DANS L'ETERNITE DE NOS COEURS.pdf


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Tante Cécile nous a acheté à Saint-Quentin deux robes de voile, moi verte , Paulette rose,
et, toute fière elle nous conduit.
Les garçons du village nous regardent de loin, et puis c’est le miracle, ils osent et nous
dansons, nous dansons….Et je suis sûre qu’elle est fière de ses « deux filles », elle qui n’en a
jamais eues !Et Henriette, notre cousine, est adorable….
L’année prochaine, en 38, j’aurai un cavalier attitré, beau, grand et gentil….Qu’est-il
devenu ? Il voulait à l’époque « me marier »…mais j’étais si naïve….

Octobre 38 : je suis admise à L’Ecole Normale Grand branle bas….moi tout me parait
naturel…..
Mais dois je oublier les vacances à la ferme chez Marchand…les pâtures, les vaches, les
champignons embaumant la rosée, et le grand cœur si généreux de ces gens du terroir, si
simples et si bons avec qui j’ai passés des instants si heureux.
Nous allions à la messe à Dompierre et aussi au bal à Avesnes, le père nous conduisait en
voiture.. ;et bous surveillait ; la mère dépérissait (sclérose en plaques…elle mit vingt ans à
mourir !)
Plus tard, Lucienne s’est mariée…nous nous sommes perdues de vue…elle est morte, je ne l’ai
jamais revue !
Entre temps, que n’ai-je pas fait ?
Le ménage à grande eau, les carreaux à grands coups de seaux d’eau en dehors, la misère ;
j’ai appris à tailler ; à coudre les robes des quatre filles, je remmaille les bas, je fais des pulls
over et je me dis : « si je pouvais, je serai docteur … »
Pourquoi ? une idée d’adolescente qui me hante encore !
C’est le train train habituel : la pension, les retours à la maison, les vacances à Beauvais, le
119 le train du soir que l’on reprend à St Quentin…..
Les sœurs grandissent, je sens que je me détache de plus en plus de cette maison où je n’ai
pas ma place…
Il parait que je ne mérite pas les « sacrifices » qu’on fait pour moi…alors, je mange peu, je
travaille sans arrêt, je ne réponds pas, je pense à ce que sera ma vie plus tard…hélas…j’osais
espérer….la vie va m’apprendre à…désespérer.
J’ai cependant le souvenir de notre directrice de pension Madame Leloir, nous nous
entendons bien.
Une anecdote : Paulette et moi allons dans son bureau essayer les chapeaux d’uniforme
deux fois par an. Dans le fond c’est elle qui a su me prouver que j’y arriverais !
Malgré les pages de dictionnaire que j’ai pu copier pour nos bêtises…à l’Ecole Normale
j’étais une pauvre petite chose bien délaissée….pensez donc : une fille de concierge !
Mais la vie leur apprendra : je serai la directrice d’école la plus haut placée dans la carrière
du département… bien fait !
Et, aujourd’hui, mon seul vrai copain d’enseignement est un ex inspecteur primaire : bien
fait !
Comme toutes les autres, j’écrivais à un Normalien…tablé dans la famille…il en épousera
une autre…c’est la vie…(et de leur faute !)

10 mai 1940 : les sirènes hurlent…brandissant du lit, les jeunes filles bien élevées que nous
sommes se précipitent vers les abris.
Les bombes tombent sur les quartiers de la gare.
Dans les abris, on rit, on blague…si on savait !

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