Claude Bugeon 45 ans de Poésie.pdf


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délice et l'originale composition spirituelle de leurs enfants, et les enfants
pareillement vis-à-vis de leurs parents ; les musées ne sont souvent que de
pathétiques culs-de-sac.
La poétique c'est l'être en train de se lire dans les manifestations
étagées, superposées en transparence, d'un univers archi-refait parce qu'il
cherche la cohérence. Quand elle est écrite, ma poésie n'est donc qu'un
fragment de mes centres d'intérêt qui, cependant, y sont suggérés, et que
représentent, toujours trans-catégoriels, la philosophie, la métaphysique, le
symbolisme, les sciences et l'Art. Il faudrait parler ici de naturalisme
ontologique, botanique, géologique, préhistorique, ethnologique, sociologique,
urbanistique, etc. Comme Parménide j'écris ( je peins ) mon De la Nature à moi.
Je n'écris pas pour d'abord être lu par quiconque, mais pour me lire, lire
l'inconnu que je suis, être lu paradoxalement par l'inconnu que je suis ; pas de
forfanterie, les mots suivront leurs cours, comme la flèche de Zénon. J'écris
pour moi, ce moi en devenir et qui n'existe donc pas vraiment ; derrière moi, je
laisse accessoirement pour un iota, pour un lecteur assiégé dans les archives
d'un Leningrad de l'an 10 000. Je suis peut-être un lumignon posé la nuit au
chevet de qui ne veut pas renoncer à veiller, ou de celui d'un malade.

J'ai préféré présenter moi-même succinctement ces fragments de 45
années de "transpoésie" parce qu'il est certain que je suis, à ce jour, le seul vrai
"connaisseur" de mon aventure poétique ( et autre ), étant donné que personne
ne s'y est penché dans le détail et l'étude. Quoi qu'il en soit, je sais au moins
d'où viennent ces textes, ils ne m'ont pas été inspirés, en règle générale quand
j'écris je suis sans inspiration, et c'est de cette carence que l'œuvre littéraire tire
son profit : l'absence. Je suis un laborieux, une page est tellement suée dès sa
première forme ( à part quelques fulgurances d'origine métaphysique ) que je
ne peux pas parler de "premier jet". Puis elle est réécrite et réécrite, à tel point
que je suis obligé d'en faire des états successifs pour parvenir à me relire. Mon
"travail" consiste à lisser les avatars de cette entreprise hypnotique de
construction, histoire de « faire croire » que tout cela coule de source. Je ne
conserve pas mes brouillons, on ne pourra pas fouiller les archétypes, il est
imaginaire d'espérer trouver dans briques et ciment le pourquoi de la maison,
l'homme est son propre artefact. C'est le côtoiement intime de l'auteur qui peut
seul fournir la pierre de Rosette. L'équarrissage ne serait autrement qu'une
vaine chimère de déconstructions, l'équarrissage sans l'auteur ne serait que la
création morbide d'un anatomiste aux velléités d'artiste. Mais, pour être
honnête ( si c'est possible ), j'avouerai qu'une œuvre, et qu'un Œuvre, ne sont