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La Douleur

n

7

des recommandations à la pratique
Mars 2009

>

Dossier p. 1 à 8
L’hypnose et la douleur
chronique
Particularités de
l’hypnose chez l’enfant

>

Le choix de l’hypnose
pour soulager la douleur
Comment définit-on l’hypnose et par quels mécanismes agit-elle ? Quels bénéfices peut-on
en attendre pour soulager la douleur chronique ? Quel est son intérêt chez l’enfant ?
Enfin qui peut la pratiquer ? Ce numéro de Douleur, des recommandations à la pratique est
totalement dédié à ce sujet et apporte plusieurs éclairages concernant l’hypnoanalgésie.

Cas clinique p. 10 à 11
Prise en charge
d’une douleur ayant
des caractéristiques
neuropathiques

L’hypnose
et la douleur chronique
Dr Jean-Marc Benhaiem / Centre d’Évaluation et de

L’hypnose dans
un contexte
de soins palliatifs
>

Brèves p. 12
• Corps infirmier
et hypnoanalgésie
• Revue Hypnose et
thérapies brèves

Traitement de la Douleur, Hôpital Ambroise Paré (92 Boulogne)
Responsable du DU d’Hypnose médicale Paris Pitié-Salpêtrière

Lorsque l’on interroge les médecins et les
psychologues qui désirent se former à
l’hypnose sur les raisons de leur choix, ils
disent, pour la plupart, qu’ils se sentent
parfois désemparés face à la douleur chronique et face à la souffrance de leurs
patients. L’hypnose serait la réponse qu’ils
espèrent pour mieux aider leurs patients.
Le but de cet article sera de décrire et
tenter de définir l’hypnose, puis de comprendre comment une personne utilise
l’hypnose pour se sortir d’une douleur
chronique et pourquoi a-t-elle besoin d’un
thérapeute ?

I Historique
Franz Anton Messmer, médecin autrichien,
inventeur et découvreur d’une méthode
thérapeutique dénommée Magnétisme
animal, décida de l’appliquer en 1775 à
tous les désordres pathologiques. Il affirmait que cette cure pouvait résoudre tous

les problèmes de santé, ce qui inclut
également les douleurs. Parmi ses successeurs, au dix-neuvième siècle, se trouvaient
des chirurgiens intéressés par ce qui pourrait produire de l’analgésie chez leurs
opérés. Le Magnétisme animal qui, entretemps, a été rebaptisé Hypnotisme, répondait à leur attente pour réduire les
douleurs chirurgicales lors de chirurgies
majeures, en particulier pour James Braid
(1842) à Londres, pour Esdaile (1) (1846) et
Elliotson (2) (1843) dans les Indes anglaises
et pour Jules Cloquet (1829) en France.
Le compte rendu chirurgical d’une opération d’une tumeur mammaire effectuée
par Cloquet à l’aide du sommeil magnétique, nous rappelle que c’est d’abord
pour calmer la douleur aiguë que l’hypnose s’est révélée utile. Très rapidement,
dès 1850, l’invention de l’éther, puis plus
tard du protoxyde d’azote et les divers
progrès de la médecine ont détourné les
médecins de la pratique de l’hypnose.

>>>

dossier

Le choix de l’hypnose

pour soulager la douleur
>>>

Est-ce que cela signifie que l’hypnose est
une médecine d’un autre temps ? Comment comprendre le retour actuel de sa
pratique dans le milieu scientifique ?
En France, le développement actuel
des centres de traitement de la douleur
a sans doute contribué à étendre les
indications et la pratique de l’hypnose
médicale plus spécifiquement pour la
douleur chronique.

I L’hypnose
I dans les études cliniques
L’hypnose a fait la preuve de son efficacité dans le traitement de la douleur chronique. Elle a été étudiée de
différentes manières. Les tests de suggestibilité hypnotique ont été utilisés
pour mieux comprendre l’action des
suggestions directes et indirectes pour
calmer la douleur (3).
L’hypnose s’est montrée efficace pour
changer des comportements tels que la
dramatisation, le catastrophisme. Pratiquement toutes les pathologies douloureuses chroniques peuvent bénéficier
de l’approche par l’hypnose. Les études
cliniques ont porté sur les céphalées de
tension, la migraine, le côlon irritable (4),
les douleurs abdominales, les dyspepsies (5), les douleurs temporomandibulaires, la lombalgie chronique, la
fibromyalgie (6), les cystites interstitielles,
l’ algodystrophie, les douleur s de
membre fantôme, les syndromes posttraumatiques, les douleurs du cancer, les
soins palliatifs, ainsi que l’anxiété qui
participe à toutes ces pathologies.
Le but de cet article n’est pas de passer
ces études en revue mais de dégager
l’originalité et l’apport de l’hypnose
pour soigner ces syndromes douloureux chroniques.

La pratique et les étapes
de l’hypnose
La description d’une séance d’hypnose
permet de préciser le processus de
l’hypnose (7). Elle apporte aussi une
meilleure compréhension des pathologies douloureuses et de ce fait, ouvre
à plus de possibilités de soigner.
La séance d’hypnose comporte plusieurs phases qui forment un processus
composé de trois étapes.
Le point de départ est la veille ordinaire (selon la terminologie proposée

2

UNE SÉANCE D’HYPNOSE
SENSORIALITÉ FORTE

COGNITION FORTE

2

Perception
ordinaire

Dissociation

1
Induction

3

Réveil

Perception
première

Lien, accordage, recadrage

par François Roustang et Jean Lassner)
qui convient à l’accomplissement des
tâches du quotidien. La personne utilise ses sens et sa raison pour rester
en relation avec l’extérieur. La séance
n’a pas encore commencé.
• La première étape est l’induction.
L’hypnotiseur propose à son patient de
fixer son attention ou son regard sur un
objet ou sur une partie de son corps. La
fixation prolongée visuelle ou mentale
provoque une restriction du champ
perceptif comme dans le cas d’un
enfant qui regarde la télévision et qui
se coupe ainsi de son environnement.
La fixation prolongée sans balayage
trouble la vision qui devient floue.
L’espace autour de la zone qui est
fixée, et parfois la zone elle-même
finissent par devenir confuse, et la personne a l’air absente, « dans les
nuages », dans une sorte de rêverie
qui résulte de la dissociation de nos
deux sensorialités : la conscience
réflexive et « l’âme sentante » (Formule employée par Hegel).
• La deuxième phase est nommée
diversement dissociation, confusion.
Le patient s’est séparé de sa sensorialité liée aux fonctions réflexives, intellectuelles et sensorielles. Il est coupé
de ses perceptions auditives, visuelles, tactiles. Son corps est engourdi et
immobile. Il est en pause. Cet état
agréable est recherché par les relaxologues ; il est passif.

La Douleur, des recommandations à la pratique - n°7 - Mars 2009

• La troisième étape est une ouverture.
La personne s’installe dans une sensorialité première qui fonctionne en
dehors de la raison. L’humain pour y
accéder doit utiliser ressources, inventivité et imagination. Il faut en faire
l’expérience pour comprendre quelque
chose à l’hypnose.
Se mettre dans un état hypnotique, seul
ou guidé par un thérapeute, a comme
unique objectif de mettre en relation
l’être humain avec la totalité de son
corps, de son espace et de son savoir qui
sont les éléments constitutifs de son
monde. Et entrer en relation avec son
corps, est la condition nécessaire pour
guérir. Paradoxalement, pour retrouver
le corps, il fallait commencer par le
quitter à la phase de la dissociation.

Mode d’installation et particularités des douleurs chroniques
Si l’on comprend bien le mode d’installation et les particularités d’une
pathologie chronique, il devient possible d’intervenir plus facilement avec
l’hypnose et plus précocement, pour la
désamorcer.
Toutes ces étapes du processus hypnotique se sont déroulées dans un
contexte de soins empreint de bienveillance. Cela contraste avec traumatismes et douleurs qui peuvent
également induirent une fascination
hypnoïde mais dans un contexte pénible et violent. On parle alors d’une

sidération, qui immobilise la personne.
À force de fixer un problème ou un
organe blessé, la douleur et la souffrance s’installent, occupant tout le
champ de perception de la personne.

Les effets de la fixation prolongée
L’immobilisation d’un sens aboutit à
une confusion. Un exemple, si le
regard s’immobilise sur un objet, la
vue finit par se brouiller. Autre exemple, si le doigt touche un objet sans
se déplacer, il finit par ne plus rien
sentir. Les sens sont inopérants en l’absence de mouvement. Le mouvement
permet une exploration qui précise les
différences et les contrastes.
Si une personne fixe un épisode de sa
vie avec intensité et de manière prolongée, cet événement devient vite
flou et impossible à analyser clairement. Le désir profond et réel de guérir
n’y change rien. Les patients pensent
qu’il faut fixer pour résoudre, et ne
quitter des yeux que lorsque le problème sera résolu ; alors que le soin
demande un balayage qui clarifie la
vision et ouvre l’espace de perception
dans lequel la réponse se situe. Dans
cet espace se trouvent tous les autres
liens qui tiennent une personne en vie
et qui sont autant de réponses aux difficultés rencontrées.
Une pensée triste n’est rien, sauf si
elle dure. Une douleur n’est rien sauf
si elle s’installe. Une peur n’est rien
sauf si elle se renouvelle trop fréquemment. Finalement ce que l’on
soigne à chaque fois c’est l’immobilisation, la sidération, la focalisation.
Ces particularités se retrouvent dans
l’attitude des patients qui répètent
leur histoire à qui veut l’entendre.
Le discours évolue vers la plainte.
Même entendue et reconnue cette
plainte prend les caractéristiques
d’une obsession.

Un élément est défini par le contexte
dans lequel il se trouve
La focalisation de l’attention sur un
élément sort cet élément de son
contexte. Elle isole cet élément qui
devient impossible à comprendre sans
son contexte. Un exemple : une personne est obsédée par un événement
difficile de sa vie. Peu à peu, ce qu’elle
regarde par la pensée devient com-

plexe et insoluble. Seul le balayage
permettrait de voir à la périphérie
d’autres éléments qui pourraient
apporter des solutions au dit problème. Dans un espace large de perception, il existerait des réponses
d’adaptation au problème. Pour guérir,
la démarche globale devra aboutir à un
processus d’ouverture.
La réinterprétation est une des possibilités les plus courantes.
Exemple : un enfant se trouve dans un
bloc opératoire. Ce contexte peut générer de la peur et amplifier la douleur
des soins. Les médecins présents avec
l’enfant décident de changer le
contexte. Ils lui proposent un jeu. Il
est un super héros ou un « bioman »
que l’on prépare à une compétition ou
à vivre une aventure extraordinaire.
Ce nouveau contexte permet à l’enfant
de tout réinterpréter différemment. Le
matériel chirurgical, les champs opératoires, les personnes masquées sont
là pour donner de la force au « super
héros », ils ne sont plus hostiles mais au
contraire valorisants. Ou encore, on
demande à l’enfant de s’imaginer qu’il
est à la montagne en train de faire du
ski. Toutes les stimulations qu’il perçoit ne sont plus des soins, des piqûres
et des entailles, mais le choc des branches, de la tempête de neige et des
chutes sur la piste gelée. Le nouveau
contexte permet de vivre tranquillement les soins médicaux et sort l’enfant
d’un possible syndrome post-traumatique en cas de soins répétés.
Autre exemple : un patient souffre de
douleurs chroniques sur son membre
fantôme apparues quelques mois après
la perte de sa jambe. Il fait l’expérience de deux contextes. Il remarque
que s’il se plaint du drame qu’il a subi,
de l’injustice d’avoir perdu sa jambe à
cause d’un motocycliste qui a pris la
fuite, ses douleurs apparaissent et s’intensifient. À l’inverse, s’il n’a plus d’exigence, s’il vit la situation comme elle
est, sans colère et sans attente de réparation, ses douleurs disparaissent. Le
second contexte n’est pas compatible
avec la douleur. C’est un contexte
tourné vers la vie et vers ses projets
d’avenir.
Les patients obsessionnels ou douloureux chroniques sont dans un contrôle
permanent qui leur ferme l’accès à

leur sensorialité première. Ce contrôle
est un système de défense qui résulte
du besoin de se protéger de la souffrance et des souffrances éventuelles
à venir. Ce contrôle est aussi une rigidité qui rend tout changement impossible. Les exercices d’hypnose visent à
réduire ou à modifier ce contrôle. La
particularité de la sensorialité première ou perceptude est d’être un
accès vers une totale liberté de perception et donc de réaménagement
du corps intégrant le handicap.

« Troquer » la certitude du chronique
contre l’incertitude de la vie réelle
Les personnes qui souffrent d’une
pathologie chronique sont les seules à
pouvoir prédire leur avenir. Elles souffrent et savent que le lendemain et les
jours suivants, elles continueront de
souffrir. Ce désir de connaître son
avenir est partagé par les personnes
qui veulent tout contrôler. Elles aussi
ont la tentation de prédéterminer leur
avenir pour le connaître à l’avance.
Elles ont peur des mauvaises surprises et choisissent un mauvais avenir
sans surprise. Il est impossible de prédire avec certitude que demain sera
une journée agréable. Alors qu’il est
possible de savoir avec certitude que
demain sera une mauvaise journée
puisque ma migraine va revenir. La
personne est toujours « gagnante ». Si
la douleur s’installe, il n’y a pas d’étonnement, le contrôle est total. Si par
hasard la douleur ne vient pas, alors la
personne est aussi gagnante. Mais ce
soulagement ne devra pas durer trop
longtemps sinon la peur de la rechute
apparaît et vient rapidement ruiner
les progrès enregistrés. Certains
patients ne laissent rien au hasard et
savent retrouver leurs douleurs sur
demande. Il leur suffit d’entrer en relation avec le souvenir de leurs douleurs
et de les revivre sur le champ.
Pour guérir, il faudrait vivre un curieux
échange. Perdre la possibilité de prédire son avenir et accepter l’aléatoire.
Les patients paient très cher leur
connaissance de l’avenir. Ils arrivent
que certains décident de revenir dans
le groupe des biens-portants en renonçant à ce dramatique avantage. Un des
exercices proposés sous hypnose, est de
demander à la personne si elle envi-

La Douleur, des recommandations à la pratique - n°7 - Mars 2009

3

dossier

Le choix de l’hypnose

pour soulager la douleur
sage le changement sous cette forme :
s’installer dans le doute, l’incertitude.
Ne rien savoir de l’avenir, renoncer à
exercer un contrôle sur le corps est le
signe de la guérison. Échanger la stabilité d’un déséquilibre contre l’instabilité de l’équilibre est une façon de
revenir dans son corps. La vie se définit par cet équilibre instable. Cela constitue un autre des exercices qui est
demandé exactement dans ces termes :
« Voulez-vous bien, vous installer dans
l’incertitude ? » . Pour faire cette expérience, la personne entre obligatoirement dans un état qui est au-delà des
mots et de la compréhension pure.
C’est cet état que l’on appelle hypnotique. Si le patient accepte et y parvient, nous pouvons dire que c’est une
façon pour lui de revenir dans la vie.

Être absent à son propre corps
Le sportif sait reconnaître lorsqu’il est
présent à son corps. Certains jours, il
se sent à l’aise dans son corps et tout
lui paraît facile. Il ne se pose plus
aucune question. Les gestes sont fluides et assurés, il est au mieux de sa
forme. Lorsqu’il entraînait son corps
pour le muscler ou pour l’assouplir, il
le préparait comme on prépare une
mécanique à la performance. Puis
vient le moment de rassembler le tout.
Il fait comme le comédien de théâtre
ou comme l’artiste avant le lever de
rideau ; il se concentre et attend d’être
présent à son corps et à son espace.
S’il y parvient, une certaine euphorie
le gagne. Il dit qu’il est bien, qu’il est
à l’aise. Le mouvement lui vient ample
et naturel sans aucune impression d’effort mental ou physique.
Le même sportif a aussi l’expérience de
ne pas être dans son corps. La performance sportive lui est impossible. Il
dit que son corps ne réagit pas comme
d’habitude. Il emploie des formules
qui sont passées dans le langage populaire : « je ne suis pas dans mes
pompes », « j’ai la tête ailleurs », « je n’y
suis pas ».
Être présent à son corps n’est donc pas
une situation stable et facile à installer. Les exercices propres à l’entraînement sportif participent à la possibilité
d’être présent à son corps, mais
s’adressent à la fonction mécanique
du corps. Ils sont programmables et

4

réfléchis ; tandis que la présence à son
corps est incertaine et imprévisible.
Prenons l’exemple d’une personne qui
souffre d’un de ses organes ou d’une
de ses fonctions. Si le problème dure
ou se renouvelle trop fréquemment,
la belle entente qui existait entre la
personne et une partie de son corps, se
détériore. Un organe qui va bien est un
organe silencieux. S’il va mal, il fait
parler de lui. Il sort de son silence et
martyrise son propriétaire. Une série
de sentiments envahissent la personne : la colère, la méfiance, la peur
envers cet organe. Une dissociation,
un clivage se fait entre la personne et
la partie d’elle qui est blessée. Le
contact est perdu. La personne est
étrangère à son propre corps.
Il résulte de cette situation, une impossibilité à calmer la douleur. Le sportif
avait besoin d’être présent à son corps
pour la performance. Le patient a
besoin d’être présent à son corps pour
sortir de la dissociation et réintégrer la
partie malade.
La tentation est forte de résoudre le
problème de la douleur par une anesthésie de toute la personne à l’aide de
drogues puissantes. Mais là encore, il
s’agit de dissociation.
Lorsque la douleur devient intolérable, apparaît la demande logique
d’une exérèse de la zone malade. La
dissociation est à son maximum.
La guérison ne peut advenir que par
une réincorporation, une réassociation de ce qui ne va pas. En pratique,
il est demandé au patient au travers
d’exercices, d’entrer en contact avec le
problème, avec le corps, en abandonnant toute crainte, toute revendication et toute colère.
L’attitude classique consistait à refuser
ce contact tant que le problème persiste. « D’abord vous me calmez la douleur » dit le patient, « puis je me
réconcilierai avec mon corps ». La guérison ne peut venir que d’une attitude
inverse. D’abord prendre le corps
comme il est pour pouvoir espérer un
soulagement. Être présent à son corps
même mutilé, même détérioré est la
condition nécessaire pour guérir d’une
douleur chronique.

La Douleur, des recommandations à la pratique - n°7 - Mars 2009

I Quelques stratégies
I thérapeutiques
Les humains sont faits d’un réseau de
liens qui les constituent et les soutiennent. La maladie, les accidents de la
vie mettent à l’épreuve ce réseau. L’hypnose est un moyen d’explorer voire de
réparer les liens endommagés. L’hypnose soigne les liens.
Soigner avec l’hypnose, c’est soigner un
être en relation avec lui-même et avec
ce qui l’entoure. En pratique, le thérapeute doit mettre en évidence les lieux
où le patient est arrêté. Sur quoi est-il
bloqué ? Et comment le mobiliser ?

La douleur
Au cours de l’interrogatoire ou du récit
de sa pathologie, le patient décrit ses
douleurs et sa souffrance. Nous pouvons donner l’exemple d’un patient
qui évoquerait par des métaphores les
symptômes dont il souffre. La douleur
est comparée à un étau qui serre, à
un tube trop étroit, à une griffure, un
couteau qui transperce, une plaque
de métal, des aiguilles, une barre
tordue etc. Le thérapeute utilise ces
métaphores au cours de la séance
d’hypnose pour les modifier voire en
proposer d’autres plus adaptées à un
changement de contexte donc compatibles avec une absence de douleur.

Le mouvement
La douleur et la peur de la douleur provoquent une diminution de l’amplitude
articulaire et des mouvements. L’activité
cérébrale n’échappe pas à cette limitation. Il est alors possible de pratiquer
d’autres exercices sous hypnose. Les
plus efficaces sont la visualisation de
mouvements corporels. Le patient, pendant l’hypnose, crée ou retrouve les
images et les sensations de mouvements
liés à la marche, au vélo ou à la danse.
En visualisant ces films, il active les
zones corticales sensori-motrices qui
sont liées aux mouvements. Cette action
de l’hypnose prend appui sur la constatation suivante : Faire et imaginer
faire activent les mêmes zones corticales cérébrales (8,9).
Ces techniques sont des confrontations
d’une personne à ce qui lui pose un
problème. Le jeu consiste à visualiser
les difficultés et à modifier son atti-

> Références
1. Esdaile J. Mesmerism in India and its practical
applications in surgery and medecin. Longmans,
Brown, Green and Longmans,London,1846.

tude jusqu’à ce que le conflit disparaisse ou s’atténue. À cause de la douleur et du handicap, la personne est
« fâchée » avec les parties de son corps
qui ne fonctionnent plus comme avant.
Pour obtenir un soulagement, le
patient doit se « réconcilier » avec les
zones corporelles atteintes. On pourrait
résumer l’objectif thérapeutique par
les formules « accepter la réalité »,
« s’entendre avec le corps tel qu’il est ».
Le soulagement ne pourra apparaître
qu’à cette condition.

Souffrir d’une pathologie chronique
Le diagnostic annoncé d’une pathologie chronique oblige le patient à s’adapter seul et rapidement pour vivre
le mieux possible cette modification
du fonctionnement du corps. La détérioration de ses articulations, la présence d’une inflammation, la présence
d’une prothèse-corps étranger, les
crises douloureuses intermittentes et
invalidantes modifie considérablement
la relation qu’il avait à son corps. Il
est passé de l’insouciance à l’inquiétude. Son corps quasi muet auparavant, est devenu bavard en plaintes et
réclamations.
Les séances d’hypnose pourront aborder
cet aspect de la relation que le patient
entretient avec sa maladie. Il peut tirer
profit d’une meilleure adaptation à la
réalité d’un corps qui lui échappe lors
de poussées douloureuses. On peut imaginer qu’une personne qui a besoin de
tout contrôler au quotidien, aura des
difficultés à s’adapter à une pathologie qui semble évoluer de manière
imprévisible, irrégulière, voire inéluctable. Les séances d’hypnose viseront
à mieux accepter ces aspects pénibles et
aléatoires de la pathologie chronique.

Comment envisager l’avenir ?
Selon la pathologie, la question de l’avenir du patient est posée. Dans le cas
d’une guérison possible sans séquelle,
il n’y a pas trop de difficultés à envisager l’avenir. Mais dans le cas de
pathologies sans retour possible à la
vie d’avant à cause d’importantes
séquelles ou après une amputation, se
pose parfois le problème de l’activité
professionnelle à reconsidérer et même
de la vie affective, amoureuse qui devra
s’adapter au handicap. Là également,

les séances d’hypnose pourront par des
exercices de visualisation améliorer la
vision qu’a le patient de son avenir.

L’entente médecin-malade
La personnalité du thérapeute compte
pour beaucoup dans les résultats thérapeutiques. On parle du « charisme »
du médecin utilisant l’empathie. Il s’agirait d’un mélange d’assurance, de
convivialité et de confiance dans le
traitement et dans les ressources du
patient. La relation est faite du désir
du patient de guérir, de la confiance
dans la « méthode » et de la disponibilité du thérapeute : « la main de l’accoucheur » selon Socrate.
Il arrive aussi que le patient soit en
conflit avec les médecins, infirmières
ou chirurgiens qui sont intervenus
dans le soin. Tant que le conflit persistera, les douleurs persisteront. Le
travail thérapeutique consistera à
« faire la paix » avec les différents
intervenants, d’une manière ou d’une
autre, pour espérer voir apparaître
une amélioration des symptômes.
Le rôle du thérapeute est de faire pression sur le patient pour l’inciter à
« coller » à la réalité dans la perspective de s’y adapter. Pour garder son
utilité, le thérapeute doit abandonner
son désir de guérir, il doit être indifférent au résultat. Il ne peut vouloir à
la place de son patient. Par sa présence intense, il pèse de tout son poids
sur le patient, dit François Roustang (10),
et l’amène au seuil de sa liberté. Même
si dans l’absolu, tout être aurait les
ressources pour guérir, dans la réalité,
ce qui est demandé pour revenir dans
la vie repose sur une souplesse et une
créativité qui ne sont pas accessibles à
tous. C’est la raison des nombreux
échecs thérapeutiques chez les patients
souffrant de douleurs chroniques.

I En conclusion
Dans le contrôle de la douleur, l’hypnose thérapeutique est une expérience
relationnelle mettant en jeu des mécanismes physiologiques et psychologiques permettant à l’individu de
mieux vivre, d’atténuer ou de supprimer une pathologie douloureuse aiguë
ou chronique. La pratique de l’hypnose montre et confirme que tout ce

2. Elliotson J. Numerous cases of surgical
operations without pain in the mesmeric state.
Lea and Blanchard, Philadelphia,1843.
3. Benhaiem JM, Attal N, Brasseur L Chauvin M,
Bouhassira D. Local and remote effects
of hypnotic suggestions of analgesia. Pain 89
(2001) 167-173.
4. Wilson S, Maddison T, Roberts L, Greenfield S,
Singh S.The effectiveness of hypnotherapy
in the management of irritable bowel
syndrome. Aliment Pharmacol Ther 24,
769–780.
5. Calvert E L, Whorwell P J. Long term
improvement in fonctional Dyspepsia using
hypnotherapy, Gastroenteroogy 2002;
123:1778–1785.
6. Haanen H.C.M, Hoenderdos H.T.W, van
Romunde L.K.J, Hop W.C.J, Mallee C, Terwiel
J.P, Hekster G.B. Controlled trial of hypnotherapy in the treatment of refractory fibromyalgia.
The Journal of Rheumatology 1991;18:1, 72-75.
7. Benhaiem JM. L’hypnose aujourd’hui, 2005,
ed In Press.
8. Jackson P L, Decety J. Motor cognition: a new
paradigm to study self–other interactions, 2004.
9. Jackson PL, Lafleur MF, Malouin F, Richards C,
Doyon J. Potential role of mental practice using
motor imagery in neurologic rehabilitation.
Arch Phys Med Rehabil 2001;82:1133-41.
10 Roustang F. La fin de la plainte, 2002, éd Odile
Jacob.

qui est vivant est en liens. C’est une
maladie ou un organe que l’on soigne
mais également le terrain composé de
tout l’être en relation avec ses croyances, ses sensations, en résumé tout
son espace intérieur et extérieur.
Pour les patients souffrant de douleurs et qui n’ont pas fait spontanément leur travail d’adaptation à
l’ensemble des problèmes rencontrés
par un corps malade, l’action thérapeutique par l’hypnose sera centrée
sur ces différents aspects de la douleur et de la souffrance, tels qu’ils sont
rapportés par les patients eux-mêmes.
L’hypnose est une possibilité d’entrer
réellement en relation avec une personne qui souffre. Si une personne
n’accepte pas son handicap, la douleur s’installe et il n’y a qu’un seul
chemin possible pour guérir : l’aider à
accepter sa réalité corporelle. Pour
percevoir sa vie autrement ; pour s’adapter à la réalité, la seule démarche
efficace est de modifier les perceptions, ce qui est une définition de
l’hypnose.

>>>

La Douleur, des recommandations à la pratique - n°7 - Mars 2009

5

dossier

Le choix de l’hypnose

pour soulager la douleur

Particularités de l’hypnose
chez l’enfant
Chantal Wood, Unité d’évaluation et de traitement de la douleur, Assistance Publique - Hôpitaux
de Paris, hôpital Robert Debré, Paris.
Antoine Bioy, Unité douleur et soins palliatifs, CHU du Kremlin-Bicêtre
L’hypnose est une méthode souvent
plus aisée à utiliser chez l’enfant que
chez l’adulte. En effet, les enfants ont
une grande facilité à « glisser » de la
réalité au monde de l’imaginaire*, ils
ont l’habitude de réagir aux suggestions
(de la part des adultes : « tu pourrais
ranger ta chambre avant d’aller
jouer »…) et enfin l’hypnose possède
une dimension ludique très appréciée
des jeunes enfants. Cette dimension
ludique est introduite par le « comme
si » qu’instaure l’hypnose (« comme si tu
installais un pansement magique sur ton
bras »).
Grâce aux nouvelles technologies
comme l’IRM fonctionnelle et le PET
Scan, les mécanismes mis en jeu sont
par ailleurs mieux étudiés, avec de nombreuses publications scientifiques faisant état d’une connaissance accrue des
mécanismes de l’hypnose, notamment
sur la douleur. Ces connaissances, soutenues par des pratiques évoluant depuis
des décennies, laissent à penser que
l’hypnose ne peut être qu’une aide pour
les patients qui en bénéficient. Elle peut
être proposée de façon cependant différente, dans un cadre médical ou en
suivi psychologique de patients, selon la
formation du soignant qui la propose.

Préambules à l’utilisation
de l’hypnose chez l’enfant
Pour faire de l’hypnose avec un
patient, et encore plus s’il s’agit d’un
enfant, il est fondamental d’établir
une relation thérapeutique de qualité., car celle-ci est un puissant déterminant des effets de l’hypnose (2).
Barber écrit à ce propos : « la relation
entre un expérimentateur et le sujet
est moins personnelle que la relation
d’intimité plus puissante qui s’est développée entre un clinicien qui s’implique
et un patient en souffrance. Il est clair
que le succès clinique de la suggestion

6

hypnotique requiert de l’innovation,
d’être personnalisée, et des procédures cliniques sophistiquées. Il est difficile de comparer de telles procédures
avec des procédures expérimentales
bien contrôlées » (3). Elle suit en cela des
observations faites par rapport à l’ensemble des dispositifs d’aide (4).
Afin de faciliter la relation avec l’enfant, il y a lieu de prendre le temps
de connaître ses goûts et ses attentes.
C’est au praticien de s’adapter au
patient en aménageant ses techniques
en fonction des données provenant de
l’enfant, et ainsi proposer un accompagnement créatif et singulier (5). Cette
adaptation à l’enfant passe aussi par
une adaptation à l’âge de l’enfant, et
à son développement.
Le modèle de Jean Piaget, psychologue suisse, est celui qui est encore
utilisé dans la plupart des études sur
la douleur de l’enfant et son développement cognitif. Piaget s’est intéressé
à la genèse des structures logiques
fondamentales et à l’élaboration de
la pensée catégorielle. Pour Piaget, la
pensée naît de l’action. Il existe, pour
lui, une interaction entre l’inné et
l’acquis et il centre son intérêt sur les
relations entre l’enfant et le monde
extérieur. Le développement et l’intég r at ion de s fonc tions c ogniti v e s
naissent de l’enrichissement de la
structure de base de l’enfant, grâce à
de s e x pé r ie nc e s suc c e ssi v e s e t
répétées. Ce modèle a été depuis
validé par de nombreuses études,
justifiant que l’on continue encore
actuellement à s’y intéresser, même si
cette approche est parfois remise en
question (6). (tableau 1)
Il est important que le thérapeute ait
une connaissance sur le développement
cognitif de l’enfant, car celui-ci est
déterminant sur ce que l’enfant comprend de sa maladie, de sa douleur, sur

La Douleur, des recommandations à la pratique - n°7 - Mars 2009

sa vision du monde qui l’entoure et sur
la capacité qu’il a de communiquer à
propos de ces éléments.
Aussi, l’écoute clinique qui précède
l’hypnose doit permettre de saisir le
mode d’appréhension du monde par
l’enfant, et de pouvoir s’y adapter. Ce
mode d’appréhension est accessible
via l’écoute de son langage ; la psychologie nous apprend en effet que la
parole des patients est en lien avec la
dynamique psychique sous-jacente, et
notamment avec la façon dont le jeune
patient perçoit son « univers ». Et en
notant les mots de l’enfant puis en les
réutilisant, on s’articule avec cet « univers » du patient, dont fait partie la
façon dont il perçoit subjectivement
et comprend sa douleur.
Nous avons précisé qu’il était important tout d’abord de mieux connaître
les affinités de l’enfant (goûts…), de se
référer à son niveau de développement, mais aussi d’adapter notre langage à son monde. Ce « langage
adapté » permet dans un second temps
(le travail par hypnose en tant que tel)
de proposer des exercices qui eux aussi
devront être adapté au niveau de
maturation psychologique de l’enfant** (tableau 2).
Notons à ce propos que chez l’enfant
d’âge préscolaire (moins de 6 ans), il
n’y a pas encore de distinction claire
entre réalité et monde imaginaire, ce
qui favorise l’usage par exemple d’histoires mettant en scène des personnages imaginaires et puissants.
Également, chez l’enfant en âge
scolaire et l’adolescent, les capacités
hypnotiques sont maximales entre
8 et 12 ans et les enfants peuvent se
concentrer et entrer en transe hypnotique beaucoup plus facilement que
les adultes. Enfin, chez l’adolescent,
les techniques utilisées sont les mêmes
que celles de l’adulte (lévitation de la
main, catalepsie du bras…).
Les parents sont des alliés dans l’ap-

> Tableau

1

Les stades cognitifs de Piaget, la compréhension de la douleur et la maladie
et les répercussions sur les soins
Conséquences sur les soins

De 0 à 2 ans
Stade des reflexes
Stade des premières
habitudes motrices
Stade sensori-moteur
de l'intelligence

>

De 2 à 7 ans
Stade de la pensée
pré-opératoire

>

De 7 à 11 ans
Stade des opérations
concrètes

>

Après 11 ans
Stade des opérations
formelles

L'enfant est dans une illusion de toute puissance,
et s'attribue tout ce qui est bon. La douleur peut très rapidement envahir le bébé, car il n’a ni la notion du temps,
ni celle du soulagement. Progressivement apparaît la peur
de situations douloureuses (entre 6 et 18 mois), accompagnée de manifestations de tristesse ou de colère. Ce n’est
qu’à partir de 18 mois, qu’il commence à localiser la douleur et à la reconnaître chez les autres.

Il utilise des stratégies non cognitives pour
faire face à la douleur (demander à l’adulte
de souffler sur une égratignure, ou de faire
des câlins, ou des bisous…)

La pensée est toujours égocentrique. L’enfant a encore du
mal à faire la différence entre ses propres pensées et celles
des autres. Il ne peut se distancer de son environnement.
C’est l’âge des pensées finalistes. La maladie est perçue
comme un phénomène extérieur. La douleur est vécue
comme une punition. L’enfant tient « l’autre » pour responsable de sa douleur. Il ne peut faire la distinction entre la
cause et la conséquence de la douleur, ni faire un rapprochement entre traitement et soulagement de la douleur.

Il faut essayer de connaître les explications
qu’il se donne, d’autant qu’il ne cherchera
pas à les partager.
C’est l’âge où il pense que la douleur peut
disparaître par magie, par surprise… (pommade magique, gélule magique, masque
magique pour le protoxyde d’azote).

L’enfant commence à se différencier des autres. La maladie est perçue comme une « contamination » par les plus
jeunes ou intériorisée chez les plus âgés. La cause est cependant extérieure à l'enfant, et n'est pas toujours explicite.
La douleur est perçue comme une expérience physique
localisée dans le corps. Il existe une confusion sur le rôle
de chaque organe.

Il demande à être rassuré car il a peur
d’une atteinte de son corps. Il faut lui
donner des explications sur la maladie et
les traitements, avec des schémas ou des
poupées.
C’est l’âge idéal pour apprendre les techniques cognitivo-comportementales, lors
des douleurs récidivantes ou chroniques.

La maladie et la douleur sont comprises de manière plus
sophistiquée et peuvent être attribuées à des causes physiologiques et/ou psychologiques, et correspondre à un mauvais fonctionnement d’un organe.

L’enfant peut faire face à certaines situations mais ne connaît pas toujours les stratégies cognitives pour le faire.

prentissage de l’hypnose. Ils peuvent
aider le thérapeute à connaître les
goûts et les centres d’intérêts de leur
enfant, voire même sa manière de faire
face à la douleur. Ils peuvent aussi
aider leur enfant à utiliser l’hypnose
lors de douleurs récurrentes (douleurs
abdominales, par exemple) ou de
gestes invasifs répétés, notamment par
emploi de la distraction (8). Différents
supports, comme des CD adaptés, peuvent être utilisés (9).

Usages de l’hypnose
chez l’enfant douloureux
Dans le cadre de la douleur, plusieurs
études ont montré l’efficacité de l’hypnose dans les soins des brûlés (10), pour
les douleurs cancéreuses (11, 12,13), les

douleurs chroniques et récurrentes
(comme les douleurs abdominales (14)),
l’arthrose juvénile (15), les maux de tête (16),
les pathologies respiratoires (17, 18, 19), etc.
En douleur aiguë, on cherchera à favoriser la concentration du patient sur
autre chose que le lieu de stimulation
douloureuse afin qu’il n’y ait pas de
« sur-écoute » de la douleur. Le ton de
la voix est alors plus directif, poussant
l’enfant, grâce à son imaginaire, à focaliser son attention sur quelque chose
de différent, le plus souvent agréable,
et se « détacher » de la zone douloureuse. Cette capacité est obtenue par
dissociation psychique (20). Pour les
enfants plus petits, qui peuvent
« échapper » à l’accompagnement du
thérapeute, une participation active

physique peut aider l’enfant a se focaliser sur autre chose et au soignant de
suivre l’adhésion du patient (par exemple, demander à un enfant de 4 ans
d’appuyer avec ses doigts sur les doigts
du thérapeute).
En douleur chronique ou itérative, le
ton du thérapeute est plus permissif,
mais il s’agit toujours d’induire chez le
patient une focalisation de l’attention.
Une fois l’induction faite et la dissociation psychique acquise, différentes
techniques peuvent être utilisées pour
modifier la douleur (21, 22) comme des
suggestions de dissociation, centrées
sur l’analgésie ou encore axées autour
de la réinterprétation de la sensation
douloureuse pour qu’elle devienne
moins déplaisante, ou moins intense.

La Douleur, des recommandations à la pratique - n°7 - Mars 2009

7

dossier

Le choix de l’hypnose

pour soulager la douleur
> Tableau

2

Techniques d’induction par classe d’âge *
De 0 à 2 ans
Phase préverbale

De 2 à 4 ans
Débuts de la phase
verbale

De 4 à 6 ans
Phase préscolaire et
début de la phase
scolaire

De 7 à 11 ans
Moyenne enfance

De 12 à 18 ans
Adolescence

• Stimulation tactile, des caresses, tapotements • Stimulation
kinesthésique : bercements, bouger un bras d’avant en arrière
• Stimulation auditive : musique ou tout son ronronnant tel
que rasoir électrique, sèche-cheveux ou aspirateur placé hors
de portée de l’enfant. • Stimulation visuelle : des mobiles ou
autres objets changeant de forme, de couleur ou de position
• Présentation à l’enfant d’une poupée ou d’une peluche
• Faire des bulles de savon• Livres animés• Contes• La visionneuse
stéréoscopique • L’activité favorite • Parler à l’enfant par le
biais d’une poupée ou d’un animal en peluche • La poupée de
chiffon • L’ours en peluche • Regarder une induction menée sur
soi-même sur une cassette vidéo
• Expirer à fond • Le lieu favori • Les animaux multiples • Le jardin
fleuri • Contes (seul ou en groupe) • Le chêne puissant • Observer une pièce • Observer les lettres • Livres animés • L’imagination
télévisuelle • La visionneuse stéréoscopique • La cassette vidéo
• La balle bondissante • Biofeedback thermique (et autres)
• Lévitation inversée des doigts • Le terrain de jeux
• L’activité favorite • Le lieu favori • Observer les nuages • La couverture volante • Jeux vidéo (réels ou imaginaires) • Faire du vélo
• Lévitation inversée du bras • Souffler à fond de ses capacités
• La musique favorite • S’écouter sur un enregistrement audio
• Observer une pièce • Fixation d’un point sur la main • Attraction réciproque des mains (doigts) • Rigidité du bras
• Lieu ou activité favorite • Activité sportive • Catalepsie du
bras • Concentration sur sa respiration • Jeux vidéo (réels ou imaginaires) • Fixation oculaire sur une main • Conduite automobile • Jouer ou écouter de la musique • Lévitation de la main
• Attraction réciproque des mains (doigts) comme des aimants
• Jeux d’Heroic Fantasy (par ex. Donjons et Dragons)

*d’après: Olness K, Kohen DP (2006) Hypnose et hypnothérapie chez l’enfant. Satas, Bruxelles

Concernant la question de l’autohypnose, elle participe à la recherche
d’autonomie du patient par rapport
aux techniques d’hypnose, et au final
à la gestion de ses douleurs. Un film
produit par le docteur Leora Kuttner
« No Fears No Tears » (23) développe ces
différentes techniques. L’impact de
cette approche pour le devenir de l’enfant est évident, ouvrant une nouvelle
façon d’envisager sa vie, comme le
montre un autre film de Kuttner : « No
Tears, No Fears 13 years later***» (24).

8

Quelques données
autour de la relation
On connaît maintenant bien les composantes d’une relation dite de qualité (empathie, congruence…) et les
attitudes et techniques qui la favorisent (25). Mais la fragilité dans laquelle
les patients malades et douloureux
sont plongés peut parfois constituer
un obstacle à l’établissement d’une
relation de qualité. L’hypnose possède
alors l’avantage d’instaurer une rupture avec le mode de communication
habituel. A-t-on l’habitude de voir un
“ bobologue” sortir de sa poche de
l’eau savonneuse pour que l’enfant

La Douleur, des recommandations à la pratique - n°7 - Mars 2009

souffle des bulles ? Est-il courant de
croiser une infirmière qui propose au
patient de trouver au fond de luimême l’endroit où se trouve une fontaine magique qui élimine toute
fatigue ? Voit-on beaucoup de psychologues demander à un patient d’imaginer quelle est la formule qu’Harry
Potter pourrait lui apprendre pour
se rendre invisible aux yeux de sa
douleur ?
La méthode hypnotique provoque une
rupture dans la communication habituelle que l’enfant connaît d’un professionnel de santé qui lui parle de lui
et de sa douleur. Ceci favorise son
attention, et ouvre un champ de nouvelles possibilités où créativité et imaginaire vont pouvoir panser une réalité
altérée et douloureuse. Et l’hypnose,
avant même d’être un ensemble de
techniques, constitue une nouvelle
forme de relation d’aide qui facilite
par la rupture instituée la sortie d’une
certaine fatalité douloureuse. Ce nouveau mode de communication vient
déjà restaurer quelque chose dans la
relation praticien/patient où la douleur ne va plus occuper un espace occupant tout l’esprit, mais devient
quelque chose dont il est possible de
parler autrement, et donc qu’il est possible de vivre autrement. L’hypnose,
en tant que pratique psycho-corporelle (26), est avant tout une expérience
singulière prenant corps dans un nouveau relationnel (1). Selon le métier
d’origine du professionnel de santé
(médecin, psychologue, infirmier…),
elle sera utilisée dans un cadre précis
avec des objectifs parfois différents
mais toujours complémentaires (27).

Conclusion
L’hypnose est une aide importante
pour les jeunes patients, lorsqu’elle
est bien adaptée. La méthode hypnotique va utiliser des images, des
métaphores, et des suggestions en
lien avec le symptôme. Et la facilité
d’appropriation de cette approche
par les enfants fait que les séances
sont souvent plus interactives, plus
“ spontanées” qu’avec les adultes. La
dimension ludique permet rapidement
d’établir avec l’enfant un mode de
communication encore peu habituel
dans nos pratiques de soins. Cette “rupture” autorise un mode relationnel

nouveau, où le plus souvent l’expérience hypnotique va progressivement
prendre le pas sur l’expérience douloureuse et permettre au patient de
retrouver un certain contrôle sur son
ressenti, gagner en autonomie, et faire
que la douleur ou le symptôme ne l’envahisse plus, qu’il ne la subisse plus
passivement. Même lorsque le soulagement total du symptôme douloureux
n’est pas au rendez-vous, ce gain d’autonomie, de participation est déjà un
progrès, et permet à l’enfant de mieux
gérer les symptômes. Enfin, l’hypnose
est une méthode, une approche sin-

gulière dans le domaine du soin qui
ne nie pas les singularités d’approche
professionnelle mais préserve une complémentarité de pratique entre chacun
des intervenants.
Pour toutes ces raisons, à notre avis,

l’hypnose se développera dans les
années à venir en pédiatrie, non seulement pour la prise en charge de la
douleur, mais aussi pour bien d’autres
indications (28).

L’imaginaire est identifié, depuis la fin du XVIIIe siècle, comme l’un des constituants importants de la technique hypnotique (1)
** Différentes techniques d’induction hypnotique sont développées dans le livre « Hypnose
et hypnothérapie chez l’enfant » (7).
*** Ces deux films sont disponibles depuis 2001 en traduction française par C. Wood et
monté par F. Batista (Studio Robert Debré) auprès de l’hôpital Robert Debré, Paris :
+33 1 40 03 53 46.
*

> Références
1. Bioy A (2007) Découvrir l’hypnose.
InterEditions, Paris.
2. Diamond MJ. (1984). It takes two to
tango : the neglected importance of
the hypnotic relationship. Am J Clin
Hypn, 26 : 1-13
3. Barber J (2004) Hypnotic
analgesia : mechanisms of action
and clinical approaches. In :
Psychological Methods of Pain
Control : Basic Science and Clinical
Approach, sous la direction de
Donald D. Price, M. Catherine
Bushnell, IASP Press, Seattle
4. Bénony H, Chahraoui K (1999) L’entretien clinique. Dunod, Paris
5. Kuttner L, Solomon R. (2003)
Hypnotherapy and Imagery for
Managing Children’s Pain. In : Pain
in Infants, Children and Adolescents. Sous la direction de N.
Schechter, C. Berde, M. Yaster,
Williams & Wilkins, Baltimore,
317-328
6. Zabalia M (2005). Auto-évaluation
de la douleur : la théorie de Jean
Piaget comme cadre interpretative
de l’expression de la douleur chez
l’enfant : mise au point et perspectives. Journal de pédiatrie et de
puériculture 18 : 176-181
7. Olness K, Kohen DP (2006)
Hypnose et hypnothérapie chez
l’enfant. Satas, Bruxelles
8. Walker LS, Williams SE, Smith CA,
Garber J, et al. (2006) Parent attention versus distraction : Impact on
symptom complaints by children
with and without chronic functional
abdominal pain, Pain, 122, 43-52.
9. Wood C, Leblanc V, Duparc-Allegria
N (2006) Mieux vivre avec une
douleur : “même pas mal”. Editions
Scientifiques L&C, Paris

10. Wakeman RJ, Kaplan JZ. (1978) An
experimental study of hypnosis in
painful burns. Am J Clin Hypnosis,
21, 3-12
11. Hilgard JR, LeBaron S (1984)
Hypnotherapy of pain in children
and adolescents with cancer.
William Kauffmann, Los Altos, CA
12. Wild MR, Espie CA. (2004) The efficacy of hypnosis in the reduction of
procedural pain and distress in
pediatric oncology : a systematic
review, J Dev Behav Pediatr, 25,
207-213
13. Liossi C. (2001) The psychological
management of paediatric procedure related cancer pain. Part 2.
In : Procedure related cancer pain
in children, sous la direction de C.
Liossi, Radcliffe Medical Press,
Oxford, UK, 141-172
14. Sokel B, Devane S, BentovimA.
(1991) Getting better with honor :
individualized relaxation/self
hypnosis techniques for control of
recalcitrant abdominal pain in children. Family Systems Medecine, 9,
83-91
15. Walco GA, Varni JW, Ilowite NT.
(1992) Cognitive-behavioural pain
management techniques in children with juvenile rheumatoid
arthritis. Pediatrics, 89, 1075-1079
16. Olness K, MacDonald J, Uden D.
(1987) A prospective study comparing self-hypnosis, propranolol in
the treatment of juvenile classic
migraine. Pediatrics, 79, 593-597
17. Anbar R. (2000) Self hypnosis for
the management of chronic
dyspnea in pediatric patients.
Pediatrics, 107 (2), E21

18. Anbar R. (2000) Self hypnosis
for patients with cystic fibrosis.
Pediatr Pulmonol, 30(6), 461-465
19. Anbar R. (2002) Hypnosis in pediatrics: applications at a pediatric
pulmonary center. BMC Pediatr,
2, 11
20. Michaux D (2006) Hypnose et dissociation psychique. Imago, Paris
21. Price DD. (1999) Psychological
Mechanisms of Pain and Analgesia. IASP Press, Seattle
22. Rainville P, Price DD (2004) The
neurophenomenology of Hypnosis
and Hypnotic Analgesia. In :
Psychological Methods of Pain
Control : Basic Science and Clinical
Perspectives, sous la direction de
DD Price, C Bushnell, IASP Press,
Seattle
23. Kuttner L. (1986) No fears, No
Tears. Fanlight Productions,
Harriman, NY
24. Kuttner L. (1998) No Fears, No
Tears- 13 years later. Fanlight
Productions, Harriman, NY
25. Bioy A, Maquet A (2003). Se former
à la relation d’aide. Dunod, Paris
26. Célestin-Lhopiteau I, ThibaultWanquet P. (2006) Guide des
pratiques psycho-corporelles.
Masson, Paris
27. Wood C, Bioy A. (2008) Pratiques de
l’hypnose chez l’enfant douloureux.
Douleur et analgésie, 21 (1) : 20-26.
28. Wood C, Bioy A. (2006) L’hypnose
chez l’enfant : quelles indications ?
Réalités Pédiatriques, 112, 1-5.

La Douleur, des recommandations à la pratique - n°7 - Mars 2009

Cas
cliniques
par Virginie Guastella /
Centre étude et traitement de la douleur, Hôpital Gabriel Montpied (CHU), Clermont-Ferrand
et Unité de soins palliatifs, Hôpital Nord, Cebazat (CHU), Clermont-Ferrand.

> Prise en charge non médicamenteuse

d’une douleur ayant des caractéristiques
neuropathiques
Madame M.
Jeune femme de 42 ans
Mariée, 2 enfants en bas âge 3 et 6 ans
Secrétaire dans un cabinet médical
Sans antécédent particulier notable
Sportive.
Vient pour une douleur qu’elle décrit à type de
sensation de courant électrique dans le bras
droit, non permanente, survenant plutôt en fin
de journée, récurrente, sans limitation des
mouvements, avec douleur sourde diffuse dans
l’omoplate droite, irradiant dans le cou mais
supportable.
Pas de facteur déclenchant retrouvé.
Trajet bien systématisé d’allure NCB. DN4 = 4/10
Investigations complémentaires RAS.

Sa demande : être soulagée de cette sensation
insupportable de courant électrique dans le bras.

À noter : Échec des traitements conventionnels
(antalgiques classiques, antidépresseurs, antiépileptiques, TENS) y compris de la PEC manuelle
devant la suspicion conjointe d’un syndrome
myofascial associé.

ors de notre premier entretien, après l’interrogatoire avec anamnèse et l’examen clinique : la
patiente se présente avec une douleur qui se
déclare préférentiellement en fin d’après midi, après
avoir récupéré les enfants à l’école et qui se calme
quand les enfants sont couchés.
La prise en charge par l’hypnothérapeute diffère de
celle du médecin conventionnel dans le sens où il ne
va pas s’agir de revenir sur les caractéristiques de la douleur, le diagnostic ayant été établi mais essayer de se
servir du ressenti de la patiente pour qu’elle en fasse
quelque chose en ayant au préalable analysé à travers
certaines questions les motivations réelles de la patiente
à voir cette douleur disparaître :
• En quoi cette douleur vous gêne ? Pour s’occuper de
ses enfants.

L

10

La Douleur, des recommandations à la pratique - n°7 - Mars 2009

• Qu’est-ce que vous pourriez faire que vous ne faites
pas aujourd’hui quand ça ira mieux ? Être plus disponible pour les enfants et mieux m’occuper d’eux.
• Pensez-vous pouvoir aller mieux rapidement ? Il le
faut.
• Dans combien de temps pensez-vous être guérie ?
Je ne sais pas mais j’espère rapidement.
• Qu’attendez-vous de la prise en charge ? Une aide et
aller mieux.
Je lui propose de revenir pour débuter ensemble un
travail.

Première séance :
description de la douleur
« Voulez-vous bien ressentir cette douleur et me la
décrire en détail ? »
« Fil électrique / barbelé / incandescent au paroxysme
de la douleur »
« et maintenant comment pouvez-vous faire pour améliorer ça ? »,
« allez-y faites venir le soulagement et voyez comment
cela peut se faire ou ne pas se faire »
La patiente reste fixée sur ce courant électrique et ne
parvient pas à modifier les sensations.
Je lui propose de ne pas penser à cette séance, de laisser les jours s’écouler et de revenir pour poursuivre la
semaine d’après.

Deuxième séance :
déplacement de la demande
Je lui demande si elle souhaite reprendre la séance où
nous l’avions laissée la semaine précédente. Elle me dit
que « non » et que ce qu’elle voudrait faire c’est enfin
pouvoir passer une fin d’après-midi normale, disponible avec les enfants, sans douleur.
Je lui réponds alors « faites-le ».
Elle choisit un jour où le plus grand est à une activité
extra scolaire en soirée et se retrouve avec le plus petit.
Tout va bien jusqu’à ce que le plus grand rentre, accompagné de son papa. Elle me dit « Je sens que la douleur
arrive ».
« Voulez-vous bien l’empêcher d’arriver ? »
« C’est impossible elle est déjà là »

« Qu’est ce qu’il se passe ? »
« C’est plus fort que moi »
Je lui demande, sur la semaine à venir, de noter sur un
carnet, dans les moindres détails, tous les soirs lorsque
les enfants sont couchés tout ce qu’il s’est passé et
qu’elle a fait elle-même pour eux et pour la maison
depuis qu’elle est allée les chercher à l’école et qu’ils
ont été couchés par leur papa et de m’amener ses écrits
la fois d’après.

Troisième séance :
accomplissement d’une tâche
Lorsqu’elle revient, elle a répondu très consciencieusement à la tâche prescrite la fois précédente.

Elle me tend un carnet avec chaque jour de la semaine
et les détails. Je lui propose de s’installer désormais
comme elle sait bien le faire dans la transe hypnotique
et de me raconter. Elle me raconte tout cela en détails
et à aucun moment ne mentionne la douleur. Elle
ajoute cependant qu’elle a remarqué qu’elle ne fait
rien pour elle.
Lorsqu’elle réouvre les yeux, je lui demande comment
elle se sent et elle me dit « bien ».
J’insiste et lui demande si elle n’a rien omis dans son
récit. Elle répond que « non ».
Je lui propose de revenir et elle m’explique que ce ne
sera peut-être pas nécessaire car ça fait trois jours
qu’elle n’a plus mal.

> Prise en charge d’une douleur

dans un contexte de soins palliatifs
Madame T.
52 ans, hospitalisée en Unité de Soins Palliatifs
(USP).
Néoplasie pleurale avec extension locorégionale.
Secrétaire de profession.
Divorcée, ex époux décédé il y a deux ans d’un
cancer bronchique.
Deux enfants éloignés géographiquement (une
fille et un fils).
Papa âgé de plus de 80 ans, éloigné également
Hospitalisée récemment pour un épisode dyspnéique majeur.
Améliorée sous oxygénothérapie + corticothérapie.

orsque je la rencontre la première fois, elle est
hospitalisée dans un centre spécialisé dans la
prise en charge du cancer :
Elle est invalidée par une douleur thoracique retro
sternale survenant préférentiellement en fin de journée à type de brûlure et très intense. La patiente
exprime aussi sa peur de l’asphyxie. Elle souffre d’une
grande solitude. Il y a par ailleurs beaucoup de retenue
chez cette femme et la crainte de déranger les soignantes.
Je la vois la seconde fois toujours dans ce même centre
pour lui annoncer qu’avec son accord elle sera transférée dès le lendemain dans l’USP. Elle me reparle de
ces douleurs retro sternales et je lui explique que je lui
montrerais comment essayer de les atténuer sans l’aide

L

des médicaments. Elle me regarde alors d’un air mêlant
surprise et septicisme et me dit « ah, bon c’est possible ? »
À son arrivée dans le service le lendemain Madame T.
est inconfortable, elle relate que la douleur thoracique
s’est installée au cours du transfert dans l’ambulance
avec un ressenti physique de brûlure insupportable.
Je lui propose alors de faire un petit exercice que je ne
nomme volontairement pas hypnose.
« Voulez-vous bien vous installer confortablement et
prendre le temps de ressentir chaque fragment de votre
corps ? » ; « ressentez votre bras droit, sa légèreté, c’est
comme si on avait accroché à votre poignet un ballon
d’hélium qui l’attire vers le haut au fur et à mesure de
sa lente montée vers le ciel » ; « vous y êtes ? » ; « oui,
oui » me dit-elle à travers cet exercice de lévitation.
« Maintenant, je vous propose d’aller poser ce bras,
cette main, sur la zone douloureuse et de voir si vous
le voulez bien comment cette sensation agréable dans
le bras, puis la main pourrait passer dans la poitrine » ;
« je passe doucement la main » me dit-elle ; « ce sont
des petits mouvements qui me soulagent » ajoute-telle en mimant l’action.
Je lui précise que nous avons tout notre temps, que le
plus important est qu’elle puisse obtenir un apaisement et alors elle pourra « doucement revenir », « ouvrir
les yeux », « prendre une grande inspiration ».
Je la revois ensuite après le week-end. Elle m’explique
qu’il arrive encore que la douleur apparaisse mais avec
une intensité plus faible et un meilleur vécu car elle sait
qu’elle peut la maîtriser sans avoir à dépendre d’un
médicament, plus exactement on pourrait dire sans
avoir à appeler les infirmières…

La Douleur, des recommandations à la pratique - n°7 - Mars 2009

11

Brê§eè-ves
Conditions légales et pratiques
de l’hypnoanalgésie par un IDE
Nathalie Lelièvre / Juriste droit de la santé - AEU droit médical, DESS droit de la santé - Certificat
d'aptitude à la Profession d'Avocat - Membre de la commission "Éthique et Douleur" - Espace Éthique
Méditerranéen - lelievrenath@wanadoo.fr
e décret de compétence (1) est
muet concernant la pratique de
l’hypnoanalgésie. Faut-il en déduire
ipso facto que la pratique est interdite
aux infirmières ? Par un raisonnement, a contrario, la pratique de
l’hypnoanalgésie par l’infirmier n’est
pas interdite. En effet, l’infirmier n’est
pas exclu des stages de formation en
hypnoanalgésie. Il lui est interdit
d’avoir recours à des soins médicaux

L

sans prescription. Or, la pratique de
l’hypnoanalgésie n’est pas un acte
médical. Le recours à l’hypnoanalgésie s’inscrit dans le cadre des activités du rôle propre de l’infirmier.
Après une évaluation des besoins
du patient et sous réserve de l’accord
de celui-ci, l’infirmier peut donc avoir
recours à cette technique sous
réserve qu’il ait reçu une formation. (2)
L’hypnoanalgésie doit être exercée

par des personnes formées : c’est la
seule obligation des établissements
ou services ayant recours à cette
pratique.

> en

savoir +

Un article du même auteur intitulé
L’hypnoanalgésie serait-elle
réservée à la sphère médicale ?
est paru dans la revue Douleurs,
avril 2008 ; 9 :150-2.

(1) Décret 204-802 du 29 juillet 2004, relatif à l’exercice de la profession d’infirmier
(2) Il s’agit des centres ayant signé la charte de la Confédération Francophone d’Hypnose et de Thérapie Brève, et de l’Institut Français d’Hypnose.

La revue Hypnose & thérapies brèves
Dr Patrick Bellet / Rédacteur en chef de la revue “Hypnose & thérapies brèves”
www.revue-hypnose-therapies-breves.com - bellet.pat@free.fr
ette revue professionnelle, internationale
de langue française, est destinée à
diffuser les travaux de recherche en hypnose
et leurs applications thérapeutiques dans le
domaine médical et psychothérapeutique.
De parution trimestrielle, complétée par un
hors-série thématique (prochain H-S à
paraître en mars consacré exclusivement
à la douleur), la revue aborde depuis trois
années les thèmes les plus variés allant du
traitement du tabagisme, de la fibromyalgie,

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La Douleur, des recommandations à la pratique - n°7 - Mars 2009

Directeur de la Publication : Dr Éric Boccard
Rédacteurs en Chef : Francine Hirzowski, Florentin Clère
Coordonnateur/Rédacteur Adjoint : Françoise Beroud
Comité de Rédaction : Nadine Attal, Françoise Beroud, Jean-Marie Besson,
Éric Boccard, Bernard Calvino, Florentin Clère, Alain Eschalier,
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Conception-réalisation : A CONSEIL Paris - Tél. : 01 42 40 23 00
N° ISSN : 1962-4263 - Dépôt légal : 1er trimestre 2009
Institut UPSA de la Douleur : Association loi 1901 à but non lucratif,
3 rue Joseph Monier - BP325 - 92506 Rueil-Malmaison Cedex
Tél. : 01 58 83 89 94 - Fax : 01 58 83 89 01
Email : institut.upsa@bms.com
Site Internet : www.institut-upsa-douleur.org

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de l’analgésie chez l’enfant, du suicide,
des difficultés scolaires, de l’hypnosédation
au bloc opératoire en passant par le “burn
out”, les troubles psychosomatiques, etc.
Référence dans son domaine, elle présente
des articles de fond, des cas cliniques,
l’histoire et l’actualité internationale de
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pratiques dans les domaines de la médecine
et de la psychologie.



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