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Papa1943 b .pdf



Nom original: Papa1943_b.pdf
Auteur: Michel

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Aperçu du document


LA FUITE.
L'armée allemande devient oppressante... et mon inactivité à contempler
ce spectacle insoutenable me force à agir, vite et sûrement ! Jeune, 22 ans,
ayant encore tant à faire et peu à sacrifier inutilement, je me décide à agir... je
pars !

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Nous sommes le 8 avril 1943 à Feignies petit village des bords de la
frontière belgo française. Il est 10h30 et après des adieux qui laisseront des
traces mais qui me permettent de raffermir ma décision, je me décide au
départ, tellement souhaité !

La gare de Feignies en 1944

Le train, déchargeant tant de souvenirs et pensées aux travers des vitres,
m'emmène à Paris, gare du Nord où j'arrive dès 1h30. Sans hésitation, je me
renseigne pour prendre la destination de Bordeaux. Il me faut prendre le
métro pour rejoindre la gare d'Austerlitz. L'annonce me rend impatient : le

rapide pour Bordeaux n'est qu'à 22h. Qu'importe, je visite la ville et profite
d'une piscine locale pour y prendre un bain.
Finalement, je prends ce train si attendu qui m'emmène. Le parcours me
fait entrevoir des villes jusqu'alors inconnues comme Orléans, Tours, Poitiers,
Angoulême, Libourne... Tant de villes apprises dans mes livres et tant de villes
dont je ne découvre que les quais...
Enfin, j'y arrive à 5h30. Je profite dès lors de visiter la ville en attendant
de reprendre un nouveau train dont le départ n'est prévu qu'à 10h30 cette fois
à destination de Preignac.

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Une heure à peine ! Il est 11h30. Le temps de me situer à nouveau et
mes jambes m'emportent en direction de Langon (*) où j'arrive en ayant
traversé Tonleune.

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Sur base de renseignements, je me rends directement chez Mr Baual, (ou
Banal) place Maubecq, qui m'aide à franchir la ligne de démarcation.

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(*) Ailleurs, c'est à Saint-Aignan-sur-Cher, on passe dans le camion du
marchand de vins... caché dans un demi-muid.
Ailleurs, c'est le presbytère qui sert de lieu de rendez-vous. A Chissay, le
presbytère de l'abbé Tardiveau à qui il arrive de guider un convoi de cent
personnes en direction de la ligne de démarcation. Ailleurs encore, c'est à
Langon, il suffit de se promener dans les beaux vignobles d'une propriété située
sur la route de Bazas pour atteindre enfin une petite porte qui ouvre sur la zone
libre.

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Le poste de Langon

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Il est maintenant 14h. Un salut, un remerciement furtif et me voilà
reparti vers Castets que j'atteins sans encombre vers 17h30. La filière (cordon
ombilical, constitués de partisans et de volontaires permettant aux “évadés” de
s'échapper vers l'Espagne ou le Portugal) me fait rendre vers la famille Bonil
qui m'accueille très bien.

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Mais ma longue route se doit d'être poursuivie. Je passe néanmoins une
bonne nuit de repos et dès le lendemain, le 10 avril, je pars à pied jusque
Caudrot.

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Gare de Caudrot

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Là, j'y prends le train de 17h30 en direction de Marmande que j'atteins à
19h30...

Le pont SNCF à Marmande

Il me faut tuer le temps et attendre le lendemain. Je me décide donc de
visiter la ville. Luxe même, je me rends au cinéma dont je ressors vers minuit.
Seul, fatigué, ne sachant que faire, je me décide à passer la nuit dans une
impasse. Manque de chance, un chien me flaire et il me force à décamper !
Rasant les maisons, sans savoir où aller, je me décide pour la gare où je
passe la nuit à la porte, niché dans le coin d'un mur. Mais la nuit est plus
longue que prévu, je n'arrive pas à fermer l'œil tant les rats viennent m'y
relancer...
Le jour se lève et me permet dès 8h30, ce 11 avril, de prendre le train
vers Toulouse où j'arrive vers 13h.

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La tension monte et j'ai le cœur plus ou moins serré en voyant les
cordons de police. La réalité est de plus en plus présente.

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Toujours grâce à ma filière, je me rends chez Monsieur G. Bastelle.
Malheureusement, le fil se casse ! Bastelle n'a plus de débouché. Seul conseil,
retourner et me planquer à Castets. Je reste la nuit à Toulouse et le lendemain,
dès 7h30, je repars pour Castets où j'arrive à 21h30. J'y passe neuf jours,
longs, presque interminables, très nerveux. Le 20 avril, je ne tiens plus et me
décide : je passerai seul, coûte que coûte !

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Je repars vers Toulouse où je ne devais que changer de train mais à
peine arrivé, une grande alarme se déclenche. J'assiste même à une rafle de
police dans la gare tout en me dirigeant vers mon train. Heureusement je m'y
engouffre mais ce n'est pas sans inquiétude.

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J'assiste de ma fenêtre aux fouilles diverses effectuées sur les quais.
L'attente est longue mais peu à peu les recherches se portent dans les wagons.
Et ce que je redoute arrive. La police s'introduit dans mon compartiment et y
arrête un homme. Un peu de frayeur me pousse à entamer une conversation
avec trois gardes mobiles français pour ne pas me faire remarquer de la police
française. Heureusement, cela se déroule bien et me permet de continuer ma
route vers Saint Paul- Saint Antoine, petite gare (*) au-dessus de Foix, que
j'atteins vers 21h30.
(*) Le nom de cette gare est un surnom. Elle appartient à la ville de SaintPaul de Jarrat.

La tension monte. Je suis près de la zone interdite

Par économie et surtout voulant limiter mes ressources je passe la nuit à
la belle étoile, crevant littéralement de froid. Le lendemain je veux continuer
plus avant mais voyant les gardes mobiles français demander des papiers, je
décide de passer franchement en face d'eux... cela marche et me permet de
rentrer dans un hôtel à 20 mètres.

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Cet hôtel s'appelle "La Charmille». Sitôt entré, le patron Monsieur Jean
Dubié comprend sur un regard mes intentions à fuir. Heureusement il me
rassure, me donne à manger. Il fait plus même, il m'héberge jusqu'au samedi
24 avril date à laquelle un convoi peut m'emmener. Je ne savais pas, à ce
moment, qu'il était résistant.

Jean Dubié. Contacté dès le début de la seconde guerre mondiale par l'intelligence service, son établissement a
servi de relais pour plusieurs filières de passage. Arrêté par la gestapo le 27 avril 1944, il est déporté le 2 juillet à
Dachau.

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Saint-Paul de Jarnat. Au fond, direction Siguer et la montagne. A gauche, juste avant le lieu de prière,
l'hôtel "La Charmille"

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Le jour dit, j'apprends que le convoi est retardé sans en savoir la durée.
Une rapide réflexion et je décide de partir sans tarder avec un officier français,
Léonard Mopou, qui lui aussi s'est réfugié dans l'hôtel. Il accepte, tout heureux
de trouver un compagnon pour passer la frontière...

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Nous partons donc ce samedi, à 17h pour Mercus-Garrabet. Nous
passons par Arignac et traversons la ligne de démarcation sans accroc à flanc
de colline.
Il est tard et la nuit nous surprend dans la montagne. Nous décidons
donc de dormir mais le froid, trop intense, nous force à partir à la recherche du
village de Jarnat que nous arrivons péniblement à retrouver après 3 longues
heures de recherches. Il est près de 2 heures du matin, ce 25 avril.
Nous frappons à une porte qui semble être celle du maire de Jarnat. Un
bien brave homme nous accueille, nous donne à manger, à boire et plus encore
rempli notre musette de provisions. Mais son cadeau le plus précieux est
l'indication de la route la plus sûre à suivre avec force détails et points de
repères.

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La montagne est longue, dure et épuisante mais avec la volonté qui nous
anime nous finissons par arriver à Siguer, dernier village français vers 6 heures
du matin.

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Traversée de la rue principale de Siguer en direction de la montagne.

Nous passons la journée dans une grange. Grâce aux renseignements du
maire de Jarnat, nous nous rendons chez Monsieur Baral. Il nous invite à
dîner puis nous indique minutieusement la route à suivre pour franchir le col
de Siguer afin d'arriver en Andorre. Quelques préparatifs de sa part et il
revient nous prévenir qu'il est impossible de passer étant donné que les
Allemands montent la garde à l'entrée de la montagne et donc tout aussi
impossible de passer sans être aperçus, la montagne étant à pic.
Toute la joie de nous trouver au bout de la France nous abandonne. Le
soir, tristement, nous pouvons souper. Nous mangeons sans grande illusion
jusqu'à ce qu'un berger entre dans un coup de vent tout en demandant au
patron :

“Où sont les deux types ? Qu'ils partent immédiatement, la garde
allemande vient de descendre et dans un quart d'heure ce sera la garde de nuit
qui montera”
Dix minutes plus tard nous courions plus que nous marchions. Passant
le poste vide nous nous empressons de pénétrer dans la montagne (*). Nous
nous sentons presque sauvés. Malheureusement, 500 mètres à peine plus loin,
nous nous trompons d'itinéraire ce qui nous force à errer jusque très tard dans
la nuit sans retrouver la bonne route.

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(*) La traversée des Pyrénées commence dès 1940 mais c'est à partir de
Novembre 1942, date marquée par le débarquement des troupes alliées en
Afrique du Nord entraînant l'invasion de la France entière par les troupes
allemandes, que le rythme des passages et les périls encourus s'intensifient.

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La zone frontière devenue zone interdite dans sa totalité est sillonnée sans
cesse par les patrouilles allemandes, des agents doubles se sont infiltrés parmi
les passeurs, les embuscades en montagne se soldent chaque fois par la mort et
la déportation en Allemagne : les évadés capturés y rejoignent certains de leurs
prédécesseurs malheureux que trop souvent après les avoir internés, les
Espagnols ont remis aux autorités allemandes.

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4 000 d'entre eux, accidentés en montagne, abattus ou déportes auront
payé de leur vie le rêve qu'ils avaient fait !

Le col de Siguer, droit devant

Epuisés, nous décidons de passer la nuit entre deux rochers. Position
inconfortable mais nécessaire !
Le lendemain, nos recherches reprennent. Quatre heures s'écoulent,
quatre heures d'escalades très pénibles qu'ils nous font affronter pour
retrouver enfin la bonne route, quatre heures passées avec la crainte d'être
découvert par une patrouille allemande ce qui nous amènerait à notre
exécution dans les 24 heures.

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La route est dure, escarpée et mon compagnon est à bout de forces. Un
regard sur son visage épuisé et voyant qu'il est chargé, je lui prends ses
bagages. Cela semble aller mieux pour lui. Et nous repartons d'un pas lent, le
cœur plein d'espoir. Ce n'est que dans la soirée que nous arrivons au premier
refuge que l'on nous avait indiqué, le refuge de Coma.

La plaque du refuge de Coma.

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Le refuge, il sera plusieurs fois changé depuis 1942

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Le froid est maintenant trop intense et je me décide à faire du feu durant
une grosse partie de la nuit. Le reste, je la passe en claquant littéralement des
dents.

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Le lendemain, le 27, nous nous remettons en route dès 6h30. Nous
atteignons les neiges et vers midi, après de très durs efforts, nous
franchissons la frontière pour mettre enfin un pied en Andorre. Heureux, je
saute de joie malgré la faim qui me tenaille depuis la veille.

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Mon compagnon qui me suivait à 100 mètres (il faut dire que j'étais
infatigable), ne sauta pas de joie… il s'écroula épuisé. Je crois que s'il avait été
seul, il ne serait jamais arrivé en Andorre.
En haut du col (2396 mètres), épuisés mais les yeux rivés sur notre
prochaine route, nous nous sommes reposés une bonne heure. Ce fut alors
une descente effrénée dans la neige à toute vitesse sur le derrière. 48 heures
après avoir quitté la dernière maison française, nous passons devant la
première maison d'Andorre.
Les gens, incrédules, tout en nous regardant passer nous demandent :
“Vous êtes passés seuls ? Sans guide? Incroyable ! ” ... C'était pourtant
ainsi.

Note:

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C'est véritablement dans une aventure, remplie d'épreuves, que se lancent
les futurs évadés. Il y a pour commencer le risque de ne pas trouver la personne
à contacter ou pire, d'y faire de mauvaises rencontres si la filière est éventée.
Dans tous les cas, il faut se faufiler dans la zone réservée, en fait une zone
interdite, qui précède la frontière. Là commencent les difficultés; on doit ruser
avec l'occupant qui exige un titre de circulation spécial. Le passeur n'arrive pas
tout de suite, attendant le complément du convoi. Celui-ci, au plus fort des
évasions peut atteindre, et dépasser, la trentaine de fugitifs : aviateurs alliés
abattus parfois très loin qui s'en vont reprendre du service, militaires de carrière
français qui veulent faire de même en A.F.N., Juifs pourchassés par toutes les
polices, malhabiles dans leur nouvelle odyssée. L'expectative peut durer une
semaine, pendant laquelle il est interdit de sortir de son refuge, une maison amie
de préférence. Les rendez-vous se fixent à l'ordinaire dans quelque café enfumé
ou son arrière-salle. le passeur fixe les conditions: prix, lieu et heure de départ.
En fait de prix, les prétentions sont variables, de 4000 francs à 10 000 francs,
parfois plus, parfois moins. Le départ a lieu de préférence le soir à la tombée de
la nuit et c'est toute la nuit qu'on marche, les pauses sont très courtes car le
passeur est toujours pressé. L'épreuve physique, au moins au début, se supporte
bien. On commence par la "montagne à vaches". Peu à peu, elle s'élève tandis
que le relief devient plus heurté. A une escalade suit une désescalade et ainsi de
suite. Au fil des heures, la caravane des fugitifs s'étire. Il y a des cas d'entorse,
des gens qui s'essoufflent car non entraînés à la marche. La solidarité joue : on
les tire, on les pousse quand il ne faut pas les porter. Quand on passe par les
Pyrénées-Orientales, à cause de la végétation méditerranéenne, on a les
vêtements en lambeaux. Par le Pays Basque, plus vallonné que montagneux, du
fait de la proximité de l'Océan la pluie est fréquente, trempant les évadés
jusqu'aux os. Les Pyrénées centrales sont très exigeantes en effort physique,
considérant que la frontière est toujours au-dessus de 2200 mètres. On y longe
des à-pic impressionnants, des précipices qu'il vaut mieux ne pas voir, sans
parler des névés, des éboulis, des pentes schisteuses, propices aux glissades. Il
est alors difficile de se passer de guide. Ils sont même deux quand la caravane
est importante ou se relaient lorsque le trajet à parcourir est long, ainsi lorsqu'il
s'agit d'atteindre l'Andorre. Le souvenir des passeurs n'est pas toujours très bon:
certains ont laissé leurs gens assez loin de l'Espagne ou ont demandé un
supplément de prix pour s'en approcher un peu plus.
La pic de Font Blanca, encore nommé pic du Port de Siguer, est un sommet
situé sur la frontière entre la France et l'Andorre. Avec 2904 m d'altitude, c'est
l'un des cinq plus hauts sommets de la principauté d'Andorre

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II est 18 heures lorsque nous arrivons à Ordino. Nous décidons de nous
arrêter et de manger à l'hôtel Coma.

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Hôtel Coma en 1944

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Quelle n'est pas notre chance de tomber sur un groupe d'officiers et
d'aviateurs français (*) déjà là depuis huit jours mais qui repartent le
lendemain soir pour Barcelone, trois guides devant les accompagner. Grâce à
l'obligeance d'un capitaine, nous pouvons nous joindre à eux. Nous sommes
vernis !

(*) L’obligeant capitaine était Emile Cantarel, qui a pris une part active à la
libération du pays faisait partie du groupe. Pour échapper à l'ennemi il est évadé
en Espagne en passant, et en séjournant en Ariège. Il est à Toulouse dès le 20
avril et comme notre père passera par Foix.
Cet officier (qui sera après la guerre nommé général de corps d'armée) et
tous les participants à l'évasion se mettent en route vers l'Andorre. La
progression est délicate en raison de la neige et des possibles patrouilles.

Le 22 avril, vers 11 heures, ils franchissent la frontière, au port de Siguer.
Ils amorcent ensuite une pénible descente vers la principauté. Le groupe arrive à
Ordino dans la soirée et s'installe à l'hôtel Coma. De nombreux juifs séjournent
dans cet établissement. Les fugitifs du capitaine Cantarel restent là jusqu'au 27
avril, en raison des fêtes pascales, jour où arriva notre père.
Le 28 avril, le groupe Cantarel rejoint seul San Julia de Loria pour arriver
le 5-mai à Manresa, notre père étant avec lui.

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C'est donc ce capitaine et futur général qui faisait partie du groupe que
notre père rencontra à l'hôtel Coma! Une confirmation supplémentaire était le
grade de Capitaine pour Cantarel à l'époque des faits et que décrit par "grâce à
l'obligeance d'un capitaine" Toutes les dates et les heures provenant de son
rapport d'Angleterre correspondent avec celles du groupe. Probablement jusqu'à
Barcelone où le général prit le bateau pour Oran afin de rejoindre le général
Leclercq. Remarquons qu'il finira glorieusement comme général de division au
sein de la fameuse 5ème Division Blindée.

Leclercq et Cantarel, Lybie 1943

Le lendemain donc, 28 avril, vers 10 heures, nous repartons mais cette
fois nous sommes 23 dont une femme et surtout des guides destinés à nous
mener sur le bon chemin.

Note: nous pouvons déjà identifier dans ce groupe: Gilbert Van De Velde,
Léonard Mopou et le Capitaine Emile Cantarel.

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Nous traversons Andorre en auto, quel luxe ! Arrivés près de la frontière
espagnole nous continuons le voyage à pied, dans la montagne, durant la nuit
jusqu'au lendemain 29 à 7 heures. Nous passons par Sant Julia de Loria pour
pénétrer exténués en Espagne mais de nouveau dans la zone interdite. Durant
cette première étape, nous avons traversé des endroits que beaucoup d'entre
nous n'aurions osé passer s'ils avaient pu voir les abîmes que nous avons
longés. La nuit les avait sauvés !

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Nous passons ainsi la journée dans la montagne, près d'une source. Le
soir venant, la deuxième étape nous force à endurer huit heures de marche
fatigante, dans l'eau et la boue puis de nouveau dans la montagne. Epuisés par
cette nuit pénible nous arrivons le 30 au matin, enfin à une ferme où nous
pouvons nous ravitailler.

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Après un repos plus que mérité, nous nous remettons en route, le soir,
en direction d'une seconde ferme où nous pouvons également passer la nuit
ainsi que la matinée.

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Il est 13 heures, nouveau départ. Beaucoup sont fatigués, épuisés même
et souffrent pour la plupart des pieds. Mais l'espoir l'emporte et nous forcent à
continuer. Le 1er mai, vers 21 heures, nous arrivons dans un petit village.
Heureusement des contrebandiers nous préviennent dès notre arrivée ce qui
nous force à nous cacher car une patrouille espagnole circulait dans le village.
Nous nous sommes cachés durant deux longues et interminables heures sous
la pluie. Lassés d'attendre, nous repartons sous cette même pluie pour arriver
le lendemain vers 10 heures dans une ferme. La pluie battante ne cessait de
nous harceler ! Nous étions trempés jusqu'aux os...

Ce fut l'ultime étape de nos guides qui furent remplacés par deux
nouveaux, en soirée, en plein souper ! Départ en mangeant, certains toujours
exténués, nous repartons. Deux heures à peine suffisent pour se rendre
compte que nos guides se sont trompés de route. Nous errons alors durant
trois heures dans la montagne pour finalement retrouver le bon chemin et

arriver au point de destination. Il est 7 heures du matin, ce 3 mai... Nous
profitons d'un repos plus que nécessaire malgré la couche dans des rangs de
cochons. Le soir venu, nous nous mettons en route pour la dernière étape
pédestre.

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Sur 10 jours environ je totalise déjà 95 heures de marche soit à peu près
375 km mais, à mon humble avis, à une allure de bolide. Certains de mes
compagnons se traînent et tombent assez souvent. Nous nous arrêtons au bord
de l'eau sale d'une mare et la buvons tellement la soif est intense ! Plus même,
un docteur qui se trouvait parmi nous a eu un empoisonnement de sang.

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Mais le calvaire touche à sa fin. Nous arrivons à Manresa le 4 mai à 6
heures. Là, nous pouvons prendre le train pour Barcelone. Le voyage nous
permet de nous reposer et nous amène dans la ville dès 8 heures 30. Le groupe
se sépare : le capitaine Cantarel ayant reçu des ordres de missions lors d’un
arrêt à Leida prend le bateau pour rejoindre Oran où sa carrière le portera
comme compagnon d’armes du général Leclerc. Mais pour moi, seule priorité :
me rendre immédiatement au consulat anglais. Après interrogatoire et
vérification d'identité, je suis conduit dans une maison particulière où je peux
loger durant 4 jours. Je suis nourri et gâté comme un prince par une jeune
femme espagnole, parlant un peu le français, dont le mari est en prison pour
avoir aidé les évadés de Belgique...

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Nouveau départ, samedi 16 heures 30. Pour la circonstance on me teint
les cheveux en noir. L'expédition se forme de moi-même, deux français, d'un
guide et une femme belge responsable de l'expédition. Nous partons et
rejoignons Lérida vers 10 heures.

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L' “organisation” nous a confectionné des sauf-conduits valables de
Barcelone à Saragosse. Je m'appelle maintenant Pedro Sanchez et j'ai 28 ans !
A Lérida, nous allons au cinéma (le film projeté est “ Les 4 coupables ”). Après
la séance nous décidons d'une promenade dans la rue.

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Lerida 1942

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Le temps d'un nouveau départ s'annonce et vers une heure 30 du matin,
nous embarquons en première classe dans le train pour Saragosse, ville que
nous atteignons dès 6 heures. Sans tarder, nous prenons un taxi pour
traverser la ville et prendre un nouveau train pour Valladolid. Nous profitons
du taxi pour nous échanger nos sauf-conduits. Je change de nouveau de nom
et m'appelle Alvarez Y Rodriguez, 31 ans.

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Nous partons de Saragosse. Il est 7 heures 30, le 9 mai et arrivons à
Valladolid à 19 heures 30 dans un train s'arrêtant un quart d'heure toutes les
dix minutes. Nous sortons de la ville et allons loger au restaurant “Tien”.
Fameux endroit à l'enseigne ironique car mon lit est occupé par des ennemis
terribles appelés punaises. Ma seule ressource est de dormir à même le
plancher. Heureusement le lendemain se passe assez calmement et nous
permet même de bien manger.
Mais dès 22 heures un homme surgit en nous demandant d'être prêt dès
6 heures le lendemain.
Il me faut attendre 11 heures pour voir un autre guide qui arrivant
demande immédiatement où se trouve le Belge. Le temps de me présenter et il
m'ordonne de le suivre pour partir à l'instant même. Il m'emmène en taxi
jusqu'au-devant d'une église et me demande de m'engouffrer dans une vieille
auto stationnée juste devant. A bord, on me donne un nouveau sauf-conduit.

Je me nomme maintenant Vicente Gomez, 30 ans. A bord, se trouve aussi un
français qui arrivait de Barcelone. Deux de ses amis ont été pris à Lérion, à la
sortie d'un cinéma, par la police secrète espagnole. Heureusement pour lui, il a
réussi à s'enfuir.
L'auto nous emmène, à travers Zamora, à 15 kilomètres de la frontière
portugaise. Le risque est maintenant trop grand. Nous descendons et
poursuivons la route, à pied, par la campagne. Deux heures de marche sont
nécessaires pour rejoindre notre guide contact. Nous pouvons y loger !

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Le lendemain, départ à pied, le 11 mai en soirée. Nous traversons la
frontière et arrivons à Dons y Greasas. Nous prenons le train de 6 heures 30
pour rejoindre Porto après une longue journée étant donné l'heure tardive : 20
heures ! Bon Dieu le plaisir d'y manger et de s'y régaler : café au lait, gâteaux,
cerises... enfin ce qu'il y a de meilleur ! Le lendemain soir, nous prenons le
train, en deuxième classe, pour Lisbonne.

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Nous sommes le 13 mai, il est 8 heures dix. Nous partons d'un dernier
pas courageux vers l'objectif final du voyage...

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Il est maintenant 9 heures et nous pénétrons dans l'ambassade belge...
nous sommes enfin sauvés !

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Lisbonne 16 mai 1943


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