allergique sont
essentiellement le système respiratoire (nez, poumons), les yeux et, dans une moindre mesure, la
peau, ce qui explique les principaux symptômes rencontrés dans l’allergie aux chats : conjonctivite, rhinite, asthme, urticaire, etc.
La conjonctivite allergique est une inflammation de
la conjonctive de l’œil. Elle peut être la seule mani-

festation de l’allergie ou s’accompagner d’autres
symptômes comme la rhinite allergique. Les signes
les plus courants sont un œil rouge, un épiphora
(écoulement oculaire), un œdème conjonctival et un
prurit au niveau des paupières.
La rhinite allergique est une inflammation de la muqueuse nasale. Lorsque l’allergène entre en contact
avec les muqueuses du nez et des voies respiratoires,
le système immunitaire déclenche une réaction inflammatoire, une vasodilatation et l’augmentation
des sécrétions qui vont conduire à l’apparition des
symptômes de la rhinite allergique : éternuements,
obstruction (impression de “nez bouché”) et écoulement nasaux, démangeaisons.
L’asthme est une affection respiratoire chronique
caractérisée par une bronchoconstriction. Il entraîne,
chez le sujet atteint, des difficultés à respirer. Il se
crée une inflammation chronique, ainsi qu’une hyperréactivité des voies respiratoires. Les principaux
symptômes sont des sifflements, un essoufflement,
une sensation d’oppression thoracique et de la toux.
L’urticaire désigne une réaction inflammatoire de la
peau qui se manifeste par des plaques rouges et du
prurit, souvent intense. Les lésions cutanées ressemblent à des piqûres d’ortie, d’où le nom d’urticaire.
Il est tout à fait possible qu’une allergie au chat se
manifeste par plusieurs symptômes en même
temps : rhinite + conjonctivite + asthme + urticaire !
Dans les cas graves, l’allergie peut entraîner un choc
anaphylactique. L’individu atteint présente une chute
de la pression artérielle et une accélération du
rythme cardiaque, qui peut aller jusqu’au décès par
arrêt circulatoire ou asphyxie à la suite d’un spasme
bronchique. Le choc anaphylactique se traduit par
une perte de connaissance pouvant évoluer en coma.
Les symptômes de cette forte réaction allergique
sont des signes cutanés (urticaire, prurit, œdème du
visage, des yeux, des lèvres), respiratoires (toux, dyspnée), digestifs (douleurs abdominales, nausées, vomissements, diarrhée) et généraux (malaise, fatigue
intense, sueurs, pâleur, sensation d’oppression ou
d’angoisse, frissons).

Diagnostic médical
La suspicion d’allergie au chat est émise en fonction
des symptômes décrits et de la proximité d’un félin
dans l’environnement. Néanmoins, un diagnostic de

N° 103 I OCTOBRE 2016 I SUPPLÉMENT ASV I 7

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Chat nu, le sphinx est une race naturellement
hypoallergénique.

certitude doit être établi. Deux techniques sont possibles : le dosage d’IgE ou le diagnostic par tests cutanés.
La réalisation de tests cutanés est simple grâce aux
extraits allergéniques commercialisés en
France. L’allergologue dépose sur la peau
du patient une goutte d’allergène et lit
le résultat 15 minutes plus tard. Si la personne est allergique, une rougeur et/ou
un œdème sont présents. La mesure de l’induration
et de la papule permet de quantifier l’allergie au chat
de 1 (faible) à 5 (importante). Réaliser le dosage des
IgE sériques spécifiques est primordial pour confirmer la positivité des tests cutanés. Une forte positivité est le plus souvent corrélée avec l’importance
des signes cliniques.

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La rhinite allergique, associant nez qui coule,
éternuements et démangeaisons, est l’une des
manifestations cliniques de l’allergie aux chats.

Réduire l’exposition au risque

8 I SUPPLÉMENT ASV I N° 103 I OCTOBRE 2016

© EWASTUDIO - ISTOCK

Traitement au long cours
La grande majorité (environ 80 %) des personnes à
qui le médecin diagnostique une allergie au chat refusent de se séparer de leur animal. Il est donc nécessaire pour eux d’instaurer un traitement efficace.
Ce dernier comprend généralement l’administration
d’antihistaminiques locaux (sprays nasaux) ou par
voie générale (comprimés) et/ou de corticoïdes locaux (pommade ophtalmique, spray nasal), inhalés
ou en comprimés. Cette thérapeutique est suivie au
long cours, car l’allergie ne diminue malheureusement pas avec le temps.
Cependant, ces traitements ne sont pas sans effets
secondaires à court et surtout à long terme : somnolence pouvant être préjudiciable pour les conducteurs, fragilisation de la muqueuse nasale, épistaxis,
etc. Le médecin conseille donc généralement l’éviction de l’allergène, c’est-à-dire de se débarrasser du
chat !

Il existe une autre forme de traitement : la désensibilisation. Mais cette méthode fait l’objet de controverses. Son efficacité est discutée et son coût comme
son caractère contraignant la rendent complexe. La
désensibilisation repose sur une immunothérapie
spécifique, qui vise à induire un état de tolérance de
l’organisme vis-à-vis de l’allergène en le soumettant
à des doses croissantes de celui-ci. Le traitement
peut se faire par injections sous-cutanées, réalisées
par une infirmière ou un médecin, ou par voie sublinguale par le patient lui-même (comprimés ou
gouttes à mettre sous la langue). Le traitement doit
être suivi pendant de nombreuses années, 3 à 5 ans
en moyenne, sans garantie d’efficacité. En outre, la
désensibilisation n’est pas indiquée chez les personnes polysensibilisées (c’est-à-dire allergiques à
plus de trois allergènes), chez les patients atteints
de troubles de l’immunité (cancer, maladie auto-immune, etc.) et chez les personnes traitées par certains
médicaments comme les β-bloquants.

Il est possible de mettre en place des mesures de
prophylaxie pour éviter les symptômes de l’allergie
au chat, en réduisant l’exposition aux allergènes.
Ainsi, l’accès de l’animal à la chambre de la personne
allergique, que ce soit en sa présence ou en son absence, doit être prohibé ! Le ménage doit y être fait
régulièrement avec un aspirateur à sac et un filtre
efficace contre les particules allergéniques (par
exemple, un filtre HEPA, acronyme pour High efficiency particulate air). Il est nécessaire d’aérer quotidiennement la chambre. Attention, enfin, à ne pas
y ramener de vêtements plein de poils !
Certaines autres mesures, telles que la mise en place
d’un humidificateur d’air, la castration du chat, un
lavage et un shampouinage régulier de son pelage,
n’ont pas prouvé leur efficacité. C’est pourquoi tous
les allergologues ne les proposent pas. Il reste possible de les conseiller, car tout ce qui contribue à
faire baisser le taux d’allergènes dans la maison est intéressant. Les tapis et moquettes
sont proscrits : ils retiennent les poils et
les allergènes. Un brossage quotidien du
chat est recommandé – à faire à l’extérieur du domicile, si possible ! – afin
d’éliminer les poils morts. Les vêtements doivent être brossés avec un rouleau adhésif qui
retient les poils.

Des races hypoallergéniques
Une fois l’origine de l’allergie au chat identifiée, il a
été tenté d’y remédier. Pour cela, deux stratégies sont
suivies : trouver des races sécrétant le moins possible
de protéine Fel d1, ou modifier le génome félin afin
qu’il ne produise plus du tout d’allergène.
Il est démontré que le sibérien sécrète peu de protéines dans la salive. Cependant, il est inexact de
prétendre cette race anallergique ! Elle est au mieux
hypoallergénique. En effet, la quantité de Fel d1 présente dans la salive de ces chats dépend des individus. Il est estimé que seuls 50 % d’entre eux présentent un taux faible, et moins de 15 % un taux
compatible avec une cohabitation avec une personne
allergique. De plus, il existe d’autres allergènes auxquels certains patients sont malheureusement sensibles également. Régler le problème de la protéine
Fel d1 ne suffira pas à résoudre celui de leurs réactions allergiques aux chats.
Le cornish rex, le devon rex, le balinais et le korat,
eux, sécrètent peu de protéine Fel d1 et possèdent
peu de sous-poil. En outre, celui-ci ne tombe pas ; il

Pour le personnel
vétérinaire, une
allergie au chat
signifie une
réorientation
professionnelle, en
raison de la proximité
permanente avec les
allergènes.

Sélection ou modification génétique
La société américaine Lifestyle Pets (Allerca) commercialise depuis 2006 des animaux (chiens et chats) dits
« 100 % hypoallergéniques », « de manière scientifiquement prouvée », à un prix variant entre 6 950 et
26 950 $ (24 000 €). Pour les obtenir, l’entreprise a recherché des mutations naturelles mais rares dans le
gène codant pour Fel d1. Elle a ensuite sélectionné
les individus mutés puis, de la même façon que sont
créées de nouvelles races sur des critères esthétiques,
a fait se reproduire des lignées de chats produisant
une version modifiée de la protéine Fel d1. Cependant,
en raison d’un risque d’allergie possible vis-à-vis d’allergènes mineurs, l’efficacité de ces animaux n’est
pas absolue. Ils sont vendus stérilisés, « échangeables
ou remboursables » et « garantis pendant un an ».
Une autre piste de recherche a pour but de produire
un chat génétiquement modifié qui ne sécrète plus
du tout de protéine Fel d1. Elle n’a pas encore abouti,
et le délai sera probablement long avant que de tels
animaux soient proposés à l’achat, à un tarif certainement très élevé. Par ailleurs, cette stratégie conduit
à la mise au point d’animaux hypoallergéniques
pour un seul allergène, ce qui les rend inefficaces
pour le grand nombre de patients sensibles à
plusieurs allergènes. Un autre inconvénient est la
mauvaise image de la modification génétique dans
l’opinion publique. Au vu de l’accueil que le consommateur réserve au maïs transgénique, qu’en sera-til du chat transgénique ? •

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Il est important de changer la litière tous les jours.
Ces mesures sont applicables en cas d’allergie peu
grave chez des particuliers. Bien entendu, il n’est pas
possible pour un vétérinaire ou un ASV de les appliquer dans le cadre de leur travail. Une allergie sévère
pourra donc amener la médecine du travail à déclarer la personne inapte à son poste pour raisons de
santé. Et l’employeur sera alors contraint de la licencier pour inaptitude. Cette exclusion d’un métier
choisi et aimé est généralement vécue comme une
catastrophe. Les personnes concernées par ces allergies peuvent être désespérées par la situation,
n’ayant « rien envie de faire d’autre ». Cependant,
l’obstination peut mettre en danger jusqu’à leur vie,
et elles n’ont guère d’autre choix que de changer
d’orientation professionnelle. L’allergie au chat est
relativement fréquente chez les vétérinaires et les
ASV, en lien avec une exposition prolongée aux allergènes dans le cadre du travail, comme chez les
fleuristes l’allergie au pollen, chez les coiffeurs celle
aux produits de coiffage et chez les professeurs les
réactions à l’encre ou à la craie.

est donc moins sujet à la dispersion de la protéine
allergisante.
Le sphinx est un chat nu, sans poils. Il produit peu
de protéine et, de plus, se toilette peu, ce qui en fait
un chat relativement adapté aux personnes allergiques.
Mais si la question de la race est posée à l’équipe vétérinaire, il est nécessaire d’expliquer que la possession d’un chat quel qu’il soit est déconseillée aux
personnes allergiques. La publicité autour des races
dites hypoallergéniques les incite à tenter d’adopter
un chat quand même. Or, l’allergie peut s’aggraver
au contact quotidien de l’animal, dont l’avenir dans
la famille deviendra alors problématique. Éventuellement, avant d’adopter le chat, il peut être suggéré
de rechercher une solution alternative (donner l’animal à des amis) si le garder se révèle impossible.

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