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Titre: Mondialisation et délocalisation des entreprises
Auteur: El Mouhoub Mouhoud

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El Mouhoub Mouhoud

Mondialisation
et délocalisation
des entreprises

ISBN 2-7071-3346-9
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objet est d’alerter le lecteur sur la menace que représente pour l’avenir de l’écrit, tout
particulièrement dans le domaine des sciences humaines et sociales, le développement
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© Éditions La Découverte, Paris, 2006.
Dépôt légal : juillet 2006

Introduction

Vers la fin des années 1990, durant la période d’euphorie boursière, le débat public portait sur l’« horreur économique » de la
mondialisation. Depuis le début des années 2000, le débat se
focalise sur les délocalisations vers les pays à bas salaires susceptibles d’emporter l’ensemble des activités productives, y compris
les services et la R&D, et de détruire également des emplois
qualifiés. Ce sujet est l’objet de controverses et de divorces entre
les représentations médiatiques et les analyses des économistes.
Il fait également l’objet d’une certaine instrumentalisation par
les différents acteurs publics et privés.
Il faut reconnaître que les analyses économiques apparaissent
trop nuancées comparées aux discours simples véhiculés par les
médias. Ainsi, à la question « la mondialisation détruit-elle nos
emplois et nos exportations ? », la réponse de l’économiste est
souvent ambiguë : « Elle détruit des emplois au niveau microéconomique et au niveau local (dans certaines régions) et plutôt à
court terme, mais tout cela se compense au niveau macroéconomique et plutôt à long terme. » Il ajoute : « Rien de toute façon
ne garantit que les emplois détruits par la délocalisation auraient
survécu à la compétition internationale ! Si, du fait de la concurrence internationale, les emplois devaient disparaître, c’est que
les structures productives ne sont pas adaptées face à la mondialisation. » Finalement, parce qu’il tient compte de la dimension
temporelle, l’économiste anticipe les effets positifs, en retour, de
la délocalisation : l’amélioration de la compétitivité, de la croissance, des firmes plus efficaces, plus performantes. Les emplois

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MONDIALISATION

ET

DÉLOCALISATION

DES

ENTREPRISES

perdus vont alors renaître plus qualifiés, mieux rémunérés : c’est
ce que l’on appelle la compensation.
L’histoire économique le confirme : à long terme, la compensation se réalise effectivement comme l’ont montré les travaux
de Charles Fourastié ou d’Alfred Sauvy. L’agriculture qui s’éteignait avec la révolution industrielle a été compensée par la
montée de l’industrie puis des services.
Mais ce raisonnement ne peut satisfaire complètement les
travailleurs concernés par la délocalisation, ni les territoires
spécialisés dans les secteurs sensibles à la délocalisation et les
pouvoirs publics locaux. Leur horizon n’est pas le très long
terme, mais le court terme. Scheve et Slaughter [2002]* ont bien
saisi ce décalage de perception en mettant en relation le sentiment d’insécurité économique des travailleurs et la présence de
comportements des employeurs jugés risqués en matière
d’emplois et de salaires. Pour ces auteurs, les investissements
directs à l’étranger (IDE) et la sous-traitance internationale (STI)
peuvent être considérés comme des facteurs clés de l’insécurité
économique « en rendant la demande de travail plus élastique ».
Le problème est que cette perception, aussi compréhensible soitelle, ne signifie pas pour autant que les emplois détruits sont dus
à la délocalisation. Et ce type de délocalisation est loin de couvrir
toute la réalité de la mondialisation des entreprises.
Les firmes multinationales (FMN) constituent les acteurs principaux de la globalisation des économies à travers leurs stratégies de fusions et acquisitions (F&A), d’alliances stratégiques,
de financement de leurs activités productives directement sur les
marchés financiers internationaux. Le contexte de la mondialisation des entreprises est aussi celui de la diffusion des technologies de l’information et de la communication (TIC) et plus
généralement de l’entrée des économies développées dans ce que
l’on appelle l’économie du savoir ou de la connaissance [Foray,
2000]. La diffusion des TIC et les progrès dans les transports
induisent des effets contradictoires sur la localisation des entreprises. Au premier abord, ils sont susceptibles de faciliter la
dispersion des unités productives dans l’espace mondial en
intégrant un nombre croissant de pays selon une logique

* Les références entre crochets renvoient à la bibliographie en fin d’ouvrage.

INTRODUCTION

5

d’exploitation des différences d’avantages comparatifs. Mais ils
peuvent, théoriquement et dans les faits, contribuer à la polarisation des activités dans les pays (les régions) qui offrent des
avantages technologiques et en capital humain. Selon les
secteurs et les caractéristiques des filières de production, les
forces de polarisation des activités l’emportent ou non sur les
forces de dispersion.
L’objectif de cet ouvrage est de clarifier les débats par une
présentation des différentes logiques de la mondialisation des
entreprises encore trop souvent confondues sous des dénominations communes telles que la « mondialisation » ou encore la
« délocalisation ». Des travaux utilisant des bases de données
individuelles de firmes permettent de mieux documenter la
question de la mondialisation des entreprises et de ses effets sur
le commerce international et l’emploi. L’analyse théorique est
indispensable à la connaissance des déterminants et des formes
que prend la mondialisation des entreprises selon les caractéristiques sectorielles, selon la spécificité de leurs actifs, en relation
avec les problèmes d’information, d’opportunisme et des jeux
stratégiques que les concurrents mondiaux mettent en œuvre, et
selon, enfin, les avantages de localisation construits ou donnés
des territoires.
L’ouvrage analyse également les paradoxes de la mondialisation des entreprises et de ses effets : une part croissante du
commerce mondial se fait à l’intérieur et entre ces firmes
globales, une part importante et croissante des emplois est
détruite et créée par ces firmes ; la croissance mondiale est de
plus en plus tirée par les investissements que ces firmes réalisent.
La mondialisation étant associée à la diffusion de l’économie du
savoir, une place toute particulière est donnée au rôle du progrès
technique, de l’innovation et du capital humain dans l’explication de ces paradoxes apparents. Cet ouvrage analyse aussi des
phénomènes nouveaux comme les relocalisations industrielles,
c’est-à-dire le retour dans les pays d’origine d’activités antérieurement délocalisées dans les pays à bas salaires.
Deux parties composent cet ouvrage. La première propose une
analyse empirique et une explication théorique du phénomène
de mondialisation des entreprises et de ses déterminants. Le
premier chapitre a pour objectif de définir, de documenter le
phénomène de mondialisation en analysant l’évolution et

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MONDIALISATION

ET

DÉLOCALISATION

DES

ENTREPRISES

l’interdépendance de ses différentes composantes (commerce,
IDE, finance, technologie et migrations de travailleurs) ; le
chapitre II mesure l’ampleur de la mondialisation des entreprises selon ses différentes logiques. Le chapitre III s’intéresse
particulièrement aux délocalisations à la recherche de bas coûts
de main-d’œuvre et à leur extension aux services et aux
nouvelles technologies. Le chapitre IV passe en revue les différentes explications théoriques du phénomène de mondialisation
des entreprises et de ses déterminants.
La seconde partie s’intéresse aux effets de la mondialisation
des entreprises. Le chapitre V analyse l’impact de la mondialisation sur l’emploi dans les pays industrialisés. Le chapitre VI en
analyse les conséquences sur le commerce et la spécialisation des
nations. Enfin, le chapitre VII analyse la question de la mondialisation des activités de R&D et de connaissances en général et
ses effets sur les spécialisations technologiques des nations et des
régions.

P R E M I È R E

P A R T I E

Les logiques de la mondialisation
des entreprises

I / Les différentes composantes
de la mondialisation

Q

u’est-ce que la mondialisation des entreprises ? Quels sont ses
rapports avec les délocalisations des activités pour des motifs
d’accès à une main-d’œuvre peu rémunérée ? Quels sont les liens
qu’entretiennent les différentes composantes de la mondialisation ? Qu’y a-t-il de nouveau dans la mondialisation ?

Définition et périodisation
La mondialisation peut être appréhendée de deux manières :
— d’une part, en termes de degré de mobilité internationale
des firmes et des facteurs de production qu’elles mettent en
œuvre. La mondialisation se définit alors analytiquement
comme l’accélération sans précédent de la liberté de localisation des
firmes dans l’espace mondial. Cette liberté ne se traduit toutefois
pas nécessairement par une dispersion des unités productives
dans cet espace ;
— d’autre part, en termes d’intensité et d’évolution de cinq
composantes de la mondialisation : 1) les délocalisations des
activités impliquant ou non les IDE ; 2) les flux commerciaux de
biens et services entre les filiales des firmes ou entre firmes, et
les échanges de biens intermédiaires ; 3) les flux financiers ou
de capitaux à court terme ; 4) les flux de connaissances et de
technologies ; 5) les migrations internationales de travailleurs,
qualifiés et peu qualifiés, qui constituent une composante
souvent omise.

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LES

LOGIQUES

DE

LA

MONDIALISATION

DES

ENTREPRISES

Ces cinq composantes de la mondialisation, tout en étant
interdépendantes à bien des égards, possèdent des temporalités
ou des périodisations distinctes. Les deux premières sont déjà
anciennes tandis que les deux dernières connaissent un dynamisme particulièrement important depuis les années 1980. Si
l’on réduit la mondialisation à l’internationalisation des
échanges ou au phénomène de la multinationalisation des
firmes, on conviendra aisément qu’il ne s’agit pas d’un phénomène nouveau. La part des exportations dans le PIB des pays
les plus développés était déjà élevée vers la fin du XIXe siècle
[Bairoch, 1999]. Les FMN en tant qu’acteurs qui déploient leurs
activités à l’étranger constituent aussi un phénomène très
ancien. Les premières FMN apparaissent au XIXe siècle, entre 1865
et 1892 (Singer, Standard Oil, OTIS, Nobel, Westinghouse,
Michelin, Air Liquide et Ford un peu plus tard). Dès les années
1950, les flux d’IDE étrangers ont massivement afflué des
États-Unis vers l’Europe. Les firmes américaines avaient alors
délocalisé leurs unités d’assemblage des industries intensives en
main-d’œuvre vers les pays à bas salaires d’Asie du Sud-Est en
particulier. Les firmes allemandes avaient mis en œuvre les
mêmes stratégies en direction des ex-pays d’Europe à économies
planifiées.
Ce sont, en fait, surtout la mondialisation financière et la
mondialisation des technologies et des connaissances qui font
de la mondialisation contemporaine un phénomène qualitativement et quantitativement nouveau.

La dynamique des composantes de la mondialisation
Les délocalisations des activités à l’étranger
La première composante de la mondialisation est constituée
des IDE et plus généralement de l’ensemble des formes de délocalisation des activités économiques à l’étranger. Le fait de se
mondialiser, pour une entreprise, passe par un déploiement de
ses activités de production, de montage ou d’assemblage, de
distribution et d’innovation (R&D) de son pays d’origine vers
un autre pays (ou plusieurs autres pays). Ce déploiement peut
s’accompagner d’une délocalisation dite absolue ou relative.

LES

DIFFÉRENTES

COMPOSANTES

DE

LA

MONDIALISATION

9

La délocalisation est absolue lorsqu’une firme supprime une
unité de production ou d’assemblage dans un pays A pour la
transférer vers un pays B. Cette logique de délocalisation correspond d’ailleurs à la vision la plus diffusée de la globalisation des
entreprises dans les débats et les représentations publiques (voir
schéma 1 et encadré 1).
Cependant, en général, le déploiement international des
firmes n’implique pas nécessairement un transfert des activités
du pays d’origine vers un autre pays, mais seulement la croissance de ses activités à l’étranger. Le déploiement international
des firmes s’apparente alors à une logique de délocalisation relative consistant pour une FMN à réaliser la croissance de la
production, de l’investissement, ou des emplois, dans ses filiales
installées à l’étranger plutôt que dans le pays d’origine de la
société mère. Les moyens utilisés sont : la création de filiales
nouvelles (filiales dites greenfield, c’est-à-dire sur terrain
« vierge »), les fusions et acquisitions (F&A) lorsque la délocalisation se traduit par un transfert de capitaux à l’étranger.
La mondialisation de l’entreprise peut se faire avec ou sans
transferts et investissement en capitaux (à gauche du schéma 1).
La création de filiales dites greenfield (création d’unités de
production, de R&D, de montage, de distribution ex nihilo), les
F&A, les alliances stratégiques (sans liens en capital), les accords
de joint-venture, les accords de licence et les accords de sous-traitance internationale ne sont que les formes et les moyens
pratiques de mise en œuvre de la mondialisation des entreprises. Ces opérations rendent les systèmes productifs nationaux
de plus en plus interdépendants et traduisent la mobilité croissante des unités productives, d’assemblage ou de montage.
Cette première composante correspond à la notion de
mondialisation productive, qui implique un déploiement des
activités passant par des transferts internationaux de capitaux,
de savoir-faire ou par des opérations sans transferts de capitaux
au moyen de la sous-traitance internationale ou d’accords de
production ponctuels (voir schéma 1 et encadré 1).

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LES

LOGIQUES

DE

LA

MONDIALISATION

Encadré 1. Les différentes
modalités de déploiement
international des firmes
Comme le montre le schéma 1, deux
grandes logiques de déploiement international des firmes peuvent être distinguées. Les premières qui impliquent un
investissement international souvent avec
transferts de capitaux du pays d’origine
de la firme vers les pays d’accueil par
création de filiales ou F&A. Les secondes
se traduisent par un déploiement international n’impliquant pas un investissement international. Les flux de capitaux
(IDE, investissements de portefeuille) ne
sont donc que des indicateurs « partiels »
de la mondialisation des entreprises : un
certain nombre d’échanges « invisibles »
doivent être pris en compte dans le degré
de mondialisation…
Une firme qui veut s’implanter à
l’étranger peut obtenir une influence
significative sur le management d’une
entreprise du pays d’accueil par des
moyens autres que l’acquisition d’une
part du capital. La sous-traitance, la
cession de licences, le franchising, le
leasing, les accords et alliances sans
prise de participation constituent des
outils fréquemment utilisés pour
produire et/ou vendre à l’étranger. Ces
formes d’investissement présentent
l’avantage de limiter la dépense en
capital. Elles peuvent constituer des
vecteurs originaux de mondialisation,
caractérisés par un moindre risque,
mais aussi, en contrepartie, par un
moindre contrôle de l’activité ; elles ont
l’avantage de ne pas impliquer nécessairement l’échange de titres de participation, et donc de limiter l’engagement
mutuel des partenaires. Cet avantage
est d’autant plus décisif que, au cours
des années 1980, certaines opérations
de F&A ont engendré des pertes ou des
surendettements.

DES

ENTREPRISES

La sous-traitance désigne l’action de
faire fabriquer par une société tierce des
éléments incorporés dans le produit
final, voire ce produit final lui-même,
ensuite vendu sous la marque de la
société donneuse d’ordres. La pratique
de la sous-traitance est limitée à
certaines activités intensives en travail.
La licence désigne la cession à une
autre société du droit d’utiliser une
technologie ou de fabriquer un produit
conçu par la société détentrice de la
propriété intellectuelle. Une alliance
consiste en l’utilisation conjointe de
moyens humains, industriels et financiers appartenant à plusieurs sociétés en
vue de la réalisation d’objectifs
communs ; elle ne se traduit pas nécessairement par un échange de titres de
propriétés entre les partenaires. C’est
pourquoi les alliances n’entrent pas
toutes dans le champ des IDE ou des
investissements de portefeuille.
Cependant, plusieurs facteurs pourraient limiter la croissance de ce type
d’opérations.
L’utilisation des licences tend à
perdre de son intensité avec le mouvement d’ouverture aux investissements
étrangers et le démantèlement des
barrières tarifaires. Quant aux alliances,
leur progrès ne s’oppose pas forcément à la croissance, par exemple, des
opérations de F&A. En effet, leurs
domaines d’application sont complémentaires. Les alliances facilitent l’accès
à de nouvelles technologies ou à des
marchés très risqués, tandis que les F&A
internationales sont préférées pour
atteindre une dimension critique et
attaquer des marchés plus traditionnels.

LES

DIFFÉRENTES

COMPOSANTES

DE

LA

MONDIALISATION

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Schéma 1. Formes et logiques de délocalisation
des processus productifs

MOTIFS

FORMES

Avec transfert
de capitaux

Mondialisation des entreprises
et délocalisation des
processus productifs

Sans transfert
de capitaux

Accords
de
licence
IDE
greenfield

F&A

Autres formes
joint-venture

Accès au marché, aux
compétences spécifiques,
accès à certaines
ressources spécifiques

Sous-traitance
internationale
Importations directes

Minimisation des
coûts salariaux

Stratégies mixtes
Accès au marché
et baisse
des coûts

Réimportation
du produit final

Assemblage
final si
fragmentation
des processus
productifs

Les flux d’échanges commerciaux, produit de la mondialisation
des entreprises
L’internationalisation est habituellement associée à la dimension « échanges internationaux » de la mondialisation et peut
se définir de manière simple par un accroissement du degré
d’ouverture (rapport du commerce international sur le PIB) des
économies. Les économies nationales sont alors exposées à la
contrainte extérieure au sens strict du terme, c’est-à-dire celui de
l’équilibre des postes de la balance des paiements. Plus profondément, la mondialisation des activités productives a favorisé un
double changement pour le commerce international : un changement dans la nature des biens échangés et un développement
du commerce intrafirme organisé par les FMN entre des filiales
localisées dans des pays différents.

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LES

LOGIQUES

DE

LA

MONDIALISATION

DES

ENTREPRISES

La montée du commerce de biens intermédiaires. — La montée
du commerce de biens intermédiaires dans le commerce
mondial est en large partie le produit du développement de la
fragmentation ou de la décomposition des processus de production (DIPP) [Lassudrie-Duchêne, 1982 ; Baldwin et Clark, 2000].
Le produit final est décomposé en une série de sous-systèmes
reliés les uns aux autres par des interfaces standardisées. Par
exemple, dans l’industrie automobile, les composants ou
modules (moteurs, systèmes de freinage, systèmes électroniques,
châssis, carrosserie…) sont fabriqués simultanément dans des
pays différents (décomposition synchronique) de manière autonome. Les phases de sous-assemblage et d’assemblage interviennent successivement (décomposition diachronique) et
l’assemblage final est coordonné par les constructeurs sur les
sites d’assemblage et de finition localisés à proximité des
marchés. Les FMN sont les acteurs privilégiés de la mise en
œuvre de la DIPP en délocalisant certains segments des processus
de production, ce qui peut donner lieu à une exportation préalable de composants intermédiaires réimportés sous forme de
produits finals. Ce phénomène se traduit dans le commerce
international par l’importance croissante des échanges de pièces
détachées, de composants, de « modules » destinés à être utilisés
en tant que consommations intermédiaires dans la production.
Phénomène nouveau, la DIPP concerne désormais également
certaines activités de services grâce à la diffusion de l’usage des
TIC.
Le développement des échanges de biens différenciés. — Un
autre changement dans la nature des biens échangés est la
montée considérable des échanges croisés de biens similaires
différenciés. Au lieu d’échanger des biens différents, comme
dans l’exemple donné par David Ricardo du drap échangé contre
du vin, les pays qui présentent des niveaux de développement
proches échangent entre eux majoritairement des biens appartenant à la même branche (des voitures sont échangées contre des
voitures). Ces échanges qualifiés aussi d’intrabranche (versus
interbranches) représentent environ les deux tiers du commerce
entre les pays de l’Union européenne. Il s’agit majoritairement
d’un échange de qualités différentes d’un même produit (différenciation verticale). Les produits différenciés horizontalement,

LES

DIFFÉRENTES

COMPOSANTES

DE

LA

MONDIALISATION

13

c’est-à-dire de même qualité mais représentant des caractéristiques différentes aux yeux des consommateurs, représentent
moins de 20 % des échanges commerciaux en Europe. Les
consommateurs, devenus plus versatiles, expriment ainsi une
préférence pour la variété.
De leur côté, les entreprises ont largement misé sur les innovations de produits pour différencier leur offre et augmenter
sensiblement le nombre de variétés de chaque bien (automobiles, vêtements…). La production à l’étranger par les FMN
constitue un moyen de différencier leur offre et d’adapter les
caractéristiques des produits à la demande finale.
Le développement des échanges de services. — Contrairement
aux prédictions de la loi de Werner Sombart énoncée au début
du XXe siècle, le commerce international ne s’est pas effondré
avec la montée du poids des services dans l’économie. C’est que
les services traditionnellement considérés comme non échangeables font l’objet non seulement d’un commerce international croissant mais aussi d’une délocalisation de leur
production. La libéralisation de leur commerce est négociée dans
le cadre de l’OMC avec l’accord AGCS (Accord général sur le
commerce des services). Quatre modes de libéralisation des
services sont définis. Le mode 1 concerne la prestation de
services à distance, qui, grâce aux TIC, permet une déconnexion géographique entre le fournisseur et l’utilisateur (centres
d’appel par exemple). Le mode 2 concerne le déplacement du
consommateur ou de l’utilisateur sur le lieu de production de ce
service (tourisme par exemple). Le mode 3 concerne l’investissement direct à l’étranger par le prestataire du service dans le
lieu de consommation du service (hôtellerie, banque, assurances…). Enfin, le mode 4 concerne le déplacement des travailleurs, qualifiés en général, de manière temporaire, sur le lieu
d’établissement du service (consulting, ingénierie). Les délocalisations dans les services se rapportent donc au mode 1 des négociations de l’OMC.
L’internalisation du commerce par les FMN. — La troisième conséquence de la mondialisation de la production pour le commerce
international est son organisation au sein des FMN (tableau 1) : le
commerce intrafirme selon un système de prix de cession internes

14

LES

LOGIQUES

DE

LA

MONDIALISATION

DES

ENTREPRISES

ou d’organisation (hors marché) représente plus de la moitié des
échanges entre les pays de l’OCDE et un tiers du commerce
mondial [UNCATD, 2004]. Les ventes de marchandises par les
filiales des FMN sont devenues plus dynamiques que le commerce
international classique. Les FMN sont alors perçues comme des
organisations mondiales qui contrôlent et organisent les échanges
hors marché en constituant des structures en réseau qui leur assurent une flexibilité de leurs opérations dans le monde.
Mais certains auteurs concluent trop vite à l’autonomie
complète des firmes globales par rapport à leurs bases nationales ou régionales d’origine. En fait, le lien avec la base domestique nationale et régionale demeure fondamental puisqu’une
grande part du commerce intrafirme se dirige vers les filiales de
distribution, lesquelles vendent les produits de leurs sociétés
mères sur les marchés locaux. C’est le cas de deux tiers des
importations et de près d’un tiers des exportations intrafirme
américaines à la fin des années 1990. Les rapatriements de bénéfices des grandes FMN vers leur pays d’origine se poursuivent.
Les régions et les nations continuent donc à cumuler des compétences spécifiques qui s’imposent également aux firmes.
Tableau 1. Mondialisation des entreprises
et commerce international
Type de
commerce

Intrafirme

Interfirmes

IDE-F&A

Échanges intrafirme de
biens intermédiaires et de
biens finals entre la société
mère et les filiales ou entre
les filiales du groupe
elles-mêmes.

Exportations des filiales vers
d’autres pays ou vers la
région d’accueil en direction de firmes ou groupes
indépendants.

STI ou outsourcing
par importation
directe

Travaux en sous-traitance
confiée par une entreprise
du groupe à une autre
entreprise du groupe ou
échanges de composants
entre la maison mère et les
filiales.

Travaux en sous-traitance
confiée à des entreprises
indépendantes donnant
lieu à des échanges de
biens intermédiaires et de
biens finals.

Types de
délocalisation

LES

DIFFÉRENTES

COMPOSANTES

DE

LA

MONDIALISATION

15

La globalisation financière
Lorsque les firmes effectuent des placements financiers dans
une firme à l’étranger sans contrôle de production, elles réalisent de simples investissements de portefeuille. Mais les actifs
financiers ainsi acquis à l’étranger peuvent avoir des liens étroits
avec les IDE internationaux. En effet, si les firmes peuvent
accéder aux différentes places financières internationales sans
contraintes et sans contrôle, elles peuvent aussi financer directement sur les marchés financiers internationaux leurs activités
productives délocalisées à l’étranger. Avant la déréglementation
et la globalisation financière des années 1980, les FMN devaient
passer le plus souvent par des IDE à l’étranger à partir de leurs
pays d’origine. La globalisation financière permet aux filiales des
FMN d’accéder aux marchés financiers internationaux, ce qui
facilite le financement des implantations à l’étranger.
La mondialisation de la technologie et des connaissances
La quatrième composante concerne la globalisation des technologies et des connaissances. Le contexte dans lequel se produit
la globalisation des entreprises est celui de la diffusion des TIC et
plus généralement de l’entrée des économies développées dans
ce que l’on appelle l’économie du savoir ou de la connaissance.
Jusqu’à la fin des années 1980, les firmes déployaient les activités de production à l’étranger, en transférant du savoir-faire
(accords de joint-venture) et par la cession de licences et le dépôt
de brevets, mais elles maintenaient leurs activités d’innovation
dans leur pays d’origine et ne délocalisaient que les autres fonctions de l’entreprise (production, assemblage, distribution).
Lorsqu’elles faisaient tout de même de la R&D à l’étranger, ce
n’était guère que dans l’objectif d’améliorer les produits afin de
les adapter à la demande locale de leurs filiales. Les multinationales ont progressivement rompu avec cette configuration
traditionnelle.
La part des activités de R&D implantées par les firmes à
l’étranger a connu une nette accélération depuis la fin des
années 1980. Elles tendent à organiser leurs activités d’innovation sur un mode transnational. Cette évolution reste toutefois
circonscrite aux plus grandes firmes, à un nombre relativement

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LES

LOGIQUES

DE

LA

MONDIALISATION

DES

ENTREPRISES

restreint de domaines et profite essentiellement aux pays développés ainsi qu’à deux grands pays émergents : la Chine et l’Inde
(chapitre VII).
Les migrations internationales et la mobilité des qualifiés
La cinquième composante de la mondialisation est liée aux
migrations internationales de travailleurs. Les migrations de
travailleurs qualifiés connaissent déjà une hausse sans précédent
en raison d’un effet mécanique d’augmentation considérable des
niveaux d’éducation dans les pays d’origine et de la persistance, voire de la relance des facteurs d’appel dans les pays
industrialisés. Compte tenu des difficultés croissantes de recrutement des personnels qualifiés sur le marché du travail de bon
nombre de pays industrialisés, on assiste à l’ouverture des quotas
en faveur de ces personnes, quitte à les réduire pour les
personnes non qualifiées. La circulation accrue des étudiants
constitue une part non négligeable de ces migrations de
qualifiés. Ainsi l’afflux d’étudiants étrangers devrait-il permettre
de pallier le vieillissement de la population des chercheurs et des
ingénieurs dans le secteur public, ainsi que la durée limitée de la
carrière des chercheurs dans le secteur privé. En outre, les transferts par les migrants de fonds et/ou de compétences représentent des entrées plus importantes dans le cas de certains pays en
développement que les transferts passant par des IDE ou l’Aide
publique au développement.
Au total, la mondialisation se traduit par une accélération du
degré de mobilité des actifs dans l’espace mondial. Si les IDE et
les échanges commerciaux sont des dynamiques anciennes, la
montée de la globalisation financière, de la technologie et des
connaissances ainsi que le développement des migrations de
personnels qualifiés font de la mondialisation contemporaine
un phénomène réellement nouveau.

II / L’ampleur et les formes
de la mondialisation des entreprises

L

es multinationales jouent un rôle croissant et déterminant
dans les échanges internationaux et la production mondiale.
Mais les espaces nationaux ou régionaux ne perdent pas de leur
pertinence dans ce processus.

Les IDE et les activités des filiales à l’étranger
Le nombre de FMN dans le monde s’élève à environ 70 000 en
2004 [UNCATD, 2005] possédant 690 000 filiales dont les ventes
représentent 19 milliards de dollars. Elles étaient au nombre de
37 000 au début des années 1990 et possédaient moins de
70 000 filiales dans le monde. Le stock d’IDE mondial en 2004
atteint 9 000 milliards de dollars après une stagnation liée à
l’éclatement de la bulle Internet.
La production des FMN est cependant très concentrée. Les 100
plus grandes FMN non financières représentent moins de 0,2 %
du nombre total de multinationales mais comptent pour 12 %
du total des actifs, 18 % des ventes des filiales et 14 % des
effectifs employés. Les 500 plus grandes multinationales sont
responsables de plus de 80 % du stock mondial d’investissements directs à l’étranger. La répartition sectorielle des dix plus
grandes FMN laisse une large part aux constructeurs automobiles, aux compagnies pétrolières et au secteur des télécommunications. Cette expansion de la mondialisation des entreprises
s’est faite sans création d’emplois : l’emploi des firmes étrangères

18

LES

LOGIQUES

DE

LA

MONDIALISATION

Encadré 2. IDE et F&A :
définitions et problèmes
de mesure
Les flux d’IDE sont des transferts internationaux de capitaux financiers liés à
l’accroissement ou à l’acquisition de
filiales à l’étranger. L’IDE est un investissement qui implique une relation de
long terme se traduisant par la prise
de participation par une entreprise
non résidente dans le capital d’une
entreprise résidente dans le but de
contrôler non seulement le capital
mais aussi l’activité de management
et de production de la firme du pays
d’accueil. En général, l’IDE doit représenter au moins 10 % du capital (ou
plus exactement 10 % des voix des
actionnaires). Les IDE recouvrent
une triple composante : 1) l’investissement « en espèces », c’est-à-dire
l’investissement en capital ; 2) les
prêts intragroupe, c’est-à-dire les prêts
des maisons mères aux filiales étrangères ou des filiales aux maisons
mères ; 3) parfois, les bénéfices réinvestis par les filiales étrangères,

DES

ENTREPRISES

c’est-à-dire les bénéfices non rapatriés vers la maison mère, qui ne sont
d’ailleurs pas forcément investis dans
le pays hôte. Les transferts vers les
filiales sont utilisés à la fois comme
moyens d’investissement dans le
capital fixe, mais aussi comme liquidités, ce qui rend difficile la distinction
entre investissements de portefeuille
et IDE.
Selon la méthodologie
de la CNUCED, estimer l’IDE effectif
comporte deux aspects
Le premier concerne le calcul de la
valeur « réelle » de l’IDE, en tenant
compte de l’inflation et des fluctuations des taux de change. Le second
concerne l’estimation de l’importance de l’investissement qui n’est pas
pris en compte dans l’IDE tel qu’il est
calculé dans les statistiques de balance
des paiements.
L’estimation de l’IDE en termes
réels pose différents problèmes statistiques et méthodologiques :
— la comptabilisation des IDE
n’intègre pas un élément « prix » et
un élément « quantité », nécessaires

comme l’emploi total a chuté mais davantage dans les pays
d’origine des firmes qu’à l’étranger.
Les FMN sont originaires pour l’essentiel des grands pays
industriels : 90 sur les 100 plus grandes FMN ont leurs sièges
sociaux dans les pays de la Triade. Les États-Unis représentent
un quart de ces sièges contre seulement dix au Japon [UNCATD,
2004]. On assiste ces dernières années à l’apparition de FMN
originaires des pays émergents (Chine, Inde…), mais celles-ci ne
comptent encore que pour un dixième du total des IDE sortants.
Souvent, le vocable de « globalisation » suppose que les entreprises produisent et organisent leurs ventes, activités de R&D,
finition de leurs produits au niveau mondial, dans n’importe
quelle partie de la planète, le symbole de la mondialisation étant
celui d’un produit totalement mondial issu d’une firme globale

L’ A M P L E U R

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FORMES

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LA

pourtant à la construction d’un indice
de prix des investissements à l’étranger ;
— les IDE entrants et sortants
impliquent un certain nombre de
devises différentes ; il est donc difficile
d’avoir un indice synthétisant leurs
fluctuations réciproques ;
— un IDE implique, par définition, au moins deux pays ; il faut donc
considérer au moins deux indices de
prix ;
— certains IDE servent à acquérir
des actifs financiers ou incorporels,
lesquels sont difficiles à évaluer.
Il est alors difficile de construire un
indice de prix pour les IDE qui prenne
en compte à la fois les fluctuations de
change et de prix. En outre, les
problèmes de réévaluation en termes
réels des stocks d’IDE sont encore plus
complexes que pour les flux. Souvent,
les données sont simplement enregistrées au coût historique, c’est-à-dire
au moment de l’investissement initial.
À partir de cet enregistrement initial,
il existe plusieurs méthodes de réévaluation. Aux États-Unis, celle-ci se fait
sur la base des coûts actuels et de la
valeur de marché.

MONDIALISATION

DES

ENTREPRISES

19

IDE et F&A : des relations complexes
Les F&A sont majoritaires dans la
valeur des IDE et leur croissance pose
de nombreux problèmes d’interprétation. Elle est à l’origine d’une surévaluation du degré effectif de la
mondialisation des entreprises qui
peut être seulement due à un effet
d’accélération des prix d’acquisition
des actifs : l’indice boursier peut être
utilisé comme un indicateur de
l’augmentation des prix des firmes. La
part de l’IDE comprise dans la F&A est
difficile à déterminer dans la mesure
où les données ne sont pas comparables directement au niveau international. D’abord, la valeur des F&A
inclut les fonds acquis sur le marché
local ou international. Ensuite, les
données d’IDE sont recensées en
termes nets selon la conception des
balances de paiements alors que les
données de F&A transfrontalières ne
recensent que le total de la valeur de
la transaction. Enfin, les F&A transfrontalières ne sont pas nécessairement effectuées sur une année
donnée, mais peuvent être réparties
sur une longue période.

et consommé par des individus ayant les mêmes goûts.
Cette vision de la globalisation alimente le mythe du « village
global », dans lequel tous les pays du monde seraient connectés
par les nouvelles technologies de l’information et de la
communication (TIC).
Pourtant, les études montrent généralement une persistance
solide de la base territoriale des firmes. Les 500 plus grandes FMN
demeurent ancrées dans les trois grands pôles développés de la
Triade : États-Unis, Union européenne, Japon. Une large part de
leurs activités s’opère sur ces marchés régionaux. Les grandes
FMN américaines et japonaises tendraient à privilégier les fournisseurs de biens intermédiaires de leur propre pays en raison
d’une préférence pour la production nationale [Ahearne, Griever
et Warnock, 2002].

20

LES

LOGIQUES

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MONDIALISATION

DES

ENTREPRISES

Toutefois, la logique sectorielle et les caractéristiques des structures de marchés comptent : les firmes des secteurs à faibles
barrières à l’entrée (habillement, chaussures, jouets, certains
services, centres d’appel, opérations de saisie…) connaissent un
accroissement des délocalisations vers les pays à bas salaires. Ces
délocalisations se font le plus souvent par sous-traitance internationale ou importation directe.
Les IDE connaissent une véritable envolée depuis le milieu des
années 1980 pour devenir l’élément le plus dynamique de la
mondialisation des économies industrielles. Entre la seconde
moitié des années 1980 et la première moitié des années 2000,
l’investissement direct des pays de l’OCDE a augmenté deux fois
plus rapidement que le commerce des biens et des services et
que la production. Les données disponibles concernant les
ventes des filiales à l’étranger constituent une mesure plus
directe du revenu dégagé par les activités délocalisées. Elles ont
atteint 5 727 milliards de dollars en 1990 et 18 677 en 2004.
Le ratio du stock d’IDE sortant sur le PIB mondial est passé
de 5,1 % en 1982 à 7,8 % en 1990 pour atteindre 24 % en 2004.
Comparé à son importance au début du XXe siècle, le rapport
entre les IDE manufacturiers à l’étranger et l’ensemble de la
production mondiale s’est considérablement élevé depuis la
décennie 1990. Le rapport entre la production brute des filiales
des FMN à l’étranger et le PIB mondial est passé de 5,5 % en 1982
à 6,5 % en 1990, pour atteindre près de 9 % en 2004.
Toutefois, l’estimation du degré de mondialisation des entreprises dépend des indicateurs utilisés [OCDE, 2006]. L’expansion de la valeur des actifs acquis par les firmes à l’étranger ne
correspond pas nécessairement à des opérations de délocalisation d’unités de production, de R&D ou de distribution à
l’étranger. Les IDE seraient gonflés artificiellement par la valeur
des F&A, devenues majoritaires dans les stratégies de déploiement des FMN à l’étranger (voir encadré 2). Enfin, si l’on utilise
les données d’IDE pour évaluer la délocalisation vers les pays en
développement, les résultats apparaissent très faibles.

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ET

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FORMES

DE

LA

MONDIALISATION

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Tableau 2. IDE et production mondiale
(en milliards de dollars courants)

Flux d’IDE sortants
Stock d’IDE sortants
F&A
Ventes des filiales
Production brute des filiales étrangères
Actifs totaux des filiales
Exportations des filiales
Emplois dans les filiales
PIB mondial
FBCF mondiale
Exportations totales de biens et services

1982

1990

2004

27
601

2 765
647
2 113
730
19 576
11 758
2 398
2 247

239
1 785
151
5 727
1 476
5 937
1 498
24 471
22 610
4 905
4 261

617
9 732
381
18 677
3 573
36 008
3 690
57 394
40 671
8 869
11 069

Source : UNCATD [2005], WIR.

Polarisations géographiques, régionalisation
et concentrations sectorielles
L’intensification de la mondialisation des entreprises depuis
les deux dernières décennies ne se traduit pas par une intégration planétaire des économies dans l’économie mondiale. Les
FMN ont en effet opéré un double redéploiement géographique
et sectoriel au profit d’une concentration de leurs localisations
dans les pays industriels ou les pays émergents à croissance
rapide et au détriment des pays dont les seuls avantages résident
dans la disponibilité d’avantages naturels (ressources naturelles,
main-d’œuvre abondante faiblement rémunérée…).
La polarisation des IDE dans les pays riches
Alors que les pays industrialisés étaient dans les années 1970
déjà très largement majoritaires dans les entrées des IDE, leur
part s’est sensiblement accrue dans les années 1980 et y reste
concentrée pour environ 80 % de leur valeur, ce ratio fluctuant
au gré des vagues de F&A.
Les États-Unis et l’Union européenne sont à la fois les deux
premiers émetteurs de capitaux et les deux premiers récepteurs de
capitaux du monde. Le Japon, plus fermé, reste fondamentalement

22

LES

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MONDIALISATION

DES

ENTREPRISES

Tableau 3. Répartition des flux d’IDE entrants
(en %)
Région

19861990

19911992

19931998

19992000

20012002

Pays développés
Union européenne
Japon
États-Unis
NAFTA
Pays en développement
Amérique latine et Caraïbes
MERCOSUR
Asie/Pacifique
Afrique
PECO
Pays les moins développés

82,4
36,2
0,20
34,60
39,96
17,5
5,03
1,44
10,60
1,82
0,15
0,40

66,5
45,3
1,24
12,68
19,14
31,2
11,73
3,10
17,39
2,16
2,23
1,07

61,01
31,74
0,32
28,92
34,56
35,49
12,34
4,38
21,39
1,76
3,50
0,68

78,69
46,90
0,85
18,53
23,37
19,23
8,24
3,95
10,15
0,84
2,08
0,38

71,17
51,78
1,06
4,07
10,06
25,19
9,47
2,96
13,70
2,02
3,64
0,74

Source : UNCATD, FMI, Dupuch [2004].

un émetteur net de flux d’IDE. Le caractère de plus en plus croisé
des flux d’IDE entre les pays du Nord correspond au double
mouvement de convergence du niveau technologique général
des pays industrialisés et d’approfondissement de leurs spécialisations technologiques. Cette polarisation des firmes industrielles et des banques dans les pays de la Triade s’effectue au
détriment des pays moins avancés : ainsi, la part de l’Afrique est
tombée à moins de 2 % du total de l’IDE international.
Toutefois, on assiste à partir du début des années 1990 à une
nette progression de la part des flux d’investissement dirigés vers
les pays en développement. Mais cette reprise ne traduit pas
nécessairement une persistance ou une résurgence de mouvements d’implantation à l’étranger pour des motifs de différences de coûts salariaux. La grande majorité de ces flux des IDE
sont concentrés dans une dizaine de pays à croissance rapide (en
particulier d’Asie du Sud-Est et en Chine), qui offrent à la fois
des potentiels de débouchés locaux attractifs et des dotations en
infrastructures de communication très performantes permettant
de concilier délocalisation pour motif de minimisation de coûts
et les impératifs de flexibilité et de réactivité aux fluctuations de
la demande.

L’ A M P L E U R

ET

LES

FORMES

DE

LA

MONDIALISATION

DES

ENTREPRISES

23

Les redéploiements sectoriels correspondent
à une polarisation géographique
Cette marginalisation croissante des pays du tiers-monde
recoupe un redéploiement sectoriel des IDE vers les secteurs
intensifs en technologie et les services au détriment des secteurs
primaires (hormis les hydrocarbures). Les IDE dans les services
représentaient moins d’un tiers du stock d’IDE mondial en 1970
contre plus de 60 % en 2004. Au sein même de l’industrie manufacturière, les IDE se concentrent de plus en plus dans les
secteurs à forte intensité technologique, à forte intensité de
dépenses en marketing et en publicité et enfin dans les secteurs
à fortes interdépendances oligopolistiques, les trois critères
pouvant se recouper.
Ainsi, l’IDE connaît un redéploiement croissant vers le secteur
des services [UNCATD, 2004]. Tous les pays développés sont
concernés par ce mouvement. Le recul du secteur primaire
traduit un abandon relatif des « filiales primaires » des FMN
(visant à exploiter les ressources naturelles là où elles se trouvent) et explique en partie la marginalisation des pays à dotations naturelles évoquée précédemment.
Des firmes régionales plutôt que des firmes globales ?
— Comme l’affirment Rugman et Verbeke [2004], les FMN
constituent le moteur de la mondialisation mais, contrairement aux idées reçues, elles « pensent » régional et agissent au
niveau local. Différents indicateurs permettent de confirmer
cette thèse d’un ancrage encore important des FMN sur leurs
bases régionales : l’emploi dans les filiales, la destination des
ventes des filiales et le recul des logiques managériales globales.
Les données d’emplois dans les filiales montrent que l’Europe
est traditionnellement une région d’accueil, principalement
pour les firmes européennes elles-mêmes, mais on n’assiste pas,
en termes d’emplois, à une accélération de la multinationalisation. En outre, l’accroissement considérable de la multinationalisation des firmes sur le territoire américain dans les années
1980 a diminué dans les années 1990, tandis qu’on observe une
augmentation de l’emploi dans les filiales des FMN en Asie, principalement du fait des firmes japonaises. Les FMN ont recomposé leurs unités productives au Mexique avec l’ALENA et les

24

LES

LOGIQUES

DE

LA

MONDIALISATION

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ENTREPRISES

firmes européennes ont augmenté l’emploi dans les filiales des
pays d’Europe centrale et orientale. On assisterait davantage à un
approfondissement de la régionalisation des entreprises sur leurs
bases d’origine qu’à un accroissement de la mondialisation des
entreprises sur une base interrégionale [Wortman, 2000].
La structure géographique des ventes des filiales : la persistance des bases régionales. — Les ventes des filiales des FMN à
l’étranger constituent un meilleur indicateur de la mobilité de la
production. Les filiales de FMN installées aux États-Unis réalisent la majorité de leurs ventes (près de 90 %) sur le marché
américain. Elles ne sont donc pas intégrées au réseau mondial
industriel mais au système de production américain. Parallèlement, celles qui sont installées dans la zone ALENA (Canada,
Mexique) ont augmenté la part de leurs exportations vers les
États-Unis. Les filiales asiatiques exportent une part importante
de leur production vers les États-Unis, mais cette part a baissé
dans les années 1990 traduisant un mouvement de repli des
FMN américaines sur leur base régionale (ALENA).
Les firmes « globales » américaines apparaissent plutôt comme
une exception parmi l’ensemble des multinationales américaines. Autre exemple, les filiales des FMN étrangères installées
en France ont sans cesse augmenté leur ratio d’exportation
[UNCATD, 2005]. La part la plus importante de leurs ventes se
dirige vers les autres pays européens. Les firmes sont, là encore,
insérées dans un espace régional (le marché unique européen) et
non dans un réseau mondial interrégional. De même, le nombre
de F&A augmente plus rapidement sur une base régionale que
sur une base mondiale. Près de 60 % de la valeur des F&A entre
les firmes originaires des pays de l’UE s’effectuent entre elles.

Fragmentation des processus productifs,
firmes multidomestiques et firmes globales
L’organisation des FMN peut être analysée de deux manières :
— d’une part, d’un point de vue technologique, les FMN
recourent assez largement à la fragmentation de leurs processus
de production. Le découpage est généralement un découpage
fonctionnel : quartiers généraux (sièges sociaux), R&D en amont

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DES

ENTREPRISES

25

de la production ; logistique, finition, bureaux commerciaux en
aval de la production. Ainsi, le nombre d’investissements de
production ne représente que la moitié des investissements
réalisés par les FMN au sein de l’Union européenne à vingt-cinq.
De même, entre 1998 et 2002, 40 % des emplois créés par les
FMN ont été réalisés dans les activités de services (contre 60 %
dans l’UE à quinze) [Hatem et Defever, 2003]. La conséquence de
cette organisation fonctionnelle des FMN est le glissement de
la spécialisation des villes d’une logique sectorielle à une logique
fonctionnelle [Duranton et Puga, 2000 ; Defever et
Mucchielli, 2005] ;
— d’autre part, d’un point de vue managérial, la mondialisation des entreprises ancrées sur une base régionale ne se traduit
pas par des structures managériales globales.
La fragmentation des processus productifs ou les stratégies verticales
La fragmentation des processus productifs correspond techniquement à la notion de modularité. Pour Simon [1962], la
modularité (ou plus précisément la near decomposability) renvoie
à la propriété, observée dans la plupart des systèmes, d’être
« divisibles en partie, avec une forte densité d’interactions parmi
les éléments de chacune d’entre elles et une plus faible densité
d’interactions entre les éléments des différentes parties ». Les
grands systèmes se décomposent en niveaux successifs de
parties, sous-parties et sous-sous-parties… En réalité, ces aspects
sont connus depuis longtemps en France sous la dénomination
de « décomposition ou division internationale des processus
productifs » (DIPP) à travers les travaux de Lassudrie-Duchêne
[1982], prolongés par Fontagné [1991], Mouhoud [1993], Moati
et Mouhoud [2005]. Les FMN américaines avaient recouru à cette
méthode de manière massive dans les années 1950, en direction des pays d’Asie du Sud-Est en particulier. Les importations
de produits électroniques grand public en provenance de pays
d’implantation représentaient plus de la moitié des importations
américaines. Les firmes ont alors revendiqué une taxation différentielle, c’est-à-dire une clause douanière particulière permettant de ne taxer les inputs préalablement exportés vers les pays
de délocalisation et réimportés sous la forme de produit final que
sur la valeur ajoutée. Les firmes allemandes, qui avaient recouru

26

LES

LOGIQUES

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ENTREPRISES

au même processus en direction des pays d’Europe centrale et
orientale dès les années 1960, ont imposé au niveau européen
ce principe connu sous le terme « trafic de perfectionnement
passif » (TPP). Il s’agit d’une clause tarifaire du régime douanier
européen consistant à ne taxer les produits importés après exportations préalables de composants que sur la valeur ajoutée
[Mouhoud, 1993].
Schéma 2. La logique technique de fragmentation des processus
de production : l’exemple de l’automobile
CONSTRUCTEUR
(Donneur d'ordre)
Conception, R&D
Processus synchronique

Module
11

Module
12

M2

Module
13

Module
21

Préassemblage
Sous-système 1

Module
22

Module
23

Préassemblage
Sous-système 2

Assemblage
final

Processus diachronique

M1

Distribution

Source : Moati et Mouhoud [2005].

La DIPP est déterminée par deux types de facteurs : des
facteurs techniques qui correspondent au principe de modularité
des produits ou des procédés et des facteurs économiques liés à
la distribution des avantages comparatifs entre les pays ou des
avantages de localisation entre les différents sites. D’un point de

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ET

LES

FORMES

DE

LA

MONDIALISATION

DES

ENTREPRISES

27

vue technologique, cette modularité s’est diffusée à grande
échelle avec le taylorisme et l’automatisation, engendrant des
gains d’efficience associés à l’approfondissement de la division
du travail. La principale limite à cette fragmentation fondée sur
une logique d’offre est l’importance des coûts de transaction
(transports, droits de douane, contrôles aux frontières, mais aussi
difficultés de coordination).
La production modulaire est présente dans de nombreux
secteurs industriels : l’automobile, le textile, l’habillement, l’électronique, l’informatique… L’exemple typique de la mise en
œuvre à large échelle de ce phénomène est l’industrie automobile. Dès le début des années 1970, la production de la Ford
Escort a été découpée en divers fragments localisés dans des pays
différents en fonction de leurs avantages comparatifs. La conception et la R&D étaient maintenues par le constructeur dans le
pays d’origine.
Depuis le début des années 1990, à la faveur de la libéralisation du commerce international des services et de la diffusion
des TIC, s’amorce un processus de délocalisation de certaines
activités tertiaires. Ce phénomène, baptisé Business Process
Outsourcing (BPO), se définit comme le transfert d’une partie de
la production nationale de services dans des pays à bas coût suivi
de sa réimportation sur le marché domestique. Il s’agit du même
phénomène que celui de fragmentation des processus productifs
décrit précédemment pour l’industrie manufacturière.
D’une logique multidomestique à une logique globale
Les FMN peuvent développer des stratégies de répartition de
leurs activités dans différents pays selon une logique multidomestique ou d’adaptation des produits aux spécificités locales.
Entre 1950 et 1980, la multinationalisation des firmes a principalement reposé sur cette logique multidomestique visant
l’exploitation des avantages technologiques des pays d’origine
[Vernon, 1966]. Elles ont donc créé des filiales relais opérant sur
le marché local avec les mêmes procédés et les mêmes technologies que ceux de la maison mère [Michalet, 2002].
Parler d’entreprise « globale » suppose que la firme devienne
autonome vis-à-vis des États-nation et conduise sa stratégie à
l’échelle planétaire. Mais on assiste à un recul des logiques

28

LES

LOGIQUES

DE

LA

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DES

ENTREPRISES

managériales globales. Les formes de coordination des filiales
spécialisées par produits adaptés à la demande locale reculent
au profit de la constitution d’unités regroupant des compétences spécifiques selon une logique horizontale. Parallèlement,
beaucoup de FMN n’avaient jamais adopté de telles stratégies
[Rugman, 1999]. À l’évidence, la tendance des FMN à accroître la
coordination transversale des produits (recherche de complémentarités) a conduit à une relative indépendance des filiales
en tant que divisions de produits : celles-ci peuvent alors être
cédées. En même temps, les FMN ont acquis des firmes étrangères afin de renforcer leur compétence de base. Elles ont mis
en œuvre des complémentarités technologiques à travers des
alliances stratégiques dans la R&D ou des accords de joint-venture.
Les logiques sectorielles
De même qu’il est important de distinguer la mondialisation
d’une économie de celle de la firme, il est nécessaire de faire
une distinction entre la mondialisation d’un secteur industriel
et celle d’un produit. Le degré de mondialisation d’un produit
dépend de sa demande et de sa relative uniformité sur les différents marchés ; la mondialisation d’un secteur dépend de la
structure de l’offre. Une évaluation du degré de mondialisation
selon une décomposition sectorielle à l’aide de plusieurs indicateurs (commerce, IDE, R&D industrielle…) est proposée par
l’OCDE [2006]. Dans le cas de la France, on retrouve parmi les
secteurs les plus mondialisés les secteurs oligopolistiques à fortes
dépenses de R&D (l’électronique, les ordinateurs, les instruments, la chimie, la pharmacie). À l’opposé, les moins internationalisés sont les secteurs des ouvrages en métaux, du bois et
des meubles. Parmi les secteurs moyennement internationalisés,
l’aéronautique, l’automobile, les métaux connaissent partout
dans le monde un ancrage domestique fort et une certaine
protection. Les spécificités nationales restent donc importantes.

L’ A M P L E U R

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LES

FORMES

DE

LA

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DES

ENTREPRISES

29

Le recul des déterminants traditionnels
et la domination des F&A
Les déterminants des IDE diffèrent selon les secteurs et les
objectifs de la délocalisation. Pour les secteurs oligopolistiques
où dominent les grands groupes multinationaux, les IDE sont
traditionnellement motivés par l’accès au marché. Dans les
secteurs primaires (pétrole, mines), le déterminant principal est à
l’évidence l’accès aux ressources naturelles. Quand aux secteurs
intensifs en main-d’œuvre, le déterminant essentiel est depuis
longtemps la recherche d’une main-d’œuvre abondante, flexible
et à bas prix. Mais encore faut-il, pour un pays d’accueil,
combiner ces avantages de coûts avec des infrastructures de
transport et de télécommunications efficaces (chapitre III).
Depuis le milieu des années 1980, on observe une forte
progression des opérations de F&A et des projets réalisés en jointventure. La valeur des F&A dont le montant est supérieur à un
milliard de dollars représentait 30 milliards de dollars en 1987
pour atteindre 522 milliards de dollars en 1999. Après la chute
de leur valeur avec la crise boursière du début des années 2000,
les F&A internationales s’établissent à près de 200 milliards de
dollars en 2004, représentant plus de la moitié du total des F&A.
Vers la fin des années 1980 comme des années 1990, les opérations internationales de F&A ont représenté environ 80 % des
entrées d’IDE. Le phénomène des F&A se produit majoritairement au sein des pays développés, ce qui affecte la répartition
des flux d’IDE à l’échelle mondiale. Comme pour l’ensemble des
IDE, les services représentent près de 63 % du total des F&A en
2004 (dont un tiers pour les services financiers).
Le développement des F&A (voir encadré 2) favorise depuis
les années 1980 les formes intermédiaires de déploiement des
firmes à l’étranger (accords de joint-venture, alliances stratégiques) au détriment de la création de filiales majoritaires. Ces
accords, en majorité internationaux, sont largement concentrés
dans les secteurs intensifs en connaissances et en particulier les
technologies de l’information, les nouveaux matériaux et les
biotechnologies. Les études soulignent le rôle très important des
considérations relatives aux complémentarités technologiques
entre pays à dotations similaires [Lallement, Mouhoud et

30

LES

LOGIQUES

DE

LA

MONDIALISATION

DES

ENTREPRISES

Paillard, 2002]. En outre, les F&A horizontales (même branche)
sont majoritaires tandis que les F&A verticales (le long des
filières) sont devenues marginales. Ces F&A rendent difficile la
définition de la nationalité de l’entreprise. La distinction pays
d’origine/pays d’accueil, relativement claire jusqu’à une période
récente, devient floue en termes de propriété du capital, du
management et même de culture.
La transformation des formes de délocalisation des FMN à
l’étranger au détriment des formes traditionnelles, l’asymétrie
entre les pays développés et les pays en développement dans
l’accès aux nouvelles formes d’investissement ne sont pas sans
relation avec la marginalisation des pays à dotations naturelles.
Les alliances entre firmes appartenant à des secteurs technologiques différents mais originaires de pays technologiquement
avancés constituent un moyen autorisant l’agglomération et la
combinaison de connaissances.
Plusieurs études ont mis en évidence une relation entre les
avantages technologiques dont disposent les pays et les entrées
d’IDE, alors que la plupart d’entre elles ne trouvent pas de corrélation significative entre les flux d’IDE entre pays industrialisés
et les différences de coûts salariaux sectoriels relatifs.

III / Les délocalisations à la recherche
de faibles coûts salariaux

Dès les années 1980 en France, la limitation puis l’interdiction
d’aides directes aux secteurs en difficulté ont induit une accélération du mouvement de délocalisation des segments intensifs
en travail (les activités d’assemblage des biens de consommation). Le mouvement semble s’accélérer et s’étendre aux services.
Il existe pourtant une forte hétérogénéité dans les pratiques des
entreprises qui développent également des mouvements inverses
de relocalisation ou de rapatriement de productions.

L’ampleur de la délocalisation dans les pays à bas salaires
Les délocalisations dans les pays à bas salaires qui existent
depuis longtemps ont connu un certain ralentissement dans les
années 1980 puis une reprise depuis la seconde moitié des
années 1990 et les années 2000. Cette accélération s’effectue de
manière extensive sectoriellement et sélective géographiquement. L’extension sectorielle est liée au fait que la DIPP touche
désormais aussi les services (centres d’appel, saisie informatique,
réservations…). La sélection géographique est liée à la nécessité
pour un pays à bas salaires de disposer aussi d’infrastructures de
transport et de télécommunication efficaces.
Le débat public est d’autant plus confus que la mesure du
phénomène pose des difficultés. Si l’on prend l’ensemble des IDE
français à l’étranger, seulement 4 % à 5 % correspondent à des
délocalisations pour des motifs de différences de coûts salariaux
impliquant une réimportation des produits finals sur les marchés

32

LES

LOGIQUES

DE

LA

MONDIALISATION

DES

ENTREPRISES

d’origine des firmes. Cette part est plus faible que la moyenne
observée pour l’Union européenne (8 %) et les États-Unis (7 %).
Dans le cas de l’Allemagne, une étude récente montre que 20 %
des IDE sur cette même zone peuvent être assimilés à une délocalisation [Marin, 2004]. Mais, à l’évidence, cette forme de délocalisation passe davantage par la sous-traitance internationale et
l’importation directe (négoce international).
Ces délocalisations verticales dites de substitution (à la production nationale) ne représentent qu’une part marginale de
l’ensemble des stratégies de mondialisation des entreprises. Mais
elles tendent à s’accélérer. Une première façon d’évaluer le phénomène, qui pêche par excès, est de suivre l’évolution des importations de biens manufacturés en provenance des pays réputés pays
de délocalisation. La part de ces importations a presque doublé
entre 1993 et 2003 en passant de 9 % à 16 %. Les pays d’Europe
centrale et orientale (PECO) et la Chine occupent une place
prépondérante dans ce processus. Sectoriellement, les industries les
plus affectées sont la filière « textile-cuir-habillement », les produits
de la métallurgie, les produits électroniques et électriques. Au total,
en 2002, sur l’ensemble des secteurs, les importations industrielles directes issues de zones de délocalisation représentent 16 %
des importations de biens manufacturés réalisées par les entreprises
industrielles, soit près de 5 % de leurs achats et un peu moins de
3 % de leur production [de Gimel, 2005].
Le commerce intrafirme permet d’estimer les importations en
provenance des filiales dans les pays de délocalisation de groupes
installés en France. Sur les quelque 9 000 groupes ayant une activité principalement industrielle en France, environ 3 500 sont
des groupes industriels internationaux. En France, le montant
des importations intragroupe par ces groupes internationaux,
principalement industriels, varie de 35 % à 40 % des importations de l’ensemble des entreprises industrielles provenant de
pays de délocalisation. Évaluée en termes d’emplois, l’activité
des groupes français dans les pays dits de délocalisation est
importante. Fin 2001, les filiales industrielles de groupes français
comptent près de 770 000 emplois à l’étranger.
L’extension des délocalisations aux services constitue une
inquiétude préfigurant une montée des pays émergents dans
l’ensemble des activités économiques, y compris les activités
d’innovation technologique. Les premiers emplois tertiaires

LES

DÉLOCALISATIONS

À

LA

RECHERCHE

DE

FAIBLES

COÛTS

SALARIAUX

33

délocalisés ont été des postes de téléopérateurs (centres d’appel),
des postes de gestion des relations clients (les emplois de backoffice) et de saisie de données (facturation, services de paie, déclarations de sinistres pour le compte de compagnies
d’assurances…) [Le Tournel, 2004]. Dans certains pays, ces
emplois routiniers et peu qualifiés ont été transférés à l’étranger
très rapidement. Des tâches de comptabilité ou de maintenance informatique ont fait également l’objet d’une externalisation internationale. Désormais, des métiers hautement
qualifiés sont également concernés : administration de réseaux,
programmation et développement de logiciels, ingénierie,
design, services juridiques…
Les déterminants de ces délocalisations ne se réduisent pas à
l’exploitation des différences de coûts salariaux. Le Canada,
l’Irlande, Singapour accueillent une part majoritaire des opérations de délocalisation ou de sous-traitance internationale alors
que leurs coûts salariaux sont bien plus élevés que ceux des pays
moins avancés. Le niveau de productivité du travail, la qualification de la main-d’œuvre, l’accès aux marchés, les coûts de
coordination et de transaction ainsi que des facteurs de risques
géopolitiques et de change comptent également. La distance
linguistique joue un rôle déterminant : l’hégémonie de la langue
anglaise favorise les délocalisations des firmes britanniques et
américaines dans les zones anglophones des pays à bas salaires
(Inde par exemple). Des firmes françaises délocalisent au Maroc
pour créer des plateformes de proximité de maintenance des
systèmes informatiques ou des centres d’appel. Si les délocalisations représentent 10 % environ du marché américain de la soustraitance informatique, elles ne concernent que 2 % à 3 % du
marché français. La plupart des donneurs d’ordre français sont
les opérateurs de télécommunications et la vente par correspondance. Ces activités ne délocalisent qu’une partie infime de leurs
opérations en raison de limites techniques.
Notons que les importations par les pays développés de
services informatiques et « autres services aux entreprises »
(comptabilité, opérations de back-office…) ne représentent
qu’une faible part du PIB des principaux États : 0,4 % du PIB des
États-Unis, 1,2 % du PIB du Royaume-Uni et 1,4 % du PIB de
la France en 2002 [Amiti et Wei, 2004]. Mais le phénomène
s’accroît depuis les années 1990.

34

LES

LOGIQUES

DE

LA

MONDIALISATION

DES

ENTREPRISES

Une typologie des stratégies de délocalisation
Six cas de délocalisation peuvent être distingués (tableau 4).
Tableau 4. Une typologie des stratégies de délocalisation
Types de
délocalisations

Déterminants et impact

Cas de secteurs et de firmes

Défensives

Exacerbation de la concurrence internationale. Redressement de la
compétitivité prix en maintenant les
activités de conception et de R&D
dans le pays d’origine.

Groupe Lafuma : le tiers de la
production est resté en
France et le reste a été délocalisé dès 1986 en Tunisie, au
Maroc et, plus récemment,
en Hongrie et en Chine.

Induites, forcées
ou d’accompagnement

Une délocalisation en cascade des
fournisseurs pour suivre leurs clients.

Le textile suit l’habillement ;
les équipementiers suivent les
constructeurs : Valeo suit
Seat-Wolkswagen.

Comportement
de marge

Certains fabricants et certains grands
distributeurs délocalisent mais ne
répercutent pas amplement la baisse
des coûts de production dans le pays
à bas salaires sur le prix du produit
final dans les pays de consommation.

Maquillage de la délocalisation par ventes sous la
marque du groupe (habillement, chaussures, jouet…).

D’efficience et
de rentabilité
(offensive)

Renforcer les avantages compétitifs
dans le pays d’origine par une délocalisation des segments à désavantages comparatifs.
Logique de gestion de portefeuille
des sites des multinationales : dynamiques des marchés, suppression des
redondances, substitution des exportations à la production de proximité,
logiques actionnariales de
rendement…

Industrie allemande de
l’habillement : délocalisation
vers les pays d’Europe de l’Est
dès les années 1950.
Cas de la délocalisation de
l’unité de Vilvoorde du
groupe Renault.

De rationalisation et de
recentrage sur
le métier de
base

Délimitation des frontières et recentrage sur les compétences de base
dans une logique de dynamique
d’innovation et d’apprentissage.

Fabrications d’aspirateurs sans
sacs Dysone (Royaume-Uni).
Nike, Adidas, Rossignol,
Salomon…

Dérivées ou
itinérantes

Hausse des coûts salariaux dans les
premiers sites de délocalisations
(re)délocalisées vers les pays voisins
de la seconde génération ou relocalisées dans le pays d’origine si
automatisation.

Microsoft, les chaussures Salamander, les autoradios
Kenwood, les magnétoscopes
Philips de Hongrie vers la
Roumanie par exemple.

LES

DÉLOCALISATIONS

À

LA

RECHERCHE

DE

FAIBLES

COÛTS

SALARIAUX

35

Délocalisations défensives
Ce type de délocalisation est lié à l’existence d’une menace
par la concurrence internationale à bas prix. Par exemple, le
démantèlement des accords multifibres qui avaient protégé, à
l’aide de quotas à l’importation, les industries du textile et de
l’habillement des pays développés de 1973 à 2005, accélère la
délocalisation des firmes françaises vers les sites à faibles coûts
de main-d’œuvre, les produits finals étant réimportés sur les
marchés européens. Dans ce cas, la délocalisation est défensive
car la conception et la production automatisées sont conservées
dans le pays d’origine, tandis que l’activité d’assemblage, représentant 70 % de coûts de main-d’œuvre, est délocalisée. Lorsque
les produits sont peu pondéreux et les coûts de transport faibles,
les entreprises organisent une fragmentation de la production
dans plusieurs pays et recourent aux TIC les plus modernes pour
accélérer les flux et répondre aux fluctuations rapides de la
demande.
Délocalisation induite, forcée ou d’accompagnement des clients
La délocalisation n’est pas toujours un choix volontaire de la
firme. Elle peut être contrainte ou induite par une délocalisation
des autres acteurs des filières industrielles. Par exemple, l’industrie du textile (fils, coton…) a achevé son automatisation de la
production dès la fin des années 1970, de sorte que les coûts
de production par unité produite sont devenus inférieurs dans la
plupart des pays développés à ceux des pays en développement. Mais l’accélération de la délocalisation des fabricants de
l’habillement et de la bonneterie a induit, dès les années 1990,
une délocalisation en cascade des fournisseurs de fils et de coton
pour suivre leurs clients.
Autre exemple dans l’industrie automobile : les constructeurs
européens tendent à délocaliser leurs activités de fabrication de
composants intermédiaires vers les PECO, les équipementiers
automobiles sont parfois contraints de délocaliser à leur tour
pour suivre leurs donneurs d’ordre.

36

LES

LOGIQUES

DE

LA

MONDIALISATION

DES

ENTREPRISES

Délocalisation et comportement de marge
Certaines firmes ou des distributeurs recourent à la délocalisation pour des raisons de (re)conquête de marges. En quoi ce
type de délocalisation se distingue-t-il des délocalisations défensives ? Les distributeurs ou les entreprises qui y recourent ne
répercutent pas effectivement la baisse du coût de production
dans le pays à bas salaires sur le prix du produit final dans les
pays de consommation.
Accompagnée d’une politique de création de marques, cette
stratégie consiste à intégrer dans les ventes d’une firme une
partie de produits sous-traités ou importés directement des soustraitants ou entreprises indépendantes d’un pays du Sud (la
Chine par exemple). Les produits, en général de gamme
moyenne ou haute, sont alors vendus sous la marque de l’entreprise avec des marges très importantes puisque le prix de vente
est aligné sur le prix de production en France et non en Chine.
Par ailleurs, dans le cas français, les distributeurs ont joué un
rôle dans l’incitation généralisée à la délocalisation : l’érosion
des marges des fabricants, atomisés face à des distributeurs de
grande taille disposant d’un pouvoir de marché, les incite à
accroître la sous-traitance dans les pays à bas salaires ou à
recourir aux importations directes.
Délocalisation d’efficience et de rentabilité (offensive)
Certaines délocalisations sont offensives. Ainsi, les firmes allemandes de l’habillement avaient délocalisé leurs segments
d’assemblage dès les années 1950 en direction des ex-pays
d’Europe centrale à économie planifiée [Mouhoud, 1993]. Elles
avaient organisé une véritable division du travail des pays soustraitants par types de produits. Contrairement à la France, l’Allemagne ne possédait pas initialement d’avantages comparatifs
dans ce secteur.
La délocalisation maîtrisée vers les pays d’Europe centrale
permettait de trouver la main-d’œuvre non disponible en Allemagne et à un coût faible pour une productivité relativement
élevée. Dès lors, l’Allemagne a acquis des avantages compétitifs, en particulier dans l’habillement féminin. En revanche,
les entreprises françaises entament plus tardivement la

LES

DÉLOCALISATIONS

À

LA

RECHERCHE

DE

FAIBLES

COÛTS

SALARIAUX

37

délocalisation vers les pays du sud de la Méditerranée en particulier, dans les années 1990 à la suite du relâchement puis de la
suppression des aides de l’État (délocalisations défensives).
Les délocalisations offensives de rationalisation correspondent
également à une logique de gestion de portefeuille des sites des
multinationales en fonction de plusieurs paramètres : dynamiques des marchés, suppression des redondances, substitution
des exportations à la production de proximité, logiques actionnariales de rendement…
Délocalisations de rationalisation et de recentrage sur le métier de base
(offensive)
La délocalisation pour des motifs de rationalisation répond,
dans certains secteurs, à la délimitation des frontières des
compétences du groupe. Les groupes de chaussures de sport ont
depuis longtemps organisé une stratégie offensive de délocalisation en rationalisant leurs productions par recentrage sur les
corps de compétence : la conception et le marketing constituent
les deux blocs de fonctions qui demeurent dans le pays d’origine
des groupes (Nike, Adidas…) tandis que les activités de production ou d’assemblage sont réalisées dans les pays à faibles coûts
de main-d’œuvre. Dans le cas des grands fabricants de ski tels
que Salomon ou Rossignol, des délocalisations de rationalisation se soldent également par des suppressions d’emplois en
France au profit de sites tels que la Roumanie ou la Chine (dans
la région de Shenzhen). Rossignol sous-traite au cas par cas en
fonction du produit dans les pays à faible coût de maind’œuvre : Chine, Portugal, Turquie, Maroc pour les chaussures et
les fixations et surtout en Espagne, où il fabrique déjà les skis
de fond et les snow-boards. De même, le groupe américain K2 a
fermé son usine de skis de Vashon Island aux États-Unis pour
délocaliser sa production en Chine à Guangzhou.
Les groupes industriels peuvent également décider de réallouer leurs unités productives en fonction de la dynamique des
marchés et de remettre ainsi en cause l’existence d’unités compétitives ou à forte productivité. Ce fut le cas de Renault qui a
supprimé son unité de Vilvoorde en Belgique pour des raisons
liées à la dynamique du marché européen de l’automobile
comparativement aux autres régions du monde. Dans d’autres

38

LES

LOGIQUES

DE

LA

MONDIALISATION

DES

ENTREPRISES

secteurs, la délocalisation est offensive dans la mesure où l’entreprise souhaite maintenir et développer une partie de ses
processus de production en France (la R&D) et délocaliser les
segments intensifs en travail ou banalisés technologiquement
(cas d’Alcatel).
Délocalisations dérivées ou itinérantes
Le phénomène des délocalisations itinérantes n’est pas
nouveau. Les pays d’Asie du Sud-Est de la première génération
avaient déjà subi ce phénomène. L’installation massive d’unités
d’assemblage des FMN a pour conséquence d’enclencher un
rattrapage économique qui s’accompagne d’une montée des
salaires. Dès lors, pour conserver les avantages de coûts, les
firmes recourent à de nouvelles délocalisations vers les pays
voisins de la seconde génération où les salaires demeurent très
faibles.
Ainsi, des entreprises textiles, qui s’étaient délocalisées à l’île
Maurice dans les années 1970, délocalisent aujourd’hui dans
d’autres pays asiatiques plus compétitifs comme la Chine. L’île
Maurice perd ainsi plus de 20 000 emplois dans le textile depuis
le début des années 2000. Les entreprises qui appartenaient à des
Hongkongais ont massivement quitté Maurice pour se délocaliser en Chine. Ce phénomène apparaît également au détriment des PECO les plus avancés (Hongrie, République tchèque,
Pologne…) au profit de nouvelles délocalisations dans les pays
voisins (Roumanie, Bulgarie, Lituanie…) ou la Chine.
En Hongrie, par exemple, plusieurs multinationales ont fermé
leurs usines ou redélocalisé leurs unités de production depuis
2002 : Microsoft, les chaussures Salamander, les autoradios
Kenwood, les magnétoscopes Philips, entre autres pour des
raisons de hausse des coûts pour un niveau de productivité inférieur à celui des pays voisins.

Les relocalisations industrielles et les limites
des délocalisations
Dans certains cas, la délocalisation est réversible : c’est la relocalisation. Celle-ci se définit au sens strict et au sens large. Au

LES

DÉLOCALISATIONS

À

LA

RECHERCHE

DE

FAIBLES

COÛTS

SALARIAUX

39

sens strict, la relocalisation est le retour dans le pays d’origine
d’unités productives, d’assemblage ou de montage antérieurement délocalisées sous diverses formes dans les pays à faibles
coûts salariaux. Au sens large, la relocalisation peut se définir
comme le ralentissement du processus de délocalisation vers les
pays à bas salaires, c’est-à-dire la remise en cause des décisions
de délocalisation ou la non-délocalisation dans les secteurs
sensibles à la compétition par les coûts.
Quatre vagues de relocalisation
On peut distinguer quatre vagues de relocalisation (voir
encadré 3) correspondant à des logiques différentes. La première
vague, apparue à la fin des années 1970, engagée par les FMN
américaines, principalement dans l’industrie électronique et des
semi-conducteurs, est suivie par une deuxième vague de relocalisations par des firmes allemandes dans les années 1980-1990.
Ces relocalisations sont motivées par des facteurs symétriquement inverses à ceux qui ont motivé la délocalisation, c’està-dire la réduction des coûts unitaires que permettent
l’automatisation et la robotisation des segments de fabrication et
d’assemblage d’une part, et la réduction des coûts de transport et
de transaction en général d’autre part.
La troisième vague apparaît au milieu des années 1990 et
correspond à des stratégies d’optimisation du cycle du produit
dans les industries informatiques, des télécommunications et de
la téléphonie mobile (voir les cas dans l’encadré 2). Les variétés
se multiplient rapidement sous l’effet des innovations de
produits (miniaturisation par exemple) et les firmes réalisent des
cycles de délocalisation-relocalisation sur des périodes courtes
inférieures à deux ans. La souplesse de ces opérations tient à la
forme de la délocalisation (la sous-traitance) d’une part, et au
caractère faiblement pondéreux de ce type de produits (faibles
coûts de transport). Les vagues de relocalisation précèdent les
innovations dans les variétés qui sont ensuite délocalisées vers
les pays à bas salaires.
La quatrième vague de relocalisation émerge dans un contexte
d’accélération des délocalisations, depuis les années 2000, dans les
services et dans l’industrie manufacturière. Les cas de relocalisation sont marginaux par rapport à l’ampleur des mouvements de

40

LES

LOGIQUES

DE

LA

MONDIALISATION

Encadré 3. Historique
des relocalisations industrielles
La première vague de relocalisations est
reliée aux stratégies des firmes américaines qui, rappelons-le, furent les
premières, dès les années 1950, à
délocaliser massivement leurs activités d’assemblage vers les pays à bas
salaires d’Asie du Sud dans les
industries des semi-conducteurs de
l’électronique grand public et du
textile-habillement-cuir-chaussure.
Des firmes comme Fairchild Camera,
Mostec, National Semi Conductor
Corp., Motorola, Dow Chemical et
General Motors avaient relocalisé aux
États-Unis au début des années 1980
leurs unités productives et d’assemblage antérieurement délocalisées en
Indonésie, Singapour, Malaisie, Hong
Kong. La raison en est l’automatisation de la production aux États-Unis,
qui avait rendu les coûts unitaires
aussi compétitifs que ceux des pays de
délocalisation.
La deuxième vague correspond aux
relocalisations des firmes allemandes
dans la première moitié des années
1980 dans l’industrie électronique.
AEG (électronique grand public,
composants électroniques) a relocalisé en Allemagne les unités délocalisées au Mexique et aux Philippines.

DES

ENTREPRISES

Bosh (vidéo-caméras, composants
électroniques) a relocalisé en Allemagne plusieurs unités antérieurement délocalisées à Taiwan, au
Mexique, au Vénézuela et au Guatémala. Grundig, Siemens, Paul Dau &
Co dans l’électronique ont relocalisé
dans leurs pays d’origine les unités
délocalisées à Taiwan, au Brésil, sur
l’île Maurice.
La troisième vague s’étend aux
firmes européennes durant la première
moitié des années 1990 dans l’électronique, les ordinateurs et le textile-cuirhabillement. On peut citer les cas des
groupes français : Nathan (relocalisation en Bretagne), Bull (relocalisation à
Angers), Dassault Automatismes (relocalisation à Langon), ADDX (relocalisation à Granville), SAGEM, KHT, Calor
(relocalisation à Villefranche), Télémécanique (relocalisation à Vaudreuil). Et
des entreprises françaises dans l’horlogerie (Ope, Lannion), dans la lunetterie (Essilor), la confection (Caroll, Naf
Naf), la chaussure (Kickers, Kellian), les
meubles de bureau (FRCharett). Citons
également les groupes britanniques
Elonex (relocalisation en Écosse) et
allemands dans les câbles électriques
(relocalisation à Reinshagen).
La quatrième vague de relocalisation des années 2000 répond à l’accélération des délocalisations dans
les services et à des problèmes de

délocalisation, mais il existe toujours un décalage temporel entre
les deux mouvements. Ces relocalisations répondent en général
à deux logiques : les problèmes d’imperfection du produit final
d’une part et les logiques de rationalisation de la production des
grands groupes qui se recentrent sur leurs marchés d’origine. De
nombreux cas de relocalisation sont liés à des stratégies de
rapprochement des marchés (inshore ou nearshore outsourcing)
(voir encadré 2).

LES

DÉLOCALISATIONS

À

LA

RECHERCHE

rationalisation des groupes sous l’effet
des contraintes de marché et de
rendement actionnarial. Les imperfections des services délocalisés et les
risques de perte de compétitivité des
firmes qui y recourent les conduisent
à relocaliser : les groupes DELL et
General Electric ont dû rapatrier une
partie de leurs centres d’appel d’Inde
en raison de difficultés de compréhension entre les clients et les techniciens ; les centres d’appel des Taxis
Bleus délocalisés en Tunisie sont
également relocalisés en France. Dans
le secteur financier, on note la relocalisation du groupe Lehman Brothers
(Daniel Drezner, Foreign Affairs, maijuin 2004), toujours pour les mêmes
raisons de difficultés de coordination
des liens de sous-traitance et d’imperfection du service final fourni aux
consommateurs.
Concernant l’industrie manufacturière, en 2003, Philips relocalise en
France ses unités délocalisées en
Espagne (Catalogne). Le groupe rationalise son organisation en concentrant sa production dans de grandes
usines en France et en Allemagne. En
décembre 2003, le groupe Nokia de
téléphonie mobile souhaite se recentrer sur la Finlande et ferme son usine
espagnole de Prat de Lobregat dans la
banlieue de Barcelone. De nombreux
cas de relocalisation sont liés à des

DE

FAIBLES

COÛTS

SALARIAUX

41

stratégies de rapprochement des
marchés (inshore ou nearshore). Ainsi,
les groupes CSC et Airbus utilisent-ils à
la fois des ressources sous-traitées en
Inde et des équipes de travail localisées à Toulouse.
Aux États-Unis, les relocalisations
reprennent depuis le début des
années 2000 [UNCATD, 2004]. Ainsi,
plus de 100 FMN originaires des
États-Unis ont quitté les maquiladoras
pour rapatrier leurs unités productives vers les États-Unis, ou bien sont
restées au Mexique mais ont transféré
leurs unités dans le cadre du PITEX
(Programa de importación temporal
para producir artículos de exportación).
La concurrence des zones à bas
salaires n’est donc pas la seule raison
qui a motivé ces relocalisations.
Celles-ci ont affecté essentiellement
deux industries : le textile-habillement et les matériels et accessoires
électriques, qui ont pesé pour 88 %
des pertes d’emplois dans les maquiladoras. À l’inverse, des activités telles
que l’assemblage des équipements de
transport n’ont pas été affectées :
dans ce cas, la proximité géographique du Mexique avec les États-Unis
constitue un avantage pour des
produits pondéreux ou pour des
raisons de respect des délais de
livraison dans le cadre de méthode de
juste à temps.

Les facteurs déterminants de la relocalisation
Les mouvements de relocalisation sont déterminés par trois
facteurs principaux : la diffusion du changement technologique à travers les nouvelles technologies de procédés (technologies flexibles) et les innovations de produits, les innovations
organisationnelles et l’incertitude de la demande.

42

LES

LOGIQUES

DE

LA

MONDIALISATION

DES

ENTREPRISES

Les changements technologiques et organisationnels.
— L’apparition de ces phénomènes de relocalisation coïncide
avec la diffusion dans les pays développés des innovations technologiques basées sur l’électronique et l’informatique, qualifiés
d’équipements automatisés flexibles (conception et fabrication
assistées par ordinateur, robotique…). Celles-ci induisent un
double effet sur la structure des coûts et l’organisation de la
production : un effet classique et un effet spécifique.
Le premier effet est un effet classique du progrès technique de
substitution du capital au travail qui réduit la part relative de la
main-d’œuvre dans la production et la part des coûts salariaux
dans le coût total de production. Cette part passe par exemple
dans l’électronique grand public de plus de 30 % dans les années
1970 à moins de 4 % dans les années 1980. L’automatisation
est néanmoins techniquement limitée dans certains secteurs
(assemblage dans l’habillement par exemple). Dans de
nombreux secteurs de l’industrie manufacturière et aussi dans
les services, on assiste à une inversion des différentiels de coûts
unitaires de production entre les pays du Nord et les pays du
Sud malgré une persistance de différences importantes dans les
niveaux des coûts salariaux.
Le second effet est spécifique à ces nouvelles technologies
dites flexibles. Elles autorisent une fabrication jointe de plusieurs
variétés d’un même bien sans occasionner de coûts irrécupérables du capital, c’est-à-dire une perte définitive liée à la nécessité de changer d’équipements pour produire de nouvelles
variétés ou de nouveaux modèles (exemple de l’automobile).
Elles permettent des économies de variété qui s’ajoutent aux
économies d’échelle.
La diffusion des nouvelles méthodes d’organisation de la
production (juste à temps, circuit court) suscitée souvent par la
diffusion de ces technologies flexibles induit une certaine recomposition des processus productifs. Dans l’automobile et l’électronique, la recomposition s’est effectuée par modules sur une base
régionale. Ces nouvelles méthodes permettent aussi de s’adapter
à un environnement incertain notamment en raison des changements dans les conditions de la demande.
Versatilité et différenciation accrues de la demande. — Depuis
les années 1970-1980, la différenciation des produits en qualités

LES

DÉLOCALISATIONS

À

LA

RECHERCHE

DE

FAIBLES

COÛTS

SALARIAUX

43

différentes (différenciation verticale) ou en variétés (différenciation horizontale) s’est largement développée. La sensibilité
de la demande à la variation des prix (élasticité-prix de la
demande) tend à diminuer sous le double effet de l’élévation
des niveaux de vie des ménages dont la préférence pour la
variété s’accroît au détriment des besoins primaires (alimentation, habillement…). La différenciation des produits devient
également le mode de concurrence dominant dans beaucoup de
secteurs industriels sous l’effet des stratégies des offreurs qui
multiplient les innovations de produits pour échapper à la
compétitivité-prix. Les consommateurs deviennent alors plus
versatiles et modifient leurs demandes très rapidement.
Par exemple, dans la filière textile-habillement, les délais entre
la conception des produits et leur distribution pouvaient suivre
un cycle de dix-huit mois à deux ans dans les années 1960-1970.
Avec la diffusion des TIC, les délais se sont fortement réduits
dans la plupart des biens de consommation à quelques semaines.
Les firmes qui délocalisent leurs activités d’assemblage et réimportent le produit final doivent donc être soucieuses de ne pas
perdre des marchés pour des problèmes de délais de livraison.
Les grands distributeurs ou les détaillants tiennent compte des
changements de goûts des consommateurs et les répercutent sur
les fabricants qui sont sommés de produire en petites séries pour
changer de variétés rapidement lors des périodes de réassort.
Ces phénomènes de versatilité de la demande se diffusent
dans la plupart des secteurs industriels y compris dans les
secteurs comme l’automobile très touchés par les effets de mode
et de « ré-industrialisation » (reconfiguration par des innovations mineures) des modèles. La durée de vie d’un modèle est
de plus en plus courte. La variation quantitative de la demande
en fonction des revenus des consommateurs ou des prix des
biens peut être aisément anticipée par les firmes qui peuvent
utiliser leurs stocks pour répondre à une hausse ou une baisse
de la demande. On dit alors qu’elles font preuve de flexibilité
statique. Mais lorsqu’il s’agit de changements rapides dans les
préférences des consommateurs pour des variétés ou des modèles
différenciés, l’univers devient plus incertain pour les firmes. Elles
sont alors confrontées à un problème de « flexibilité
dynamique ».

44

LES

LOGIQUES

DE

LA

MONDIALISATION

DES

ENTREPRISES

Trois logiques de localisation
La forte incertitude qui caractérise la demande incite les entreprises à rechercher la flexibilité productive. Les considérations
logistiques peuvent jouer un rôle primordial dans les critères
d’implantation de certaines activités. Il existe trois logiques de
localisation des activités des firmes selon leurs caractéristiques et
leur insertion sectorielle.
Les activités dans les secteurs à faibles barrières à l’entrée.
— Certaines firmes, insérées dans des secteurs à faibles barrières
à l’entrée dominés par la compétitivité-prix, continuent à développer des stratégies de fragmentation et d’éclatement des
processus productifs à l’échelle mondiale, poursuivant l’objectif
de minimisation des coûts de production de chaque segment.
En effet, l’éloignement géographique peut s’accompagner d’une
proximité temporelle (vitesse de livraison des produits finals ou
intermédiaires) en raison du progrès dans les transports et les
télécommunications et de la baisse de leurs coûts. L’organisation taylorienne est rendue flexible soit par le biais du rapprochement géographique, soit par l’accroissement de la vitesse de
circulation des flux (réduction de la distance temporelle). Les
entreprises tayloriennes mais flexibles présentent alors une forte
propension à la volatilité [Mouhoud, 2002]. La proximité de
délai est plus ou moins satisfaite selon l’efficacité, le coût et la
qualité de la coordination des rapports entre l’entreprise
donneuse d’ordre ou qui délocalise et les sous-traitants (ou les
filiales dans les pays à bas salaires). Ce type d’entreprises est alors
à la recherche de territoires offrant à la fois des avantages en
coûts salariaux et des infrastructures de transport et de télécommunication efficaces.
Les activités à produits pondéreux. — Pour les activités dont les
produits sont pondéreux (automobile par exemple), l’entreprise
recherche souvent une proximité de la demande finale et/ou des
fournisseurs de biens intermédiaires ; les sous-traitants s’agglomèrent souvent autour des sites d’assemblage des constructeurs
automobiles. Néanmoins, cela concerne surtout les firmes dont
la demande est concentrée géographiquement sur un petit
nombre de gros clients.

LES

DÉLOCALISATIONS

À

LA

RECHERCHE

DE

FAIBLES

COÛTS

SALARIAUX

45

Les stratégies de rationalisation engagées par les grands
groupes conduisent à la centralisation de la gestion des flux
logistiques et à la réduction du nombre de points de distribution.
En Europe, c’est le Benelux qui bénéficie de ces opérations de
regroupement dont profite aussi le Nord-Est de la France.
Les activités intensives en connaissance. — Dans les secteurs
intensifs en connaissance, la course à l’innovation technologique entre oligopoles est le mode de concurrence dominant.
La délocalisation de l’assemblage pose alors un problème d’introduction des innovations de produits. En raison de la nature de
l’activité, de la spécificité des actifs et des connaissances mobilisées, des modalités de la concurrence, les entreprises qui optent
pour une organisation cognitive du travail présentent une
propension plus importante à l’ancrage territorial que les firmes
tayloriennes flexibles. Un regroupement des différentes phases
des processus productifs dans une région développée, offrant des
avantages en termes de compétences de travail qualifié et de
fiscalité, tend à s’effectuer tout en conservant des opérations de
délocalisation ou de sous-traitance de proximité. Les aides financières (dans les zones franches par exemple) sont dès lors moins
décisives que la capacité des territoires à fournir et à produire
des compétences spécifiques et à favoriser l’innovation technologique et les capacités d’adaptation à l’obsolescence rapide des
connaissances. Comme le montrent les résultats d’une enquête
auprès de 641 établissements exerçant une activité permanente
et organisée de R&D, plus la base de connaissances est complexe,
plus la localisation à proximité de partenaires potentiels en
matière de R&D est recherchée [Carrincazeaux, 2001]. La disponibilité de chercheurs professionnels est ainsi un facteur souvent
avancé par les firmes dans leurs choix de localisation, après le
facteur d’accès aux ressources technologiques.
Dans un contexte de forte incertitude sur le devenir de leurs
marchés, mais aussi de leurs technologies, les firmes doivent
aussi mettre en œuvre une organisation et des stratégies de localisation leur permettant d’éviter l’irréversibilité dans leurs choix
organisationnels alors même que l’évolution de l’environnement économique impliquerait un changement de stratégie. Les
stratégies d’externalisation répondent souvent à cette motivation en transférant la charge de l’incertitude vers des acteurs

46

LES

LOGIQUES

DE

LA

MONDIALISATION

DES

ENTREPRISES

extérieurs à l’entreprise. Plus généralement, l’organisation en
réseau augmente le degré de réactivité des entreprises et facilite
les redéploiements.
Il existe donc une forte hétérogénéité des logiques, des déterminants et des formes de délocalisation. Cette hétérogénéité
recoupe des logiques sectorielles mais également des différences
de comportement de firmes. Le phénomène n’est en outre pas
irréversible comme l’attestent les mouvements de relocalisation.

IV / Les théories des déterminants
de la mondialisation des entreprises

Comment expliquer l’existence des multinationales alors qu’en
produisant à l’étranger pour vendre leurs produits sur les
marchés locaux, elles subissent nécessairement des coûts additionnels par rapport à leurs concurrents locaux ? La réponse a
été fournie partiellement dans le cadre de l’économie industrielle traditionnelle : les FMN sont souvent des oligopoles qui
possèdent des avantages spécifiques qu’elles peuvent transférer
à l’étranger. Mais cette réponse est partielle. Il faut également
élucider le choix entre les différents modes de déploiement international, de l’exportation (recours au marché) jusqu’à la création de filiales (organisation) en passant par des formes
intermédiaires entre le marché et l’organisation (joint-venture,
accords de licence, sous-traitance, brevets…). L’approche éclectique de Dunning [1988] offre un cadre synthétique permettant
de traiter l’ensemble de ces dimensions de la multinationalisation des firmes (première section).
La seconde section s’intéresse à la question des choix de localisation et des territoires. Pour les IDE à la recherche de marchés
ou de technologies, la théorie est passée d’une logique de
produits et de firmes à une logique de régions ou de territoires.
La nouvelle économie géographique (Krugman-Venables-Fujita)
explique mieux les changements dans la répartition spatiale des
activités. Mais, dans la mesure où les stratégies des firmes sont
plus complexes que ne le laissait supposer la distinction entre
les stratégies horizontales (market seeking) ou verticales (efficiency seeking), des approches nouvelles mêlant théorie des FMN
et nouvelle économie géographique sont développées.

48

LES

LOGIQUES

DE

LA

MONDIALISATION

DES

ENTREPRISES

Pourquoi les entreprises deviennent-elles
des organisations multinationales ?
Pour expliquer théoriquement l’existence des FMN,
l’approche traditionnelle du commerce international est de peu
de recours. Pour cette dernière, lorsque l’hypothèse d’immobilité des facteurs de production est relâchée, l’IDE est considéré
comme un simple déplacement du capital, à la recherche d’une
meilleure rémunération, entre des pays nécessairement différents en termes de dotations factorielles [Mundell, 1957]. Mais
la FMN à la recherche de nouveaux marchés (market seeking
investment) se conçoit nécessairement dans un cadre de concurrence imparfaite qui octroie aux oligopoles des avantages spécifiques [Hymer, 1968]. Ces oligopoles s’organisent au niveau
mondial en internalisant les transactions qui auraient pu passer
par le marché par des opérations de F&A ou de créations de
filiales greenfield [Coase, 1937 ; Williamson, 1975]. Les stratégies
de recherche d’efficience (efficiency seeking), par les faibles prix
des inputs, la minimisation des coûts de transport, la productivité du travail ou les économies d’échelle, peuvent également
se concilier avec les stratégies d’accès au marché. Enfin, les
firmes recherchent également des compétences technologiques
leur permettant d’augmenter leurs avantages technologiques
spécifiques dans leurs pays d’origine (strategic-asset augmenting).
Ces quatre types d’explications furent synthétisés par John
Dunning [1977, 1988]. Nous présentons son modèle dit OLI
(ownership-localization-internalisation). La FMN bénéficie ou non
d’avantages spécifiques liés à son secteur d’appartenance
(ownership advantages en concurrence imparfaite), internalise ou
non les coûts de transaction au lieu de recourir au marché (internalization) et choisit les pays d’accueil en fonction de leurs avantages de localisation, notion proche de celle des avantages
comparatifs (localization).
Les avantages spécifiques des firmes (ownership)
Transférabilité des avantages spécifiques. — Si la firme choisit
d’investir à l’étranger malgré des coûts additionnels d’implantation (liés à la méconnaissance des pays d’accueil), c’est parce



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