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Chat

CAS CLINIQUE

Rechercher les Malassezia
Chez le Chat aussi
Les levures Malassezia sont considérées comme des composants normaux de la flore cutanée de nombreux animaux,
notamment mais non exclusivement chez les mammifères. Plusieurs espèces de Malassezia sont décrites, distinguées
par leurs caractéristiques microscopiques, leurs capacités de pousse et d’assimilation de différents substrats et par
typage génétique. Chez les carnivores domestiques, Malassezia pachydermatis, seule espèce de Malassezia lipophile
mais non lipodépendante, est le plus souvent mise en cause en cas de dermatite ou d’otite.

Chez le Chat, les dermatites à Malassezia sont considérées comme relativement rares, notamment en comparaison du chien. Dans l’espèce féline, il semble par ailleurs
que des infections dues à des espèces autres que Malassezia pachydermatis soient toutefois régulièrement rapportées et méritent d’être recherchées en présence d’une
dermatose érythémateuse avec état kératoséborrhéique
gras, comme illustré par ce cas clinique.

Emmanuel Bensignor
Docteur vétérinaire
Spécialiste en dermatologie
Ancien Professeur
de dermatologie ENVA
Dip. ECVD
DESV Dermatologie
Service de dermatologie
Rennes Cesson (35)
Paris (75)
Nantes (44)
Marseille (13)

Un chat européen, femelle stérilisée âgée de 4 ans, est présenté à la consultation pour un prurit évoluant depuis
plusieurs mois. Les lésions ont débuté initialement sur
la face ventrale du cou et en région périanale. L’animal est
régulièrement vacciné. Il vit dans une maison avec libre
accès à l’extérieur, sans congénère. Son alimentation est
variée (croquettes et boîtes). Le traitement antiparasitaire,
initialement une pipette appliquée « tous les mois entre
le printemps et l’automne », a été récemment recadré
par le vétérinaire traitant avant le référé : application
d’un spray contenant du fipronil, toutes les 3 semaines
(6 pressions par kilogramme, comme recommandé par
le fabricant). Divers traitements ont été précédemment mis
en œuvre : injections de corticoïdes (soulagement passager mais rechutes rapides et systématiques), antibiothérapie (sans résultat), administration d’acides gras essentiels (sans résultat). Une culture fongique a été réalisée sur
milieu DTM et n’a pas mis en évidence de dermatophyte.
L’animal a alors été référé.

Examen clinique
L’examen clinique général est normal. L’examen dermatologique montre des lésions cutanées généralisées,
surtout marquées sur la surface ventrale du corps. Il
s’agit d’un état kératoséborrhéique gras avec érythème.
Des excoriations sont également notées. Une hypotrichose, probablement secondaire au léchage, est associée
(photo 1).

Hypothèses diagnostiques
Les hypothèses diagnostiques regroupent une ectoparasitose (démodécie, cheyletiellose), une dermatite
infectieuse (syndrome de prolifération bactérienne ou
dermatite à Malassezia), ces deux dernières hypothèses

1

© E. Bensignor

Anamnèse

Aspect de la zone périanale: alopécie, érythème, séborrhée et excoriations.

pouvant être secondaires à une dermatite allergique
(DAPP peu probable du fait du traitement adéquat contre
les puces, allergie alimentaire, dermatite atopique
féline).

Examens complémentaires
Les raclages ne montrent pas de parasite. Des examens
cytologiques multiples montrent la présence de nombreux
éléments levuriformes évoquant des Malassezia (photo 2).
Aucune prolifération bactérienne n’est notée. Une culture
fongique est ensemencée en utilisant une boîte de contact
contenant un milieu supplémenté en lipides (milieu de
Dixon). Après 3 jours d’incubation, de nombreuses colonies
de levures sont mises en évidence (photo 3).
Le mycologiste identifie principalement des colonies de
Malassezia pachydermatis, mais quelques colonies de
Malassezia globosa seront également mises en évidence.

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CAS CLINIQUE

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© E. Bensignor

alopécie. Le prurit est en général présent et marqué. Les
lésions peuvent être localisées ou généralisées. Le menton est relativement souvent atteint et le diagnostic différentiel avec une acné doit être réalisé. Par ailleurs,
comme chez le chien, les Malassezia peuvent être responsables d’otites externes dans l’espèce féline. Finalement,
nous avons régulièrement l’occasion d’observer des cas
d’onychophagie associés à la présence d’un exsudat brunâtre périunguéal (photo 4).

© E. Bensignor

Examen cytologique (RAL®, G x 1 000): nombreuses levures en « empreinte de pas ».

4

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Culture fongique sur boîte de contact : nombreuses colonies de Malassezia (« points
blancs »), les surfaces duveteuses correspondent à des contaminants.

Un traitement associant un shampoing à la chlorhexidine (Pyoderm® deux applications par semaine) et l’itraconazole (Itrafungol®, 5 mg/kg/j per os) est mis en place.
À la visite de contrôle après un mois, une nette amélioration des lésions est rapportée. Le poil repousse. Le prurit est
diminué d’environ 75 %, mais il persiste un léchage anormal d’après le propriétaire. Les examens cytologiques et
la culture fongique sont dans les normes. Un régime d’éviction hypoallergénique est mis en place (alimentation ménagère à base de viande de cheval) et les shampoings sont
poursuivis. Six semaines plus tard, une guérison complète est
rapportée. Une réintroduction de la ration initiale contenant
du poulet provoquera par la suite une rechute du prurit, confirmant l’allergie/intolérance alimentaire chez cet animal.

Discussion
Chez le Chat, les dermatites à Malassezia semblent rares,
mais sont peut-être sous-diagnostiquées. Différentes espèces de levures ont été mises en cause chez le Chat :
des espèces lipo-dépendantes (qui nécessitent des milieux
supplémentés en lipides pour donner des colonies à la
culture fongique) : M. sympodialis, M. sloofiae, M. nana,
M. globosa et l’espèce lipophile mais non lipo-dépendante
M. pachydermatis. Les signes cliniques sont variés, mais
sont en général rapportés un état kératoséborrhéique gras,
un érythème, des squames, des manchons pilaires et pour
les cas chroniques des croûtes, des excoriations et une

© E. Bensignor

Pododermatite et onychophagie secondaires à une prolifération de Malassezia chez un chat.

Le diagnostic nécessite la mise en évidence, facile,
des levures sur la peau. En clinique, le test au ruban
adhésif coloré (« scotch-test ») est simple et rapide :
le ruban est appliqué sur la peau à plusieurs reprises,
jusqu’à ce que le scotch ne colle plus, puis est coloré
par un passage unique dans le troisième bain du kit de
coloration (bleu de méthylène), avant d’être rincé,
séché et examiné au microscope à objectif à immersion.
Les levures apparaissent comme des éléments ovoïdes,
à bourgeonnement unipolaire à base large pour M.
pachydermatis. Les autres espèces ont un aspect microscopique un peu différent. Leur mise en évidence est
toutefois facilitée par la culture fongique si le laboratoire de mycologie utilise des milieux spéciaux, supplémentés en lipides. La technique du carré de moquette
est intéressante, mais l’idéal semble être le recours
aux boîtes de contact qui, appliquées directement sur
les lésions, permettent un dénombrement quantitatif
précis des colonies fongiques.
Le diagnostic de dermatite à Malassezia est compliqué car
il n’existe pas de donnée chiffrée quant au nombre « seuil »
de levures signant une prolifération et un caractère pathogène. Certains auteurs ont proposé que l’observation de
moins de deux levures par champ à l’objectif 40 soit considéré comme normal dans l’espèce féline, mais ce chiffre
nous semble varier en fonction de différents facteurs
(âge de l’animal, zone prélevée, type de peau : il a par
exemple été montré que certaines races « nues » ou « hypotrichotiques » comme le sphinx ou le Devon rex étaient
porteurs de populations importantes de levures). Par ailleurs, comme chez le chien, il est possible qu’un faible
nombre de levures puisse être associé à des lésions, certaines espèces pouvant avoir un pouvoir pathogène plus
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Chat
important que d’autres et/ou jouer un rôle d’allergènes.
C’est pourquoi la réponse au traitement antifongique
reste un élément important du diagnostic.
Différentes modalités thérapeutiques sont proposées dans
la littérature. Les azolés par voie orale sont efficaces,
bien qu’il manque d’études prospectives comparatives. Le
kétoconazole ne dispose pas d’autorisation de mise sur
le marché dans l’espèce féline et il semble donc préférable d’avoir recours à l’itraconazole, plus facile à doser
et simple d’administration sous sa forme sirop. Nous
avons eu l’occasion de traiter une série de chats avec
cette molécule dans l’indication dermatite à Malassezia,
avec un taux de succès important et sans noter d’effet
secondaire. La posologie proposée (5 à 10 mg/kg/j) est
empirique : il a été montré chez le Chien qu’une administration deux jours par semaine était efficace dans les
dermatites à Malassezia et chez le Chat qu’une administration une semaine sur deux était efficace dans les dermatophytoses : ce type de protocole « pulsé » ou « intermittent » mériterait sans doute de faire l’objet d’études
futures.
Le recours à des antifongiques par voie topique est également potentiellement utile. La chlorhexidine, éventuellement associée au miconazole, est disponible sous
forme de shampoings. Pour les cas localisés, le recours
à des gels, des sprays ou des pommades contenant un

antifongique peut également être intéressant : Fazol® ou
Mycoster® par exemple.
Dans l’espèce féline, il semble que les dermatites à Malassezia soient souvent secondaires à une dermatose sousjacente, parfois grave, notamment chez les animaux âgés.
Plusieurs études ont ainsi montré que si les dermatites
allergiques sont fréquemment compliquées par cette levurose, comme pour notre animal, d’autres maladies de
système peuvent aussi être mises en cause : infection par
un rétrovirus, syndrome paranéoplasique, diabète sucré,
hyperthyroïdie par exemple… Un bilan complet semble
donc nécessaire en cas de dermatite à Malassezia généralisée chez un chat âgé présentant des signes généraux
associés à des symptômes cutanés évocateurs : sont indiquées une biochimie, une numération-formule et une
échographie thoracique et abdominale en cas de doute. n
Bibliographie
• Bensignor E. Malassezia dermatitis in cats: 15 cases treated with itraconazole.
In Proceedings NAVDF Forum, Portland, 2010.
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• Ordeix L., Galeotti F., Scarampella F. et al. Malassezia overgrowth in allergic
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• Perrins N., Gaudiano F., Bond R. Carriage of Malassezia spp. Yeasts in cats with
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