Catherine Chevalley La physique de Heidegger .pdf


À propos / Télécharger Aperçu
Nom original: Catherine Chevalley-La-physique-de-Heidegger.pdf
Titre: LA PHYSIQUE DE HEIDEGGER

Ce document au format PDF 1.6 a été envoyé sur fichier-pdf.fr le 03/08/2017 à 10:28, depuis l'adresse IP 109.8.x.x. La présente page de téléchargement du fichier a été vue 666 fois.
Taille du document: 2.4 Mo (24 pages).
Confidentialité: fichier public


Aperçu du document


LA PHYSIQUE DE HEIDEGGER
Author(s): Catherine Chevalley
Source: Les Études philosophiques, No. 3, HEIDEGGER (JUILLET-SEPTEMBRE 1990), pp. 289-311
Published by: Presses Universitaires de France
Stable URL: http://www.jstor.org/stable/20848434 .
Accessed: 23/06/2014 07:11
Your use of the JSTOR archive indicates your acceptance of the Terms & Conditions of Use, available at .
http://www.jstor.org/page/info/about/policies/terms.jsp

.
JSTOR is a not-for-profit service that helps scholars, researchers, and students discover, use, and build upon a wide range of
content in a trusted digital archive. We use information technology and tools to increase productivity and facilitate new forms
of scholarship. For more information about JSTOR, please contact support@jstor.org.

.

Presses Universitaires de France is collaborating with JSTOR to digitize, preserve and extend access to Les
Études philosophiques.

http://www.jstor.org

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

LA PHYSIQUE DE HEIDEGGER*

La physique math?matique
tient une place importante dans les ?crits
:
de Heidegger
?vidente dans le cours de 1935, Die
particuli?rement
cette
dem
nach
Frage
Ding,
pr?sence se manifeste aussi par de nombreuses
autres occurrences dans le reste de l' uvre. Toutefois il s'agit toujours
de passages, de remarques, d'allusions plus ou moins d?velopp?es,
de
une
ou
autre
d'en
de
dans
occasion,
promesses
reparler
jugements
On
sait par ailleurs que l'essentiel,
d'allure elliptique et paradoxale.
? partir de 1938, est la n?cessit? sans cesse r?affirm?e
pour Heidegger,

de penser l'essence de la technique. Le ph?nom?ne
de la science, en
tant qu'il est caract?ristique des Temps modernes,
repose en effet sur
la technique, comprise non pas en notre sens courant comme application
ou technique m?canis?e, mais comme projet de repr?senter les choses
dans la constance de leur changement, dans la loi de leur ?volution, de
un calcul. A
ne semble pas
fa?on ? les soumettre ?
premi?re vue, il
uvre
aucun
ait
l'
sur la
de
dans
y
questionnement
qu'il
Heidegger
ne soit subordonn?
cette
?
identification
math?matique
qui
physique
de la science ? l'essence de la technique.
La question que je voudrais, pourtant, poser ici pourrait se formuler
de la mani?re suivante :n'y a-t-il pas, ant?rieurement? 1938, une r?flexion
non seulement
sur la physique math?matique
qui
pr?parerait la pr?do
mais
minance du probl?me de la technique,
qui expliquerait ?galement
consacr?s ? la physique dans
certains aspects surprenants des passages
les cours des ann?es 1950 ?
* Les
aux communications
ici r?unies correspondent
l'essentiel
contributions
pour
? l'Ecole normale
lors d'une Table
ronde organis?e
sup?rieure par les Archives
pr?sent?es
en octobre
du centenaire de la naissance
Husserl
de Paris (ens/cnrs),
1989, ? l'occasion
de Martin Heidegger.
(N.dJ.R.)
Les Etudes

philosophiques,

n? 3/1990

?t.

? 10

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

Catherine Chevalley

290

de cette question, qui sugg?re qu'il existe une ?vo
? P?gard des sciences de la nature,
lution dans la position de Heidegger
ne peut s'imposer qu'apr?s
certains d?tours. Je ne l'aborderai donc
dans ce qui suit que par le biais de l'analyse d'une difficult? qui en appa
Mais

la n?cessit?

rence ne concerne qu'un point de d?tail. Il s'agit de la r?f?rence que fait
? l'existence d'une diff?rence d?cisive entre deux p?riodes de
Heidegger
la
Sous des formes plus ou moins d?velopp?es,
la physique moderne.
mention de cette diff?rence parcourt toute l' uvre de Heidegger
jusqu'?
la fin, jusqu'aux S?minaires du Thor par exemple, et sinon depuis le d?but
cette diff?rence n'?merge en physique que dans
et pour cause ?
puisque
les ann?es 1920 ?
du moins depuis 1927. Il n'est pas n?cessaire, pour
ce que veut dire Heidegger,
de commenter l'un apr?s l'autre
comprendre
chacun des textes o? cette diff?rence intervient de mani?re r?currente;

il suffira
de citerun paragraphe de la conf?rencede 1953,Wissenschaft

und Besinnung, qui expose

avec nettet? et dans

toute sa complexit?

tude de Heidegger ? l'?gard de la physiquemath?matique.
?
? Cette

c?dent?

allusion

sommaire

il s'agit des quelques

pages

l'atti

qui pr?

? la diff?rence
qui s?pare les deux ?poques de la physique

fait appara?tre clairement o? a lieu le changementqui fait passer
moderne
de l'une ? l'autre : dans l'appr?hension et la d?termination de l'objectivit?
dans laquelle la nature se met en ?vidence.Mais, dans ce changement qui a

conduit de la physique classique et g?om?trisante? la physique du

noyau et du champ, ce qui ne change pas, c'est ceci, que la nature doit
au pr?alable se pr?senter ? la r?quisition qui s'assure d'elle en la poursui
vant et que la science accomplit en tant que th?orie. Comment toutefois,
dans la phase la plus r?cente de la physique atomique,
objet lui-m?me
avant
et
comment
ainsi
la
tout
c'est
relation
sujet-objet en tant
dispara?t,
sur
et
et
il faut s'assurer
le
le
dont
relation
pas
que
qui prend
sujet
l'objet
comme d'un fonds : c'est l? un point que nous ne pouvons
examiner
de plus pr?s. ?x
ce qui suit, je m'efforcerai d'expliquer
les trois affirmations
Dans
distinctes ?nonc?es dans ce texte. La premi?re est la pure et simple
position d'une diff?rence; l'identification des deux p?riodes de la phy
dont il est question ne pose pas difficult?, car elle est
sique moderne
: il
maintes fois rendue explicite par Heidegger
s'agit de la diff?rence
?
entre la physique math?matique
celle qui appara?t aux xvie
classique
?
et xviie si?cles ?
et la
c'est-?-dire
physique atomique contemporaine
est
entre
et
lam?canique
En
?labor?e
revanche,
1925
1927.
qui
quantique,
ce qui fait davantage
difficult? ou tout au moins para?t surprenant,

c'est la nature de cette diff?rence, qu'explicite
le second groupe d'affir
: que signifie la modification
mations
de ? l'objectivit? dans laquelle
la nature se met en ?vidence ? et que signifie la ? disparition de l'objet
et du
sujet ?, attribu?es ici ? la physique atomique ? Enfin, tout aussi
i VA,

61/68.

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

La physiquedeHeidegger

291

compte tenu du caract?re somme toute fondamental que
cette diff?rence, est ensuite la troisi?me
Heidegger
para?t conf?rer ?
affirmation : l'annulation de la diff?rence, son annulation au regard de
chose qui demeurerait plus fondamental encore et qui serait
quelque
la r?quisition de la nature, d?terminante, elle, pour la caract?risation
surprenante

de

la modernit?.

chacune de ces trois affirmations suc
Je prendrai en consid?ration
cessivement et en ce qui concerne la premi?re, je ferai d'abord l'hypo
th?se que la position d'une diff?rence entre deux genres de physique
est l'affaire du cours que
math?matique
r?dige pour le semestre
Heidegger
? et
d'hiver 1935-1936 sous le titre de ? Grundfragen
der Metaphysik

qui a ?t? publi? en 1962 sous celui de Die Frage nachdemDing. Ceci

revient ? proposer une perspective un peu inhabituelle en ce qui concerne
la signification de ce cours, qui n?cessite d'?tre justifi?e. Je m'efforcerai
donc de montrer dans un premier temps que c'est en 1935 que l'id?e
d'une nouveaut? radicale dans les concepts fondamentaux de la physique
commence ? agir dans l' uvre de
au
math?matique
Heidegger,
point
cours.
?
En suscitant
de d?terminer l'autonomie du
Comment agit-elle
en vue de la
compr?hensionde notreposition fondamentale actuelle, la question
au
clair du fondement de la physique classique comme ime question
de lamise
devant ?tre pos?e afin de permettre de voir ce qui exactement retentit
encore en nous de ce fondement, alors m?me que nous savons mainte
au
nant qu'il
pass?.
appartient
I. ?

Position de la diff?rence : la reprise de h question de la chose
et la situation interne des sciences de la nature

se
pr?sente le cours de 1935 ? Le texte en est divis? assez
? Diverses mani?res d'inter
en deux
parties. La premi?re,
in?galement
en
est
une
sorte
la
chose
de
direction
de longue introduction.
?,
roger
La seconde, ? La mani?re kantienne d'interroger au sujet de la chose ?
est consacr?e ? l'analyse de la ? d?termination
de la
philosophique
chos?it? de la chose que Kant a cr??e ?2. Il est assez naturel de consid?rer
le cours de 193 5 comme un cours surKant. Lorsque, ? la lecture du texte,
l'on est frapp? par l'importance et la pr?cision de l'analyse de la pre
on
et Newton,
chez Galil?e
mi?re loi du mouvement
l'interpr?te tout
ce
cours s'adresse ?
comme
en
retour
un
fait
effet
du
d'abord
que
Comment

l'Analytique des Principes.
A bien examiner l'Introduction, pourtant, il est clair que l'ordre
et que le choix
inverse est plus conforme ? la d?marche de Heidegger
du commentaire de la doctrine kantienne de l'objectivit? est command?
cette intro
bien plus directement par la question directrice qu'expose
2. FD,

42/67.

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

292

Catherine Chevalley

que par le simple souci d'en finir avec la lecture de toutes les
la Critique*.
de
parties
est cette question ? C'est la question de la ? chose ?. L'intro
Quelle
duction du cours accumule d'abord des tentatives syst?matiquement
une
se
jusqu'?
pr?cipite dans le ? IX.
apor?tiques,
triple d?couverte qui
D'une part, lorsque nous demandons ? partir de l'exp?rience imm?diate :
? Qu'est-ce
chose ? ?, nous pensons qu'une chose est comme
qu'une
un noyau autour
(ou un support sur lequel) se tiennent des
duquel
et
de notre
que c'est cela le soubassement
propri?t?s changeantes,
?
nous
?4.
du
monde
D'autre
part, lorsque
conception
interrogeons la
nous
nous
dit
cela depuis
voyons qu'elle
pr?cis?ment
philosophie,
Platon ? et surtout Aristote ?, ce que Kant ?noncera comme premi?re
: ? Tous
de la substance)
les
(permanence
analogie de l'exp?rience
en
contiennent
chose
de
permanent
ph?nom?nes
quelque
(substance)
et
tant que
chose de changeant en tant que
quelque
l'objet lui-m?me
de cet objet, c'est-?-dire un mode
d'existence
simple d?termination
de la chose
de l'objet. ? Enfin, nous voyons que cette conception
s'accorde avec l'essence de la v?rit? si on dit, comme on le fait depuis
longtemps, que la v?rit? est conformit? d'un pr?dicat ? un sujet. Mais,
une fois assur?e cette triple d?couverte, Heidegger
fait basculer l'intro
duction dans une tout autre direction ? partir d'une simple remarque
? incidente ?,
ce
qui consiste ? rappeler que
qui se pr?sente comme
? naturel ? est
et
cette
d?termination essen
qu'ainsi
toujours historial,
tielle de la chose n'a pas ?t? telle de tout temps, qu'il y a eu une d?cou
verte de la chose ?
de la d?couverte
de la
peut-?tre contemporaine
?
et qu'il nous faut donc interroger pr?cis?ment
cette
proposition
duction

le cours de 1935 comme un cours ? sur ? Kant, pr?c?d?
3? La tendance ? consid?rer
d'une introduction g?n?rale, semble en r?alit? rattach?e ? l'id?e que les cours et le livre sur
? Ana
lacune fondamentale
souffriraient d'une
Kant
des ann?es pr?c?dentes
quant ?
?
au regard du privil?ge
?
accord? ?
transcendantale
Esth?tique
lytique des principes ?,
? et du refus obstin? de Heidegger
de voir dans la Critique de la raison
et au ? Sch?matisme
En fait, on ne trouve aucune nuance nouvelle
pure une th?orie de la connaissance.
impor
tante dans l'interpr?tation de Kant de 1935 : les redites y sont m?me
tr?s nombreuses,
y
au cours de 1930 qui abordait d?j? le commentaire
des ? Analogies
compris par rapport
? de l' uvre de
avec le ? centre m?taphysique
de l'exp?rience ?; surtout, la confrontation
? la question directrice de l'Introduction.
est constamment
Kant
rapport?e par Heidegger
il peut sembler ?galement
insuffisant de ne voir dans le cours
Pour des raisons analogues,
avec les th?mes qui avaient
concurrence
de 1935 qu'une
plus ou moins dissimul?e
occup?
au
notamment
?minemment Husserl
dans les Ideen, et avec ceux qui occupaient
Husserl,
: les conf?rences
d?but des ann?es 1930. La comparaison
para?t s'imposer, naturellement

publi?es par Husserl ? Belgrade en 1936 (les ? 1-27de laKrisis) traitentdu probl?mede

et de la signification
l'interpr?tation des d?buts de la science et de la philosophie modernes
en retour
d'une ? m?diation
et
de Kant dans la perspective
de la philosophie
historique
? visant ? pr?parer une ? d?cision ? (? 7). De ce point de vue, le cours de 1935 et la
critique
Il reste que Heidegger,
d'?lucider.
Krisis manifestent un parall?lisme qu'il serait passionnant
me semble-tril, n'aborde
dans la finalit? d'une confrontation
pas ces th?mes uniquement
avec Husserl, mais aussi en vertu de sa propre
interpr?tation de la situation actuelle des
sciences, en tant que cette situation est une incitation ? reprendre ? neuf des questions
qui
en 1915 dans la le?on d'habilitation.
?taient d?j? soulev?es
?.
4. FD,
25/44 : ? nat?rliche Weltauffassung

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

La physiquedeHeidegger
Il s'ensuivra le choix d'une ? section moyenne du chemin?5,
kantienne, dont l'examen est ainsi
repr?sent?e par la d?termination
subordonn? ? la question que pose l'Introduction.
XXX. ? Mais cela ne nous donne pas encore la raison de la reprise
de la question de la chose. Aussi faut-il maintenant pr?ter attention ?
deux indications successives que nous donne Heidegger.
En premier lieu, la reprise de la question de la chose est rapport?e ?
? : ? Nous voudrions
? une d?cision ?
contribuer ? pr?parer
prendre
une d?cision qui se formule ainsi : est-ce la science qui est la mesure de
tout savoir ou bien y a-t-il un savoir dans lequel se d?terminent d'abord
le fondement et les limites de la science et par l? sa v?ritable efficience ? ?6
Est-ce la science qui est la mesure de tout savoir ? L'orientation
sur

hist?ri?ik?.

cette d?cision

traits caract?ristiques
d?termine de fait plusieurs
du
ne
citerai
cours, dont je
que deux.
la restriction du sens de ? chose ? ? ce qui
Elle d?termine d'abord
? est saisissable, visible, donn? ?
? (das
port?e de main
Vorhandene).
ce
sens
?troit7 qu'il s'agit dans le cours de 1935
Si c'est exclusivement de
?
??
nous nous en tiendrons ? la
premi?re signification du mot chose ?8
nous
se
la science
dit Heidegger,
c'est parce que,
pr?sente comme le
savoir vrai sur ce qui est ? port?e de nous. La Vorhandenheit, pour
la pr?sence subsistante, est le nom que nous donnons au
Heidegger,
? mode d'?tre des choses de la nature ?9.
Ensuite et surtout, l'orientation sur une d?cision ? prendre au sujet
de la science d?termine la mani?re dont certains th?mes fondamentaux
sont introduits. Je prendrai le seul exemple de la ? distinction du sujet
et de l'objet ? en tant qu'elle ? fait question au plus haut point ?10. Ce
th?me est introduit dans le cours de 1935 par la mise en lumi?re de la
interne de la pr?tention de la science classique ? saisir
d?composition
interne qui envahit la partie apo
l'essence de la chose, d?composition
?
cart?sienne est abandonn?e
r?tique de l'Introduction, o? l'ontologie
un style
: ? O?
son
constat?e
dans
pascalien
prendre pied ?
impuissance,
?u En effet, pourquoi
le sol nous manque-t-il
?
le sol nous manque.
5. FD,
6. FD,
7. Que

42/67.
8/22.
faut-il entendre par chose? Heidegger
trois acceptions
distingue
possibles.
?
ou un sens
les faits, les affaires ?,
On pourrait entendre ? chose ? en un sens g?n?ral
:
ce
un
un
ou
encore
X,
chose,
quelque
qui n'est pas rien,
plus proprement philosophique
: une chose, c'est un morceau
au sens premier qu'indique
le langage ordinaire
de bois, une
une montre, un javelot, une vis ou un fil de fer, le grand hall d'une gare,
pierre, un couteau,
un sapin g?ant, les herbes et les plantes, les papillons et les scarab?es, un tableau, une sculpture.
C'est donc petit ou grand, anim? ou inanim?, utilisable ou simple objet pour la contem
: on ne dira pas du nombre
ce n'est pas un nombre, ni un mot
5 que c'est une
plation. Mais
? de la chose maison.
Ce sens, que Hei
chose, et l'on distinguera
toujours le mot ? maison
le sens ? ?troit ? de la chose, est le seul pris en consid?ration.
degger nomme
8. FD,
5/18.
9. Gr.Pb.,
36/48.
10. FD,
21/38.
11. Ibid.

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

Catherine Chevalley

294

? droit aux choses ? : la chose est
que nous voulions aller
a
:on les
distingue
toujours singuli?re. Mais il y des choses indiscernables
?
et
la
la
lemoment,
chose est fond?e dans
alors par le lieu
singularit? de
Fessence de Pespace et du temps ?12.Mais qu'est-ce que l'espace et le
?
et temps sont-ils seule
temps et comment sont-ils ensemble ? Espace
un
un
ment
cadre pour les choses,
que nous
syst?me de coordonn?es
ou
en
bien
mettons
sont-ils quelque
chose
place par commodit?...
En d'autres termes, qu'est-ce que la science
d'autre ? (cf. Descartes)13.
de la nature nous apprend au sujet de la chos?it? de la chose lorsqu'elle
: on a
la saisit dans les pinces de ses coordonn?es
analytiques ? Rien
?
et temps ne sont que des domaines
d'emprunt,
l'impression qu'espace
utiles seulement pour assigner aux choses leur position
spatio-tempo
relle ?14. Si toutefois Vobjet de la science ne me donne pas la chose, ne
? ceci ? ?Mais
pourrais-je la trouver dans le sujet, dans l'ostensivit? du
rien non plus de ce c?t? sur le genre de v?rit? dans
Pon n'apprendra
se tient la chose15. Or si je n'obtiens la chose ni au bout de
l'objet
lequel
ni au bout du sujet, c'est que la distinction du sujet et de objet fait question,
bien qu'elle ait ?t? jusqu'? pr?sent la retraite ch?rie de la philosophie16.
Ainsi parvient-on dans le cours de 1935 ? ce th?me fondamental pour
? partir de la seule d?sint?gration int?rieure de l'appr?hension
Heidegger
scientifique traditionnelle de la chose17.
? Mais
? Pourquoi
sur le
XXX.
reposer une question
pourquoi
Supposons

savoir

que

pr?tend

donner

la science,

alors que

la distinction

entre

sciencespositivesetphilosophie a d?j? et depuis longtemps?t? explor?e ?

nous dit, en second lieu, que s'il nous faut reposer cette
Heidegger
m?me
alors
qu'elle para?t r?solue et par la science (la spatio
question
et par la philosophie
de
(la v?rit? de la chose comme
l'objet)
temporalit?
12. FD,
12/27.
? plu
de craie qui a d?j? servi ? Heidegger
13. FD,
13/29. On retrouve ici le morceau
sieurs reprises, et sp?cialement dans le cours de 1930 sur la libert?, pour l'analyse du livre
en rapport avec la d?termination
de laM?taphysique
d'Aristote
de T?tant comme pr?sent
de craie, ? dire vrai, comme pastiche
subsistant. On retrouve le morceau
ironique du mor
ceau de cire : cassons
la craie, nous dit Heidegger,
la craie, o? est l'espace, o?
dissolvons
est la mati?re ? L'espace
n'est pas dans la craie ni ? l'ext?rieur; et de m?me o? est le temps,
sur l'horloge ?
14. FD,
15. FD,
l'?lision de

17/33.
passe tr?s vite sur le c?t? du sujet. On peut aussi souligner
20/37. Heidegger
: ce n'est pas ici le point de vue du Dasein
toutes les analyses sur l'ustensilit?
qui pr?domine. On peut comprendre ce changement de point de vue en se rapportant sim
plement au ? tournant ? de 1929, c'est-?-dire ? la d?cision de prendre en compte directement
de l'Etre. Mais
Fhistorialit?
ici la mani?re
dont est rel?gu?e ailleurs la
je veux souligner
: elle l'est au profit d'une
du Dasein
de l'Analytique
perspective
critique de la fondation

traditionnelle
de la science.
m?taphysique
16. FD,
21/38.
dit ? plusieurs
dans Qu'est-ce
17. Heidegger
reprises qu'il proc?de
qu'une chose ? selon
une d?marche qui ne d?rive d'aucun pr?suppos?
ni dans la science ni dans la philosophie,
une d?marche qui, ? oubliant ? toutes les analyses ant?rieures du concept de m?taphysique,
la m?taphysique
comme cette proc?dure qui vous fait tomber dans un
d?termine
simplement
puits, une d?marche qui par cons?quent met en lumi?re une question ? pure ? : qu'est-ce
la chos?it? de la chose?
que

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

La physiquedeHeidegger

295

conformit? du pr?dicat ? elle), c'est, comme on Ta vu, parce que le
? : voir
? naturel ? est ? en un sens ?minent
quelque chose d'historial18
c'est
h?riter
la chose comme
de
d'une
support
antique
propri?t?s,
ne pas laisser cette histoire
?
tradition. ? Mais
tranquille ?
pourquoi
sentons ? l'aise dans cette tradition, et qu'en outre
nous
nous
puisque
cela ne changerait rien au fonctionnement des trains ?lectriques. Pour
cause de ? conditions bien d?termin?es ? : ? Si par
quoi ? A
exemple
nous nous soumettons ? l'effort de p?n?trer par la pens?e la situation
internedes sciences de la nature aujourd'hui, sciences de l'inanim? aussi bien
que du vivant, si de m?me nous p?n?trons par la pens?e le rapport de
? notre Dasein, alors ceci devient clair : l?
la technique des machines
ont atteint des limites
le savoir et le questionnement
qui montrent qu'?
aux
choses
fait
un
acc?s
d?faut. ?19
proprement parler
originaire
La d?cision de reprendre la question de la chose dans son hist?
ri?ik? tiendrait ainsi notamment ? la ? situation interne des sciences
de la nature ?20. Il y a l?, bien entendu, tout autre chose que de la curiosit?
? l'?gard de cette situation : il s'agit plut?t d'un changement qui serait
en train d'avoir lieu dans notre position fondamentale ? l'?gard de l'?tant.
?
? d?but de
Au moins, reprend Heidegger
change
prudemment ?, d'un
ment ?, ? un changement du questionner et de l'?valuer, du voir et du
en train
la position fondamentale
faire ? ? D?terminer
d?cider ?. Que
de se transformer ? l'int?rieur du rapport ? l'?tant, c'est la t?che d'un
consid?rer ? ce
si?cle entier. ?21 Sans doute; du moins pouvons-nous

et nous prive de libert? dans l'exp?rience
qui nous emprisonne le plus
et la d?termination
le
des choses ?. Qu'est-ce
qui nous emprisonne
traits
la
science
des
?
certains
fait
C'est
fondamentaux
de
le
que
plus
de la nature se sont transform?s ? en une forme universelle
moderne
de la pens?e ?. Il nous faut donc nous enqu?rir de notre rapport ? la
nature, et plus sp?cialement de ce que, dans ce rapport, une conception
d?termin?e de la chose comme ? point mat?riel de masse en mouvement
exclusive.
dans le pur ordre spatio-temporel ?22 a atteint une pr?sence
La question histor?ale de la chose conduit ? mettre en question la pr?
18. FD,
30/50.
: c'est affaire,
nous pouvons
refuser de poser ces questions
19. FD,
31/51. Naturellement
? au sens o? c'est par l'?nexorabilit? du
de ? hauteur du Dasein
apr?s tout, dit Heidegger,
se fixe ? lui-m?me le rang de son ?tre-l?. Mais
si nous la posons,
qu'un peuple
questionner
et de la v?rit?
si c'est ? l'essence de la proposition
alors nous sommes amen?s ? demander
? ou bien si ce n'est pas plut?t ? l'essence
qui se d?termine ? partir de l'essence de la chose
? ? [FD, 36/57]. Que
de la chose qui se d?termine ? partir de l'essence de la proposition
l'essence de la chose ait ?t? jusqu'? pr?sent d?termin?e pour nous par l'essence de la propo
et ce n'est pas une critique contre l'histoire de la phi
sition, c'est le point fondamental
? qui tra?nons avec nous ce commencement
losophie mais une critique contre nous-m?mes
historial
chose de naturel ? [FD,
comme quelque
37/58], alors m?me que ? notre Dasein
? [FD,
est sur la voie d'un changement
38/59].
en faisant
20. Je laisse ici de c?t? la seconde
r?f?rence ? la technique des machines,
? la situation des sciences de la nature.
seulement remarquer qu'elle appara?t parall?lement
21. FD,
38/60.
22. FD,
39/60.

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

296

Catherine Chevalley

s?ance in?branl?e de la ? d?termination de la chose comme subsistant
mat?riel ?23.
On peut donc faire l'hypoth?se que le cours de 1935 doit son auto
nomie ? l'importance, pour comprendre le point o? nous sommes, de
mettre en lumi?re le caract?re historial de la d?termination de la chose
que nous fournit la science de la nature lorsqu'elle pr?tend nous donner
par l? un savoir vrai sur les choses m?mes. Ce qui nous aveugle, c'est
de la chose comme ?tant subsistant et la croyance dans
l'objectivation
l'universalit? du Weltbild que nous offre la science. Mais quelle science ?
Car il n'y a une d?cision ? prendre que parce qu'il s'annonce aujourd'hui,
dans la situation interne des sciences une transformation fondamentale de
notre position ? l'?gard de l'?tant.
? A ce
cours
XXX.
point, je voudrais ?tayer cette interpr?tation du
de 1935 en faisant remarquer que le lien entre un ?branlement de notre
position fondamentale ? l'?gard de l'?tant et la situation interne de la

physique ?tait annonc? d?j? dans des remarques des ann?es pr?c?dentes.
J'en citerai deux.
En premier lieu, je citerai un passage des Probl?mes fondamentaux de

laph?nom?nologie
de 1927.Heidegger y expose quelle diff?renceradicale

: la constitution ontolo
s?pare les sciences positives de la philosophie
ou
?
? dans
l'?tant
n'est
de
pas accessible,
port?e au concept
gique
ne
Aussi
sciences
les
l'?tant.
de
peuvent
positives
l'exp?rience positive
elles que ? r?ver au sujet de l'?tant ? : elles ne sont pas en ?tat de veille
par rapport ? ce qui fait de l'?tant ce qu'il est en tant qu'?tant, c'est-?-dire
par rapport ? l'?tre, bien que cependant cela leur soit donn? d'une cer
taine fa?on (sans quoi il ne pourrait y avoir aucun d?voilement). Hei
degger rapporte cette diff?rence ? celle que Platon voyait entre la g?o
un peu
: ? L'histoire
m?trie et la philosophie,
puis il ajoute
plus loin
de toutes les sciences positives montre qu'elles ne sortent du r?ve que
par moment, pour ouvrir les yeux sur l'?tre de l'?tant qu'elles scrutent.
Nous sommes aujourd'hui dans une situation de ce genre. Les concepts fonda
mentaux des sciences positives se mettent ? bouger. On cherche ? les
r?viser en retournant aux sources originelles o? ils ont ?t? puis?s. ?24
Le second passage que je voudrais citer est repris du cours de 1930 :
De l'essence de la libert?. Ce cours s'adresse lui aussi ? Kant, comme on
sait, sp?cialement au lien qu'?tablit Kant entre causalit? et libert?25. Le
? 15 expose pr?liminairement ce qu'il en est du probl?me de la causalit?
nous redit que ? les sciences
dans les sciences. Or, l? encore, Heidegger
de la nature et de l'histoire sont devenues plus probl?matiques que jamais
dans leur essence interne ? et que ? jamais la disproportion n'a ?t? aussi
et l'incertitude et
grande entre les r?sultats obtenus quotidiennement
23. FD,
39/61.
24. Gr.Ph.,
72 sq./76 sq.
25. WF,
137/136. La question qui se pose est celle de savok si l'on est r?ellement
la libert? selon l'interpr?tation
de penser
kantienne
traditionnelle
(p. 136).

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

tenu

Im physiquedeHeidegger
les plus fondamentales et les
des concepts et des questions
une discussion de la causalit? dans les
?26.
Il
ceci
illustre
par
plus simples
? nouvelles
th?ories physiques ?, fond?e sur une double
r?f?rence ?
il ressort que ? le caract?re de processus
P. Jordan et ? M. Born27, d'o?
est devenu probl?matique
?28 : en d'autres
des processus mat?riels
ce
termes, que le temps de la physique n'est plus
qu'il ?tait. L? encore,
il est question d'un ? ?branlement et un d?placement effectifde notre Dasein
tout entier ?, au regard duquel ? nous n'avons pas le droit (en tant que
contenus de la probl?ma
de mettre de c?t? les nouveaux
philosophes)
l'obscurit?

tique actuelle (de la physique) en les r?duisant? du mat?riel empirique

car il
en aller ainsi que ce mat?riel nous livre l'indication de
pourrait
essentielles de la nature comme telle ?29.
nouvelles d?terminations
ces
nous
disent
deux
passages ? Que nous sommes pris dans
Que
une transformation et un ?branlement de notre position fondamentale
? l'?gard de l'?tant qui fait que nous ne pouvons n?gliger les indica
tions que nous donnent les nouvelles d?terminations de la nature dans
? celles-ci, elles ont pr?sentement
les
les sciences de la nature. Quant
cours
sur
Les
ouverts
de
l'?tant
de
l'?tre
1927
yeux
qu'elles interrogent.
et de 1930 contiennent ainsi en germe la question de 1935 : qu'en est-il

de la choseen objet,aujourd'huique la physique
de la transformation
para?t

d?terminer la ? nature ? d'une tout autre mani?re ?
On s'explique mieux, au vu de ces deux textes, la fa?on assez surpre
est pr?sent?e dans le cours de 193 5,
nante dont la physique math?matique
en
la
V
le
seconde
dans
de
?
partie, version heidegg?rienne
particulier

du ? 9 de la seconde partie de laKrisis de Husserl dont la r?dactionest

y parle du caract?re d?cisif de la mont?e
contemporaine. Heidegger
de la science moderne de la nature dans des termes tr?s forts : ? mutation
du Dasein ?, ? passion exceptionnelle
dont on ne trouve d'?quivalent
?
en question ?, ? lib?ration ?,
mise
la
Grecs
chez
les
endurance
dans
?,
que
?. La ?
? nouvelle
et la
la
libert?
de
elle-m?me
grandeur
configuration
? de la science des xvie et xvne si?cles r?sidait, nous dit
sup?riorit?
en ceci que tous les chercheurs d'alors ?taient philosophes.
Heidegger,

26. WF,
141/141.
le caract?re pol?mique
tr?s vif de la r?f?rence
27. On peut remarquer ? cette occasion
dans le cours de 1941, Grundbegriffe.
? P. Jordan, qui sera ?galement fustig? par Heidegger
Bien que fondateur ?minent de la m?canique
Jordan ?tait assez isol? du groupe
quantique,
du fait de son interpr?tation particuli?re de la situation, qui ?tait un m?lange
de Copenhague
et de national-socialisme
d'irrationalisme
(la libre d?termination de l'?lectron), de positivisme
en gothique
et milite pour le biologisme).
En revanche, la
Jordan publie
(? cette ?poque,
?
r?f?rence ? Born est particuli?rement
pertinente, dans la mesure o? l'article cit?, Quanten
und Statistik ?, est central dans la formation de l'interpr?tation de la m?canique
mechanik
quantique.
28. WF,
142/142.
le passage qui, dans la premi?re partie
29. WF,
?galement
147/146. On peut mentionner
a et mouvement
en tant
chez Aristote
traite du rapport entre
du cours (o? Heidegger
et par l? comprend
que la Physique ?lucide pour la premi?re fois l'essence du mouvement
? l? o? l'essence du mouvement
devient probl?me,
a comme mobilit?),
indique que
se tient toujours dans le plus proche voisinage de la question de l'?tre ?.
l? le questionnement

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

Catherine Chevalley

298
De m?me, ? l? o? s'effectue la recherche
la situation n'est pas diff?rente de ce qu'elle
Niels Bohr etHeisenberg pensent d'un bout ?
quoi ils instaurent de nouvelles mani?res
avant tout dans le questionnement
?30.
La physique atomique contemporaine

authentique et instauratrice,
?tait il y a trois si?cles (...)
l'autre enphilosophes, gr?ce ?
se tiennent
d'interroger et

repr?senterait donc quelque
chose du m?me ordre que l'apparition de la science moderne de la nature :
elle produirait ou exprimerait une mutation du Dasein.
A condition de voir que ce ? m?me ordre ? n'est pas une simple
continuation, mais tient plut?t ? une analogie plus subtile, celle qui
au
relie deux questionnements
fondamentaux
sujet du mode d'?tre de
l'?tant : les sciences sortent du r?ve.
Or, de m?me que ce qui se r?p?te ici est en r?alit?, comme on va
sans doute ce que requiert
le voir, radicalement diff?rent, de m?me
une nouvelle
la physique
n'est
nullement
Critique de
contemporaine
ne vise ?videm
la raison pure. En ?crivant le cours de 1935, Heidegger
ment pas ? promouvoir,
fut-ce pour l'avenir, la n?cessit? d'une reprise
alors comment inter
la
kantienne
de
question
quid juris. Mais
ajust?e
ces textes, s'ils sont dict?s par bien autre chose que la
simple
pr?ter
curiosit? et s'ils ne sont en rien les prol?gom?nes
d'un programme
? cette interrogation par
fondationnel ? J'?chapperai
provisoirement
:
une
o? l'on retrouve l'endurance
je dirai que Heidegger
comparaison,
: ? Aristote, nous dit par
se comporte ici ? la mani?re d'Aristote
exemple
le ? 19 des Probl?mes fondamentaux, fut le dernier des grands philosophes
? avoir des yeux pour voir, et ce qui est encore plus important, la force
et l'endurance de contraindre toujours ? nouveau la recherche? revenir aux ph?
nom?nes et ? ce qu'ils donnent ? voir, en d?daignant totalement les sp?
culations ?chevel?es et creuses, quelque go?t qu'en ait le sens commun. ?31
II. ?

Modification

de l'objectivit? dans la physique atomique contemporaine

la force et l'endurance d'Aristote.
donc ? Heidegger
Supposons
?
? et en inter
en
revenant
aux ph?nom?nes
trouver,
Que pouvait-il
ce
la
interne
sciences
la
nature
?
situation
de
des
rogeant
Heidegger,
sera ma seconde
au
ann?es
des
d?but
1930 que
conjecture, s'aper?oit
la physique quantique est une physique qui n'a plus rien ? voir avec la
d'habilitation
de 1915, m?me
physique qu'il d?crivait dans sa Le?on
si elle en proc?de, et qu'en particulier c'est une physique qui fait un tout
autre usage du rapport du temps au mouvement.
C'est cette diff?rence

30. FD,
51/79.
de la ph?no
31. Gr.Pb.,
329/281. Cf. aussi ibid., 97/95 : ? La maxime m?thodologique
de ne pas renoncer pr?matur?ment
des ph?no
devant le caract?re ?nigmatique
m?nologie,
m?nes, ni chercher ? l'?carter par un coup de force th?orique, mais bien plut?t d'accentuer
ce caract?re
?
?nigmatique.

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

La physiquedeHeidegger
? modification
de l'objectivit? dans laquelle la nature
qu'il nommera
se met en ?vidence ?.
?
XXX.
Ce qui, certainement, attire l'attention de Heidegger,
peu de temps avant la r?daction du cours de 1935, c'est un article publi?
en 1934 dans la revue Die
par Werner Heisenberg
Naturwissenschaften
sous le titre de ? Wandlungen
der exakten Natur
der Grundlagen
in j?ngster Zeit ?32. Cet article avait eu un retentissement
wissenschaft
?
venait d'ailleurs de recevoir le Prix Nobel ?,
Heisenberg
particulier
au
son titre au
donnera
point qu'il
premier recueil d'articles non tech

rencontre Heisenberg
? l'automne
niques de Heisenberg33. Or Heidegger
:?
eut
de 1935, selon le t?moignage de C. F. von Weizs?cker
Quelqu'un
etWerner Heisenberg
l'id?e que Viktor von Weizs?cker
s'entretiendraient
en pr?sence de
de l'introduction du sujet dans les sciences
Heidegger
de la nature; nous dev?nmes les h?tes de Heidegger
pour un entretien
?34
dura
Cari Friedrich,
oncle
Comme
de
Viktor,
plusieurs jours.
qui
?tait pour sa part un biologiste, il para?t plausible de voir dans cet entre

tien l'occasion de l'expression cit?e plus haut employ?e par Heidegger
dans Qu'est-ce qu'une chose ? : ? La situation interne des sciences de la
nature, sciences de l'inanim? aussi bien que du vivant. ?
A bien des ?gards, l'article de Heisenberg
appelle le cours de 1935.
en
entre la physique
la
lieu
diff?rence
Heisenberg
pr?sente
premier
et
en
la
classique
m?canique
quantique
soulignant que la premi?re ?tait
: ? La
une
de
la
chose
physique
physique classique ?tait construite sur quel
fondamentales, qui semblaient un point de d?part
ques pr?suppositions
?vident pour toute science exacte de la nature et qui de ce fait ne parais
: la
saient requ?rir aucune d?monstration
physique traitait du compor
tement des choses dans l'espace et de leur changement dans le temps. ?
De
l?, fait-il remarquer, l'on ?tait conduit ? l'hypoth?se tacite qu'il y
aurait un ? d?roulement
objectif des ?v?nements dans l'espace et le
toute
observation?. De l? encore, l'on ?tait conduit
de
temps ind?pendant
? la construction de la notion de ? r?alit? objective ? fond?e sur l'inter
pr?tation de l'espace et du temps comme des modes
d'arrangement
ultime de cette universali
immuables des choses. Et la cons?quence

sation tacite d'une r?gion de l'exp?rience
(Erfahrungsgebiete) ?tait la
fabrication d'une image scientifiquedu monde (naturwissenschafticheWeltbild).
le r?sultat principal de la th?orie de la
Or, poursuit Heisenberg,
Relativit? et plus encore de la premi?re th?orie quantique et de la m?ca
a ?t? Y
de cespr?suppositions : la r?vision des
nique quantique
effondrement

22 (1934), 669-675.
32. Die Naturwissenschaften,
33. Ce retentissement s'explique aussi par le fait que les expos?s pr?c?dents que Heisen
(1929,1930,1931,1933)
berg avait donn?s de son interpr?tation de la m?canique
quantique
ne cite pas cet article
? un public plus restreint de physiciens. Heidegger
s'adressaient
en
cours
dans le
il
fait fr?quemment mention
de 1935, mais
par la suite.
sur quatre d?cennies,
in Martin Heidegger, Paris,
Rencontres
34. Cf. von Weizs?cker,
de L'Herne,
Editions
1983, 156.

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

300

Catherine Chevallej

et de mouvement
est si radicale
concepts de temps, d'espace
qu'elle
?
?. La
une
ouvre la voie ?
question
possibilit? nouvelle de la pens?e
se pose de savoir ? si les physiciens doivent renoncer ? l'id?e d'une

?chelle de temps objective ?, question ? laquelle Heisenberg r?pond

?
par l'affirmative en l'?tendant ? la notion de processus spatio-temporels
?. Ce que
ce renoncement, c'est la n?cessit? de mettre
signifie
objectifs
en question
l'identification op?r?e par la physique
classique entre la
chose et l'objet. Qu'il n'y ait pas de processus
spatio-temporels objectifs
en
cela veut dire, pour Heisenberg,
que l'on
m?canique
quantique,
ce
sur
l'on
le
saisit
le
de
entendait
mode
que
aupa
n'y
ph?nom?ne
plus
: c'est-?-dire le
comme ce qui est l?
ravant par objectivit?
ph?nom?ne
devant moi, indiff?rent ? l'observation que j'en fais, et que moi, sujet,
me
et le temps ordinaires.
repr?senter dans l'espace
je peux toujours
Cette situation d'effondrement des pr?suppositions
de la physique
un
a
en
encore
fait
effet
remarquer Heisenberg,
classique,
paradoxal
ou
ce
la
constitution
Weltbild
d'un
rend
dor?navant
qu'elle
impossible
Si nous
d'une Weltanschauung sur la base du savoir de la physique.
la question essentielle du retentissement de ces nouvelles
consid?rons
sur la ? situation de l'homme ?, nous voyons que l'on
dispositions
sera conduit ? ?
chose
remplacer le Weltbild du xixe si?cle par quelque
de diff?rent ?35. Il nous faut donc ? pr?sent quitter la position du cogito
: ? Avoir
cart?sien pour celle de Colomb
le courage d'abandonner
enti?rement les terres connues jusque-l?. ?
? la signification de cette situation pour la ? th?orie de la
Quant
elle suppose
connaissance en philosophie
?, nous dit encore Heisenberg,
du caract?re a priori
que l'on soit au clair quant ? la compr?hension
la
des formes de l'intuition et des cat?gories kantiennes. En modifiant
a
structure m?me de la th?orie physique,
la physique contemporaine
?
sans doute boulevers?
la
les donn?es de cette compr?hension. Mais
mesure cette id?e demeure encore f?conde
question de savoir dans quelle
dans les domaines philosophiques
plus ?tendus qui ?taient pour Kant
l'essentiel n'a pas encore ?t? discut?e compl?tement dans cette nouvelle
?.
perspective
Cette description,
si sommaire soit-elle, des principaux aspects de
une
l'article de Heisenberg
indique
profonde affinit? entre les questions
et
de Heisenberg
l'orientation m?me du cours de 1935. En particulier,
la connexion entre l'impossibilit? d'une image du monde et le caract?re
consacre de longs d?veloppements
? l'analyse historique
de
35? A ce point, Heisenberg
? partir de la lib?ration que repr?sentait au
la rigidification graduelle
de l'image du monde
xvie si?cle la d?couverte
d'une nouvelle
r?gion de r?alit? effective et de la construction
au xviie si?cle de syst?mes philosophiques d?ductifs, comme ceux de Descartes
et de Spinoza.
comme machine
ces syst?mes oubliaient que
la connaissance
du monde
D?j?,
ajoute-t-il,
?tait elle-m?me un produit de l'esprit de l'homme;
l'universalisation
de
ult?rieurement,
ce mode
de pens?e ? partir du domaine de rationalit? limit? qui ?tait propre ? la physique
devait produire
la division entre la science et les autres domaines
de la vie dans
classique,
laquelle nous sommes aujourd'hui
emprisonn?s.

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

La physiquedeHeidegger

301

nouvellement
de la critique kantienne n'est pas indiff?
probl?matique
ne
rente : que la
produise plus, selon Heisenberg,
physique
d'image
du monde, et qu'il faille r?fl?chir ? la nature des ?nonc?s kantiens, cela
repr?sente pour n'importe quel physicien allemand de cette ?poque une
se souvenir que de
compl?te r?volution de pens?e, si l'on veut bien
est essen
la physique philosophique
? Planck,
Heimholte
germanique
et
il n'est pas arbi
tiellement
explicitement kantienne. Par cons?quent,
traire de sugg?rer que le cours de 1935 soutient et poursuit aussi cette
r?volution l?, lorsque Heidegger
y relie la critique histor?ale de l'empri
sonnement dans les formes de pens?e d?riv?es de la science exacte de la
nature et le r?examen de la doctrine kantienne de
l'objectivit?.
?
a donc certainement
La rencontre avec Heisenberg
XXX.
repr?
une confrontation avec une
sent? pour Heidegger
apor?
conception
tique certes, mais extr?mement puissante de la modification de la notion
et donc de
nature dans la
d'objet
l'appr?hension de la
physique atomique.
Avant d'envisager cette confrontation ? son niveau le plus fondamental,
sur l'essence du mouvement,
celui du questionnement
je prendrai un
un
texte
bien
Il
de
dans
ant?rieur
de
point
comparaison
Heidegger.
sa
?
de
Der
in
de
d'habilitation
der
1915,
Le?on
s'agit
Zeitbegriff
??
texte ? peine heidegg?rien dans la mesure
Geschichtswissenchaft36

o? il pr?c?de de loin la d?couvertede la temporalit?propre du Dasein,

dont l'influence se fait pourtant sentir sous diverses formes dans
textes ult?rieurs.
de nombreux
Comme le titre ne l'indique pas tout ? fait, Heidegger
traite dans la
?
ce texte ?
en
de
du concept
deux
comporte
premi?re partie
qui
de temps dans les sciences physiques. La question qui constitue l'horizon
du texte est celle de savoir ? selon quel chemin nous pouvons arriver
le plus s?rement ? la connaissance de la structure logique du concept
de temps de la science de l'histoire ?, et par l? du concept de ? temps
ce chemin est un chemin
g?n?ral ?; et
r?gressif qui consiste ? trouver
la ? structure du concept de temps de l'histoire ? partir de sa fonction
dans la science de l'histoire ?, cette fonction devant elle-m?me ?tre
rendue intelligible ? d'apr?s le but de la science de l'histoire ? : nous
de la ? science de l'histoire comme fait, nous
partirons, dit Heidegger,
y ?tudierons la fonction effective du concept de temps et nous en d?ter
minerons ? partir de l? la structure logique ?. Mais afin d'augmenter
la
un effet de contraste, il convient de
cette
au
mise
de
par
pr?cision
jour
suivre pr?alablement
le m?me
chemin ? propos de la science de la
nature. Il convient donc de s'assurer en premier lieu du but de la science
de la nature, puis de la fonction qu'y exerce le concept de temps, puis
de la structure de ce temps physique.
demande
S'agissant du but de la science de la nature, Heidegger
alors quelle est la ? tendance fondamentale
de la physique qui s'est
mais

36. FS3 355/376.

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

Catherine Chevalley

302
manifest?e
l'?poque

de mani?re toujours plus significative depuis Galil?e
jusqu'?
?
se laisse entrevoir
pr?sente ? Cette tendance fondamentale

d?j? dans la nouveaut? de la m?thode qui appr?hende la multiplicit?
des ph?nom?nes au moyen de la loi37 (Galil?e). Mais ? laphysique moderne
est pas rest?e l? ?. Elle
au cours de son d?veloppement
accomplit
:
un
autre
essentiel
ult?rieur
celui d'une unification croissante des
geste
la
si
bien
que l'on ne se trouve plus en pr?sence
physique38,
objets de

n'en

aujourd'hui que de deux grands domaines de la physique : laM?canique
comme

comme
physique de la mati?re et l'Electrodynamique
physique
un?
cr?e d'ailleurs
de l'?ther. Ceci, poursuit Heidegger,
combat violent ?
? et la ?
entre la ? Weltanschauung m?canique
Weltanschauung ?lectrody
?
?. Mais
si l'on suit Planck
cite ici longue
dont Heidegger
namique
on voit que les concepts
ment un ouvrage de 191039 ?,
d'espace, de
temps et de substance, qui servaient de fa?on essentielle ? laM?canique,
et que par
demeurent tout aussi essentiels pour l'Electrodynamique,
suite on peut pr?dire une unification des deux domaines dans le sens
nous montre
d'une Dynamique
g?n?rale. Ceci, nous dit Heidegger,
bien quel est le but de la physique comme science : ? Ce hut est unit?
aux lois
du Weltbild physique**, la r?duction de tous les ph?nom?nes
fix?es math?matiquement
fondamentales
d'une Dynamique
g?n?rale,
aux lois du mouvement
d'une masse d?terminable. ?
Quelle

est maintenant

lafonction du concept de temps de cette phy

sique ? Puisque l'objet de la physique est de manifester la l?galit?du

mouvement
les mou
dans la plus grande g?n?ralit? possible et puisque
?
? veuille dire ?,
vements ont lieu ? dans ? le temps ?
quoi que ce dans
et le temps ? tiennent ensemble d'une mani?re
c'est que le mouvement
? affinit? ? dont
ou d'une autre ?, ont entre eux
C'est
parle Galil?e.
le r?le essentiel que joue la mesure qui laisse entrevoir cette affinit? :
pour mesurer la position d'un point mat?riel dans l'espace, il faut pr?sup
Si maintenant
poser un point fixe, puis poser trois axes de coordonn?es.

illustre ce point par une longue analyse de la loi de la chute des corps
37? Heidegger
? l'?gard de toute consid?ration
chez Galil?e
o? il souligne
l'abstraction de la d?marche
d'un corps d?termin?.
et la th?orie de la chaleur ? la
elle r?unit l'acoustique
part, dit Heidegger,
38. D'une
et la th?orie du rayonnement
d'autre part elle fait entrer l'optique, lemagn?tisme
m?canique,
etMaxwell-Planck).
thermique dans la th?orie ?lectrique (soit Fourier-Boltzmann
Rappelons
que la ? th?orie du rayonnement
thermique ? de Planck (1900) est le lieu o? s'introduit en
bien que Planck n'ait eu
dans les ?changes d'?nergie,
l'id?e d'une discontinuit?
physique
en rien cette intention, et que ceci est toujours pr?sent? comme la date de naissance
de la
th?orie quantique.
39. Max
1910. C'est
Planck, Acth Vorlesungen ?ber theoretische Physik, Leipzig, Hirzel,
de lutter contre la tendance croissante ? introduire
l'?poque o? Planck tente d?sesp?r?ment
une discontinuit? dans la structure du rayonnement, au point de proposer
ce qu'on appelle
la ? seconde th?orie de Planck ? dans laquelle lem?canisme
de l'absorption du rayonnement
?tant continu.
cdlui de l'?mission
discontinu,
appara?t seul comme un m?canisme
40. Cette expression est le titre d'un c?l?bre article de Planck, ? Die Einheit des physi
kalischen Weltbildes
?, Physikalische Zeitschrift, 10 (1909), 62-75, dans lequel Planck se livre
? une critique violente des id?es de E. Mach.

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

La physiquedeHeidegger
l'on veut ?tudier le mouvement
de ce point sur une courbe, l'on
associera ? chaque seconde sur l'horloge trois mesures, i.e. trois nombres
? l'instant /. ? Posons maintenant
d?terminant la position du point
: les coordonn?es,
/
toutes
en tant
les
successives
valeurs
pour
qu'elles
sont des fonctions continues de /, donneront la connaissance
totale de
toutes les positions successives dans le temps du
point P. Cette connais
sance totale de toutes les
? Les
nous
positions,
l'appelons lemouvement.
sont
intuitives
sensibles
ainsi
des
effac?es
qualit?s
ph?nom?nes
(ausgel?scht)
et transmu?es (gehoben) dans le
La fonction du temps
math?matique.
est de rendre possible cette op?ration en rendant
la mesure.
possible
structure
D?s
la
du
de
lors,
concept
temps devient visible : le temps
une
comme
variable ind?pendante, qui assure
appara?t dans la physique
mouvements
l'?coulement uniforme des
continus. La
seule relation
qui existe entre les points du temps est qu'ils se succ?dent uniform?
ment, par quoi le temps lui-m?me ? se fige ? et devient simplement
quelque chose ? mesurer comme une surface. ? Le temps a ?t? transform?
en un arrangement
?
homog?nede positions, en une ?chelle, en un param?tre.
est
Le temps
pens? spatialement.
Au vu de ces analyses de 1915, ce
lorsqu'il
qu'apprend Heidegger
lit les articles de M. Born et de P. Jordan ou lorsqu'il
parle avec Heisen
en rupture avec tout ce
berg est radicalement diff?rent41 et
qu'il croit

?tabli au sujet du but de la physique et au sujet de la fonctionet de

la structure du concept de temps. En cons?quence,
le cours de 1935
en ?voquant
suit Heisenberg
le fait qu' ? il n'y a plus d'unit? fond?e et
claire des sciences et que cette unit? n'est plus un besoin ni une ques
encore bien
tion ?42, et lorsque Heidegger
reprend pour la d?velopper
plus longuement qu'en 1915 l'analyse de la premi?re loi du mouvement,
c'est en y rapportant tout ce que la Le?on disait de la physique en g?n?ral
? la physique ? de Newton
?43.
XXX. ?
? Pourquoi
la situation des concepts fondamen
Pourquoi
taux de la
a-t-elle chang?, avec l'apparition de la th?orie
physique
au
ne peut
quantique,
point de faire dire ? Heisenberg
qu'un atome
une
comme
?tre
d?crit
chose
dans
mat?rielle
plus
objectivement
l'espace
?voluant dans le temps d'une mani?re d?finie, qu'il n'y a plus ni espace
ni temps objectifs, et que tout Weltbild est
?
anachronique

41. Pour qui s'en ?tonnerait, en constatant que le texte de 1915 se range apr?s tout ?
il faut pr?ciser que la m?canique
l'opinion de Planck et cite ?galement Einstein,
quantique
s'est ?difi?e dans une certaine mesure malgr? Planck et dans une direction contraire ? ses
restreinte demeure,
espoirs, et que la th?orie de la Relativit?
justement, une th?orie ? clas
en 1930,
de la description
des ph?nom?nes.
Ainsi
sique ? sous le rapport des conditions
dans ses conf?rences
sous le titre de Die physikalischen Prinzipien der
de Chicago
publi?es
S. Hirzel
2, Heisenberg
Quantentheorie, Leipzig,
remarque par exemple ceci : ? La th?orie
avec les exigences
de la relativit? s'accorde n?anmoins
traditionnelles de la science en ce
en sujet et
le principe
qu'elle permet de s?parer lemonde
objet et de formuler avec pr?cision
?
de causalit?.
42. FD,

43. FD,

53/81.

68/69 sq.

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

Catherine Cbevalley

304

seraient ici ? envisager,
Plusieurs aspects de la m?canique
quantique
comme par exemple la
de
de l'objet et de
l'ind?pendance
disparition
la neutralit? du sujet, ou la mani?re dont la physique classique de la
chose est rapport?e ? l'usage du langage ordinaire. Ces aspects ont une
r?sonance dans le cours de 1935 : le fait, par exemple, que la th?orie
aux
se constitue au
gr? d'un renoncement
images, d'une
quantique
le fait qu'? partir de 1925, la m?canique
iconoclastie fondamentale;
son oppos?,
la physique d?sormais ? classique ?,
quantique
d?signe
comme une extrapolation des intuitions du langage ordinaire (en d'autres
termes, la chose est d?finie selon l'essence de la proposition),
l'objet
lui-m?me demeurant inexprimable dans ce langage;
le fait,
quantique
enfin, que la disparition du face ? face du sujet et de l'objet est prise
en compte comme telle de mani?re tout ? fait
explicite dans les textes
de
Mais
rel?vent
de
je me bornerai
l'Interpr?tation
Copenhague.
qui
ici ? un seul trait, qui me semble ? la fois plus fondamental et plus
d?cisif : ce trait, c'est la mise en question de la d?termination traditionnelle

de l'essence du mouvement.

ne s'est constitu?e
La m?canique
quantique
qu'? partir du moment
o? l'on a abandonn?
le concept classique de mouvement, en faisant retour
au niveau de la
un concept
cin?matique. Aucune physique ne renonce ?
fondamental si elle n'y est contrainte et forc?e : il a donc fallu vingt-cinq
ann?es pour que le maintien de ce concept apparaisse d?finitivement
ces
impossible. A l'issue de
vingt-cinq ann?es, entre 1924 et 1925, la
situation de la physique atomique ?tait caract?ris?e par un vide conceptuel
absolu d? ? la conscience de la n?cessit? de red?finir les concepts les
: Pauli ?crit ainsi ? Bohr, en juillet 1925, que ? ce n'est
plus primitifs
pas le concept d'?nergie qu'il faut d'abord modifier, mais plut?t les
et de force ?u. Et Bohr ? Geiger, que : ? les
concepts de mouvement
difficult?s actuelles excluent compl?tement le maintien de la description
?45.
ordinaire des ph?nom?nes
spatio-temporelle

En
Born,
1925, la m?canique
que cr?ent Heisenberg,
quantique
Jordan, Pauli et Bohr peut, de mani?re sommaire, ?tre d?finie ainsi :
c'est une th?orie qui donne une loi du mouvement
de l'?lectron de
l'atome d'hydrog?ne46, mais cette loi s'exprime de fa?on alg?brique,
en tant que ce sont des matrices
aux gran
(infinies) qui correspondent
deurs classiques qui ?taient des fonctions du temps; en outre, l'on
renonce ? faire usage ? propos de l'?lectron des concepts
classiques de

44? Lettre du 27 juillet 1925, in W.
1979, 232.
45. Lettre du 21 avril 1925, in N.
t. 5, 350.
n'a qu'un
46. L'atome
d'hydrog?ne
lois du mouvement
d'un atome ? deux
en 1927 de la m?canique
de
matricielle
latoire de Schr?dinger.

Pauli Wissenschatliche
Bohr Collected Works,

Briefwechsel, Berlin,
Amsterdam,

Springer,

North-Holland,

les tentatives pour trouver les
seul ?lectron. Toutes
ou plusieurs ?lectrons ?chouent
jusqu'? la synth?se
et de la m?canique
ondu
Heisenberg-Born-Jordan

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

La physiquedeHeidegger
de vitesse, de trajectoire, d'?nergie,
de causalit?47. Selon
position,
? Zur Quantenmechanik
II ?, l'article dit ? des trois hommes ?
(Born,
des ?lectrons ne peuvent pas
Jordan), ? les mouvements
Heisenberg,
?tre d?crits dans les termes des concepts ordinaires
:
d'espace et de temps
un trait caract?ristique de la nouvelle th?orie est la modification
qu'elle
?48.
impose ? la cin?matique aussi bien qu'? la m?canique
ce renoncement ?
Pourquoi
Dans un premier temps, la physique atomique avait cherch?, comme
en 1915, l'unification
l'indique la citation de Planck que fait Heidegger
et de
de la M?canique
Le
l'Electrodynamique.
probl?me qui se posait
?tait celui de la constitution interne de l'atome, ?tant entendu que cette
: dans l'atome, il y avait un
constitution ?tait manifestement ?lectrique
certain nombre d'?lectrons49. L'id?e
?tait de rendre compte de ce que

Abb.

26. ?

Bohrs Modell

des Wasserstoffatoms
statt Ellipsen)
(mit Kreisen

in vereinfachter

Form

aux ?tats stationnaires de l'atome.
, 2, 3, 4 : entiers correspondant
<?? : fl?ches repr?sentant les raies du spectre de l'atome d'hydrog?ne
(s?ries de Lyman,
Balmer, Paschen).
des valeurs de l'?nergie du
(?) : ? orbites stationnaires ? indiquant la s?rie discontinue
l'?lectron effectue une transition ou un ? saut ?
Entre deux orbites,
syst?me atomique.
? d?crire.
quantique,
impossible
et H. Holst, Das Atom und die Bobrscbe Theorie seines
Sch?ma repris de H. A. Kramers
? toutes les repr?sentations
Baues, Berlin, Springer,
1925. Bohr ?tait, pour sa part, oppos?
atomique.
figuratives de son mod?le

? partir du formalisme des ?quations
diff?rentielles, comme possibilit? de
47? D?finie
un ensemble
initiales d'un syst?me,
de nombres d?crivant les conditions
faire correspondre
loi d'?vo
? un autre ensemble de nombres d?crivant les conditions finales au moyen d'une
lution continue.
P. Jordan, Zur Quantenmechanik
,Zeitschrift f?r Physik,
48. M. Born, W. Heisenberg,

35 (i9*6)> 558.

les ann?es 1890, l'atome perd la l?gitimit? de son nom grec en ce sens que
49. Depuis
interne. Cette
l'on d?couvre qu'il est s?cable et que l'on cherche ? conna?tre sa constitution
constitution est, pense-t-on,
?lectrique, en d'autres termes l'atome est constitu? d'?lectricit?

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

3o6

Catherine Cbevalley

Fon savait sur l'atome, sa chimie et ses spectres, ? partir d'une m?canique
mouvement
de l'?lectron, c'est-?-dire d'une
qui fournirait la loi du
Id?alement on obtiendrait un mod?le
atomique pla
?lectrodynamique.
n?taire et l'unification du c?leste et du terrestre accomplie par la physique
au xvii6 si?cle s'ach?verait du c?t? de l'autre infini.
moderne
? atome de Bohr ? en 1913 est
Ce que l'on appelle
d?j? la d?faite
de cet espoir, la d?monstration de l'impossibilit? d'une l?galit? unique
de tous les mouvements.
de Bohr est comme un dessin qui
L'atome
r?futerait sa propre figurativit?.
et
Le mod?le
de Bohr pour l'atome est en effet la reconnaissance
: a) l'?lectron contredit
la synth?se de certaines contraintes absolues
l'atome n'est pas en d?perdition d'?nergie
F?lectromagn?tisme
puisque
constante (mouvement acc?l?r?);
b) l'?lectron contredit la m?canique
un noyau, donc une structure
ait
certainement
bien
y
puisque,
qu'il
est
l'atome
stable relativement aux colli
gravitationnelle
quelque part,

sions (?tat fondamental). Et donc c) h seule chose que l'on puisse
sur les
?crire, c'est une ?quation
?changes discontinus d'?nergie. Mais
sur ? ce
a lieu ? entre deux ?tats stationnaires, entre deux orbites
qui
sur lesquelles se repose F ? ?lectron ?, on ne peut rien savoir. La notion
de l'?lectron n'a plus de sens.
d'?volution
pour le mouvement
Finalement, Bohr pose en 1924, dans le ? d?sespoir ?, qu'il sera
n?cessaire de renoncer ? toute esp?ce de repr?sentation des ph?nom?nes
dans l'espace et le temps. Lorsque
r?sout
la m?canique
matricielle
?
?
en
le
elle
1925,
partiellement
n'y parvient que parce
probl?me
? s'y affranchit de la d?ter
que, selon l'expression de Bohr, Heisenberg
mination classique du mouvement
yy50.
de math?matiques
L'introduction
dans l'expression
nouvelles
des lois fondamentales
la
rend caduque
conception
analytique classique du mouvement
qui en faisait la des

positive et n?gative. Les donn?es concernant l'atome sont de trois ordres : il y a une stabilit?
il y a une stabilit? m?canique,
et l'on dispose de donn?es
i.e. de
chimique,
spectroscopiques,
des rayonnements
?mis par un atome excit?. La question
photographies
simple qui se pose
est ainsi de d?duire ces donn?es d'une loi du mouvement
des constituants de l'atome, c'est-?
dire des ?lectrons. On attend donc de la th?orie
fournisse une
?lectromagn?tique
qu'elle
nou
par quoi on pourrait rendre compte de toutes les donn?es
dynamique
exp?rimentales
velles sur les atomes.
de la m?canique
50. A l'issue des trois ann?es essentielles de constitution
quantique
?
Bohr propose
de formuler la condition de possi
proprement dite
1925, 1926, 1927 ?,
bilit? de la description physique des ph?nom?nes
de la fa?on suivante :alors que la physique
dans l'espace et le temps et le principe de causalit?, la
classique peut unir la repr?sentation
est tenue de les disjoindre. En d'autres termes, ou bien l'on fixe les pos
physique quantique
sibilit?s de d?finition d'un syst?me en posant
ses conditions
initiales (par la fonction
),
et l'on renonce ? toute
de l'?tat final (l'on n'aura qu'une
repr?sentation
spatio-temporelle
ou
de
bien l'on fixe les possibilit?s
mais alors les rela
probabilit?
pr?sence) ;
d'observation,
tions d'md?termination
(l'?clairement n?cessaire ? la mesure de la position modifie
l'impul-t
? classiques
? {e.g. position
simultan?e des param?tres
e
sion) interdisent la connaissance
et par suite toute application
stricte de la causait? est impossible.
Soit : on a
impulsion)
le choix entre une ?quation ? d?terministe ? qui ne d?crit pas la r?alit? effective du
syst?me,
et des conditions
effective qui interdisent toute description
d'observation
d?terministe.
Et en tout ?tat de cause rien de tout cela ne se passe dans
et
le temps ordinaires.
l'espace

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

La physiquedeHeidegger

307

: il
cription d'une courbe continue dans l'espace de la g?om?trie ordinaire
renoncer
La
? la trajectoire.
notion d'objet
faut
changeant de lieu
de trouver un
devient vide, on ne peut calculer que des probabilit?s
un
?tat
dans
de
dans
certain
syst?me
l'espace
configuration.
Cette situation de la physique dont Heidegger
prend connaissance
entre 1927 et 1935 est ? vrai dire une situation dans laquelle les ph?
nom?nes ne sont plus pens?s selon aucun des concepts fondamentaux
: permanence,
de l'ontologie
traditionnelle
continuit?, substantialit?,
acte de cette transformation fonda
discernabilit?... Heidegger
prend
et il la voit forc?ment sur le fond de toute l'histoire de la
mentale,
occidentale. Si, en effet, la m?canique
quantique con?oit la
m?taphysique
? nature ? autrement que sur le mode de la
ne
pr?sence subsistante, cela
que renvoyer ? une interrogation sur la probl?
peut, pour Heidegger,
a en tant
de 1'
aristot?licienne
matique
qu'elle ?tait indissolublement
li?e ? la mise en lumi?re du temps comme nombre du mouvement.
?
en effet, ? l'?tant
Aristote
ontologiquement
exemplaire
Depuis
au
sens
nous
?
sur
d?chiffrons le sens de l'?tre ?, c'est la nature
lequel
? la
? la question du mouvement,
de Vitre pr?sent-subsistanf?1. Quant
n'a pas fait un seul pas en avant depuis Aristote ?52 et
philosophie
non seulement le
la
?
quant
question de l'?tre de l'?tant,
pr?tendu
retour ? l'Ego dans la philosophie moderne
n'a fait que poursuivre
cette interpr?tation en pensant le Dasein
lui-m?me comme res cogitans,
mais chez Kant encore, bien qu'il aper?oive l'impossibilit? de concevoir
sur ce mode53, le primat de l'?tant subsistant demeure si fort
le Moi
Kant
d?termine toujours la nature comme l'objet de la physique
que
et que le concept m?me de chose en soi reconduit impli
math?matique
traditionnelle de P?tre-subsistant54 ? : Kant
citement ? l'ontologie
? 55.N'est-ce pas
? omet de poser la
question de la chos?it? de la chose
que d'avoir trouv? dans
pr?cis?ment la d?couverte propre de Heidegger
l'?tant que nous sommes nous-m?mes un mode qui est justement celui
dans ce
de l'existence et non celui de la pr?sence subsistante56 ? Mais
?
?
une
ait
d?couverte
cas, faudrait-il concevoir qu'il y
qui serait
parall?le
?
a
une
est
il
les
la
celle de
vrai,
yeux ouverts,
physique
physique qui,
et qui, questionnant
l'essence du mouvement,
par l? in?
questionne
et
la
?
concevoir
l'?tre
de
conduirait
l'essence
vitablement
?,
qui
nature autrement que comme un ensemble d'?tants subsistants ? Com
51. Gr.Pb.,
173/155.
52. WT,
31/39.
53. Gr. Ph., 209/183.
54. ?a/.
55- FD,
100/138.
?
o? la s?paration couramment
la mesure
56. Cf. par exemple Gr. Ph., 90/89 : Dans
un objet avec sa sph?re transcendante
op?r?e entre un sujet, avec sa sph?re immanente, et
?
?
est cons
encore plus g?n?rale, la diff?rence entre un dedans et un dehors
de mani?re
nous ne
? de plus amples constructions,
truite de toutes pi?ces et fournit toujours occasion
l'?tant
mais nous comprendrons
ni
?
de
de
l'avenir
sph?re
objective,
sujet,
plus
parlerons
?
ces comportements
intentionnels comme Dasein.
auquel appartiennent

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

3 8

Catherine Chevalley

penser la r?cusation apparemment d?finitive, dans la ? phase la
plus r?cente de la physique atomique ?, de la relation de cons?quence
et de l? ? la substance ?
qui allait de la permanence ? Yextensio

ment

III. ?

U

annulation de la diff?rence :

physiqueatomiqueetmodernit?

Or cette question ne se pose pas, pour Heidegger,
parce que la
diff?rence entre la physique ? classique ? et la physique ? contem
? a beau ?tre d?cisive et atteindre ?
poraine
l'objectivit? dans laquelle
la nature se met en ?vidence ? par le biais d'une
conception radicalement
diff?rente du temps, cette diff?rence
s'annule.
Cette annulation
cependant
se marque
dans le balancement presque constant de tous les passages
consacr?s ? cette question, balancement
entre le
rappel du caract?re
d?cisif de la diff?rence et l'affirmation que cette diff?rence pourtant ne
chose qui est plus essentiel encore.
compte pas au regard de quelque
?
Pourquoi
XXX. ?
Il semble ? ce point ?vident que, s'agissant de ? d?cision
? prendre ?,
sa d?cision est
Heidegger montre que
prise dans le texte
de 1938, Oie Zeit des Weltbildes, ? l'occasion de sa caract?risation des
Temps modernes.
selon ce texte ?
Qu'est-ce
que la modernit?,
pose cinq
Heidegger
?
?
essentiels
des
ph?nom?nes
Temps modernes, mais il ne s'occupe
que du premier : ? nous limitons la question au premier ph?nom?ne
?
en l'occurrence il ne sera question que de la
cit?, la science ?
physique
et il se donne pour t?che de ? toucher le fonds
?,
math?matique
qui fonde la science en tant que moderne ?57.
m?taphysique
donc que la science en tant que moderne ? C'est d'abord
Qu'est-ce
le fait que la recherche
(Forschung) s'installe dans un domaine de V?tant.
On assiste ici ? la reprise des
ant?rieurs sur le projet
d?veloppements
: la nature comme ensemble
de la physique
math?matique
classique
des mouvements
de diff?rents centres de gravit?, o?
spatio-temporels
mouvement
signifie changement de lieu. C'est ensuite le fait que la
m?thode de la science fixe la variation dans la constance du
changement,
i.e. dans la loi
: et ? ce
scientifique du processus
point le texte de 1938
de 1915. C'est enfin Y organisation de la
reprend de tr?s pr?s la Le?on
science en instituts et l'apparition d'un autre type d'homme, ? le chercheur
de recherche ?, plus que dans le ques
engag? dans des programmes
tionnement.

demande
ensuite ? quelle acception de l'?tant corres
Heidegger
une telle science moderne.
Il faut que V?tant devienne ? objet ?
pond
?
la Nature ? forc?e ? et l'Histoire ? arr?t?e ?58. Et il faut que l'on
57- H,
58. H,

70/101.
80/114.

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

La physiquedeHeidegger

309

recherche l'objectivit? selon une conception de la v?rit? comme certitude
: Descartes,
de la repr?sentation
faut que Vhomme
c'est-?-dire qu'il
ces
devienne sujet. Avec
deux transformations, qu'obtient-on?
La for
mation
d'un Weltbild. ? Avec
l'av?nement du Weltbild
s'accomplit
une
sa totalit?. L'?tre de l'?tant
assignation d?cisive quant ? l'?tant dans
est d?sormais
et
cherch?
trouv? dans l'?tre-repr?sent? de l'?tant. ?59
Au lieu de parler des conceptions de l'?poque moderne,
il faut dire que
se
les Temps modernes
d?finissent par la fabrication de conceptions
: ? Voil?
comme tel devient
du monde
que le monde
image con?ue,
?60
voil? qui caract?rise et distingue
le r?gne des Temps modernes.
?
a ?t? dit
revenons ? tout ce
Maintenant
et
qui
pr?c?demment
qui
?
est abondamment
au
r?p?t? dans les textes des ann?es 1950
sujet

de la sp?cificit?de la physique atomique. L'objet dispara?t, le sujet

au
: en outre, le Weltbild
dispara?t,
profit du probl?me de leur relation
et l'?tant n'y est pas
la fixation de la loi
selon
y est impossible;
pens?
sens strict, si la
de variation
d'un processus
Au
spatio-temporel.
modernit? est ce que dit Heidegger en 193 S, la physique quantique ri estpas une
ce n'est pas la conclusion que tire
physique moderne. Or
qui
Heidegger,
dit ? maintes reprises que la physique nucl?aire ou la physique des par
ticules reste une physique moderne.
Et pourtant cette contradiction n'est peut-?tre
XXX. ?
qu'appa
en effet,
rente. Que la
reste une
physique quantique
physique moderne,
cela signifie que le probl?me
la
essentiel qui demeure
intact malgr?
modification des concepts fondamentaux et de l'essence du mouvement,
est le probl?me de la technique, i.e. du projet calculatoire sur les choses.
Or
trois raisons pour lesquelles Heidegger
je vois au moins
pouvait
?tre enclin ? porter cette conclusion et ? maintenir la physique atomique
dans l'ordre de la modernit?.
La premi?re raison est facile ? tirer de la th?semajeure de l'interpr?
sans
cette th?se pose
tationm?me de Bohr et deHeisenberg. Non
paradoxe,
a
en effet que,
pas de concepts proprement quantiques
n'y
puisqu'il
qui pourraient repr?senter l'essence de l'objet, alors on est tenu de faire
Il n'y a pas de concepts
usage des concepts classiques dans le discours.
en d'autres termes, pas
:
au sens traditionnel,
quantiques
d'ontologie
?
?
au
il faut bien
de
des
Mais
discours.
pas
transparence
quantons
?
? et faire de la
:
on
tous
les effets
utilise
alors, pour
physique
parler
une chambre de Wilson,
?lectrons
observ?s
dans
des
(traces
impacts
sur les plaques
etc.) les concepts de la physique
photographiques,
en sachant toutefois que ce ne sont ici que des
classique,
m?taphores.
Sur le plan du discours, on est donc toujours dans la m?me situation :
on fixe la variation des
on reste dans le calculatoire.
repr?sentations,
Une seconde raison est le pessimisme de Heidegger
quant au maintien
59. H,
60. H,

82/117.
83/117.

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

Catherine Chevallej
de l'endurance. D?j? en 1927, dans les Probl?mes fondamentaux, Heidegger
?crivait que la sortie du r?ve, dans la science de la nature, ne pouvait
durer : ? Les sciences ont recommenc? ? r?ver... On est mal ? Taise
assis sur un tonneau de poudre et sachant que les concepts fondamen
taux ne sont plus que des opinions ext?nu?es, on veut ?tre
tranquille. ?61
Ceci en 1927 : et il est vrai que, d?s que le probl?me fondamental de la
est r?solu, en 1927, seuls restent assis sur les
m?canique
quantique
on
tonneaux de poudre
les fondateurs de la th?orie. Ailleurs
op?re
? : on cherche les constituants
? moderne
comme dans la
physique
ultimes, on casse, on divise, on croit trouver les choses m?mes, on cal
:
cule et on s'enquiert de l'image du monde
plus que jamais aujourd'hui,
dans les th?ories de ? grande unification ?, on recherche l'unit? d'un

Weltbild physique.

troisi?me raison enfin consiste ? prendre au
que faut-il penser, au sujet de la situation actuelle des
J'ai dit plus haut, ? propos du cours de 1935, que
la diff?rence d?cisive entre les
degger consid?re
le fond de la transformation de notre position
La

:
s?rieux la question
sciences de la nature ?
d'entr?e de jeu Hei
sur
deux physiques

fondamentale
dans
l'?tant. Qu'est-il
le plus important de penser, de ce point de vue ?
Plusieurs chemins sont possibles, ceux-l? m?mes au carrefour desquels
ont encore
les combats les plus violents sur la m?canique
quantique
lieu. Faut-il rechercher une ontologiequi serait l'?quivalent de l'ontologie
cart?sienne ? Faut-il se tourner plut?t vers la th?orie de la connaissance
ce
comme le font les n?o-kantismes ? Ou bien faut-il
qui
s'occuper de
nous touche effectivement et nous concerne, c'est-?-dire de la science
de la science organis?e qui poursuit plus que jamais, dans
moderne,
? ?re
ce que
d?crit de
atomique ?, l'id?al d'appropriation
Heidegger
et
En
de la Nature
de l'homme ?
s'adressant ? la technique en tant qu'elle
au moment de la fon
constituait d?j? l'essence de la science moderne
dation de la physique math?matique.
Heidegger
prend le troisi?me
ce qui
chemin. Entre
le xviie si?cle et la physique de Heisenberg,
? cart?sienne ?, ce n'est pas la consi
en effet, c'est
l'ontologie
dispara?t,
d?ration de l'?tant dans la perspective du calcul. Et par cons?quent,
quant ? l'objectivit? de
quelle que soit la force du questionnement
la nature, ce questionnement,
? supposer qu'on puisse l'emp?cher de
est moins urgent, pour Heidegger,
que celui qui porte sur la
s'?puiser,
nos
la
vies.
de
dans
modernit?
persistance
Ici s'ach?ve le d?tour annonc? au d?but, c'est-?-dire l'analyse de la
consacre ? la
des passages
difficult? d'interpr?tation
que Heidegger

diff?renceentre physique classique et physique atomique. Ce d?tour
a

essentielles de la r?dac
permis de sugg?rer que l'une des motivations
tion du cours de 1935 ?tait de mettre en lumi?re l'ach?vement kantien
de l'objectivation de la chose afin de savoir exactement ce ? quoi d?sor
Gr.

Pb.,

74/78.

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions

lui physiquedeHeidegger

311

il nous faut renoncer. Heidegger
mais
accorde ? la diff?rence entre
les deux physiques une importance d?cisive
sur le plan de l'histoire
en y voyant une modification
de la m?taphysique
de l'objectit? de la
sur le mode
nature pr?alablement
? la
de l'?tant-subsistant;
con?ue
m?me ?poque, Cassirer, le Wiener Kreis et m?me Husserl
tentent de
leur c?t? leur propre interpr?tation de la m?canique
quantique. Mais
va encore au-del? en annulant la diff?rence
Heidegger
pos?e d'abord
comme tellement d?cisive. Mon
est
la
que
hypoth?se
pr?dominance
du probl?me de la technique dans l' uvre de Heidegger
date du moment

o? il prend la d?cision de dire que la physique,ne pouvant plus pro

sens traditionnel, nous laisse devant la nature
nous voulons en faire. Du point de vue de la
uvre de
cette hypoth?se
restitue
Heidegger,
un aspect peu
seule ambition ?
explor? de la
cette
vue
Du
de
d?cision.
chemins
de
des
gen?se
point
qui s'ouvrent
?
se
la
raisons
les
pour lesquelles Heidegger
aujourd'hui
physique,
d?cide ainsi m?ritent sans aucun doute d'?tre prises au s?rieux.
au
duire d'ontologie
seuls ? d?cider ce que
de l'
compr?hension
?
sa
c'est
peut-?tre

Catherine

Chevalley,
cnrs,

R?F?RENCES

Paris.

ET ABR?VIATIONS

les notes de l'article, les r?f?rences sont donn?es sous la forme suivante : abr?viation
de l'?dition allemande, page de la traduction fran?aise quand elle existe.
Der Zeitbegriff in der Geschichtswissenschaft,
le?on d'habilitation
(1915), in Fr?he Schriften
1972, 355-376.
[FS], Francfort, V. Klostermann,
: Vorle
Die Grundprobleme
in Gesamtausgabe
II Abt.
der Ph?nomenologie
[Gr. Ph.],
sungen 1925-44, t. 24, Francfort, V. Klostermann,
1975. Traduction
fran?aise de J.-F. Cour
tine, Les probl?mes fondamentaux de la ph?nom?nologie, Paris, Gallimard,
1985.
Vom Wesen
der menschlichen
Freiheit. Einleitung
in der Philosophie
in Gesamt
[WF],
:
t.
II
Abt
V.
31, Francfort,
Klostermann,
ausgabe
Vorlesungen 1925-44,
1982. Traduction
De l'essence de la libert? humaine, Paris, Gallimard,
fran?aise de E. Martineau,
1987.
Die Frage nach dem Ding. Zu Kants hehre von den transzendentalen Grunds?tzen [FD], T?bingen,
Max Niemeyer,
et J. Taminiaux,
1962. Traduction
fran?aise de J. Reboul
Qu'est-ce
Dans

du

titre, page

1971.
qu'une chose?, Paris, Gallimard,
? Die Zeit des Weltbildes
sous le titre : ? Die Begr?ndung
?, conf?rence de 1938 prononc?e
des neuzeitlichen Weltbildes
durch inMetaphysik
?, inHolzwege
[H], Francfort, V. Klos
: L'?poque
des conceptions
du
termann, 1950. Traduction
fran?aise de W. Brokmeier
in Chemins qui ne m?nent nulle part, Paris, Gallimard,
monde,
1962, 99-146.
in Vortr?ge und Aufs?tze
Wissenschaft
und Besinnung,
1954.
[VA],
Pfullingen, Neske,
Traduction
1958, 49-79.
fran?aise A. Pr?au, in "Essais et Conf?rences, Paris, Gallimard,

This content downloaded from 185.44.79.179 on Mon, 23 Jun 2014 07:11:41 AM
All use subject to JSTOR Terms and Conditions


Aperçu du document Catherine Chevalley-La-physique-de-Heidegger.pdf - page 1/24

 
Catherine Chevalley-La-physique-de-Heidegger.pdf - page 2/24
Catherine Chevalley-La-physique-de-Heidegger.pdf - page 3/24
Catherine Chevalley-La-physique-de-Heidegger.pdf - page 4/24
Catherine Chevalley-La-physique-de-Heidegger.pdf - page 5/24
Catherine Chevalley-La-physique-de-Heidegger.pdf - page 6/24
 




Télécharger le fichier (PDF)




Sur le même sujet..





Ce fichier a été mis en ligne par un utilisateur du site. Identifiant unique du document: 00533429.
⚠️  Signaler un contenu illicite
Pour plus d'informations sur notre politique de lutte contre la diffusion illicite de contenus protégés par droit d'auteur, consultez notre page dédiée.