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l’Humanité Lundi 21 août 2017
formation et aide à l’insertion

L’événement

Force ouvrière a jugé « inquiétantes » les déclarations de Muriel
Pénicaud, qui dit préférer « investir dans la formation » plutôt
que dans les contrats aidés. Il ne s’agit pas d’opposer « formation
et aide à l’insertion dans l’emploi, qui recouvrent des dispositifs
et objectifs complémentaires », estime la centrale.

3

C’est, en milliards d’euros, le coût annuel des emplois
aidés, loin des 20 milliards d’euros distribués chaque
année sans aucun contrôle ni effet bénéfique
sur l’emploi par le gouvernement au titre du Cice.

Contrats aidés

Les victimes de la précarité
basculent dans le néant

Le gouvernement a annoncé la réduction drastique des enveloppes allouées aux contrats aidés, laissant des milliers de
bénéficiaires brutalement sur le carreau et mettant à mal un secteur associatif sacrifié aux économies budgétaires.

L

e coup de massue a surpris
tout le monde. Le 9 août,
Muriel Pénicaud, la ministre
du Travail, déclarait que les
contrats aidés étaient « coûteux » et « pas efficaces dans
la lutte contre le chômage ».
Le gouvernement a rapidement mis son
plan d’économie drastique à exécution.
Dans la foulée, la direction de Pôle emploi
en Île-de-France a reçu l’ordre de la délégation générale à l’emploi et à la formation
professionnelle (DGEFP) de geler toutes
les prescriptions de CUI (contrats uniques
d’insertion) et de CAE (contrats d’accompagnement dans l’emploi). Une mesure
brutale qui concerne aussi bien les renouvellements que les nouveaux contrats. Les
seules exceptions admises étant notamment dans le domaine de l’éducation nationale et pour les adjoints de sécurité. Les
premières lueurs d’inquiétude ont commencé à poindre chez les titulaires de ces
contrats, réservés aux allocataires du RSA,
aux personnes éloignées de l’emploi ou
sans formation.

Des centaines de milliers
de personnes sur le carreau

Laura, 28 ans, en CUI depuis un an dans
une structure culturelle à Rennes (Illeet-Vilaine), n’a pas tardé à recevoir un
mail alarmiste de son conseiller Pôle emploi. « Il m’a demandé de renvoyer au plus
vite ma convention signée pour espérer
que mon renouvellement soit pris en
compte. » Pour la jeune femme, les vacances deviennent source d’angoisse.
« Mon prolongement ne devait pas poser
de problème ; là, je suis dans l’incertitude
la plus totale, sans savoir si je vais pouvoir
continuer au mois de septembre. Je suis
méga stressée rien qu’à l’idée de retourner
au chômage. » En charge de tâches administratives, de la gestion, de la production,
elle est un maillon central de la petite
association. « Je suis investie sur un projet
qui ne se fera pas si je ne suis plus présente ;
mon départ mettrait aussi en péril le devenir de la structure. Mon employeur aurait
éventuellement les moyens de me faire un
CDD de deux mois, mais pas plus. » Elle
ne fait pas pour autant l’apologie de ce
type de contrat. « Ce CUI est clairement
une béquille. Avec 1 200 euros d’indemnités

par mois, on ne va pas bien loin. Mais j’ai
« On est critique de ce genre de contrat, « soient ainsi recrutés sur des postes », à
eu la chance que les 150 heures de formation lance d’emblée Florian Martinez, porte- un moment où les besoins en service public
obligatoire soient respectées par l’em- parole du syndicat Asso, les bénéficiaires n’ont jamais été aussi croissants.
ployeur, ce qui n’est pas le cas de nombre ne touchent pas de prime de précarité, n’enAu Secours populaire de Montauban, en
trent pas dans les seuils sociaux de la struc- pointe sur les questions de solidarité et de
de gens que je connais. »
Avec ces coupes claires dans les budgets, ture, mais leur suppression ne sera pas lutte contre la pauvreté, l’impact est égace sont des centaines de milliers de
remplacée par un emploi. C’est un vrai lement redoutable : « Nous avons cinq
personnes qui vont se retrouver
plan social éclaté, un drame hu- contrats aidés, dont deux qui ne seront pas
« La
sur le carreau. Sur l’année
main qui se prépare. »
prolongés, lance Francette Noël, présidente
suppression
2017, le gouvernement préLes associations n’ont pas de l’association. Ça va être très compliqué
des contrats aidés,
voit seulement 293 000
tardé à tirer la sonnette de continuer à fonctionner, à recevoir 30 à
c’est
contrats aidés, dont 110 000
d’alarme. Déjà prises à la 40 familles tous les après-midi. »
280 000 personnes
qui se verront
nouveaux contrats au deugorge par la faiblesse des
Gérard, en charge de la communication
reléguées de
xième semestre (dont une
subventions publiques, ces au Secours populaire, est un de ces emcontrats précaires
moitié irait à l’éducation
structures n’ont souvent pas ployés contraints au départ. À 57 ans, avec
au rang du
nationale). Une chute drasd’autre choix que de recourir un statut de travailleur handicapé, il n’a
chômage »,
tique par rapport l’année
à ce type de contrats pris en pas grand espoir de retrouver un emploi.
la CGT.
2016 qui avait vu 459 000 emcharge par l’État à hauteur de « J’ai appris ça du jour au lendemain, bim,
plois signés.
55 % à 80 %.
c’était fini. Je vais rédiger des CV, aller à
La nouvelle passe d’autant plus mal que Cap emploi (équivalent de Pôle emploi pour
Des bénéficiaires
certaines structures remplissent des mis- les personnes en situation de handicap),
sions d’utilité publique. Comme l’Associa- mais je ne me fais pas d’illusions. » Malgré
sans aucune solution
« Les contrats aidés sont un pis-aller en tion des quartiers du marché-gare, la faiblesse des revenus de son contrat
termes de politique de l’emploi, mais on spécialisée dans l’aide aux devoirs à Mon- aidé, 650 euros par mois, « juste une blas’attaque encore à l’emploi précaire, consi- tauban (Tarn-et-Garonne), qui n’a pas vu gue », précise-t-il, Gérard regrette que
dère François Millet, du Snu-Pôle emploi renouveler son contrat aidé. Une catastrophe ces économies budgétaires frappent une
Île-de-France. Je pense que toute la vio- pour son président, André Gréder. « Notre nouvelle fois en priorité « des hommes et
lence sociale de cette décision n’a pas activité existe depuis trente ans ; comme des femmes qui n’ont pas besoin de ça. Cela
encore eu le temps d’émerger, beaucoup un de nos professeurs ne peut pas rester, complique aussi la marche d’associations
de gens ne sont pas au courant. » Si le nous allons devoir réduire la voilure. Nous aux missions plus qu’utiles et qui ont déjà
gouvernement évoque un grand plan d’in- sommes une des pièces maîsubi la suppression de la
vestissement à venir sur la formation tresse de la vie sociale du « C’est un vrai
réserve parlementaire »…
Pour ces laissés-pourprofessionnelle et l’apprentissage en quartier, mais nous n’avons
contrepartie de cette coupe massive, en même pas de quoi embau- plan social
compte, le retour au chômage
attendant, les bénéficiaires privés de leurs cher un emploi statutaire.
ou la perspective de postes
contrats se retrouvent sans aucune solu- Nous sommes tout le temps éclaté, un
encore plus mal payés est un
tion. « Leur argument est assez creux. obligés de nous battre pour drame humain
crève-cœur. Frédéric MarL’arrêt de certains CUI-CAE ne se traduira trouver des financements,
tinez entrevoit déjà une enpas par des formations à la hauteur », pour chercher des fonds. qui se prépare. » tourloupe : « On n’arrête pas
poursuit le syndicaliste.
Nous avons interpellé le préd’entendre que les objectifs
Florian Martinez, de services civiques ne sont
Ces contrats aidés, qui coûtent chaque fet, le conseil régional, le
porte-parole
année en moyenne 3 milliards d’euros à député, nous attendons des
du syndicat Asso pas remplis ; une partie des
l’État, sont largement utilisés comme une réponses. » Tout un pan des
contrats aidés pourrait basarme antichômage à court terme depuis services publics est aussi
culer sur ces missions encore
la création des travaux d’utilité collective menacé de rupture par ce
plus précaires (indemnisés
(TUC), en 1984. Ils n’ont cessé de servir tour de vis. Sur l’île de La Réunion, la rentrée 570 euros par mois en moyenne), alors qu’il
d’amortisseur en période de crise écono- des classes a même dû être décalée de cinq faudrait au contraire plus de moyens pour
mique et de tenter de palier les échecs des jours faute de personnel (voir article ci- le secteur associatif pour créer de l’emploi
politiques sur le front de l’emploi, comme contre). Si la CGT déplore « une grosse er- de qualité. Seules 53 % des personnes tracela a été le cas durant le quinquennat de reur » quant à la soudaineté de la réduction vaillent en CDI. » Mais avec ces tailles budFrançois Hollande. À moyen terme, leur des contrats aidés, elle réclame aussi que gétaires à la serpe sur les contrats aidés et
bilan est mitigé. « Une amélioration limitée les postes habituellement en contrats de ce une réforme du Code du travail en voie de
de l’insertion professionnelle des bénéfi- type dans l’éducation nationale « soient casser le CDI, la précarisation généralisée
ciaires » est constatée par la Dares dans budgétés » pour des contrats normaux et est bien en marche. 
une étude datée de mars 2017.
que les actuels bénéficiaires du dispositif
Cécile Rousseau


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