Anthony Bounab La masculinité en littérature .pdf



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LE THÈME DE LA MASCULINITÉ
EN LITTÉRATURE
Auteur : ANTHONY BOUNAB, tuteur en lettres modernes.
- Thème :



- Enjeux :



- Textes :



L'évolution de la figure masculine dans les écrits
littéraires, des mythes fondateurs à nos jours.
Avoir une connaissance plus concise des variantes
relatives à la façon dont le sexe masculin est dépeint
dans les grandes œuvres du patrimoine littéraire et
culturel français et antique.
● Étudier la façon dont un individu de la même espèce
et du même sexe peut être différemment montré
selon une époque, un cadre et un contexte
particuliers.

d'emblée l'homme faisant partie d'un tout, d'un macrocosme, étant
la création de Dieu qui « prit donc […] cette œuvre indistinctement
imagée, et l'ayant placé[e] au centre du monde, lui adressa la parole
en ces termes … »2, qui comprend tous les corps vivants aussi bien
masculins que féminins, de l'homme à plus petite échelle, c'est-à-dire
des membres de l'espèce humaine caractérisés par leur
appartenance aux attributs génétiques masculins. C'est sur l'homme
en tant qu'individu mâle que nous nous efforcerons de travailler dans
ce court document, et plus précisément sur les raisons qui font que la
littérature s'est proposée, au fil du temps, de brosser de ce dernier
des portraits particulièrement évocateurs.

Platon, Le Banquet (env. 380 av. J.-C).
ème
● Longus, Daphnis et Chloé (II
s. de l'ère chrétienne) ;
ème
● La Chanson de Roland, Le cycle de Charlemagne (XI
siècle ap. J.-C.) ;
● Jean Pic de la Mirandole, De la Dignité de l'homme
(1486) ;
● La Fontaine, Fables, I, 11 (1668) ;
● Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe (1949) ;

Il est indéniable que l'homme en tant qu'espèce est un sujet
essentiel de la littérature ; d'ailleurs, ne manquons pas de
mentionner que sans l'homme, nulle littérature ne serait possible.
L'homme est sa propre création, il devient sa propre œuvre d'art
dans les écrits littéraires qui ne cessent, depuis le Moyen-Âge
notamment avec La Chanson de Roland, de le mettre en lumière,
qu'il s'agisse de portraits élogieux ou caustiques permis par le
discours épidictique liminairement aristotélicien1. Mais distinguons
1- Aristote définit le discours démonstratif (épidictique) dans sa Rhétorique.

Discobole Lancellotti, copie romaine de
l'œuvre de Myron, vers 120 ap. J.-C, palais
Massimo alle Terme (Rome).

I- La force physique : élément-moteur de la masculinité :
N'a-t-on jamais entendu dire qu'un homme fort, aux muscles
saillants et à l'ossature résistante était un homme particulièrement
2- Pic de la Mirandole, De la Dignité de l'homme (op. cit.)

viril ? Or, ne nous méprenons point sur le sens de ce terme, qui
mérite plusieurs éclaircissements sémantiques3, en tant qu'il n'est
point souhaitable d'étudier la totalité des significations sous-jacentes
de cette notion, selon les différentes époques et mouvements
littéraires.
1 Ensemble des attributs, des caractères physiques de l'homme adulte.
2 Vigueur sexuelle, puissance sexuelle, comportement sexuel de
l'homme ; en particulier, capacité normale d'engendrer chez l'homme.
3 Âge, époque de la vie à laquelle un homme atteint toute sa force.
4 Ensemble des qualités (fermeté, courage, force, vigueur)
culturellement attribuées à l'homme adulte.

→ Ne sont pas associées à l'homme viril seulement des
capacités physiques, mais également des valeurs morales (4). Dans
quelle mesure lesdites qualités morales tendent-elles à émaner du
corps masculin, ou du moins comment le physique de l'homme
parvient-il à transcrire ces dernières, subjacente la notion de
physionomie, à travers la description de sa force ?
A- Le corps de l'homme belliciste :

Bien qu'un latiniste identifie la coloration guerrière du terme
ci-après énoncé, l'adjectif « belliciste » est phonétiquement proche
de la notion de beauté (belliciste – belle – bellâtre), ce qui
fortuitement est en accord avec les canons esthétiques masculins au
Moyen-Âge. En outre, l'homme beau se doit d'être un homme fort.
Cette force dont il fait preuve le rend beau non seulement dans ses
actions, mais aussi dans sa constitution somatique. Les capacités
physiques de l'homme dans les récits épiques sont mises en avant,
l'attestent les descriptions de ces valeureux chevaliers harnachant
3- Définitions d'après le Centre National de Ressources textuelles et Lexicales. Nous nous
reporterons à ce tableau tout au long du document, en citant les numéros de référence entre
parenthèses.

leurs destriers. L'amplification des forces masculines est très nette
dans les chansons de geste4, car la valeur morale de ces guerriers s'en
trouve ainsi étendue.
*Concentrons notre attention sur une scène de bataille dans
La Chanson de Roland pour exemplifier notre propos :
CIV. La bataille est merveilleuse et générale.Le comte
Roland ne se ménage pas. Il frappe de son épieu tant que
dure la hampe : au quinzième coup il l'a brisée et rompue.
Il tire Durendal, sa bonne épée, toute nue, pique son
cheval, et va frapper Chernuble.Il lui brise le heaume5 où
luisent les escarboucles, tranche la coiffe et la chevelure,
tranche les yeux et le visage, et le blanc haubert dont la
maille est menue, et tout le corps jusqu'à l'enfourchure.À
travers la selle qui est incrustée d'or, l'épée atteint le
cheval, tranche l'échine sans chercher de jointure et les
abat morts, homme et cheval, dans le pré, sur l'herbe drue.

Ainsi, la réitération du verbe d'action « trancher » qui amène au
syntagme « les abat morts » nous montre à quel point la guerre est
une thématique essentielle et prépondérante dans la littérature
moyenâgeuse. Le corps de Roland est quasiment indestructible, en
opposition au corps de l'ennemi qui est sectionné entièrement. Cela
prouve que la force physique est pour l'homme un attribut
permettant d'être qualifié de viril (1).
→ L'homme belliciste est un homme viril grâce à ses capacités
physiques qui pourraient même être qualifiées d'exploits héroïques6,
mais qu'en est-il de l'homme viril qui pourtant ne semble pas
posséder de qualités physiques innées qui soient exceptionnelles ?
4- La Chanson de Roland fait partie des chansons de geste, dans lesquelles on retrouve notamment
Raoul de Cambrai (Xème s.) et Huon de Bordeaux (fin XIIIème, début XIVème s.).
5- Casque orné de pierreries.
6- Sur ce point, voir également les combats de Frère Jean des Entommeures dans l'œuvre
rabelaisienne, Gargantua (1534).

B- La contiguïté des deux forces et le rapport au corps :
Un travail de définition paraît au préalable nécessaire pour
traiter cette sous-partie. La force peut être interne à l'homme, si l'on
considère qu'il s'agit d'un élément intrinsèque à son identité propre,
d'une capacité de son corps à faire de lui un homme viril (1). En
revanche, la force peut également être externe à lui dès lors qu'elle
n'est plus qu'une cause capable de produire un effet. Prenons un
exemple pour préciser notre pensée : un sculpteur fait preuve de
force en ce sens qu'il travaille ardemment et continuellement la
roche, mais la roche exerce aussi une force sur lui dans la mesure où
elle permet au sculpteur de développer sa musculature, de créer une
certaine endurance face à un type d'effort, et ainsi de devenir viril.
Nous avons donc traité majoritairement le premier sens de
cette notion de force, mais nous devons dorénavant nous demander
si la force physique externe permet aussi à l'homme d'être
pleinement masculin. Pour répondre, remontons aux origines de la
masculinité.

Le Caravage, Narcisse, vers 1595,
110x92 cm, Galleria Nazionale d'Arte
Antica (Rome).

Narcisse, cet homme qui contemple sa beauté, par une force
physique extérieure à lui-même, qui n'est autre que l'eau, est pour
nous un moyen de montrer qu'être un homme masculin, dans le sens
précédemment étudié (particulièrement beau, dont le corps paraît
imperfectible, aux muscles taillés), est aussi le fruit de forces
non-inhérentes à l'unicité identitaire chez les hommes. La fable de la
Fontaine « L'Homme et son image » est un hypertexte du mythe de
Narcisse7, qui est détourné pour montrer l'incapacité de l'Homme à
reconnaître sa propre masculinité.
Que fait notre Narcisse ? Il va se confiner
Aux lieux les plus cachés qu'il peut s'imaginer,
N'osant plus des miroirs éprouver l'aventure.
Mais un canal formé par une source pure,
Se trouve en ces lieux écartés :
Il s'y voit, il se fâche ; et ses yeux irrités
Pensent apercevoir une chimère vaine.
Il fait tout ce qu'il peut pour éviter cette eau.
Mais quoi, le canal est si beau
Qu'il ne le quitte qu'avec peine.

→ Ainsi, être viril (1) pour un être de sexe masculin en
littérature est lié bilatéralement à l'inéité d'une force physique
permettant l'éloge d'un corps vigoureux, et donc de la beautémême de ce corps, mais aussi aux principes de causalité8 qui, grâce
au monde extérieur, permettent de confirmer, si ce n'est
d'augmenter la masculinité de l'homme, en tant que des forces
physiques externes se manifestent autour de lui.
Quelles pourraient être les autres composantes de la masculinité en
littérature ? Tentons d'explorer dans les portraits littéraires une
nouvelle approche de la virilité (2).
7- L'hypotexte majeur étant Les Métamorphoses d'Ovide.
8- Sur ce point, voir la théorie philosophique de Spinoza sur le déterminisme.

II- La satiété sexuelle ou la virilité comblée :
Quoi de plus approprié pour parfaire leur virilité (2) que de
s'accommoder des plaisirs de la chair ? Les personnages littéraires
masculins sont souvent mis en scène dans des romans d'amour,
libertins ou érotiques. Ainsi, les auteurs nous offrent à lire, et même
presque à voir grâce au procédé de l'hypotypose9, de plus en plus
utilisé, les plaisirs charnels et parfois les infidélités des hommes, ce
qui les rend virils en ce sens que leur sexualité débridée permet
indirectement l'établissement d'une forme de hiérarchie entre les
deux sexes10. Ainsi, l'homme viril contrôle la situation en toute
circonstance, il est celui qui doit passer auprès de le gente féminine
pour l'homme irréprochable et qui sait les rudiments de l'amour.
→ Comment les hommes vivent-ils leur sexualité dans les
grandes œuvres littéraires ? En quoi cette sexualité est-elle synonyme
pour eux d'un accomplissement de soi, d'une virilité assumée ?

François-Louis Français, Paysage avec Daphnis et Chloé, 1872
huile sur toile, musée d'Orsay (Paris).

A- L'éducation des sens dans la littérature antique :

Très tôt dans le patrimoine littéraire, dans les poèmes et
romans bucoliques par exemple, il est possible de voir que les
personnages masculins sont éduqués aux jeux de l'amour. Lisons cet
extrait de Daphnis et Chloé (Longus, IIème s. de l'ère chrétienne) :
Il se rendit à la grotte des Nymphes en compagnie de Chloé
et il lui donna à garder sa tunique et sa besace. Puis, au
bord de la source, il se mit à laver sa chevelure et tout
son corps […]. Chloé le contemplait car elle le trouvait
beau […]. Elle lui lava le dos et sentit la douceur de sa
chair : aussi, plusieurs fois, à la dérobée, elle toucha son
propre corps pour voir s'il était aussi délicat.
9- Procédé stylistique dont l'objectif est de rendre particulièrement vivante une scène, de sorte que
le lecteur puisse se l'imaginer parfaitement.
10- Le contraire est aussi dépeint en littérature ; pensons au roman Manon Lescaut de l'Abbé
Prévost (1731), dans lequel le Chevalier des Grieux semble être mené en bateau par son amante.

→ Nous pouvons remarquer que le thème de la virilité (2)
existait déjà en Grèce antique, mais pas de la façon dont nous le
traitons dans ce document11. Il n'y avait aucune intention réelle de
l'auteur de mettre ce thème en lumière, car cette question ne se
pose réellement dans la littérature qu'à partir des romans libertins
qui appraissent majoritairement au XVIII ème siècle. De plus, dans cet
extrait, c'est à travers les sensations de Chloé que la masculinité en
construction (1) de Daphnis est dépeinte : il y a une antinomie entre
la masculinité d'un jeune homme, c'est-à-dire sa force, son charme,
son physique, et le fait que cette même masculinité soit vécue par le
lecteur à travers les yeux et les sentiments d'une jeune femme,
Chloé. Est-ce faire preuve de faiblesse de la part de Daphnis ?
11- Sur l'éducation des sens, voir les œuvres de Plotin, Ennéades (254-270 ap. J.-C). Pour lui, le
plaisir charnel est une faute dont l'âme doit souffrir.

B- Entre érotisme et libertinage :
1) Une fracture dans les conventions :

Nombreux sont les écrivains du XVIII ème siècle qui s'essaient,
non sans succès, à la littérature libertine. Dans leurs œuvres,
l'homme viril est fier de ses aventures sexuelles et sa fierté-même
renforce sa confiance en lui. Aussi, croit-il davantage en son charme
et ses atouts physiques. Cela redresse les qualités d'esprit qui lui sont
immanentes. De ce fait, nous pourrions dire que les définitions (2) et
(4) du tableau précédemment établi sur les différents sens de la
virilité sont respectées, bien que paradoxalement la dichotomie entre
l'éthique basée sur les conventions sociales et la vacuité-même de la
conformité des mœurs libertines à celle-ci ne soit que peu latente.
*Voici quelques exemples d'auteurs libertins :

reste que purement évocatrice12, la littérature érotique dévoile
davantage de scènes mettant en exergue cet organe masculin. Plus
étonnant encore, c'est dans un essai féministe de 194913 que Simone
de Beauvoir évoque le pénis dans le but de décrédibiliser l'homme et
de remettre en question le principe de virilité.
On persuade l'enfant que c'est à cause de la supériorité
des garçons qu'il leur est demandé davantage ; pour
l'encourager dans le chemin difficile qui est le sien, on
lui insuffle l'orgueil de sa virilité ; cette notion
abstraite revêt pour lui une figure concrète : elle
s'incarne dans le pénis ; ce n'est pas spontanément qu'il
éprouve de la fierté à l'égard de son petit sexe indolent ;
mais il la ressent à travers l'attitude de son entourage.
Mères et nourrices perpétuent la tradition qui assimile le
phallus et l'idée de mâle.

Ici, le « deuxième sexe » est la femme, mais Simone de
Beauvoir questionne cette stratification et tente de bouleverser cette
hiérarchie établie dans les mœurs.

Crébillon (fils)

Choderlos de Laclos

Marquis de Sade

Denis Diderot

Le Sopha, conte
moral

Les Liaisons
dangereuses

La Philosophie dans
le Boudoir

Les Bijoux
indiscrets

2) Le phallus, organe de la virilité :
Nous connaissons tous la périphrase « membre viril » pour
désigner l'organe génital masculin. L'adjectif sur lequel nous
travaillons se trouve présent dans cette circonlocution. En effet, c'est
l'organe par excellence de la masculinité : il permet non seulement
une pérénnisation de l'espèce mais selon le psychanalyste Freud il
incarne aussi la toute-puissance. Bien que la littérature libertine ne

→ Ainsi, la virilité en littérature est aussi permise par certains
procédés stylistiques (nous citions l'hypotypose, mais ne nous
privons pas d'évoquer aussi une vitesse narrative, telle que la pause
qui permet l'enlisement du récit dans la description grâce au figeage
de ce dernier dans le temps diégétique). La masculinité provient de
la capacité de l'homme à se sustenter de ce que la femme peut lui
apporter d'un point de vue libidinal, et les organes génitaux
masculins, synonymes de fierté et de virilité (4) concrétisent la
métaphore de cette masculinité indéniablement sensuelle 14.
Quelles sont les limites à ce modèle ? Pouvons-nous parler des
bornes de la virilité ?
12- Le phallus n'en reste pas moins implicitement omniprésent.
13- Simone de Beauvoir, Le Deuxième sexe (op. cit.)
14- C'est-à-dire, qui passe par les sens (notamment la vue et le toucher).

III- L'émergence de problématiques supplétives :
Dès lors que la corrélation effective entre les marqueurs
plausibles ci-avant définis de la masculinité (I, II) et l'adhésion de ces
mêmes caractéristiques à un modèle littéraire établi permet
irréfragablement une concomitance entre les écrits et la réalité, le
lecteur doit se conformer à un archétype de l'homme viril tangible lié
à l'étendue temporelle d'un tel phénomène allusif dans la littérature,
qui de manière philologique, tend à prouver son enracinement
graduel dans les mentalités des hommes. De ce fait, s'identifier pour
le lectorat masculin à de telles peintures masculines15 depuis les
mythes fondateurs jusqu'à nos jours n'a eu cesse de nous démontrer
que pour une partie d'entre lui, l'analogie entre le héros littéraire et
ce qui est relatif à la non-existence absolue de quelque forme de
littérarité16 que ce soit est difficilement menée à son terme en tant
que l'homme de la réalité est doté de propriétés inhérentes à son
être, sibyllines17 et complexes, qui le distancient de cette façon de
son prototype de papier.
→ Quels sont les éléments qui, bien que pour la plupart
semblent être marginaux dans la création littéraire, nous permettent
de nous interroger sur l'appartenance de l'homme actuel au modèle
doxique de l'homme viril ? De plus, doit-on parler de l'impossibilité
pour le lecteur du XXIème siècle, notamment causée par la
contemporanéité de certains personnages dont la masculinité est
particulièrement visible, d'être considéré comme masculin (dans les
sens précédemment étudiés) ? Quel tournant la virilité a-t-elle pris ?
A- Homosexualité et androgynie en littérature :
15- C'est-à-dire, tous les portraits littéraires des héros virils.
16- Le concept de « littérarité » apparaît au début du XXème siècle grâce au linguiste russe Roman
Jakobson qui se propose de théoriser ce qui fait qu'une œuvre donnée peut être qualifiée d'œuvre
littéraire.
17- La Sibylle est une prophétesse antique dont les propos sont flous et obscurs.

Dans la littérature contemporaine notamment, il est possible
de voir apparaître des œuvres dans lequelles l'homosexualité
prédomine. En effet, Marcel Proust dans Sodome et Gomorrhe (19211922), de même qu'André Gide dans Les Faux-Monnayeurs (1925),
mettent en exergue des relations homosexuelles.
L'épisode biblique du même nom que l'œuvre proustienne est
particulièrment évocateur : l'homosexualité18 passive est condamnée,
la passivité étant considérée comme une prérogative féminine.
Sur le même modèle, l'androgynie met en scène certaines
caractéristiques féminines explicites. D'un point de vue médical, il
s'agit aujourd'hui d'un « pseudo-hermaphrodisme partiel chez
l'homme »19. Platon, dans son œuvre philosophique Le Banquet, nous
offre à lire une autre définition sur laquelle réfléchir :
D'abord il y avait trois espèces d'hommes, et non deux,
comme aujourd'hui : le mâle, la femelle et, outre ces deuxlà, une troisième composée des deux autres ; le nom seul en
reste aujourd'hui, l'espèce a disparu. C'était l'espèce
androgyne qui avait la forme et le nom des deux autres, mâle
et femelle, dont elle était formée ; aujourd'hui elle
n'existe plus et c'est un nom décrié. De plus chaque homme
était dans son ensemble de forme ronde, avec un dos et des
flancs arrondis, quatre mains, autant de jambes, deux
visages tout à fait pareils sur un cou rond, et sur ces
deux visages opposés, une seule tête, quatre oreilles, deux
organes de la génération et tout le reste à l'avenant.

Le Gnou Sauvage, Le mythe
de l'Androgyne ou le mythe de l'Amour ?
(Axel Vair)

18- Le terme est pour l'époque anachronique.
19- Définition d'après le Centre National de Ressources textuelles et Lexicales.

→ Ainsi, l'uniformité de l'homme et de certaines
caractéristiques propres à la femme dans ces visions morales et
littéraires contourne les définitions de la virilité proposées
antérieurement20. Cependant, les personnages homosexuels et
androgynes sont-ils pour autant non-virils ? Il est nécessaire de nous
demander jusqu'où la frontière de ces définitions dont l'opacité
pourrait s'apparenter à une certaine fermeture d'esprit est
susceptible de s'arrêter.
B- Être viril ou faire preuve de virilité ?
La question dont nous devons nous emparer paraîtrait plus
sage si la formulation était ainsi tournée : le personnage masculin de
la littérature est-il un être viril, c'est-à-dire est-il par sa constitution
le reflet extérieur d'une existence interne incommensurable et
organisée ainsi qu'il ne peut changer sa nature dont le tempéramentmême est d'être viril tout le temps, ou fait-il preuve de virilité, c'està-dire est-il de façon semelfactive ou itérative un personnage dont les
composantes de la virilité « s'emparent » de lui en ce sens qu'il
témoigne en une situation précise d'un comportement masculin ?
Être viril
- Continûment
- Propriété de l'être
- Absolument

Faire preuve de virilité
≠ - Irrégulièrement
≠ - Propriété de l'avoir
≠ - Relativement

→ Ainsi, l'homme viril est-il un être commun ou singulier ? Estil un être dont l'étincelle qui le meut enflamme chaque homme viril,
ou bien est-il un homme dont l'idiosyncrasie21 fait de lui l'objet d'une
originalité qui lui est propre ?
20- Voir tableau récapitulatif, page 3.
21- L'idiosyncrasie est la façon qui amène chaque individu à développer un comportement qui lui est
propre.

En conclusion générale à ce dossier « Le thème de la
masculinité en littérature », nous nous appliquerons à souligner les
éléments fondamentaux qui, tout au long de notre présentation
synthétique de ce thème majeur, ont permis de questionner les
grandes conceptions littéraires de l'homme viril.
La masculinité, fondée sur le notion de virilité, est dans les
écrits de notre littérature une question omniprésente, même si elle
n'apparaît souvent que de façon tacite. Quasiment tous les écrivains
s'essaient à la description physique et morale des personnages des
récits desquels ils sont les créateurs, et la façon dont ils entendent
dépeindre l'homme est pour chacun d'entre eux divergente, offrant
ainsi une kyrielle de portraits à la fois opposés et connexes sur la
base des critères de la masculinité étudiés antérieurement.
Les protagonistes de nos récits favoris sont ainsi tous
différents, mais tous égaux. Dans leur commune constitution, ne
serait-ce que le fait qu'ils soient des hommes, le feu de leur
singularité est inextinguible.
De cette façon, même si pour être pleinement viril d'un point
de vue doxologique, il faut que les personnage masculins soient
physiquement bien constitués (I, a), que les forces extérieures jouent
en leur faveur (I, b) et qu'ils aient une sexualité exacerbée (II), il est
possible que certains d'entre eux, ne correspondant pas à un tel
modèle, fassent preuve de virilité.
Tous les auteurs sont différents, et leurs créations masculines
n'en sont toutes pas moins différentes. Dès lors, pourquoi faudrait-il
qu'il y ait pour tous une même façon d'agir, un même cadre à suivre
pour être viril ? L'originalité et l'unicité de chaque texte rend original
et unique la façon dont chaque homme peut être lié à la notion de
masculinité dans notre patrimoine littéraire.
Pour aller plus loin, si à la virilité masculine peut se substituer
la féménité féminine, l'homme faisant partie du macrocosme
liminairement présenté n'est autre qu'une création jointe et
disjointe, universelle et personnelle, éphémère et éternelle.
ANTHONY BOUNAB.




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